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MARC JALLARD : DU GROTESQUE A L’ESSENTIEL


Du 19-12-12 au 13-01-13, l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles), présente une exposition intitulée COLLECTIF D’ARTISTES DANS LE CADRE DU 25 EME ANNIVERSAIRE D’ALZHEIMER Belgique A.S.B.L.

Cette exposition porte à notre connaissance l’œuvre de Monsieur MARC JALLARD, caractérisée par une suite d’oppositions symboliques, essentielles pour comprendre la philosophie du travail ainsi que de la vision de l’humanité personnelle à l’artiste.

L’importance du regard dans son œuvre est capitale. Ce regard, l’artiste le conjugue surtout au féminin dans l’expression d’une « neutralité » ouvertement affichée.

Le personnage masculin, lui, marie souvent le traitement du visage au vêtement porté.

Observez l’homme du PORTRAIT AU NŒUD (54 x 65 cm) (3).

 

 

Son visage est labouré de rides et de plis. Ces mêmes rides et plis se retrouvent, élaborés d’une façon différente, dans les plis du nœud qui orne son chef ainsi que dans les stries blanches scandées en lignes verticales, sur son veston noir.

Il en va de même pour LE MAGICIEN (81 x 100 cm) (5)

 

 

dont le visage présente, dans l’ensemble, les mêmes traits que celui du portrait précédent. On retrouve le veston rayé mais aussi, sans doute pour adoucir l’atmosphère, l’opposition entre ces couleurs chaleureuses que sont le rouge et le jaune, pour mieux mettre en scène l’univers du cirque, cher à l’artiste mais pris également comme forme archétypale des rêves innocents enfermés dans l’humain.

Il y a aussi une autre opposition dans plusieurs de ses tableaux, à savoir celle du « beau » (du jeune) et du « laid » (ou considéré comme tel). Après analyse, nous pourrions dire qu’il y a abolition de ces deux principes. Ceci n’est peut-être pas dû à la seule retenue dont fait preuve l’artiste à exposer sa libido d’une façon que l’on pourrait qualifier de « vulgaire ».

Mais aussi et surtout à une interrogation profonde qu’il adresse à notre société : qu’est-ce que le « beau » ?

Qu’est-ce que le « laid » ? Tous les personnages masculins exposés sont-ils « laids » ? Sont-ils simplement « grotesques » ?

Force est de constater que si notre société s’est évertuée à créer, de tout temps, des canons (plus ou moins farfelus) de la « beauté », aucun canon n’existe concernant la « laideur ». Par contre, toute une symbolique s’est greffée sur cet aspect des choses, et ce, depuis l’Antiquité classique au cours de laquelle, les nouveaux nés, considérés comme « laids » (parce que difformes), étaient purement et simplement éliminés pour la bonne cohésion du groupe social. Au Moyen Age, cette même « laideur » a servi de réceptacle à la notion du « péché » : nombre de tableaux et de sculptures représentant le Malin portraituraient, en réalité des infirmes. Bien plus tard, au 20ème siècle, Bertold Brecht faisait de la « laideur » une forme théâtrale censée représenter les dysfonctionnements sociaux de toutes sortes. Aujourd’hui, au 21ème siècle, l’on s’aperçoit qu’elle peut carrément servir d’obstacle social.

MARC JALLARD laisse la question sur la « laideur » plus que jamais ouverte tout en l’adressant à l’intelligence et à la sensibilité du visiteur.

L’HOMME CHAT (55 x 65 cm) (1)

 

 

dégage une atmosphère assez « surréaliste » dans l’attitude du personnage à ouvrir son univers. La page blanche interpelle le visiteur dans ce qu’elle a d’indicible.

Une nette opposition se précise entre le noir du manteau et du masque, laissant apparaître un regard perçant, opposé au blanc de la nappe et des pages du carnet. Le stylo noir posé sur la table à côté du carnet invite le visiteur à s’exprimer en lui-même.

A l’inverse, dans CHAMPAGNE (60 x 73 cm) (2)

 

 

la jeune femme dont l’attitude évoque, peut-être, l’attente, exprime l’image de sa sexualité à la fois par le soutien-gorge laissant apparaître un sein volumineux ainsi que par le rouge vif de sa robe, le blanc de la nappe et le jaune ardent du champagne, en opposition avec son regard tout en neutralité, freinant toute volonté de concupiscence, que ce soit de la part de l’artiste comme du visiteur.

 

 

MARC JALLARD sait ce qu’est un « portrait ». Dans MARIAGE (1,60 x 1,60 cm) (8),

 

 

le portrait individuel est pour ainsi dire, « démultiplié » par huit, puisque chacun des huit personnages figurant dans le tableau est un portrait à lui tout seul. Ce qui frappe dans cette œuvre, c’est principalement l’impassibilité des convives.

Le visage de la mariée a la froideur d’un masque presque mortuaire, contrastant avec le mouvement, en cascade, du drapé de sa robe blanche, formant un splendide parterre trônant entre les deux pots de fleurs.

Nous sommes à mi-chemin entre la Renaissance et les « portraits de famille » du 19ème siècle. La Renaissance s’exprime précisément par l’intensité du regard lequel interpelle expressément celui du visiteur. Ne perdons pas de vue que pendant la Renaissance, la plupart des personnages portraiturés de leur vivant, étaient en fait, les mécènes qui avaient permis à l’artiste de réaliser son tableau. Les comparses figurant dans le tableau étant résolument des bourgeois, le 19ème siècle, lui, se signale par le besoin carrément vital de la bourgeoisie de l’époque à se représenter socialement.

Une constante unit les tableaux exposés, à savoir l’arrière-plan duquel se détachent les personnages. Il s’agit d’un fond assez homogène, constitué de motifs floraux faisant penser à ceux que l’on trouve communément sur les papiers peints qui ornent les murs des maisons. La raison de leur présence est à chercher dans l’aversion de l’artiste pour les fonds unis, typiques de la Renaissance, lesquels ne diffusent aucune chaleur à l’ambiance.

MARC JALLARD, qui travaille essentiellement à l’huile, n’a pas fait les Beaux Arts mais a fréquenté l’Ecole Boulle. C’est à la Manufacture Nationale de la ville de Sèvres où il travaille en qualité de technicien d’art qu’il a trouvé sa vocation d’artiste. Néanmoins, depuis tout jeune, il a éprouvé le besoin de dessiner. Et il faut voir dans ce besoin le désir d’une reconnaissance sociale.

Il s’est très tôt intéressé à la bande dessinée et il a également travaillé en tant que technicien d’art pour Pierre Alechinsky.

 

Comme on l’aura constaté sans le moindre mal, il éprouve un grand penchant pour le grotesque, particulièrement lorsqu’il s’agit d’attaquer le monde de la libido. Ce sens exacerbé du grotesque lui sert de repoussoir à toute interprétation « vulgaire » du sujet, comme nous l’évoquions plus haut.

Il y a un double monde dans l’univers exposé de MARC JALLARD. Un monde dans lequel des hommes ricaneurs, sujets à des particularités physiques, sont « accouplés » à des « créatures de rêves » qui trouvent une forme de « chasteté » par le biais d’une sexualité ostensiblement affichée qui se délite par le sortilège du regard.

L’artiste travaille à partir de photos. Il crée de véritables personnages de « synthèse », en interpolant chacun des éléments constituant d’un personnage, à l’autre. D’où ce que l’on pourrait interpréter comme « un air de famille » concernant l’ensemble des tableaux présentés.

MARC JALLARD est le maître absolu d’un univers donquichottesque. Un univers qui, malgré les apparences, volontairement exposées, traduit une vision complexe de l’humanité car il s’agit ici d’une humanité dépouillée de tout carcan qui limiterait la portée de son élan vers le dépassement d’elle-même. L’artiste la couvre d’un masque pour que le visiteur enlève le sien.

François L. Speranza.

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Note additionnelle de Robert Paul:

L'artiste:

 

L'atelier de l'artiste:

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Commentaire de Robert Paul le 19 janvier 2013 à 13:51

Commentaire de Olivier Dumont le 6 janvier 2013 à 17:37

On fait tous un peu partie de cette famille ! Merci de nous le rappeler avec autant d'humour et de talent.

Commentaire de Jallard Marc le 4 janvier 2013 à 19:14

Trés bonne année à vous tous. à l'âge ou les enfants arrête de dessiner,moi j'ai continué,puis adolecent

j'ai dessiné comme il se doit, des femmes nues,puis de la BD.Puis quelqu'un m'a dit: tes dessins tu devrais en faires des tableaux. la restriction sur un choix bien precis de personnages rentre dans l'ordre de l'intime conviction,que c'est ceux là qu'il faut peindre.il y à la vieillesse à coté de la jeunesse,le sexe,le dérisoir,la dérision,le tragiquement drole.tout ce qui me rend fou en somme...

Commentaire de Anne RENAULT le 4 janvier 2013 à 18:48

Je ne verrais pas vraiment une de ces toiles sur mes murs, mais je trouve ce travail tout à fait respectable et intéressant

Commentaire de Maria Klimek le 4 janvier 2013 à 17:25

J'adore! Ces tableaux sont superbes!... ♥♥♥

Commentaire de Antonia ILIESCU le 4 janvier 2013 à 14:09

Tout à fait surprenant ce style de peinture et la surprise vient d'abord des sujets choisis (le commentaire de Barbara Flamand dit beaucoup). Merci à l'artiste et merci à François Speranza pour la belle présentation.

Commentaire de Sébal Michèle le 4 janvier 2013 à 0:16

fort intéressant. mention spéciale pour la femme à la flute de champagne et à la noce.

belle année nouvelle à toi, faite de créativité, curiosité, partage et beauté, quel qu'en soit la nature.

bises

Michèle

 

Commentaire de Barbara Y. Flamand le 3 janvier 2013 à 23:17

Cher François,

J'ai regardé d'abord les peintures avant de lire ton commentaire.
Dans le premier portrait, j'ai vu un homme atteint de sénilité ou de gâtisme, par le regard et le sourire. Grotesque. Mais, d'un grotesque pathétique.

2ème portrait avec contraste de la beauté et de la laideur : la belle est vite oubliée; on fixe les yeux sur l'homme qui, stupide, semble saisi à la fois d'effroi et d'incompréhension devant...Quoi ? Sa situation ? Le monde ? Grotesque pathétique, également.

3ème homme : son regard porte un jugement dur, froid,critique. Son bonnet - ou masque - de chat ne fait qu'ajouter à sa froideur qu'attriste toute l'expression du visage.

4ème portrait, la femme : regard froid et bouche sévère.Elle semble dire : "Tu ne m'auras pas!" Pourtant, elle a découvert ostensiblement son sein provocant. Un contraste entre ce sein aguichant et le refus de son expression. "Une belle garce!" dirait celui à qui le regard est adressé.

Dans le mariage, à part le grand père, ils sont tous tristes, à commencer par la mariée qui ressemble à un marbre. Ce mariage n'est décidément pas un évènement heureux. C'est  une convention sociale que le grand père, parfaitement niais, portant sur la tête un nid dans lequel  un oeuf a été couvé puisqu'il en sort un oisillon (probablement symbole de la suite du mariage) rend grotesque. Mais ici, le grotesque n'est pas pathétique, il sert (je crois) de critique.

C'est une peinture vraiment intéressante. Le regard que le peintre porte sur le monde est assez ambigu : grotesque traversé de pathétique par endroits,et intention  critique en ce sens que la critique est révélatrice  d'un état de fait, ou état  d'esprit de ses personnages, et cela, en nous laissant un doute sur ses sentiments à leur égard. Les aime-t-il ? Les trouve-t-il ridicules ? Est-ce la société qu'il désapprouve ?

C'est à voir. J'espère que l'exposition dure encore quelques jours pour que je puisse m'y rendre.

Amicalement.
Barbara 

Commentaire de Chacha le 3 janvier 2013 à 22:22

C'est foutrement dérangeant, je trouve, d'être étudié par ces personnages bizarres.  Et l'arrière plan ne fait qu'accentuer le malaise.

Très belle année à vous tous!

Commentaire de ASSIA DUBOIS le 3 janvier 2013 à 20:51

Merci pour ce travail !

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