Jour de fête
- Joe Dassin chante à tue-tête
Qu’l trouve du confort dans les yeux d’Emilie
Et que le soleil y brille comme l’amour
Aujourd’hui le soleil
Est de la fête
Et fait tourner la tête
Et rouler jeunesse
La table est recouverte d’une nappe blanche
Froissée comme la robe d’Emilie
Froissée comme mon cœur se froisse
En voyant danser Emilie
Sur les paroles du chanteur américain.
Les haut-parleurs se taisent.
Cet année l’été brule.
A l’ombre délicate d’une tonnelle
Viviane et moi croquons la frite
Et dégustons la joue du porc
L’eau minérale nous rappelle la fraîcheur
D’une journée d’octobre
- De la rue Theuriet, une fanfare bretonne montre le bout de son nez
Les musiciens débonnaires s’apprêtent
La chaleur détend les âmes
Des passiflores descendent des murs
Les valérianes dressent leur corymbe blanc
Les narcisses assoupis
Se régalent de la poésie
De la patience du sedum
Et des trifollium impassibles
- Viviane laisse tomber ses paupières
Son visage est un hortensia
Et ses épaules tombent comme deux touffes de gui.
Je songe aux agapanthes de Bréhat
Sombres comme le bleu des flots.
Autour de la tonnelle
Dans ses habits traditionnels
L’amazing grâce sotie des poumons d’une cornemuse
S’écoule claire comme l’eau d’une fontaine
Je ferme les yeux, Viviane les ouvre.
- Tu te rappelles :
A Molène, c’était aussi l’été
L’île sous la brume
Cachait ses secrets
Sur le sable blanchi des épaves de goémons juraient
Sous les vagues de nuages serpentant dans un ciel olive
Une brise se mouvait dans la brume
A midi les cloches ont carillonné, tu te souviens ?
L’astre rayonnant d’ignorance fanfaronnait
Les mouettes de la plage festoyaient
Au-dessus de nos têtes des Fous de Bassan dessinaient des histoires
Tandis que le brouillard se pavanait
Au loin sur les sentiers
Comme des fantômes en tenue de soirée
Tu te rappelles
De la petite chapelle blanche ?
Sur l’aître,
Il y a des veuves vêtues
Comme la mort
Elles scrutent l’horizon insondable
Dans la nef la pénombre porte un manteau de douleur
Dans le chœur
Devant l’hôtel
Un cœur brisé
Pleure
Et puis une musique
Sort des rangs
Se lève courageuse
C’est l’amazing grâce
A l’aurore d’une journée aux douze doigts vermeils
- J’ouvre les yeux
Viviane sirote un petit verre d’hydromel. Ici, l’amazing grâce rafraîchit l’atmosphère…. Attablés en vis-à-vis les yeux rivés sur un bouquet de violettes nous nous désaltérons attentifs aux sons de la cornemuse. Plus loin des tilleuls en fleurs étendent des bras parfumés aux majorettes en tutu et chapeau pointu
La journée de Morgane n’est pas terminée. Pour nous, il est temps de reprendre le chemin…
Sainte-Maure-de Touraine, le 6 juin 2025 Lionel M.
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