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DOUBLE MIROIR.

Y a t-il un miroir de l’autre côté… du miroir ? Pas un miroir à deux faces, non, un miroir qui nous renverrait la face cachée de nous-même ? Et si c’était le cas sur quelle face nous regarderions-nous le plus souvent puisqu’elles seraient identique ? Aurions-nous le courage parfois de l’inverser afin de connaître notre face cachée ? N’en aurions nous pas peur, et cette dernière aidant, par pure lâcheté, ne ferions nous pas mine d’ignorer cet autre moi avoué ou inavouable ?

Nous sommes d’accord pour admettre qu’une glace nous permet de regarder notre visage, notre corps, afin d’en reconnaître les défauts et les qualités, et donc d’en modifier la forme naturelle dans sa plus libre expression, et de la modifier par la coiffure, l’habillement, le maquillage ou tout autre artifice qui nous permet de donner une identité, une apparence, à celles et ceux qui croiseront notre route ou notre regard dans les prochaines heures. Ce miroir est donc notre laisser passer pour une identité sans cesse renouvelée, afin de pouvoir argumenter notre façon d’être et de vivre envers la communauté qui nous accueille ou nous entoure.

… Essai ...

Georges se lève vers 7h, il enfile ses pantoufles, un slip, le tee-shirt de la veille négligemment posé sur la chaise, et se dirige vers les toilettes.

  • Le pipi du matin ! Dira t-il comme d’habitude.

Puis sans un mot se dirige vers la salle de bain, se lave les mains et le visage, entre dans la cuisine et d’une manière mécanique ouvre la porte gauche du placard mural, sort une tasse avec une anse, toujours la même, allume la machine à café automatique, insère une capsule, ajoute un verre d’eau dans le réservoir, attends le bip de la machine et appuie sur le bouton vert qui clignote. Pendant que le café s’écoule lentement il sort 2 toasts, le pot de beurre allégé, un yaourt, un fruit et quatre ou cinq gâteaux secs. Après avoir déjeuné, il range le bol et les couverts dans le lave-vaisselle, replace le beurre dans le frigo, essuie la table en enlevant les quelques miettes des toasts, passe un coup d’éponge avec une cuillerée de javel sur la table et dans l’évier, jette un coup d’œil sous la table, et d’un pas lent se dirige vers la chambre pour la faire aérer. Puis il entre dans la salle de bain, allume l’eau chaude de la douche, se retourne et se retrouve comme tous les matins devant le miroir.

Georges s’avance vers lui-même, dans le miroir, se caresse le visage pour toucher sa barbe de la nuit, se gratte les cheveux, ouvre la bouche, et tourne le robinet du lavabo, puis le referme, comme tous les matins. D’abord la douche, puis Georges coupe l’arrivée d’eau chaude, et reste sous l’eau froide quelques secondes, s’essuie vigoureusement et se dirige vers le lavabo pour se savonner la barbe et brosser les dents. Puis vient le soin de la peau, pourquoi pas, et la touche finale, un peu d’eau de toilette et le brossage des cheveux. La brosse démêle les boucles en désordre et Georges fini à la main d’aligner les quelques mèches rebelles habituelles.

Il a terminé, il se regarde dans le miroir et se trouve changé, les yeux sont un plus ouverts, les cheveux ont retrouvé un ordre appliqué, l’eau de toilette s’instille dans les narines et donne une touche supplémentaire à l’éveil des sens. Direction la chambre ou Georges enfile des sous-vêtements propres, la chemise blanche immaculée, le pantalon en velours, puis cherche une cravate parmi la quinzaine bien alignée sur le présentoir, se regarde dans la glace et satisfait de l’ensemble se dirige vers le salon tout en nouant sa cravate. Puis il allume son ordinateur, l’ouvre pour voir les messages de la nuit. Attrape son téléphone portable, et se connecte pour voir les derniers SMS. Il allume la télé pour connaître la météo du jour et s’assoit quelques instants pour savourer ce moment de plénitude maintenant qu’il est prêt à affronter le monde extérieur. Soudain… il se relève pris d’une angoisse indicible qui lui sert les tripes, il se dirige vers la salle de bain tout en libérant le nœud de sa cravate, entre dans la pièce encore embuée et attrapant le miroir le tourne à l’envers. Surprise il y a un autre miroir de l’autre côté, mais Georges n’est plus lavé ni habillé, il est encore avec ses cheveux hirsutes, sa barbe de la veille, ses yeux fatigués. Il retourne le miroir sur l’autre face et se retrouve de nouveau en cravate les cheveux bien alignés. C’est une histoire de fou, Georges retourne une nouvelle fois le miroir et cette fois-ci reste à se regarder plus profondément, il touche ses joues bien rasées sous la peau de la main et mal rasées dans le miroir, il frôle le dessus de son crâne et sent ses cheveux bien ordonnés alors que le miroir lui renvoi une autre image, sa cravate a disparu pour laisser voir les poils blancs de sa poitrine sur laquelle apparaît une croix de Jésus, pas de chemise non plus dans le miroir, pourtant Georges sent les boutons quand il touche sa poitrine, c’est à devenir fou, qui est celui qui est dans le miroir. Alors il hurle, il crie, chante une chanson guerrière mais rien ne se passe, son image du miroir ne bouge pas, ne chante pas, ne hurle pas, pire, plus Georges s’énerve plus un petit sourire ironique s’affiche à la commissure des lèvres de son propre reflet.

  • Pourquoi te caches-tu derrière l’eau de toilette, pourquoi as-tu mis ce morceau de tissus ridicule autour de ton cou, pourquoi as-tu aligné tes cheveux comme s’ils allaient à la parade ? Dis soudain son reflet dans le miroir !

  • Mais qui es-tu ? Quelle est cette sorcellerie ou cette blague idiote ?

  • Mais je suis toi ! Je suis celui qui s’est levé ce matin, je suis celui d’avant maintenant, avant que tu ne me changes, me lave, me maquille pour aller voir les autres. J’étais bien avant, tournes encore le miroir de l’autre côté !

Georges s’exécute et se retrouve cravate nouée devant l’étrange miroir, mais il ne sourit plus, il se touche les joues, bien lisses, sent l’eau de toilette au bout de ses doigts, et brusquement retourne le miroir. Rien, plus de double face, rien qu’un carton blanc avec une étiquette made in China bien entendu, comme si la France ne savait plus fabriquer quoi que ce soit. La double image avait disparu. Georges retourne le miroir, se regarde une dernière fois, se lisse les cheveux sur les tempes et se parlant à lui-même… :

T’as le choix mon pote, ou tu te laves, te rases, te peignes et t’habilles avec des fringues propres, ou tu te laisses aller, tu pues, et tu te caches! Puis il tourna le dos au miroir bien résolu à oublier ce délire. Mais en fermant la lumière de la salle de bain…

  • Bonne journée Georges, à ce soir !

Instinctivement Georges se signa, il savait que son mental lui jouait des tours, que la fatigue accumulée du travail et des soucis quotidiens lui empêchaient de bien gérer son calme intérieur. Il jeta un regard à son portable, huit heure et dix minutes, le temps d’attraper l’autoroute, c’était fichu il était en retard. Georges fit… peut-être 300m. et s’arrêta. Ferma les portières, se dirigea vers l’édifice, gravi les quelques marches, poussa la porte, entra et posa son doigt dans une vasque en pierre.

  • Vide, c’est quoi aujourd’hui cette manie de ne plus trouver d’eau bénite ?

Il se signa, avança vers l’autel, et se posa aux pieds de Marie. Un calme se répandait autour et en lui, un calme étrange, presque irréel. Georges sourit. Sacré miroir pensa t-il, mais je te remercie pour avoir guidé mes pas vers ce lieu de plénitude. Tu n’as plus qu’à m’aider à trouver une bonne excuse quand je vais embaucher avec une heure de retard !

En refermant la porte de l’église, Georges se toucha le front en se disant qu’en définitive le mental, était la bonne clé. Celle qui ouvre ou qui ferme les bonnes ou les mauvaises portes.

Gérard BRETON

                                                                                                                                                                    

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