RENCONTRE : ALDINA MATEUS
Aldina Mateus confie peindre uniquement ce qui lui plait et avec un plaisir toujours renouvelé. Son univers pictural gravite autour des femmes, belles, mystérieuses et sensuelles, voire amoureuses ! Elle a choisi ce thème à mille autres, parce qu’il évoque à ses yeux un sentiment, une sensibilité et une attitude qui la confrontent à son tempérament d’artiste. Rencontre.
Qui êtes-vous ?
Je suis née en 1965. D’origine portugaise, je vis en France depuis l’âge de onze ans. J’ai suivi une forma-tion en secrétariat-comptabilité, cursus qui m’a amenée à travailler dans différents secteurs, allant de l’étude de notaire au monde bancaire, du secrétariat médical aux analyses de marché. Loin de moi, alors, l’idée que j’allais un jour embrasser une carrière artistique !
Quand vous êtes-vous intéressée à la peinture ?
J’ai découvert la peinture en 2012, suite à l’invitation d’une collègue qui peignait. Il s’agissait de venir assister à un cours d’initiation au sein de l'association La Palette d'Ecquevilly. Une extraordinaire découverte qui, depuis, ne me quitte plus. Je me suis investie de plus en plus dans cette activité en autodidacte, en observant et en m’appuyant sur divers tutoriels en ligne, ce qui m’a permis d’expérimenter, de chercher et de trouver. J’ai essayé diverses techniques avant de me fixer. L'encouragement de ma famille a été essentiel et m’a conduit à poster quelques clichés de mes créations sur les réseaux sociaux, me permettant ainsi de bénéficier du soutien d'une amie, responsable d'une agence de voyages, qui m’a proposé d’exposer quelques toiles dans ses locaux, puis de les renouveler régulièrement. De cette manière, j’ai fait la découverte du public. Stéphane Le Maner, jusqu'alors responsable des expositions du Musée de l'Hôtel Dieu de Mantes-la-Jolie, m’a suggéré de travailler par thèmes, de créer des séries et d'aborder le grand format. De la sorte, les expositions ont commencé à se succéder.
Vous pratiquez la technique de la peinture à l'huile essuyée. De quoi s’agit-il ?
La technique de la peinture à l’huile essuyée consiste à travailler sur le négatif et est tout l’inverse de ce que font les autres peintres. Je commence par poser une épaisse couche de peinture sur la totalité du support pour faire apparaitre mon sujet en retirant de la matière avec, par exemple, du papier absorbant, un chiffon ou mes doigts. Les lumières sont ensuite travaillées au coton tige. Puisque la fine couche de pigments restants ne permet pas un croquis ou des esquisses avant peinture, mes toiles sont exécutées à main levée. J’ai découvert ce procédé tout à fait par hasard, en cherchant à récupérer la surface sur laquelle je m’étais essayée à l’abstrait. En essuyant la toile, je me suis amusée à faire apparaitre des nus et des drapés. La patte du peintre était née !
Y a-t-il un artiste qui a influencé votre parcours ?
Pour moi, Tamara de Lempicka a été une véritable source d’inspiration. J’adore la transparence des étoffes qu’elle reproduit, ses personnages féminins coiffés de grands chapeaux, ainsi que sa palette qui passe du bleu au vert, en jonglant avec les jaunes et les rouges éclatants. Grâce à une stylisation mêlant néo-cubisme et renaissance italienne, ses œuvres, principalement des portraits mondains et des nus monumentaux, se caractérisent par un modelé accentué. La composition très resserrée s'inspire du cadrage cinématographique. J’adore !
Pourquoi avez-vous fait de la féminité l’objet de votre créativité ?
J'ai fait de la féminité le centre de mon activité, car j'aime travailler le naturel des corps, surtout celui de la femme. De manière générale, je peins à partir d'une photographie qui m'émeut ou que je trouve esthétique. Je commence par éliminer ce qui ne m'intéresse pas pour garder l'atmosphère particulière qui en a fait l’objet de mon choix. Mon objectif consiste à transmettre une émotion. Il importe que mes toiles dégagent une part de mystère, un sentiment ou une attitude. Je m’évertue à faire en sorte que chacun puisse s'identifier à mes personnages. Mes compositions présentent l'aspect du sépia ou du fusain, parfois avec une touche de couleur, même si peintes en technique mixte, c’est-à-dire à l’acrylique et à l’huile. Quant à mon besoin de représenter essentiellement des personnages féminins, cela doit tenir au fait que, inconsciemment, j’éprouve une envie de me libérer d’une éducation trop stricte due à mes origines. Aussi, en ne cessant pas de songer à ma grand-mère maternelle, Rosa, qui était une femme très émancipée pour son époque, extraor-dinairement féminine et que j’admirais plus que tout au monde.
Quelle émotion ou message cherchez-vous à transmettre à travers vos œuvres ?
Je cherche à partager un enthousiasme qui va au-delà du tableau, une bulle de bien-être autant qu’une invitation au rêve. Le public témoigne souvent d’un effet thérapeutique et d’une sensation d’apaisement ressentis au travers de mes toiles. A cela, je n’ai pas de propos particuliers à véhiculer. Mes œuvres se veulent avant tout harmonieuses. Chacun peut donc les interpréter à sa guise, en y voyant des choses auxquelles je n’ai pas forcément songé ou en venant vers moi pour partager des appréciations.
Vos toiles ont participé à de nombreuses expositions. Pouvez-vous en parler ?
Sans aucun doute, l’événement qui m’a le plus marquée reste l’exposition-vente du Gouverneur Militaire de Paris en 2019 aux Invalides, au profit des blessés et des familles de mili-taires morts en service. L’art au profit du caritatif me tient particulièrement à cœur. Un autre événement marquant a été mon exposition personnelle au Jardin du Luxembourg en 2021, organisée par le Sénat. Je n’imaginais pas réussir à attirer autant de visiteurs. Mille cinq cents en deux semaines. Du bonheur pur ! Dans le cadre de cet accrochage, j’ai vécu une expérience intense, lorsque ma peinture a été expliquée, toile par toile, à une non-voyante par son accompagnatrice. Je n’imaginais pas à quel point cela pouvait me troubler positivement.
Quel a été le plus grand défi auquel vous avez été confrontée ?
Ma première exposition en 2014 s’est révélé un vrai challenge. Il fallait aller au contact des visiteurs, parler de moi, expliquer ma technique. Un exercice auquel je n’étais pas préparée et auquel je me suis aguerrie depuis. J’y ai décroché mon premier Prix du Public. Quelle fierté !
De quelle manière avez-vous fait la connaissance d’Espace Art Gallery ?
L’écrivain Manuel Verlange, qui a découvert et apprécié mon travail lors d’une exposition, a parlé de moi à Jerry Delfosse, directeur d’Espace Art Gallery. Lors de ma visite à Bruxelles en novembre 2023, j’ai immédiatement été séduite par cet endroit extrêmement lumineux et par l’accueil chaleureux qui m’a été réservé. J’y exposerai une partie du thème Féminité, ainsi que quelques toiles du thème Efflorescences.
Pourquoi les visiteurs doivent-il venir à découvrir votre travail ?
J’invite le public à venir à ma rencontre, à participer à mon voyage pictural, à entrer dans un univers de rêve… et à se laisser surprendre par ce qui singularise mes toiles.
Qu’attendez-vous de cet événement ?
Un magnifique moment de partage et de convivialité. Je sais qu’il y a toujours énormément de monde dans le cadre du vernissage et j’ai entendu dire que le public bruxellois est fort chaleureux. Puis, chaque exposition m’amène à rencontrer de nouvelles personnes, à échanger et à découvrir
…
Quel conseil donneriez-vous à un jeune artiste qui souhaite se lancer dans l’aventure d’une exposition de ses œuvres ?
Je lui dirais de peindre essentiellement avec son cœur, de suivre ses envies, de se laisser guider par ce qu’il croit être bien et de faire confiance au public, car le regard des spectateurs est sincère et ne trompe pas !
Les œuvres d’Aldina Mateus sont à découvrir à Espace Art Gallery du 6 au 29 juin 2025. Référez-vous à tous les détails pratiques mis en ligne sur le site www.espaceartgallery.eu
Rue de Laeken, 83 à 1000 Bruxelles
Propos recueillis par Daniel Bastié (Article paru dans Bruxelles Culture de juin 2025)
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