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Un billet pour une amie d'enfance, Patricia Kinard

Eté 2015 Exposition: Entre ciel et fleurs

Les Peintures de Patricia Kinard

S’il faut accueillir le silence pour entendre la musique, il en va de même pour s’immerger dans le chant des couleurs. Les compositions atmosphériques de Patricia Kinard, trouvent leur origine dans le souvenir d’ensembles végétaux  nés d’hommes, d’oiseaux, du temps nécessaire et des nuages qui passent et ensemencent.  Paysages lointains ou jardins proches, colorés aux nuances de pétales et de buissons dont le peintre transpose les partitions chromatiques en une multitude de fragments d’univers qui, au fil du travail créatif, accordent leurs différences, aussi subtiles soient-elles.

Or, dans une cathédrale, l’omniprésence du sentiment végétal induit par la succession des colonnes, le décor architectural et le dessin des fenestrages, guide les pas de celui qui traverse l’espace dématérialisé par les souffle des lumières. Oui, ici, les toiles de Patricia Kinard se sentent bien. Le ressentez-vous ?

"Or voilà, chose rarissime, qu’une nouvelle œuvre vient d’être acquise et placée au fond de la perspective principale, au centre du chœur ancien. Il s’agit d’une présence lumineuse davantage qu’une illustration. Elle est assurée par quatre toiles carrées et dorées légèrement séparées les uns des autres par un filet de bleu qui dessine en creux, une croix grecque. Dessous, un large rectangle sombre, noir quand on le voit de face, flammé dès que l’angle de vue se fait oblique assure le contraste entre un appel à la méditation et le point de départ, attaché aux réalités de la terre."

La simplicité apparente (mais il suffit d’approcher le regard pour découvrir toute la respiration du travail pictural) rejoint en réalité et avec une évidence naturelle, l’affirmation d’un tout en quatre parties et dans le même temps celle d’une séparation qui, géométriquement désigne un rapport dit d’or dont le Moyen-âge gothique avait usé afin d’évoquer une harmonie à jamais réductible à la seule raison (arithmétique).

Le peintre, Patricia Kinard avait peint cette composition pour elle seule. Une toile après l’autre. Petit à petit, une construction s’était imposée. Naturellement. Elle n’imaginait pas qu’un jour, cette œuvre serait là…

La peinture haute de plus de trois mètres se présente en deux sections. Vue de face, la  partie inférieure, à la manière d’une prédelle, parait noire. En s’approchant, on découvre une surface rainurée peinte en pourpre très sombre qui, à certains endroits, dès que l’angle de vue se déplace, laisse apparaître des zones flammées plus claires. La partie supérieure se compose de quatre panneaux monochromes et dorés de format carré séparés les uns des autres par un liseré peint dans le bleu de Fra Angelico. L’histoire de cette composition mérite d’être contée car il ne s’agit nullement d’une commande.

Tout commence en 2007. L’artiste s’est isolée. Elle a besoin de silence. Alors qu’elle termine une suite de paysages aux tonalités presque noires, elle ressent le besoin d’une lumière qui soit d’or et vivante. Peu à peu, produit d’une méditation où se mêlent au même rythme, les mots et le mouvement de la main, une texture très sensible aux rayons lumineux, apparaît sans profondeur, ni limite. Kinard peindra ainsi quatre carrés d’or. Pas un de plus. Ils ne seront jamais exposés.

Pour elle, ce sont pourtant des tableaux importants. Bien plus tard, les retrouvant un peu par hasard parmi tant d’autres rangés dans l’atelier, elle décide de les réunir en un grand carré sur un des murs de sa maison. Les saisons passent. Le peintre poursuit son chemin.

Un jour, Alain Arnould, l’aumônier des artistes dont elle avait fait la connaissance à l’occasion de la réalisation d’un décor pour une pièce chorégraphique présentée dans l’église du Finistère, la contacte. Les quatre toiles dorées lui parlent aussitôt. Après avoir visité l’atelier, une exposition est programmée dans le déambulatoire de la cathédrale. « Entre ciel et fleurs » réunira des compositions colorées comme autant de fenêtres posées en écho aux verrières du bâtiment. Mais Patricia Kinard a d’emblée l’intuition qu’au niveau de l’autel, dans l’axe de la nef principale, les quatre monochromes auraient leur place. Du coup, elle engage un nouveau dialogue avec les œuvres qui ne devraient en former qu’une seule, riche de sens en ce lieu de musique et de silence. Peu de temps après, naît cette composition unifiée avec sa part sombre et cette autre, dégagée et lumineuse dont chaque partie, chaque fois insensiblement différente, est à son tour associée aux quatre directions suggérées en bleu entre les ors.

Le 13 décembre 2015, Joseph De Kesel, ancien évêque de Bruges, deviendra l’archevêque de Malines-Bruxelles. A cette occasion, « Oro » lui sera offert. Désormais, l’œuvre demeurera de manière permanente dans le choeur du bâtiment gothique.

Sources : http://kinardpatricia.eu/wp-content/uploads/2016/01/Loeuvre-de-la-s...̀s-le-solstice...-

Belgique-LeVif.be_.pdf

http://kinardpatricia.eu/2015/12/09/oro-place-definitivement-dans-l...

http://cathedralisbruxellensis.be/fr/node/312

Biographie

Patricia Kinard n’a pas suivi le cursus d’une école d’art. Licenciée en Histoire de l’Art et Archéologie de l’ULB (mémoire sur Octave Landuyt). Elle apprend la peinture chez Blanche Desmarets qui lui apprend à voir la couleur des reflets et à les traduire par l’usage de teintes pures. Les derniers exercices l’amènent à travailler le blanc sur blanc à partir du modèle d’une poupée de porcelaine.

1983, 1ère exposition solo dans la galerie Rencontre avec, face à face, des représentations de Fœtus et de poupées de porcelaine. Peinture lisse en glacis sur fond blanc.

Il s’en suivra une suite de « Portraits », visages de face parés de coiffes et de costumes empruntés au théâtre royal de la Monnaie. Peinture lisse en glacis sur fond blanc puis coloré.

Un modèle, un enfant à l’âge de l’entrée en adolescence devient l’acteur d’une suite de « rêveries » dont le décor devient peu à peu celui d’une cathédrale. Peinture en touches plus larges.

L’architecture et particulièrement la nef gothique des cathédrales deviennent le cœur des toiles. Bientôt, le cadrage ne privilégie plus que le portail. Les contours s’estompent au profit d’impressions (Int Art Gallery).

Désormais, c’est à la surface de « Portes » (claires de Grèce ou sombres de Barcelone) que s’inscrit la marque du temps. La peinture gagne en épaisseur sur un motif en pleine page, frontal. Dans l’exposition « Pacific Memories » galerie X+, une installation inscrite dans un parcours musical qui, insensiblement passe des « Airs sacrés » de Mozart au chant des baleines.

De ces portes apparaissent bientôt des constructions géométriques qui s’apparentent à des mandalas junguiens mêlés à des motifs végétaux issus de la statuaire antique (Gal Bastien). Chromatismes de terre.

Un voyage à Rome provoque une nouvelle conception du temps qui inclut le mouvement tournoyant. Suite des « Entropies » bientôt suivie, après un autre voyage, au Népal, par une peinture où le vide central repousse vers les bords, les motifs végétaux.

Un empoisonnement du foie par les pigments l’oblige à abandonner la peinture à l’huile. Pendant un an, elle cherche, jette et peu à peu, apprend à penser « autrement » la technique picturale.

Les blancs dominent dans les compositions aux rythmes répétitifs formés par de longues bandes parallèles (parfois aux bords déchiquetés). En intégrant à sa palette des pigments iridescents, les teintes de ces « Pluies de Printemps » se modifient en fonction du déplacement du spectateur induisant la sensation d’impermanence. L’écriture se diversifie, usant parfois de collages de papiers japonais, voire de feuilles séchées. L’or couvre aussi de grandes surfaces de papiers froissés (Galere Artiscope)

Un nouveau voyage, au Japon cette fois, la plonge au cœur des jardins et temples de Kyoto. Après une nouvelle suite de toiles évoquant les bruissements d’une bambouseraie, une autre évoque les senteurs de thés (Galerie De Mijlpaal)

Son intérêt pour l’univers floral (le plus riche en termes d’intensités chromatiques) la conduit à une suite de « Jardins » en rouges (Fred Lanzenberg) dans lesquels les pétales deviennent avant tout des touches qui participent à une sorte de semis.

Suivront des paysages noirs (gal 2016) puis d’autres habités par de petits personnages empruntés aux cartes postales des années 1930 (Spirit chez Artiscope). Comme cela s’était passé avec les « Rêveries », les figures font bientôt place à de vastes impressions paysagères composées durant deux ans comme autant d’hommages à la musique de Mahler et de Dutilleux (gal Bartoli Marseille). L’écriture joue de toutes les variations graphiques, du trait à l’informe, de l’étendue à la ponctuation.

Depuis deux ans, sa fascination pour la lumière méditerranéenne et ses nombreuses visites au parc du Museum d’Histoire naturelle de Paris inspirent un travail intitulé « entre ciel et fleurs » qui n’a jamais été aussi coloré et créatif en termes de procédure.

Le laboratoire central
[ Max Jacob ]

 

Le site de la dame bleue: http://kinardpatricia.eu/

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Commentaire de Deashelle le 1 mai 2017 à 18:36

Aucun texte alternatif disponible."Cet après midi ,je voulais peindre ,mais l'épuisement était toujours là...pourtant, la musique doucement s'infiltrait.....je suis allée à la galerie.J'ai regardé les toiles ,et la musique montait, montait..presque rageusement, j'ai pris chaque toile, comme mes pinceaux recouverts de couleurs et j'ai refait l'accrochage.!Et , malgré, le froid, la pluie, la fatigue, elles se sont mises à chanter,j'ai senti alors que c'était "JUSTE"....la musique murmure et me caresse...."

Commentaire de Deashelle le 1 mai 2017 à 18:32
Commentaire de Deashelle le 1 mai 2017 à 18:30

Elle expose encore 5 jours à la Galerie Demange... 

Exposition du 20 avril au 6 mai > PATRICIA KINARD Vous présente "paysages au seuil de l'indistinct"

Commentaire de Gohy Adyne le 23 avril 2016 à 23:24

De magnifiques peintures, Bravo à l'artiste, merci Deashelle pour ce partage.

Bien cordialement.

Adyne

Commentaire de Anne RENAULT le 23 avril 2016 à 21:25

Je trouve ces toiles merveilleuses de poésie et de mystère. Je vais aller sur le site.

Merci

Commentaire de Gilbert Jacqueline le 23 avril 2016 à 18:58

Quelle belle artiste MERCI Deashelle pour cette découverte, j'en ai plein les yeux, c'est magnifique!

Commentaire de Rosyline le 23 avril 2016 à 18:51

Oui, il m'a été très agréable de découvrir la talentueuse artiste Patricia Kinard à travers ce beau billet et je reste admirative devant la photo des Jacinthes sauvages. Quelle magnificence ! 

Merci Deashelle.

Commentaire de Nicole Duvivier le 23 avril 2016 à 17:23

Merci de ton partage, Deashelle !  J'ai apprécié ton billet, tout de bleu vêtu , pour nous présenter Patricia !Cordialement, Nicole

Commentaire de Kinard Patricia le 23 avril 2016 à 17:14

merci Dominique de m'avoir choisie pour ton 600e billet, j'en suis très touchée,tu t'es très bien documentée et tout cela semble couler de source ,avec les tableaux et les photos.

Immergée dans le bleu.

la dame en bleu. PKinard

Commentaire de LEJEUNE NADINE le 23 avril 2016 à 17:12

sans s à spectacle et encore moins de ent au verbe conférer , c'est bien ce que je dis tout ce bleu m’enivre

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