Une vie bien ordinaire (la suite...)
Mon fantôme Gribouille, celui qui s’empare de l’électroménager et de tout ce qui est fonctionnel dans la maison, a une nouvelle fois frappé.
Il doit être né avec des palmes parce qu’il a une prédilection pour ce qui touche à l’aquatique : de la machine à laver aux robinets de la baignoire. Il faut bien avouer que, depuis les sempiternels travaux de la rue, la tuyauterie a beaucoup souffert. Quand elle ne nous prive pas d’eau, celle-ci est chargée de granules plus que suspectes qui réussissent à gripper les meilleures des installations. La mienne, régulièrement entretenue par mon expert époux est plutôt laissée en souffrance depuis son décès.
Dernièrement, lasse d’être privée de bains relaxants et bienfaisants, pour le plus grand plaisir des deux hérissons qui squattent la baignoire, Dédé le bricoleur est venu mettre la robinetterie au pas et en ordre. Pour ce faire, il a fallu couper la vanne d’alimentation. Lorsqu’elle a été rouverte, celle-ci s’est vengée du peu d’attention que je lui prête par un débit régulier de gouttes d’eau s’échappant de son joint. Une petite cascade prenant naissance dans ma cave, j’ai appelé la Compagnie des Eaux qui a jugé qu’il n’était pas urgent, vu qu’on était fin de semaine, d’envoyer un ouvrier pour y remédier.
Nous sommes lundi matin et j’attends qu’un docteur es vannes et tuyaux frappe à ma porte. Je vaque donc à mes occupations quotidiennes, le petit déjeuner étant reporté à plus tard puisque que j’ai émietté mes dernières tartines pour les oiseaux qui viennent mendier devant la porte de la cuisine. Le boulanger passe tôt, donc, je ne devrai pas attendre très longtemps. Pas que j’aie faim, je me suis passée pendant plus de trente ans de petit déjeuner, mais c’est le repas que j’ai choisi pour accompagner la prise de mon médicament du bonheur. Et je ne peux, en aucun cas, déroger à ce petit rituel. Je passe donc à l’occupation suivante : mes ablutions. Vite faites, bien faites. Je ne dois pas traîner : je ne connais ni l’horaire ni le planning des ouvriers des eaux et je veux être présentable pour leur arrivée. Je m’occuperai ensuite des repas des Choupinoux, des cobbayes, du canari et des hérissons. Ainsi que du brossage de mes petits chiens. Un autre rituel, deux fois par jour : le matin pour les « déchiffonner » de leur nuit à s’étendre entre leurs couvertures et le soir pour les débarrasser de ce qu’ils ont amassé de poussières et autres petits corps étrangers lors de leurs escapades au jardin.
Aujourd’hui, je ne devrai que changer les hérissons. Je pense qu’ils doivent être les seuls dans le monde à se prélasser dans des essuies éponges et des morceaux de draps en flanelle. Mais je ne me voyais pas étaler de la paille dans ma baignoire. Chaque matin, je dois changer leur litière et je m’y attèle de bon cœur. Ils sont devenus tellement sympathiques et confiants que je m’y suis vraiment attachée et qu’ils font maintenant partie intégrante de la famille. De toute manière, une fois dehors quand le temps le permet, ils demandent à rentrer. Au printemps, je remettrai en état leur remise pour qu’ils puissent y passer au sec la bonne saison tout en sachant se balader dans la cour et dans le jardin si l’envie leur en prend. Ils pourraient d’ailleurs s’en échapper mais ils ne savent pas comment chasser leur pitance, alors, ils trouvent normal de retrouver leur gamelle garnie de croquettes et friandises. Et cela me permet de cultiver ma réputation de sorcière aux hérissons, ce qui est loin de me déplaire…
Une fois lavée, habillée et pomponnée, je devrais commencer à vaquer mais aujourd’hui, je suis plutôt rêveuse et un peu moins dynamique que d’habitude. Quelques petits désagréments liés à mon médicament chimio me forcent à ralentir la cadence : des petites pointes irradiant ma poitrine et un point dans l’omoplate… Heureusement, j’ai déjà connu cela et je ne me tracasse pas mais c’est le plus désagréable des effets secondaires. Si cela perdure, je prendrai un Xanax qui me permettra de me détendre. Mais je vais privilégier une relaxation et une petite visualisation sophrologique…
La sophrologie, mon cheval de bataille : une lutte incessante entre mon moi et mon ego. Si je suis parvenue à accepter mon passé et à tourner la page, à maigrir, à dompter mon arthrose et à faire la nique au cancer, il faut toujours que j’aille plus loin dans mon obscur désir de perfection. Ce soir, j’irai donc au cours de bon cœur, vu que la matière actuelle m’intéresse énormément. J’en connais trop peu, j’absorberai donc tout ce qu’elle pourra m’apporter en connaissances et en art de vivre.
Mes plans vont être perturbés : je vais d’ailleurs devoir les réviser sur deux jours. Une collaboratrice de la Compagnie des Eaux m’a téléphoné pour savoir si ma vanne coulait toujours. Il n’y a bien sûr aucune raison pour qu’un miracle se soit accompli. Et si miracle il y a, c’est que la situation ne se soit pas aggravée. Mais, comme il n’y a pas péril en ma demeure, la dame décide que l’équipe se déplacera demain. J’aurais eu toute ma matinée de libre. J’avais très envie de prendre une bolée d’air frais avant d’aller faire mon essayage d’un squelettique chez la dentiste. C’est donc remis à plus tard.
Comme je n’avais rien prévu ce matin, je me contenterai de faire un peu de rangement de ce qui n’a jamais été dérangé mais qui pourrait bien finir à la poubelle ou dans un autre endroit, pour passer le temps.
Ma seule tracasserie matinale sera donc de téléphoner à la boulangerie parce qu’en incorrigible bavarde que je suis, j’ai détourné l’attention du livreur qui était sensé m’apporter deux petits pains et qui ne m’en a donné qu’un seul. La sienne aura été de revenir pour s’acquitter consciencieusement de la tâche qui lui a été dévolue : le lundi, un gris et un blanc ; le vendredi, un blanc et un « aux noix »…
J’aime enfin ce pain presque artisanal… Il m’en aura fallu du temps pour ne plus rêver de celui que fabriquait mon mari parfois de ses blanches mains et souvent avec cette machine dont je ne peux plus entendre le chant mélodieux qui me réveillait le matin, accompagné de cette bonne odeur de café et de pain…. Je l’ai d’ailleurs mise en vente sur eBay. Après presque cinq ans d’inutile attente, il est temps qu’elle aille faire le bonheur d’une vraie famille.
J’ai donc dégusté religieusement ma tartine au beurre des Ardennes tout en réfléchissant à ma petite vie très ordinaire. Elle me rassure et m’exaspère en même temps. Combien de fois n’ai-je hurlé à mon époux : « Bon sang, étonnes-moi, nous ressemblons à des petits vieux ancrés dans leur monotonie quotidienne !» Et lui, de chercher à me faire plaisir et bien souvent à y parvenir. Nous partions alors à la découverte de régions, de musées, de forêts ou de vertes campagnes. Toujours en nous intéressant à l’habitant qui, ravi, nous accueillait à bras ouverts, nous racontant histoire et légendes du lieu. Nous avons ainsi, sans doute, plus voyagé à notre porte que certains qui partent pour des contrées lointaines mais restent à proximité de la piscine du Club Med de l’endroit. C’est d’ailleurs ce qui me permet maintenant de faire de mon simplissime quotidien, une aventure de tous les instants.
Je sais que ça ne durera pas : mon nouveau moi devient plus impatient, plus fébrile de nouvelles découvertes. Il subit l’hiver parce qu’il est toujours fragile et sensible au froid et à l’humidité mais il trépigne en espérant que 2013 sera une grande année pour cette nouvelle vie qui ne demande qu’à éclore.
Commentaires
Merci Jo.
Et une manière pour moi d'adoucir mon quotidien et ma solitude. Je partage donc volontiers...
Un gros bisou en espérant te revoir en même temps que le printemps
Merci de nous accueillir chez toi, dans ton quotidien. C'est un peu comme si tes lecteurs faisaient partie de la famille, prenaient avec toi le petit-déjeuner, subissaient avec toi les avanies du système de plomberie... Une manière très vivante de nous faire partager ta journée !
Amitiés,
Jo
Bonsoir Claudine,
Merci... en effet, je ne vois jamais le temps passer malgré que j'aie parfois l'impression de rester en stand-by.
Mais j'ai de grands espoirs pour 2013.
Gros bisous!!!
Bonsoir Yvette.
Une vie ordinaire est souvent plus remplie qu'on ne le croit : tu nous en donnes la preuve ici.
Comme d'habitude, c'est très bien écrit, tout simplement comme la vie de tous les jours.
Je partage sur FB. Gros bisous, Claudine.
Merci Olivier,
Heureuse d'apporter un peu de bien-être en racontant ma petite vie sans grande importance. C'est pourquoi d'ailleurs j'espère beaucoup de 2013.
Gros bisous à vous trois et papouilles aux zamours.
Oui Yvette, 2013 sera une grande année qui ne demande que d'éclore
J'adore te lire, ca me fait du bien
Gros bisous de nous 3 ...et de nos 5 chiens ♥
Olé & Flowers