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SOUVIENS-TOI

SOUVIENS-TOI

 

 

 

Je suis mort et cependant 

dans ma cage de terre

je vous vois.

 

Je vous vois

et j'ai honte de vous.

 

J'ai honte de vous

 de toutes vos procédures

qui me tuent davantage.

 

douloureux héritage

des vivants,

qui pour un peu d'argent

renient ce qu'ils ont de censé être humain.

 

je suis mort et cependant

je ne néglige rien

 

j'ai perdu la chaleur du ciel

et la fraîcheur des mers.

 

j'ai perdu les rires des enfantins

et le chant des oiseaux.

 

j'ai perdu la senteur des roses

et les fruits savoureux.

 

j'ai perdu la danse du feu dans l'âtre

et l'odeur dans les cuisines.

 

j'ai perdu les caresses du vent

et le crépuscule cdes campagnes.

 

j'ai perdu le couchant du soleil

et le clair de lune des poètes

 

j'ai perdu le gravier sonore

le long des routes éternelles

 

j'ai perdu la douceur d'un baiser

et la fièvre d'une nuit d'amour.

 

j'ai perdu la plus belle des symphonies

celles des hommes unis. 

 

j'ai perdu la parole d'une mère

et la tendresse de son sein.

 

j'ai perdu ce qui était la vie

et plus rien qui ne m'y rattache.

 

mais si la pourriture est encore vivant,

c'est pour me rappeller

que je suis là.

 

que je suis là,

pour vous souvenir du passé,

et de la mort.

 

pour vous faire respirer 

l'odeur de la chair brûlée vive.

 

pour vous faire sentir

la puanteur d'un corps septicémique.

 

pour vous faire entendre

le concert des poumons sanglants.

 

pour vous faire hurler d'épouvante

devant la rouge dyssentérie.

 

pour vous faire entendre le bruit mat

des chairs gonflées de gaz.

 

pour vous faire lécher à pleine bouche

les tibias de ton frère humain.

 

O! toi qui fut mon frère durant de longue années

épargnes-moi le tourment

de tout recommencer?

 

épargne-moi le regret de mon beau sacrifice

dans les jours qui vont naître?

 

sois mon frère, la continuité de mon espoir

pour la croyance des hommes.

 

fais naître sur la terre

le miroir étincelant des sciences souveraines.

 

Fais mûrir le fruit d'intelligence

dans le berceau que tu balances.

 

Distribue à la ronde

le levain d'amitié.

 

Construis sur la croûte fertile des sacrifiés

la maison nouvelle, emplie d'air

et le soleil purifié.

 

Travaille, respire, chante

et fais le long parcours de ta vie

dans le sillage de mon espérance.

 

André Migdal (poésie d'un autre monde)

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Commentaires

  • "Vous avez été près de lui...jusqu'au bout ?"  "Jusqu'au bout , dis-je nerveusement. ,j'ai recueilli ses toutes dernières paroles...". Je me tus brusquement , rempli d'effroi . " Répétez-les moi ,murmura-t-elle d'une voix brisée, j'ai besoin de quelque chose qui me permette de vivre..." . Je fus sur le point de lui crier : "Vous ne les entendez donc pas ?". Le crépuscule les répétait autour de nous , un murmure qui paraissait s'enfler dangereusement : " L'horreur ! L'horreur ! ". Je me repris en main et parlai lentement :" le dernier mot qu'il a prononcé a été...votre nom...".J'entendis un léger soupir et mon coeur s'arrêta "Je le savais, j'en était sûre !...". J'eus l'impression que la maison allait s'effondrer, sans me laisser le temps de m'enfuir, que le ciel allait me tomber sur la tête, mais il ne se produisit rien. Je n'ai pas pu le lui dire, cela aurait été trop sombre, trop sinistre" .

    Marlow . "Au coeur des ténèbres" - Joseph Conrad.

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