Arts et Lettres

Le réseau des Arts et des Lettres en Belgique et dans la diaspora francophone

Selon Gaston Bachelard "un trait de l'image (poétique)suffit pour que nous lisions le poème comme l'échos d'un passé disparu".
Cette observation me paraît très juste. Ce we, confortablement installé dans mon divan, lisant les carnets 1954-967 de Jaccottet, je tombe sur ceci :"Le soir, tous les arbres, une brassée rose prête au feu".
Immédiatement, presque brutalement même, cette brassée rose prête au feu m'évoque un brasier et d'un coup, c'est un souvenir de ma jeunesse qui revient des profondeurs où il demeurait enfoui.
J’ai treize ou quatorze ans. Nous sommes en hiver ; le temps est froid et sec. Mon père, un de mes frères et moi débroussaillons un terrain qui appartient à la famille depuis plusieurs générations. Comme c’est alors encore l’usage dans ce coin reculé de la Famenne belge, le moindre arpent de terre porte un nom : ici, c’est le « Rond Pré ». Il n’a rien de rond : c’est un bout de terre parfaitement rectangulaire bordé par un ruisselet à sec en été et qui déborde fréquemment en hiver. Ses eaux sont boueuses mais son léger clapotis donne l’impression, en fermant les yeux, d’être dans un parc d’agrément. On le franchit en marchant sur deux planches incertaines qui débouchent sur l’autre berge envahie de hautes herbes d’un jaune sale, rendues raides et froides par le gel. Au passage, un peu de givre sur le pantalon et l’impression d’être retenu par une force invisible.
Le terrain, planté de peupliers qu’il faut élaguer, est encombré de broussailles que nous sommes venus nettoyer. A l’époque – j’ignore si c’est toujours le cas - les peupliers sont des arbres « de rapport ». Ils poussent vite et on peut en obtenir un prix convenable d’une fabrique d’allumettes de la région.
Aujourd’hui, nous en avons terminé : sur un grand tas de d’épineux tout secs, nous avons disposé les branches élaguées et un petit sapin que nous avons coupé. Mons père chiffonne plusieurs pages de journal qu’il bourre dessous avant de les enflammer d’une allumette qu’il ne lâche qu’au tout dernier moment, juste avant de se brûler le bout des doigts. Le feu se propage rapidement et bientôt, le brasier nous réchauffe. Dans la clarté du jour qui décline, il semble très coloré, rouge orange comme un soleil. Le bois crépite et surtout, ceci qui me revient le plus nettement : un sifflement enchante les flammes. Une branche de sureau, plus humide, exsude à son extrémité légèrement creuse, un peu d’eau et de sève mêlées : cela forme de petites gouttelettes qui aussitôt bouillonnent puis s’évaporent ou tombent dans le brasier dans un chuintement discret. Quand tout le bois est consumé et qu’il ne reste plus que des braises, mon père y enfouit des pommes de terre : il les retirera des cendres un peu plus tard, une fois cuites. Avec un petit peu de beurre, c’est délicieux. Dans le dialecte de la région que de moins en moins de gens pratiquent, cela s’appelle des « canadas pétés » .
Magie de la poésie qui a fait ressurgir l’ambiance d’un hiver de jeunesse endormi dans ma mémoire.

Vues : 405

Commenter

Vous devez être membre de Arts et Lettres pour ajouter des commentaires !

Rejoindre Arts et Lettres

Enfin un réseau social modéré!!!

L'inscription sur le réseau arts et lettres est gratuite

  Arts et Lettres, l'autre réseau social,   créé par Robert Paul.  

Appel à mécénat pour aider l'éditeur de théâtre belge

Les oiseaux de nuit

   "Faisons vivre le théâtre"

Les Amis mots de compagnie ASBL

IBAN : BE26 0689 3785 4429

BIC : GKCCBEBB

Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Child Focus

Brussels Museums

      Musée belge de la franc-  maçonnerie mitoyen de l'Espace Art Gallery

Les rencontr littéraires de Bruxelles

Les rencontres littéraires de Bruxelles  que jai initiées sont annulées sine die. J'ai désigné Thierry-Marie Delaunois pour les mener. Il en assurera également les chroniques lors de leur reprise.
                Robert Paul

      Thierry-Marie Delaunois

Billets culturels de qualité
     BLOGUE DE              DEASHELLE

Quelques valeurs illustrant les splendeurs multiples de la liberté de lire

Sensus fidei fidelis . Pour J. enlevée à notre affection fin 2020

Bruxelles ma belle. Et que par Manneken--Pis, Bruxelles demeure!

Menneken-Pis. Tenue de soldat volontaire de Louis-Philippe. Le cuivre de la statuette provient de douilles de balles de la révolution belge de 1830.

(Collection Robert Paul).

© 2021   Créé par Robert Paul.   Sponsorisé par

Badges  |  Signaler un problème  |  Conditions d'utilisation