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Jean de la Croix connut, jeune, les plus hauts sommets de l'expérience mystique, et il exprima ses états intérieurs en des poèmes qui font de lui un des plus grands écrivains de l'Espagne du Siècle d'or. Du commentaire de quelques-uns de ces poèmes, il tira des traités théoriques dont une partie seulement nous est parvenue ; la valeur en est telle qu'on le considère comme le « docteur mystique » par excellence et que son oeuvre, par son importance spirituelle et philosophique, constitue un des sommets de la littérature chrétienne.

Dans le panorama de la poésie espagnole de la Renaissance qui compte des noms prestigieux, Ercilla, Boscán, Garcilaso de la Vega, Luis de León, Fernando de Herrera... Jean de la Croix occupe une place singulière : la première. Son oeuvre est brève : moins de mille vers en tout. « Saint Jean de la Croix - écrit Jorge Guillén - est le grand poète le plus bref de la langue espagnole, peut-être de la littérature universelle. » Mais cette poésie est d'une telle densité, d'une telle intensité, d'une telle beauté, qu'elle emporte l'admiration et entraîne l'adhésion de tous ses lecteurs. En effet, selon l'heureuse expression de J. L. Alborg, « même si on ne tient pas compte de sa signification religieuse, la poésie de saint Jean de la Croix représente un sommet de la poésie amoureuse universelle ».

1. « Le Docteur mystique »

Le réformateur et le mystique

Juan de Yepes est né en 1542, à Fontiveros, petit village de Vieille-Castille, d'une famille noble, mais pauvre, que la mort prématurée du père plongea bientôt dans la misère. Installé avec sa mère à Medina del Campo, il essaya divers métiers et s'intéressa en particulier à l'architecture et à la peinture, pour laquelle il était remarquablement doué. Après des études au collège des Jésuites, il entra en 1563 au couvent des Carmes sous le nom de Jean de Saint-Mathias. Puis il passa près de quatre ans à Salamanque, où il acquit une solide formation scolastique. Déçu par la vie trop extérieure des Carmes, il songeait à entrer à la Chartreuse, lorsqu'en 1567 il rencontra Thérèse d'Avila qui l'avait intéressé à son projet de fonder une branche masculine de Carmel réformé analogue à celle qu'elle venait d'organiser pour les religieuses. En 1568, prenant le nom de Jean de la Croix, il fit partie du premier monastère réformé de Duruelo, où il s'imposa bientôt comme un des piliers du nouveau type de vie religieuse. Il fut envoyé en 1572 à Avila comme confesseur du monastère des carmélites mitigées de l'Incarnation, dont Thérèse avait dû accepter la charge de prieure. Ainsi s'établit entre les deux saints une confiante collaboration, une amitié réciproque. Mais les réformés cherchaient alors à conquérir leur indépendance à l'égard des mitigés, qui réagirent vigoureusement et firent enlever, dans la nuit du 2 au 3 décembre 1577, Jean de la Croix, dont le rôle dans la réforme était connu. Emprisonné à Tolède dans un étroit cachot et soumis à des flagellations quotidiennes, il connut une terrible crise intérieure. Ce fut là qu'il composa quelques-uns de ses plus beaux poèmes, en particulier le Cantique spirituel  (Cántico espiritual ). En août 1578, il s'évada et reprit sa place parmi les réformés. Le temps où, de 1582 à 1588, il est prieur du couvent des Martyrs à Grenade est celui où virent le jour presque toutes ses grandes oeuvres.

Pourtant, Jean de la Croix allait se trouver pris dans les dissensions internes des réformés. Au chapitre général, tenu à Pastraña en octobre 1585, apparut un nouveau personnage, le provincial Nicolás Doria, qui rêvait de transformer les Carmes réformés en un ordre fortement centralisé et voué à des tâches apostoliques ; en même temps, il eût voulu centraliser le gouvernement des carmélites, alors que sainte Thérèse avait organisé ses carmels indépendants les uns des autres. Morte en 1582, Thérèse n'était plus là pour défendre son oeuvre, mais Doria se heurta à Anne de Jésus de Lobera, prieure de Grenade, qui réussit à obtenir la confirmation par le Saint-Siège des constitutions thérésiennes ; elle fut soutenue dans ses efforts par Jean de la Croix.

Au chapitre général tenu à Madrid en juin 1591, Doria réussit malgré tout à obtenir la majorité. Jean de la Croix fut privé de toute charge et envoyé dans le lointain monastère de la Peñuela, en pleine montagne.

Cela ne suffisait pas à Doria. Un de ses émissaires parcourut les carmels pour tenter de recueillir des dépositions qui eussent convaincu Jean de la Croix d'immoralité avec les carmélites. D'autre part, cet émissaire, certainement d'accord avec Doria, songea à livrer à l' Inquisition les écrits spirituels de Jean de la Croix qui circulaient dans l'ordre. Les hardiesses sur l'union mystique qui se trouvaient dans ces pages, et aussi le fait qu'elles contenaient des textes de l'Écriture traduits en langue vulgaire, eussent infailliblement provoqué l'incarcération de Jean de la Croix.

Les amis de celui-ci prirent peur et, très probablement avec son assentiment, peut-être par son ordre, détruisirent la plus grande partie de ses lettres et de ses manuscrits. Il est probable que lui-même, à la Peñuela, fit disparaître les parties les plus compromettantes de ses travaux. Jean de la Croix accepta tout cela avec une inaltérable patience, mais la mort allait bientôt le délivrer.

Il ne fut béatifié qu'en 1675 et canonisé en 1726 ; il fut déclaré docteur de l'Église en 1926.

Poèmes et commentaires

Jean de la Croix s'est exprimé à deux niveaux. Tout d'abord dans le genre poétique par une vingtaine d'extraordinaires pièces, parmi lesquelles figurent neuf « romances  » pleines d'un charme populaire. Puis, dans le genre didactique, par trois ouvrages qui se présentent comme des commentaires plus ou moins longs de poèmes. Les deux traités intitulés traditionnellement La Montée du mont Carmel  (Subida al monte Carmelo ) et La Nuit obscure  (En una noche oscura ), qui commentent tous deux le début d'un même poème, ne sont que deux fragments d'un vaste ouvrage d'ensemble sur l'itinéraire mystique ; le reste aurait été détruit ou peut-être n'aurait jamais été composé. De toute manière, le texte que l'on possède semble issu d'une élaboration postérieure à la mort de l'auteur. Quant au commentaire du Cantique spirituel , une première version, dans laquelle le poème n'a que trente-neuf strophes, fut composée en 1584 à Grenade à la demande d'Anne de Jésus ; on lui donne le nom de version A, et elle constitue, de tous les ouvrages de Jean de la Croix, celui dont le texte présente le plus grand caractère d'authenticité. Ultérieurement, probablement en 1586-1587, Jean de la Croix a remanié son ouvrage pour en donner une version dite A' ; divers témoins de cette version A' y ajoutent une quarantième strophe avec son commentaire. Enfin plusieurs manuscrits postérieurs à la mort de Jean de la Croix donnent du Cantique  une troisième forme, dite version B, dont l'authenticité paraît douteuse.

Du poème de la Vive Flamme  (Llama de amor viva ) écrit en 1584, un commentaire fut rédigé en 1585 et complété en 1591 : on en connaît les deux états. Jean de la Croix est en outre l'auteur d'un opuscule ascétique intitulé Précautions  et de nombreux Avis spirituels , dont quelques-uns sont conservés dans un des très rares autographes que l'on possède, en dehors de quelques lettres.

Par prudence à l'égard de l'Inquisition, Jean de la Croix n'a rien publié de son vivant. Ses oeuvres ne virent le jour que tardivement, à Alcalá en 1618 et, dans cette édition dont les Carmes sont responsables, de nombreuses corrections et interpolations atténuent sa pensée au point de la défigurer. Il a fallu attendre 1912 pour en avoir une édition critique.

Une mystique de la négation

La nuit passive

En dehors de l'Écriture et de quelques lieux communs patristiques ou scolastiques, l'oeuvre de Jean de la Croix ne contient pratiquement aucune citation, et pendant longtemps les commentateurs l'ont considéré comme une sorte d'autodidacte dans le domaine spirituel. Cependant, de récentes recherches ont montré qu'en fait il utilisait discrètement une considérable culture en ce domaine. Fortement influencé par le pseudo-Denys l'Aréopagite, il est en outre tributaire des mystiques rhéno-flamands du Moyen Age, qu'il a lus dans les traductions latines. Sa dépendance est particulièrement marquée à l'égard des oeuvres authentiques ou apocryphes mises sous le nom de Tauler, à travers lesquelles lui est parvenu un courant de pensée qui remonte à Eckart.

Sa mystique est nettement anti-intellectuelle, ou plus proprement anti-notionnelle. La méditation ne l'intéresse pas et c'est pour lui un simple exercice de débutant. Seul l'état contemplatif le retient vraiment. Sa méthode est avant tout fondée sur la négation, le refus de tout le créé, le rien, « nada  ». Le Dieu absolu ne saurait avoir aucune commune mesure avec rien de créé, par conséquent, rien dans le domaine du sens aussi bien que de l'intelligence, que ce soit naturel ou surnaturel, aucune connaissance distincte d'où qu'elle vienne, fût-ce même d'une illumination miraculeuse, ne saurait conduire à l'union divine. L'âme doit donc s'anéantir en refusant tout le créé et en se refusant elle-même, vider entièrement ses propres facultés, la volonté et l'entendement aussi bien que la mémoire, entrer totalement dans la nuit, métaphore par laquelle Jean de la Croix désigne le dépouillement absolu. L'effort que fait l'âme pour y parvenir correspond à ce qu'il appelle la nuit active, du sens et de l'esprit. Mais l'âme ne saurait suffire par ses seules forces à se détacher elle-même de ses propres structures, et il faut qu'en même temps Dieu intervienne pour la dénuder entièrement par une action qui correspond pour elle à la nuit passive et s'exerce, elle aussi, sur le sens et sur l'esprit, par de douloureuses épreuves. A cet égard, Jean de la Croix est le premier théoricien vraiment cohérent des purifications passives, dont il fait une donnée essentielle du chemin qui conduit à l'union divine.

L'union divine

Ainsi l'itinéraire mystique est pour Jean de la Croix enfoncement dans l'obscurité, et il se sépare des conceptions qui voudraient lui attribuer un caractère lumineux. Ce cheminement ténébreux se réalise dans la foi même, qui est ténébreuse pour l'entendement comme la nuit, car elle suppose le renoncement à tous les modes humains de la connaissance et a pour objet une notion de Dieu générale et confuse, qui, au-delà de toute connaissance distincte, nous fait adhérer à un Etre au-dessus de toute formulation, de toute conception, de tout sentiment. Malheureusement, on ne possède sans doute plus les pages les plus profondes où il a parlé de l'union divine au terme de la vie spirituelle, de ce que les spécialistes nomment l'« état théopathique ». Certains commentateurs ont cru qu'il le considérait comme une expérience de l'absolu à caractère supra-dogmatique et presque panthéistique. En fait, divers indices donnent à penser qu'il a plutôt conçu le sommet de l'itinéraire mystique sous une forme trinitaire, comme l'avait fait avant lui Ruysbroek.

Si la Montée  et la Nuit  posent le problème spirituel surtout en fonction de l'union avec l'essence divine, le Cantique  et la Vive Flamme  se placent au contraire dans la perspective de l'union personnelle au Christ, Verbe incarné, Époux de l'âme : ces deux derniers ouvrages correspondent donc à une autre ligne de pensée. Tout en laissant à la foi son rôle primordial, l'amour s'y présente dès le début comme le dynamisme essentiel de l'itinéraire mystique. Pour décrire cette intimité amoureuse, Jean de la Croix parle de fiançailles, de mariage, s'inscrivant ainsi dans la tradition de la mystique nuptiale, qui lui fournit des métaphores parfois très hardies. A ce titre, le Cantique  constitue l'une des plus puissantes synthèses spirituelles qu'ait livrées la littérature chrétienne.

2. L'oeuvre poétique

Le corpus

Le corpus de l'oeuvre poétique de Jean de la Croix se réduit à vingt compositions : cinq poèmes (Cántico espiritual, Noche oscura, Llama de amor viva, Que bien sé yo la fonte, El Pastorcico ) ; cinq gloses (Vivo sin vivir en mí, Entréme donde no supe, Tras de un amoroso lance, Sin arrimo y con arrimo, Por toda la hermosura ) et enfin dix «romances». Trois poésies très brèves (de trois ou quatre vers) - Al niño Jesús, Del Verbo divino, Suma de perfección -  sont d'attribution douteuse.

Les poèmes

Les trois poèmes majeurs (Cantique spirituel, Nuit obscure, Vive flamme d'amour ) recueillent la quintessence de l'expérience humaine et mystique de Jean de la Croix : la rencontre avec Dieu. Leur commentaire en prose fait l'objet des quatre grands traités doctrinaux, expressément écrits à l'intention des religieuses dont Jean de la Croix était le directeur spirituel : Subida del Monte Carmelo, Noche oscura del alma, Cántico espiritual, Llama de amor viva.

La première rédaction du Cantique spirituel  (manuscrit de Sanlúcar) comprend trente-neuf strophes (des liras ). La seconde rédaction (manuscrit de Jaén) ajoute une strophe (la strophe 11) et bouleverse, dans une intention d'exposé plus systématique et didactique, l'ordre des strophes de la version de Sanlúcar. Les problèmes posés par cette double rédaction ont donné lieu à de multiples controverses entre spécialistes, notamment quant à l'authenticité de la strophe supplémentaire.

Selon la tradition, Jean de la Croix aurait écrit les premiers vers du Cantique spirituel  sous le choc de l'émotion qu'il aurait éprouvée, alors qu'il était enfermé au couvent de Tolède (déc. 1577-mi-août 1578) en entendant chanter un refrain d'amour : « Muérome de amores, / Carillo, ¿ qué haré ? / Que te mueras, ¡ alahé ! » (« Je me meurs d'amour, / Mon Amour, que faire ? / Eh bien, mourir, tralalère ! »). Transposée en amour divin, l'inspiration du poète, dans le sillage du Cantique des cantiques , dont l'influence est ici manifeste, invente une sorte d'églogue ou de pastorale dramatique où s'expriment l'ardeur, la violence et la brûlure d'un amour que rien ne peut apaiser que l'objet qu'il poursuit. La passion, la sensualité, l'inquiétude et un délicat érotisme marquent cette quête d'amour. Toute une symphonie, savamment maîtrisée, de rythmes et d'échos, de sonorités et d'images, de répliques et de thèmes entrecroisés, évoque autour de la rencontre des amants la participation du paysage, de la nature, de la création. A la fois poème de la passion d'aimer et allégorie de l'union de la créature avec son Créateur, le Cantique spirituel  est le chant de la plénitude de l'être.

Par sa densité, sa véhémence et sa puissance de suggestion, la Nuit obscure  est souvent considérée comme le chef-d'oeuvre de Jean de la Croix. Il fut écrit, sans doute, peu après son évasion de Tolède, au couvent du Calvario (fin 1578). Dès les premiers mois de 1579, Jean de la Croix commençait en effet la rédaction de la Subida del Monte Carmelo , qui commente le poème de la Nuit obscure . Outre le Cantique des cantiques , quelques vers de Sebastián de Córdoba, auteur d'une version a lo divino  (sur le mode religieux ou « divinisée ») de Garcilaso de la Vega publiée en 1575, nourrissent l'inspiration du poète. Les huit strophes du poème (des liras  aussi) développent l'argument suivant : dans la nuit profonde, une femme, à l'appel intérieur de son amour, quitte sa demeure pour aller rejoindre son amant. L'amour qui la brûle - son seul guide dans les ténèbres - la conduit jusqu'à l'endroit où l'attend son ami. L'union des amants se consomme au coeeur de la nuit. Les trois dernières strophes, dans l'aube qui se lève, éclairant le décor et les corps enlacés, suggèrent intensément, après la jouissance au comble du désir, le calme et le repos. Les rythmes balancés, les images précises et discrètes, la puissance allusive et la richesse symbolique font de ce poème une oeuvre sublime. L'interprétation allégorique, développée dans la Montée du Carmel  et la Nuit obscure , y révèle comme un abrégé fulgurant de l'itinéraire mystique allant de la purgation active et passive des sens et de l'esprit jusqu'à l'union de l'âme avec Dieu en passant par l'illumination ténébreuse de la foi.

Flamme d'amour vive  aurait été composé à Grenade, en 1585, au cours d'un état d' oraison contemplative. Le thème en est la célébration de la flamme d'amour qui embrase l'aimée auprès du bien-aimé. Dans ce poème, selon la manière très dynamique des compositions lyriques de Jean de la Croix, la progression dramatique et le pathétisme intense des trois premières strophes s'achèvent dans l'apaisement et le bonheur que célèbre la dernière strophe. La poésie oppose et réconcilie avec force des tonalités opposées : douceur et violence, tendresse et déchirure. Les allitérations nombreuses, selon un procédé de symbolisme phonique cher au poète, contribuent à la fois à renforcer et à harmoniser ces contrastes au cours d'un crescendo qui va du cri d'amour à l'abandon total. Ce poème de l'exultation sensuelle est comme le modèle de l'extase mystique. La métrique (des variations sur la lira ), indirectement inspirée de la Canciòn  II de Garcilaso de la Vega, offre une innovation curieuse dans la combinaison des rimes et des rythmes.

Les autres compositions poétiques de Jean de la Croix, sans atteindre l'excellence des trois poèmes majeurs, ne déméritent pas pour autant. Par le thème, la forme, les images, les métaphores ou les symboles, elles sont très différentes, même si leur unique propos est de célébrer l'Absolu et son incarnation en la personne du Christ.

Le villancico  intitulé Que bien sé yo la fonte , écrit aussi dans la cellule noire de Tolède, est une des poésies les plus originales de Jean de la Croix. Le refrain obsédant (aunque es de noche , « malgré la nuit ») est sans doute emprunté au chansonnier populaire qui a laissé beaucoup d'échos dans l'oeuvre de ce poète si enraciné en terre castillane. La source et la nuit : à partir de ces deux images se déroule une sorte de litanie d'une grande beauté plastique chantant la foi obscure et la source de toute vie. La Pastoureau , écrit entre 1582 et 1585, est une allégorie pastorale de la mort du Christ sur la croix par amour pour les pécheurs qui l'ont abandonné à l'instar du pastoureau délaissé par sa pastourelle. Une émotion frémissante - qui n'est pas sans rappeler l'étonnant Christ en croix dessiné par Jean de la Croix et conservé à Avila - parcourt cette composition qui a le charme d'un tableau de peintre primitif.

Les gloses et les « romances »

Les gloses sont des compositions poétiques inspirées par un tercet ou un quatrain anonyme dont un ou deux vers sont repris à la fin de chacune des strophes qu'ils inspirent. Les cinq gloses  connues de Jean de la Croix expriment aussi des aspects ou des modalités de son expérience intérieure d'identification à l'Etre. Chacune d'elles est d'une étrange et fascinante beauté dans l'expression de la dépossession radicale de soi (Je vis sans vivre en moi ), du dépassement de toute connaissance (Je suis entré où ne savais ), de l'abandon de tout recours (Sans arrimage et arrimé ) et de l'irrésistible séduction (Pour toute la beauté ) qui marquent les étapes ou les conditions de l'ascension vers le Divin. L'une des plus étonnantes de ces poésies (En quête d'un amour lancé ), dans une évocation aussi audacieuse qu'insolite, montre l'âme lancée comme un oiseau vers l'objet de sa quête, ce Dieu qu'elle saisit enfin, ainsi que l'épervier dans une chasse au vol s'empare de sa proie. L'âme aussi, selon Jean de la Croix, est comme un chasseur solitaire...

Les romances , on le sait, désignent dans la poésie espagnole des séries de vers (le plus souvent octosyllabiques). Les vers impairs sont libres de rimes, mais tous les vers pairs ont même assonance. Les dix romances  de Jean de la Croix - encore que l'on ait mis parfois en doute leur authenticité - sont d'un très grand intérêt. Les neuf premiers (ayant tous l'assonance í-a), dans le style ingénu du romancero  médiéval, résument de façon imagée l'économie de la rédemption selon la théologie chrétienne. Le dernier (assonance a-a) s'inspire du Chant de l'exilé  que chante le psalmiste au bord des fleuves de Babylone (Psaume 137/136). La malédiction finale du psalmiste contre Babylone laisse place ici à la bénédiction du Christ. Tradition et innovation : ce double aspect que l'on constate ici encore dans l'inspiration de Jean de la Croix est peut-être la marque dominante de tout son génie poétique.

 

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Commentaire de Fabienne Coppens le 26 février 2017 à 22:46
Que d'élements....moi qui me pose souvent cette question : comment fait-on pour vivre ?! Merci Robert

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