Dans cette région moyenâgeuse où subsistent des vestiges d’un autre temps, un homme étrange est arrivé ce matin. Le regard sombre, un manteau défraîchi sur le dos, il voyage de vallon en vallée, de village en campagne parcourant des kilomètres chaque jour. Accroché à son épaule, il a une besace qui renferme ses secrets.
Il apparaît à l’aube, silencieux, cherchant un coin d’ombre pour s’y installer. Les habitants curieux le regardent et n’approchent pas. Cet étranger est inaccoutumé, énigmatique, inquiétant et il ne fait rien pour se montrer sympathique.
Il voyage comme cela depuis très longtemps. Il passe à travers le temps comme l’eau coule dans les rivières. Il ne s’attache à personne, ne fait aucun mal, se repose et s’en va sans rien dire. Les villageois ont entendu parler de lui dans le passé. La nouvelle de son arrivée le précède et une vieille légende raconte la vie d’un déplacé, d’un inopportun, d’un errant.
Les vieux du village se souviennent toujours de son passage au temps de leur jeunesse et s’en rappellent fort bien mais personne n’en parle, n’ose le dire de peur des moqueries, des quolibets. Le temps des sorcières est passé et ce temps n’a apporté que le malheur.
Assis à l’ombre, l’homme médite et a sorti de son sac des objets bizarres, qu’il tient d’une drôle de façon. Le mystère est entier et la rumeur s’installe de nouveau. Dés que les plus audacieux ont commencé, les autres se joignent à eux et amplifient les interprétations. Tout et rien sont dits sur cet homme et les anciens osent à peine exprimer leurs souvenirs qui, de toute manière, ne seront pas entendus.
L’homme a bougé, faisant reculer les villageois. Cette fois, un jeune téméraire, un fou ose approcher de quelques pas et le fixe. Retenant son souffle, il fait encore quelques pas hasardeux. L’étranger l’aperçoit et d’un geste lent, l’appelle.
Face à face, le jeune aventurier voit la face burinée, grêlée de cet homme, un grand âge inscrit sur la figure dans des rides profondes. Mais de ce visage vieilli ressortent des yeux d’un bleu infini. La crainte s’est envolée pour le jeune fou et rassuré, il s’installe à côté de cet homme pour l’écouter.
Son histoire est peu commune. Il a connu un nombre incalculable d’évènements dans sa vie, des catastrophes, des guerres. Il a vécu des vies différentes, à des époques distinctes sur d’autres continents. Il a fait le tour de la terre. Il a aimé des femmes, eu des enfants et les a vus mourir. Sa destinée est depuis longtemps celle d’un déraciné, d’un vagabond, d’un mendiant.
Il possède la sagesse, le savoir, la vertu, il vit loin des hommes depuis longtemps et ne s’en approchent que rarement. Il possède un don, un présent que les humains recherchent avidement : la vie éternelle. C’est un immortel.
Son chemin est comme un jour sans fin, il recommence chaque matin et le temps ne lui est pas compté. Ce voyageur fantôme cherche le repos depuis longtemps. Peu de ses contemporains ont vécu la même histoire, c’est un rescapé du pays des songes.
JGobert
Commentaires
Toujours à la recherche du bonheur, à travers le monde. N'Est-ce pas ce que les hommes recherchent depuis la nuit des temps ? QQ hommes ont pu posséder ce don et le transmettre à travers de belles histoires aussi. Qu'en avons-nous fait pour qu'il nous manque tant ? Et que notre quête ne soit jamais finie...
Amicalement
Josette
Voici un merveilleux conte qui nous rappelle ces prophètes d'un autre temps qu'étaient Jésus ou encore le Bouddha, mais aussi bien d'autres moins connus, débarrassés des contingences matérielles, qui allaient porter la parole de la sagesse de par le monde. Belle écriture, Josette.
Merci Rolande. J'ai eu ton message. Bonne journée
Josette
Chère Josette,
J'avais écrit tout un commentaire concernant ton autre nouvelle : Une femme moderne !!
Hélas, hélas, il a disparu dans la nature et j'ai retrouvé, à nouveau, les caractères trop grands.
A croire qu'un malin lutin s'amuse à me contrarier.
Aussi, vais-je renoncer à consulter le site car ces inconvénients me fatiguent et me font perdre un temps précieux. Alors que la mise en ordre de mes divers "papiers" m'attend.
J'ai beaucoup aimé cette femme moderne:elle m'a fait penser à toutes celles qui, jadis, ont dû renoncer à se marier, placées devant un choix car, dans l'enseignement, dit libre, il fallait signer sa démission en cas de mariage. Tout simplement. C'est à partir des années 1960 que les choses ont commencé à évoluer.
C'est pourquoi, parmi mes anciennes collègues y a-t-il beaucoup de celles que nous appelions "vieilles filles".
Ces grands caractères me fatiguent énormément. Me voilà contrainte à renoncer ... à mon grand regret ... alors que je venais de remercier les inconnus (es) qui m'avaient sortie de cette ornière.
Bon week end et à quand ??? je ne sais pas. Tout à fait navrée. Rolande.
Les voies de l'informatique sont parfois impénétrables aussi..
Ca me fait plaisir d'avoir ton commentaire Rolande.
Excellent weekend
Amitiés
Josettte
C'est une très beau texte cueilli dans la nuit des temps : bravo Josette, notre conteuse émérite.
Ne serait-ce pas ce Juif Errant qui, enfant, nous faisait rêver à la même errance éternelle ?
Ah ! ce que nous pouvions l'aimer : nous aurions désiré le suivre ce vagabond de l'Eternel et, marchant à ses côtés, l'écouter pour nous imprégner de Sa Sagesse et de Sa Grande Bonté.
Je ne sais pas qui est intervenu, mais les caractères ont repris leur gabarit normal et j'en suis fort aise. Grand merci à l'Inconnu (e) ??
Bonne fin de semaine et mille amitiés. Rolande
Merci à l'inconnu (e) ? pour son cadeau fort apprécié.