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Quand on est jeune, bornée et naïve, on n’écoute que très superficiellement les conseils des parents, et bien sûr on en fait les frais.
Les enfants nous offrent les meilleurs moments de la vie en contrepartie d’amour, j’irais jusqu’à dire qu’ils aident à l’éducation de l’adulte, même si ce devrait être l’inverse.
Pendant bien des années je me suis posée toujours la même question :
Que veux dire je t’aime ? Aujourd’hui à 43 ans, l’évocation de cette simple phrase « je t’aime », me fait grincer des dents ou réveille chez moi tous les réflexes de méfiance ancrés dans ma mémoire, depuis très longtemps.
Dix ans en arrière l’amour m’est apparu comme une utopie, une énorme farce, un « attrape-couillon ».
Après plusieurs tentatives de vie en couple (parce que je suis du genre persévérante, quand je m’engage je vais jusqu’au bout), j’avais perdu confiance en l’autre, (qui que ce soit du sexe masculin).
Je ne pouvais plus aimer, je doutais de tous et de tout.


Chapitre 1
« Je t’aime » ne veut rien dire, c’est faux, ça sonne creux…

Je ne suis pas née avec ce dégoût du « je t’aime », dit et redit à la moindre occasion ; Au contraire, mes parents m’ont éduquée avec amour, même si parfois ils n’ont pas su me le dire. Même mon enfance a été sans problème grave. C’est ma vie de jeune adulte qui m’a appris à me méfier du « je t’aime », sans étancher cette soif d’amour qui me tient encore aujourd’hui.
Etre aimée est pour tout le monde je pense très important, pour moi c’est maladif, presque vital. Depuis toute jeune j’ai besoin de sentir, de savoir que je suis aimée, appréciée. Que ce soit par mes parents, mes ami(e )s mes collègues de travail etc… Pourquoi suis-je toujours avide d’amour? Afin de répondre à cette question je me suis penchée sur la façon que j’ai de me percevoir, sur l’image que j’ai de ma personne et bien entendu sur mon physique en particulier.
Les femmes s’identifient beaucoup trop à un idéal de beauté issu de la mode, et sans arrêt montré dans les magazines. En 1973, les préadolescentes avaient déjà ce souci, j’avais onze ans et je regardai mon corps avec une attitude de rejet, je le trouvai difforme, trop rond.
Mes parents étaient ni pauvres ni riches, mon père travaillait dans une usine de métallurgie et ma mère après avoir été longtemps employée comme femme de ménage avait cessé toute activité pour s’occuper uniquement de ses enfants, et même si les fins de mois étaient rudes mon frère et moi ne manquions de rien. J‘avais une affection particulière pour mon père, aussi le moindre compliment de sa part me réchauffait le cœur, et il m’en adressait souvent pour la tenue de mes cahiers de classe, l’assiduité à mes études, ainsi à germé l’idée que je pouvais faire oublier mon corps, en essayant d’être brillante sur le plan intellectuel.
A quinze ans, un peu plus enrobée que la moyenne, je faisais plus âgée, mais mon visage était resté agréable, juvénile. Le rejet de mon corps c’est amplifié par le regard des autres filles, ma difficulté à me mouvoir pendant les cours de gymnastique, et les vêtements que je devais porter : sweat-shirt large pour cacher mes formes un peu trop proéminentes, pantalons été comme hiver, pendant que d’autres se montraient en jupe ou en robe.
L’épreuve du maillot de bain était la plus horrible, impossible pour moi de me regarder dans un miroir, et encore moins de profiter des joies de la piscine. Je crois que l’adolescence fut l’époque la plus pénible sur le plan psychologique, mais ce fût aussi celle qui m’amena beaucoup de réflexions et d’enrichissement culturel.
Pour cause, afin de palier à ma déficience de beauté physique, je veillai à me rendre presque indispensable auprès de beaucoup de personnes, de par ma gentillesse et mes connaissances dans de nombreux domaines comme la voyance, l’astrologie, la psychologie, les soins par les plantes, les régimes, les soins du corps, tous ce qui touchait les jeunes filles.
Mon but, ne pas me retrouver à l’écart, plaire par tous les moyens, être intéressante par mes connaissances et les conseils que je pouvais donner, faire oublier mon corps, être aimée bien entendu. Et cela marchait, du moins me semblait-il, les garçons ne me regardaient pas, mais j’étais assez populaire, et surtout j’oubliai mon corps.
Les années qui ont suivi n’ont rien changé à mon comportement, mais j’avais en plus développé un orgueil qui commençait à me pourrir la vie.
L’angoisse de ne pas être à la hauteur intellectuelle des attentes de l’autre quel qu’il soit, peur de décevoir par la pauvreté de mes connaissances, faisaient de moi une personne irritable, toujours à la recherche d’informations sur tout. A bien y réfléchir j’aurai pu me faire un avenir professionnel dans la santé, l’écoute ou la communication, mais là encore et toujours la peur de l’échec de décevoir, je devrai dire le manque de confiance en moi, m’ont interdit de tenter le moindre diplôme. Un carcan social, dû à ma naissance dans le milieu peu aisé des ouvriers, et psychologique amené par un physique détesté, un complexe d’adolescente toujours présent dans ma vie d’adulte, un mal-être perpétuel, un amour de moi-même inexistant et non-envisageable.
L’homme est bien évidemment entré dans ma vie, mais les rapports physiques étaient très décevants à mon goût, sans amour réel, car jamais personne ne pourrait m’aimer entièrement, physique compris. Alors comment aimer sans réserve et en toute confiance? J’attribuai mes relations physiques à un besoin animal, un profit du genre joindre l’utile à l’agréable, autant se servir de ce que l’on a à la maison. Comment envisager un amour vrai pour moi, de leur part ? L’homme n’est que mensonge, et cela était inacceptable.....

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Commentaire de marie-ange gonzales le 28 février 2011 à 12:24

C'est toute la différence, un ressenti dans les moindres détails pour vous je vois

Merci beaucoup

Commentaire de marie-ange gonzales le 28 février 2011 à 10:56

Exact j'ai connaissance du fait que les sidérurgistes (proches) puisque tu en parles ont des émotions sincères.

Merci à toi encore Jiembé

Commentaire de marie-ange gonzales le 28 février 2011 à 10:21

Bonjour Jiembé, courage je m'en aperçois, et je suis un peu gênée aujourd'hui de mon initiative, peut-être parce que cette histoire est encore trop présente, mais tu es un encouragement à toi seul et ce commentaire me montre que mes émotions sont bien décodées par ta sensibilité. A toi merci !!!!

Amicalement

 

Commentaire de marie-ange gonzales le 28 février 2011 à 10:18

Bonjour Eric à toi merci pour cette lecture après cette "mise à nue" partielle et cette recherche de vérité personnelle, mon souhait est la recherche d'une solution pour que le mot Aimer ne soit pas utiliser à tort et à travers. Tu es un homme j'espère simplement que la suite, si je là poste, ne te froissera point. En attendant merci à toi et à ta sensibilité humaine d'abord, et artistique. Je te souhaite une très bonne journée

Amicalement

Commentaire de marie-ange gonzales le 27 février 2011 à 20:56

Merci Pascale pour cette lecture, et ce commentaire vrai aussi, car chez moi pas de fard ni de paillette, quand j'aime je dis. Quand je n'aime pas je dis aussi, et si je ne sais pas quoi dire je me tais. Je vois que nous sommes de la même souche Pascale et cela me fait plaisir.

A bientôt sur votre page

Commentaire de Pascale Bouchet Falco le 27 février 2011 à 20:43
bonsoir, je m'interrogeais aussi sur cette mise à nu,. j'attends la suite. pas de fard, ni de paillette, c'est "vrai"
Commentaire de Claude Fagé le 27 février 2011 à 18:27

Quoi te dire, d'abord j'attends la suite, mais la question que je me pose: pourquoi as tu entrepris cette démarche d'écriture, tout à fait personnelle:   pour le plaisir d'écrire, pour communiquer un mal-étre que tu as vécu et qui ressurgit, et pourquoi et quel est le but de cette confession courageuse.

La bise ,à suivre, Claude

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