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TROIS VARIATIONS SUR UN MEME STYLE : L’ŒUVRE D’ELIZABETH BERNARD

Du 05 – 08 au 30 – 08 – 15, l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles) a le plaisir de vous proposer une exposition intitulée ECLECTIQUE, consacrée à l’œuvre de Madame ELIZABETH BERNARD, une peintre française dont l’écriture picturale ne manquera pas de vous intriguer.

La peinture d’ELIZABETH BERNARD se distingue principalement par l’importance de l’apport chromatique, décliné en une série de contrastes faits de tonalités vivaces. Des notes telles que le rouge, le jaune ou le bleu sont jetées sur la toile dans des accords vifs, créant ainsi des symphonies de couleurs chatoyantes.

Il y a de l’abstraction lyrique dans cette œuvre. Une abstraction ornée d’éléments géométriques structurant la toile en des rangées de segments et de formes trahissant une mise en confrontation de l’onirisme poétique et du rationnel le plus déterminé. Un sentiment d'élément figuratif intrigue le regard. LE CADEAU D’ANNA (1 m x 1 m – acrylique sur toile)

expose dans sa partie droite, campée en une zone à dominante jaune, ce que l’imaginaire peut interpréter comme étant un profil, mis en valeur par une paire d’yeux saillants, terminé par une bouche aux lèvres rouges. Tandis que la partie gauche est dominée par la présence géométrique, structurée à l’intérieur d’un carré. L’ensemble de la composition est encadrée d’une haute note rouge vif. Cela se retrouve souvent dans l’écriture de l’artiste, à savoir que le sujet de la toile se développe en son centre, entouré de zones chromatiques de différentes intensités.

Nous insistions plus haut sur l’élément géométrique lequel revient comme un leitmotiv dans l’ensemble de son œuvre.

TRACES (1 m x 1 m – acrylique sur toile)

nous propose une toile divisée en quatre zones distinctes, décrivant quatre figures-symboles, telles que la spirale (en haut, à gauche), le labyrinthe (en bas, à droite), la pyramide (en haut, à droite – conçue comme une coupe plongeante), la piste en zigzag (en bas, à gauche).

En la décortiquant, l’on s’aperçoit que la figure, quelle qu’elle soit, abrite toujours en son sein, un symbole. En ce sens qu’elle est le signifié matérialisé d’une conception abstraite que les cultures ont balisé au fil des siècles.

Ainsi, peut-on voir dans la spirale le symbole de l’infini. Dans le labyrinthe, l’image de la recherche de la liberté à partir d’un parcours complexe. 

Dans la pyramide, l’union mystique du chtonien et de l’ouranien – ou pour mieux dire, le mariage entre la terre et le ciel. La piste en zigzag est sans doute ce qui représente le plus l’artiste en son for intérieur, en ce sens que, composée de lignes droites, elle associe la recherche vitale de liberté tout en rationalisant le trait dans son parcours. Car jamais ce dernier ne déborde des limites du cadre.

L’ensemble de la composition baigne dans un chromatisme bipolaire composé de blanc et de gris, donnant à l’ensemble une douce tonalité cendrée.

Comme nous l’indiquions plus haut, le figuratif n’est pas totalement absent de l’œuvre de l’artiste.

SON AND DAD (80 x 80 cm – acrylique sur toile)

nous convie vers une volonté expressionniste exprimée dans une sorte de « coupe au scanner » dans laquelle le corps est souligné, en son contour, par la blancheur du trait. L’intérieur est évidé, en son milieu, par la zone noire laquelle sert de couverture chromatique à l’arrière-plan, faisant ressortir la figure humaine de façon saillante.

PETIT ROBOT, AS-TU DU CŒUR ? (50 x 100 cm – acrylique sur toile)

associe les aspirations profondes de l’artiste, en ce sens qu’il unit une dimension abstraite, laissant deviner la structure (rendue onirique) de la machine à une approche figurative de conception expressionniste, laissant apparaître le « visage » (si tant est qu’un robot en ait un….), traité à la façon d’une figure christique, laquelle ressort irradiée par une série de stries réalisées à la spatule. Dans cette composition extrêmement intéressante dans son approche, l’artiste a voulu marier anthropomorphisme (le visage sacré du robot) et anthropopathisme (dans la question de savoir s’il éprouve des sentiments). C’est sans doute le défi qui agite aujourd’hui les concepteurs de robotique, à savoir concevoir un alter ego mécanique pouvant servir de présence « domestique » à l’être humain.

Insistons sur le fait que dans la composition, la partie mécanique du robot est supplantée par un écran onirique, brouillant toute référence possible à la machine. Il ne subsiste de lui que le « visage » rayonnant de sainteté mystique, l’associant de ce fait à son démiurge, l’Homme.

L’Homme qui a conçu Dieu comme il a conçu le Robot, à qui l’artiste demande (dans l’humanité qui l’anime) s’il a du cœur.

Le figuratif se manifeste également dans L’ÉTÉ A TABLE (80 x 80 cm – acrylique sur toile),

concrétisé dans la « nature morte », laquelle, malgré la volonté ouvertement expressionniste d’exécution, ne sort pas des conventions du StillLeben (nature en suspension).

Il est à remarquer la présence physique de la matière (traits de couleur rouge sur l’assiette ainsi que sur la panse du vase). Le choc des couleurs vives assure à l‘ensemble une atmosphère festive.

L’œuvre d’ELIZABETH BERNARD se définit par trois variations sur un même style : le géométrique – l’abstrait – le figuratif. Tout cela étant uni par le dénominateur commun de l’expressionnisme lyrique.

La démarche de l’artiste est spontanée, libre, non préméditée. D’où son grand besoin de liberté. Néanmoins, ayant à la base une formation scientifique (elle a  été kinésithérapeute libérale pendant trente ans), cette même formation scientifique se manifeste dans la volonté exprimée de contrôler….l’incontrôlable, en imposant l’assise cérébrale sur le déploiement du geste (pensez à la piste en zigzag de TRACES dont les droites, désarticulées, libres en apparence, ne sortent jamais de l’espace du cadre.  

L’artiste est autodidacte. Le dessin a été son premier medium et comme elle se plaît à le dire : « on dessine avant d’apprendre à écrire ». Elle aurait aimé fréquenter les Beaux Arts. Et comme cela n’a pas pu se réaliser, elle s’est dédiée à la Médecine ainsi qu’à la peinture avec le même sérieux.

Au premier regard, l’on s’aperçoit que pas un iota de toile n’est privé de couleur. La peinture prend tout l’espace ! Cela, parce que, comme elle le dit elle-même : « la vie ne lui suffit pas ! ». L’Art la conduit au-delà de la vie dans la réalisation d’elle-même.

La création lui apparaît alors comme un défi : préférant l’acrylique aux autres matières, celle-ci a pour caractéristique de sécher très vite, ce qui l’oblige à agir rapidement car une fois sèche, l’acrylique ne permet aucune marche arrière ! De plus, la matière faisant corps avec la forme et dans une mesure certaine, primant sur celle-ci, les premiers gestes sont décisifs.

Subjuguée par les nombreuses problématiques posées par l’Histoire de l’Art, admiratrice, notamment, de l’école américaine de l’expressionnisme lyrique de l’Après-guerre, elle a cultivé plusieurs influences, en particulier celle de Robert Rauschenberg.

Le titre de l’exposition présentant ses œuvres résume parfaitement ses aspirations ainsi que son itinéraire : ECLECTIQUE. Un univers où forme et couleur irradient l’espace, contraignant le regard à en saisir l’essence.

François L. Speranza.

 




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N.-B.: Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis.

Robert Paul, éditeur responsable

 

A voir: 

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza

François Speranza et Elizabeth Bernard: interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles 

(5 août 2015  -  Photo Robert Paul)

Exposition Elizabeth Bernard (Photo Espace Art Gallery)

           

N.B.:Elizabeth Bernard est membre du réseau Arts et Lettres

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Commentaire de Espace Art Gallery le 13 avril 2021 à 15:08

L’artiste française Elizabeth Bernard a exposé ses œuvres dans la galerie en 2015. Et son billet d’art du critique d’art François Speranza à été publié dans le « Recueil n° 4 de 2015 » par « Les Éditions d’art EAG » dans la Collection « États d’âmes d’artistes » en 2016.

Lien vers la vidéo lors du vernissage de son exposition dans la galerie :

https://youtu.be/FNU_f_24-_o


Fondateur réseau
Commentaire de Robert Paul le 2 septembre 2015 à 12:07

"AVANT-SCENE" 


Fondateur réseau
Commentaire de Robert Paul le 25 août 2015 à 18:33

Confusion

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Commentaire de elizabeth bernard le 17 août 2015 à 8:46

Merci Monsieur Paul , mon père a eu la démarche inverse en anglicisant mon prénom , peut-être en reconnaissance à ceux qui l'avaient libéré lorsqu'il était prisonnier en Allemagne , ou parlait-on de la princesse Elizabeth d'Angleterre , ce qui est curieux , quand je me suis intéressé à la généalogie , j'ai retrouvé dans les deux branches que ce prénom était orthographié ainsi il y a bien longtemps , l'Angleterre a occupé ma région tout au long de son histoire , est-ce un début d'explication ?


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Commentaire de Robert Paul le 16 août 2015 à 18:55

@ Elizabeth Bernard: les dimensions de petit robot et de traces sont corrigées,ainsi que votre prénom. Quant à la durée de votre carrière de kiné libérale,  nous avons rectifié également. 

Petit clin d'oeil concernant les luttes avec l'état civil: mon père, d'origine flamande fut prénommé Pauwel par ses parents. Toute sa vie il a lutté pour faire changer son prénom, mais, il s'est toujours vu opposer un refus catégorique. Je l'ai vu souvent enrager à cause de cela, et il donnait fièrement sa carte de visite avec un prénom francisé. Nous sommes comme cela en Belgique. 

Commentaire de elizabeth bernard le 14 août 2015 à 17:23

Je suis ravie de lire la critique de Monsieur SPERANZA qui a saisi l'essence de ma démarche artistique , ainsi que l'accompagnement musical de Monsieur PAUL .

J'aurais aimé n'avoir été kiné libéral que trois ans , ça me rajeunirait , mais c'est trente ans que j'ai consacré à ce métier que j'ai beaucoup aimé et je suis artiste peintre professionnel depuis douze ans .

( Le cadeau d'Anna , Traces font 1m x 1m  , le petit robot 50 cm 100cm  et je jure que le Z de mon prénom n'est pas une coquetterie mais mon prénom , mon père a du insister à l'état civil en 1948 ...)

Merci à tous mes amis de Arts et Lettres qui aimeront mon travail , tout particulierement à Adyne qui se manifeste toujours avec gentillesse .

Commentaire de Gohy Adyne le 12 août 2015 à 10:23

Félicitations Elisabeth! Pour votre talent et meilleurs voeux de succès pour votre exposition à l'Espace Arts Gallery.

Merci à François pour ses explications toujours bien à propos.

Adyne

Commentaire de dora Lemaire-schoonbeek le 12 août 2015 à 8:26

Très intriguée souvent de lire le critique d'Art de François Speranza . Je réalise qu'il nous enlève des voiles, de mal juger certaines formes et techniques de la peinture Artistique.
Comme si on avait des mauvaises lunettes et puis ....quelle merveille....on découvre et on comprend !

Merci de tout cœur Monsieur Speranza  

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