Arts et Lettres

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Ouf, enfin la retraite, je n'en pouvais plus ! D'ailleurs sur la fin, je le confesse, j'avais tendance à moins bien faire les choses  ou à faire comme si je ne voyais plus les choses importantes ou encore à colmater des brèches, à mettre du plâtre sur une jambe de bois si vous préférez. Quand j'étais plus jeune, j'étais plus audacieux. Il faut dire que j'étais en meilleure santé, en meilleure forme et cette façon de faire n'était pas mon quotidien. C'est consciemment en toute liberté de mal faire que j'escroquais les autres autour de moi. Etant médecin je fourguais des médicaments à mes patients en veux-tu en voilà et surtout ceux qui me payaient des voyages au soleil, voyages payés par les laboratoires en remerciement de mes bons et loyaux services. Mon ami dentiste, lui, facturait des fausses dents sur pivot tant qu'il pouvait puisque les mutuelles qui augmentaient leurs tarifs en conséquence à leurs adhérents couvraient généreusement son train de vie. Non, je plaisantais, je ne suis ni l'un ni l'autre et suis en train de leur faire un procès sans preuves. Chacun sait bien que ce ne sont que des racontars. Tenez par exemple les sociétés de construction de maisons individuelles, je peux en parler car je viens de faire construire un pavillon. Sachez que du contrat à la réalisation les imperfections, combines en tout genre font partie du contrat : un peu moins de ciment par ici, une fenêtre hors de niveau par là, un mur qui se fend, une toiture qui s'affaisse, des ouvriers au noir qui récupèrent en douce vos matériaux, qui vous haïssent vous le riche qui fait bâtir et qui se sauvent à 5 heures pile pour construire leur maison ! Vivement la retraite pour ces pauvres diables qui se débrouillent comme ils peuvent.Mais le conducteur de travaux, lui, qui sort du restaurant à 5 heures avec vos sous, qui jette un oeil distrait sur ce qui sera l'héritage de vos enfants et qui rentre chez lui fourbu d'une journée gastrique épouvantable où il aura appris lors d'une réunion des plus sérieuses les nouvelles normes du bâtiment ? Ah le train-train épuisant ! Mais ne nous plaignons pas, il n'y a pas mort d'homme. Car il y a des courageux qui mettent dans nos assiettes de la viande de cheval de réforme, des vaches nourries à la farine de vache morte et même nos petits animaux de compagnie mangent de la pâtée de congénère. Oh le scandale, comment est-ce possible ? Et pendant tout ce temps les points de retraite continuent de courir ! Tenez mon garagiste qui n'en peut plus de toutes ces voitures et bien il me facture de l'huile vulgaire recyclée pour de l'huile haute performance. Une poissonnière me confiait fièrement faire luire les yeux de ses cadavres avec je ne sais quel lubrifiant pour les rendre plus vivants, mais aussi qu'elle entamait enfin une retraite bien méritée ! Mon banquier, lui, assis sur le coffre souriant et grimaçant à longueur de journée n'en peut plus de son col de chemise qui lui râpe la gorge pestant sur le café du distributeur qui ne cesse d'augmenter. Le curé lui aussi attend la retraite , lui qui est en retraite depuis le début. Quant à moi, je vous prie de m'excuser mais j'ai rendez-vous chez le médecin et doit passer chez le boulanger !

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Commentaire de Gilbert Czuly-Msczanowski le 6 août 2014 à 21:18

Bonsoir Rolande,
Rien ne vous échappe et j'apprécie toujours vos commentaires. Souvent les gens pensent qu'à la retraite ils pourront faire ce qu'ils veulent, qu'enfin ils auront du temps pour eux et que ce sera le bonheur... Vous évoquez la vacuité. Elle prend en effet  tout son sens à ce stade de l'existence. La mémoire est parfois cruelle et quand elle commence à nous "jouer des tours 'ça n'est pas au fond si désagréable !
Merci,  Avec mes amitiés
gilbert

Commentaire de Quivron Rolande le 6 août 2014 à 16:26

Fameux clin d'œil que celui-ci ! La retraite que d'espoirs l'on met en ton nom ! Enfin, le pouvoir de faire et de réaliser ses désirs les plus secrets : peinture, poésie, écriture .... à moi à moi à moi. 

Une balafre vient enrayer tout cela. Une maladie et l'affreuse agonie d'un être cher suffit à tout remettre en question.

Des tâches plus urgentes vous appellent : bénévolat auprès des malades, des mourants ...par exemple.

Retour trop tardif vers la réalisation de tous ses désirs secrets .... Quelques années d'essoufflement à vouloir rattraper le temps perdu .... Trop tard, le cœur s'est effrité, il ne veut plus suivre. 

Une immense lassitude vous envahit, tellement bien décrite par notre Chère Josette dans son dernier billet.

J'aime beaucoup votre réflexion sur la bonté : je l'ai rencontrée oui, mais je suis d'accord avec vous Gilbert. Elle n'est pas là où sévit le "kleenex économique" mais bien auprès des malades, des mourants souvent sublimes en leurs derniers moments.

Il est vrai que le paysage vu de la Dune du Pyla vous emmène bien loin au-delà des misères de ce monde. Mais elle avance, avance, balayant les jolies villas, des pans de forêt .... pour arrêter sa folle course où ?

En attendant, nous en apprenons l'immense vacuité des choses d'ici-bas.

Mais j'ai adoré votre texte .... car ce que vous exprimez est juste sous ses aspects humoristico-grinçants.

Bienvenue à tous les futurs retraités .... pour leur 'temps du bonheur".

Amicalement. Rolande.

Commentaire de Gilbert Czuly-Msczanowski le 6 août 2014 à 13:28

Merci Sandra d'être passée par là,
La bonté n'est pas de ce monde et certainement pas dans les usines, les bureaux, les administrations où l'être humain est un kleenex économique. Le paysage vu du haut de la dune du Pylat est bien plus agréable !
Toutes mes amitiés
gilbert

Commentaire de Gilbert Czuly-Msczanowski le 3 août 2014 à 10:06

Chers amis,
Ce " Vive la retraite " était évidemment teinté d'humour grinçant, vous l'aviez compris, tant j'ai pu vérifier que cette aspiration était au coeur de quantités d'individus, même très jeunes de surcroît. Un cri, un appel au secours !
Les conditions de travail, la pression de la hiérarchie, les erreurs impardonnées qui suscitent des climats de rancoeur, d'escamotages du bien-faire, les résultats économiques et financiers qu'il faut toujours optimiser conduisent les salariés à la dépression, au burn-out comme on dit aujourd'hui. Les suicides au travail se sont banalisés Complètement inimaginable il y a cinquante ans . Il n'y a plus d'enthousiasme à vivre s'il n'y a plus d'enthousiasme au travail. La retraite où l'on " cultive son jardin " en recevant de l'argent sans être obligé d'affronter de telles conditions de vie devient l'objectif clamé haut et fort !
Je n'exclue pas le prêtre de cette histoire qui voue toute sa vie à accompagner ce train de misère, qui voit et entend les litanies continuelles de désespoir et qui aspire, me semble-t-il, à un peu de tranquillité lui aussi. Mais il y a, cher Robert, des exceptions et votre exemple le prouve d'hommes ou de femmes qui trouvent dans la souffrance le sens de l'absolue vérité. Merci pour votre ténacité à défendre vos valeurs même si sur ce point je n'en partage pas complètement l'objectif.
Tenez Liliane, n'avez-vous pas cité le chiffre 7. Je vous remercie pour votre âme d'artiste- né qui savez si bien décrypter les musiques internes. Merci Josette, tendre poète de la prose quotidienne aux réalités si variées. Evidemment qu'il y a ces yeux innocents que nous avons le devoir de conduire et surtout d'aimer. Peut-être de rattraper le temps perdu où nous n'avons pu nous rendre disponible et ainsi définir un autre chemin.
Merci Liliane, Josette, Robert ; C'est toujours un plaisir et un honneur.
Ayez un bon Dimanche,
gilbert


administrateur partenariats
Commentaire de Liliane Magotte le 2 août 2014 à 23:47

J'ai aimé ce texte, Gibert.

Je ne suis pas encore retraitée, c'est pour dans 7 ans, mais je me réjouis de prendre le temps de vivre, si j'ai la santé encore, et le temps d'aimer, le temps de dévorer tout ce que je n'ai pas encore eu le temps de faire...

Le temps !

Quel mot !

Commentaire de Josette Gobert le 2 août 2014 à 22:31

Bonjour Gilbert.

Je la voyais tout autrement. Petit déjeuner sur la terrasse, lecture au soleil, promenade tôt le matin dans la campagne ou le soir profitant agréablement de la fraicheur naissante. Parfois cette retraite ne se déroule pas comme on l'a rêvée et se révèle pleine de surprise.  Petit minois qui pointe son nez et remplit ainsi ce temps tant attendu de la retraite et fait des jours ensoleillés, chargés de petites choses, de petits moments extraordinaires et irremplaçables. Le début d'une vie qui vient compléter une vie déjà bien remplie. Le temps du bonheur Gilbert tout simplement.

Bonne soirée

Josette


Fondateur réseau
Commentaire de Robert Paul le 2 août 2014 à 12:22

J'ai été en relation avec une vieille dame qui s'appelait Paula, ainsi qu'avec un curé se prénommant André. Un jour Paula m'annonça qu'André était pensionné. Elle me dit en roulant des yeux terribles et en agitant un doigt tremblant vers moi: "Tu sais Robert, même s'il n'est plus curé, il est encore prêtre".

Je n'avais pas de suite compris ce que cela signifiait exactement.

Plus tard, j'appris que mon André avait un emploi très très occupé: comme le nombre de curés avait fortement diminué, tous ses anciens collègues, surchargés de dire des messes dans de multiples paroisses, faisaient constamment appel à André pour célébrer des messes à leur place, moyennant un petit remboursement de "frais".

Comme il n'avait plus de belle cure, il rejoignit une maison de retraite gérée par de vieilles soeurs. Elles lui faisaient le ménage en échange de plusieurs messes par jour. C'est bien souvent à partir de la pension que nous travaillons le plus.

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