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Shoji Ueda est né le 27 mars 1913 à Sakaiminato, préfecture de Tottori, ville portuaire au sud ouest de l’île de Honshu, l’île principale du Japon. Son père est artisan, il fabrique et vend des getas, les socques traditionnelles japonaises.

Shoji Ueda est le troisième et seul survivant des quatre enfants de la famille. Il poursuit ses études dans sa ville natale et découvre le dessin, la photographie et les bandes dessinées. Sa mère encourage ses dispositions artistiques. Dès 1928 il se passionne pour la photographie et son père lui offre son premier appareil photo en 1929. Il a l’intention de devenir peintre et veut aller dans une école d’art à Tokyo. Ses parents refusent car il est leur seul fils et doit reprendre l’ entreprise familiale, mais un compromis est trouvé et il peut étudier la photographie, un métier artistique mais aussi artisanal. Après un bref passage à l’ Oriental School of Photography de Tokyo en 1932, il revient dans sa ville natale et s’ y installe comme photographe professionnel. Il fait des portraits, vend de la pellicule, a une activité commerciale de photographe de quartier, mais il fréquente aussi les photo-clubs (il en créera d’ailleurs plusieurs par la suite) où il se confronte à d’autres passionnés. Son épouse le soutient activement dans cette activité, ce qui lui permet de consacrer plus de temps à son œuvre et de vagabonder à travers la campagne de sa province.

En 1930, pour ses 17 ans, son père lui a offert un ou deux numéros d’une revue éditée en Suisse sur la photographie moderne européenne, Modern Photography, qui lui ouvre les yeux sur une nouvelle esthétique. La revue est en anglais, il ne connaît pas cette langue, et donc les images seules lui parlent. C’ est une révélation qui l’encourage à suivre son imagination et à découvrir son style propre. À cette époque, la photographie japonaise est encore largement influencée par un style traditionnel, pictorialiste, qui est dominant dans les clubs qu’il fréquente. La découverte de la photo européenne le libère de cette influence et le réalisme, la netteté et l’invention graphique remplacent le flou artistique. C’est le moment où la photographie japonaise abandonne progressivement le style « artistique » (pictorialiste) pour ce qui s’appellera le style Shinko, moderne, utilisant notamment la ville moderne comme arrière plan et se tournant vers des compositions abstraites. Ses images de l’ époque peuvent alors se rapprocher de la Nouvelle Objectivité comme de la Photographie subjective. Il a découvert les œuvres de Man Ray et d’ André Kertesz, il s’ est essayé aux manipulation en laboratoire, solarisation, interventions directes sur le négatif et autres. Il est encore en pleine recherche.

Il s’est marié en 1935, ses enfants sont nés, l’aîné en 1937, sa fille en 1938, un second fils en 1940, le troisième en 1944. Il commence à faire des photos dans les dunes qui sont proches de la ville et en 1939, sa photo « Quatre filles » est primée dans un concours. C’est sa première photo mise en scène réellement aboutie et elle marque le début d’une longue série qui se poursuivra durant des années. Le style Ueda est maintenant affirmé et reconnu. Toute la famille, au fil des ans, est emmenée dans les dunes pour des séances de prises de vues parfois très exigeantes. Shoji Ueda est un perfectionniste et ses enfants se souviennent de séances parfois éprouvantes mais qui se déroulaient néanmoins dans une ambiance agréable grâce à la complicité qu’il avait avec eux, et avec les enfants en général. Sa fille parlera de séances interminables, de la joie et de la complicité, de l’agacement aussi, d’un père très proche, presque enfant également, perfectionniste, seulement satisfait lorsqu’il pense avoir enfin l’image parfaite.

Il a photographié des enfants tout au long de sa carrière, non pas, dira-t-il « parce qu’il les aimait particulièrement, mais parce que les enfants sont toujours disponibles et qu’ils acceptent facilement de prendre la pose. »

[... ]

C’ est à cette époque d’après guerre qu’ Ueda atteint le sommet de son art avec ses mises en scènes. Il retournera dans les dunes de Tottori dans les années 80 à la demande de son fils qui lui a obtenu une commande pour le créateur de mode Takeo Kikuji. À 70 ans passés, c’ est sa première commande, pour laquelle il exige, et obtient, une liberté totale et se rebiffe si l’ on prépare trop la prise de vue à sa place. Toujours curieux, il s’ amuse à cette occasion à cloner ses personnages à l’ ordinateur pour les multiplier dans les dunes. Ces images sont moins naïves, plus apprêtées que dans ses séries précédentes, mais restent néanmoins une remarquable démonstration de sa capacité à maîtriser l’ espace avec cette légère touche de surréalisme qui lui est propre.

Dans sa série consacrée aux enfants, réalisée tout au long de sa carrière et qui fera l’objet d’un livre en 1971, il y aura beaucoup moins de mise en scène. Il s’agit le plus souvent d’images prises en situation naturelle laissant percer une certaine nostalgie d’une enfance rurale et idéalisée. Shoji Ueda se rappoche ici du reportage, quoique avec toujours le même regard poétique et complice. Ces images d’enfants sont très éloignées de ce qu’ ont fait, par exemple, Lewis Caroll ou Irina Ionesco dans ce domaine : Lewis Caroll avec ses petites filles posant déguisées ou plus ou moins dénudées, Irina Ionesco en érotisant à l’ excès sa fille Eva.

A sa mort en 2000, Shoji Ueda laisse une œuvre très personnelle, plutôt intemporelle, poétique, nostalgique, dépeignant un Japon rural et sans doute idéalisé, qui ne laisse rien transparaître des soubresauts qu’ a connu le pays tout au long de la vie de son auteur.

[...]

Il y a des images du début des années 30 qui montrent une influence certaine de la photographie européenne que Shoji Ueda a pu découvrir dans les revues tandis que d’autres se rapprochent plus de l’ estampe de Hokusai par le traitement de la perspective, frontale avec peu ou pas de lignes de fuite. On trouvera aussi, dans ses photos réalisées dans les dunes une certaine parenté avec la peinture de Magritte (Composition, 1937) sans que rien ne nous permette de dire s’il a connu ou non l’ œuvre de ce peintre dès avant la guerre. Il n’ est toutefois pas impossible qu’il en ait eu connaissance lors des expositions surréalistes de Tokyo en 1937 et 1938 ou par les revues publiées à cette époque.

Quelles qu’aient pu être ses influences extérieures, l’ oeuvre de Shoji Ueda n’en est pas moins extrêmement personnelle, à la fois onirique et nostalgique, selon qu’on considère ses séries réalisées dans les dunes ou celles consacrées aux enfants. Il y a enfin de nombreuses images montrant des mises en scène de petits objets (Petits naufragés, 1950) qui pourraient faire référence aux jardins Zen.

L’ absence de toute référence, même indirecte, à la guerre, à ses destructions, puis à l’occupation américaine, et surtout aux deux bombes atomiques ne laisse pas de poser question. Y a-t-il là un déni de la catastrophe ou la simple volonté d’ occulter le traumatisme subi ? Je n’ai aucun début de réponse à ce sujet.

Présenté au Photo-Club de Mons en mai 2014.

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