Paris, tôt le matin, Boulevard Raspail,
un boucan infernal, des voitures partout,
une déesse svelte et athlétique court
majestueuse.
Étrange joggeuse !
Sa peau est noire, son pull que je voyais
vert est en fait une couverture claire.
Nous sommes en janvier.
Je m’interroge et commence à comprendre ;
je ralentis la cadence de mes pas.
Oh qu’elle est belle, bouleversante dans son combat
effréné, quotidien, sous l’implacable ciel de marbre.
Cette femme proche de tous les passants qui
prennent leur temps, n’a pas le droit pour survivre
d’interrompre sa course.
Que cette digne attitude, pour faire reculer la mort
un peu plus est exemplaire ; cri à la vie magnifique,
déchirant et entier !
Ce courage qui dans l'indifférence avance, ne se
voit même plus ; cri perdu.
Je la regarde impuissante, chaudement vêtue de laine,
moi qui croyais être grande et forte !
Courir désespérément, obstinément, simplement pour
ne pas mourir, ne pas perdre la bataille contre le froid,
contre l’hiver, contre l’insuffisance des hommes, pour
rester un peu au rythme de la terre : Humaine !
Tout cela me touche et me blesse, m’interroge.
Le soleil n’est plus, la neige commence à être dure,
lourde, plus très belle !
Pour cette combattante solitaire, chaque instant est un
poids qu’il faut très vite porter pour ne pas basculer de
l’autre côté.
Ne devrais-je pas courir à ses côtés pour l’aider à tenir,
pour agir, lui tenir le cœur telle une sœur, simplement pour
qu’elle se sente un peu moins seule, qu’elle reprenne des
forces ?
Oui, je le dois ; ensuite j’écrirais pour elle quelques mots.
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