Arts et Lettres

Le réseau des Arts et des Lettres en Belgique et dans la diaspora francophone

 

De la correspondance de Paul Valéry (1871-1945) ont été publiées: 1° en 1952, diverses pièces, sous le titre: "Lettres à quelques amis"; 2° en 1955, les lettres échangées avec André Gide, de 1890 à 1942: 3° en 1957, avec Gustave Fourment, de 1887 à 1933.

 

On peut distinguer deux périodes, au tempo contrarié, dans la correspondance de Paul Valéry. Deux états.

L'un couvrant une quinzaine d'années (1890-1905), témoigne d'une sensibilité brute, incandescente, et donne le "détail" des points aigus de la crise. Ce qui caractérise les lettres de cette série -à André Gide, à

Gustave Fourment, à Pierre Louys -c'est leur extrême violence, leur emportement, leur passion, et toujours, comme pour atténuer le tragique de l'allure, ce sens très développé chez lui de la "blague". Le ton en est d'une franchise absolue, et les destinataires éprouvent quelque difficulté à suivre ce fougueux méridional qui pousse le phénomène nerveux de l'intelligence jusqu'aux limites du possible. Elles fument, ces lettres, comme lettres d'amour. En fait, elles en ont les sautes, les caprices, les défaillances, et jusqu'aux tendresses. Ces jeunes gens se sont aimés, comme seule l' amitié, qui est une passion, le permet. Valéry, aussi peu libérateur que sentimental, ne cache rien à ses meilleurs correspondants,

il ne semble pas devoir garder quelque chose pour l'oeuvre, et ce n'est pas la moindre séduction de ses pouvoirs d' amitié. Toute l'énergie dont il est capable, et qu'il serait malhonnête de diviser, comme il arrive, en séparant l' intellectuel du sensible, il la jette, il l'offre, puisqu'il aime, puisqu'il a choisi ceux qu'il aime. Ce n'est évidemment pas le cas d'André Gide, dont les lettres sont plus belles qu'arrachées au miracle de vivre. Insensiblement, à coups de malheurs, Valéry va comprendre et préparer l'état "second". Comprendre quoi? Qu'il est impossible de se livrer totalement dans le contact avec autrui, qu'on ne sait jamais assez à quel degré de possession on est parvenu. A partir de ce moment -qui dura des années- le ton change une cellule du "coeur de l'esprit", comme il dit, se rompt, ne répond plus. Comme s'il avait pris une décision, tendant à anesthésier une souffrance possible, désormais intolérable. Comme s'il

était passé, lentement, de l'autre côté de la tendresse humaine, du côté où le rapport avec tout semblable ressort plus du jeu que du hasard consenti, et fiévreusement encouragé. L'essentiel, peut-être, de la

correspondance initiale, c'est qu'elle réduit à rien l'absurde mythe de "l'homme sec", dont Valéry fut une des plus fières victimes, n'acceptant aucun compromis et devant finalement confier au plus secret du verbe ses trésors d' affection non déçue, non brisée, mais "rendue". Tout Valéry est dans l'oeuvre, pour qui a su la lire sans préjugés. La correspondance ne fait que confirmer, d'éblouissante manière, la très profonde détresse, électrique, imprenable, qui la nourrit. Des lettres "officielles", dont certaines ont paru dans le recueil: "Lettres à quelques-uns", nous retiendrons celles à Thibaudet, à propos de Mallarmé; à Albert Coste, vieil ami retrouvé, dans lesquelles l'homme de quarante-cinq ans fait le point, dit ses ambitions, ses efforts, ses regrets; au R. P. Rideau, auquel il "explique" une fois de plus, désespérant de jamais faire entendre sa vraie passion; et ce court envoi à une religieuse qui prend l'habit, envoi qui se termine ainsi: "Mais si vous voulez bien, sur le seuil du couvent, accepter l'hommage d'une pensée qui parfois s'écarte du monde... sans s'approcher de la religion, sachez que j' admire "sur toute chose" la force de choisir entre le tout et le rien, quand on a su, comme vous l'avez su, démêler en soi-même ce qui peut être "Tout" de ce qui doit être "Rien".

Vues : 185

Commenter

Vous devez être membre de Arts et Lettres pour ajouter des commentaires !

Rejoindre Arts et Lettres

L'inscription sur le réseau arts et lettres est gratuite

  Arts et Lettres, l'autre réseau social,   créé par Robert Paul.  

Appel à mécénat pour aider l'éditeur de théâtre belge

Les oiseaux de nuit

   "Faisons vivre le théâtre"

Les Amis mots de compagnie ASBL

IBAN : BE26 0689 3785 4429

BIC : GKCCBEBB

Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Child Focus

Brussels Museums

      Musée belge de la franc-  maçonnerie mitoyen de l'Espace Art Gallery

Les rencontres littéraires de Bruxelles

Les rencontres littéraires de Bruxelles  que jai initiées sont annulées sine die. J'ai désigné Thierry-Marie Delaunois pour les mener. Il en assurera également les chroniques lors de leur reprise.
                Robert Paul

      Thierry-Marie Delaunois

Billets culturels de qualité
     BLOGUE DE              DEASHELLE

Quelques valeurs illustrant les splendeurs multiples de la liberté de lire

Sensus fidei fidelis . Pour J. enlevée à notre affection fin 2020

Bruxelles ma belle. Et que par Manneken--Pis, Bruxelles demeure!

Menneken-Pis. Tenue de soldat volontaire de Louis-Philippe. Le cuivre de la statuette provient de douilles de balles de la révolution belge de 1830.

(Collection Robert Paul).

© 2021   Créé par Robert Paul.   Sponsorisé par

Badges  |  Signaler un problème  |  Conditions d'utilisation