Ma vie a basculé deux fois. La première, c’est lorsque ma femme est morte. La seconde fois, c’est lorsque nous nous sommes séparés, Isabelle et moi.
Je suis devenue amoureux de celle qui allait devenir ma femme à l’âge de 24 ans. C’était lors d’une soirée comme il y en a de nombreuses dans les petites villes de province le samedi soir. Nous avions dansé toutes les danses ensemble. Sans nous dire grand-chose. Je ne suis pas sûr que nous nous soyons beaucoup regardés. Le lendemain cependant tous nos amis savaient que nous étions fiancés.
Isabelle est devenue ma maitresse après que ma femme soit morte. Elle avait quitté son mari parce qu’il se conduisait comme un vieillard. Il lui faisait l’amour une fois par semaine, le samedi parce que le dimanche il pouvait dormir plus longtemps. C’est elle qui me l’avait raconté durant notre première nuit d’amour. Je l’avais embrassé longtemps. Elle s’était abandonnée contre moi. Elle s’était étendue sur le lit.
- Pénètre-moi.
Elle aimait faire l’amour. Elle disait :
- C’est vivre que de faire l’amour. Si je m’écoutais, je ferais l’amour du matin au soir.
Nous avons vécu une année ensemble. Je n’avais rien à lui dire mais lorsqu’elle se rendait compte que je l’écoutais à peine, elle se levait et me disait :
- On monte ?
La chambre à coucher se trouvait à l’étage.
Isabelle était nymphomane. Elle aimait l’union physique de corps. Mais c’était une femme fidèle. Elle se rendait parfaitement compte que nous nous séparerions un jour proche mais elle se refusait de me tromper. Elle n’aurait pas aimée d’être l’épouse d’un mari trompé, elle ne voulait pas être la compagne d’un cocu. Les occasions cependant ne lui manquaient pas.
Je me souviens en particulier d’un représentant qui lui faisait des avances presque ouvertement lorsque j’étais absent ou lorsqu’il la suivait dans les réserves de son magasin.
- J’en ai envie moi aussi mais je ne coucherai pas avec vous tant que je serai avec Pierre. Je suis une femme honnête.
Lorsqu’elle m’a quitté, ce fût pour le plus ancien de ses amis, celui qu’on appelait le bel Alfred. Il avait fait partie d’un groupe de comédiens amateurs dont elle avait été la vedette à l’âge de dix-huit ans.
Elle m’a dit qu’elle avait réfléchi.
- Nous ne pourrons jamais vieillir ensemble. Il vaut mieux nous séparer.
- Tu as raison.
Mais elle a commencé à me manquer quinze jours plus tard. De plus en plus fort.
Je lui téléphonais presque tous les jours. Un soir avant de dire au revoir comme je le faisais à chaque fois en disant : je t’embrasse, elle sembla hésitante.
- Tu es mon ami. A toi, je peux le dire, Alfred souhaite que vivions ensemble.
C’est ce soir là que je me rendis compte que j’avais besoin d’elle. C’est ridicule à dire mais j’avais le sentiment que son corps s’était imprimé sur le mien. Loin d’elle, je manquais d’air et d’équilibre, je me tenais aux murs pour avancer. Je ne pensais plus qu’à elle. Ses gestes mécaniques durant que nous faisions l’amour m’étaient devenus indispensables.
Il n’y avait qu’une solution. J’ai attendu qu’Alfred se rende chez elle. C’était tout au début de leur liaison. Il faisait nuit lorsqu’il en sortit. Il venait de faire l’amour, il venait de la tenir entre ses jambes, j’en étais persuadé.
La voiture a démarré, je l’ai renversé, j’ai roulé sur son corps et j’ai repris la route. J’étais à peine rentré qu’Isabelle me téléphonait pour me dire qu’Alfred s’était fait renverser, qu’elle était bouleversée.
Je lui ai promis de venir chez elle immédiatement. Elle m’attendait assise sur le canapé. Je me suis assis auprès d’elle, j’ai entouré ses épaules.
- Pierre, oh, Pierre !
Elle pleurait à nouveau, la tête contre mon épaule, tandis que le lui baisait le front.
- Oh, Pierre.
Nous avons fini la nuit ensemble.
Il m’arrive de m’éveiller durant la nuit. Mouillé de sueur. C’est elle qui m’attire contre elle.
Je le sais désormais. Nous vieillirons ensemble.
Commentaires
Gloup ... les choses se précisent car les protagonistes de cette histoire ne me sont pas inconnus.
Ici, le meurtre est clairement défini.
Auparavant, c'était le flou.
C'est pas triste de vieillir ainsi ensemble avec ce secret! Qui doit certainement planer sur eux à chaque minute.
j'allais ajouter "que Dieu fait".