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Il s'agit d'un recueil poétique de Victor Hugo (1802-1885), publié à Paris chez Renduel en 1837.

Plus resserrée dans le temps que celle des Chants du crépuscule, la composition des poèmes va d'avril 1835 à juin 1837, se concentrant surtout sur le premier semestre de 1837. Si, comme on l'a souligné, chaque oeuvre successive est chez Hugo un approfondissement, ce recueil en témoigne en introduisant la figure d'Olympio ("A Ol.","A Olympio"), à la fois double du poète, alter ego dominateur et destinataire subjectif.

La Préface définit ces «voix» dont les vers traduisent l'écho après que le poète les a intériorisées: celles de l'homme, de la nature et des événements. Comportant 32 pièces, le recueil est dédié au père de Victor Hugo. A l'interrogation des Chants du crépuscule succède, malgré "Pensar, dudar" où s'équivalent penser et douter, l'affirmation initiale: «Ce siècle est grand et fort...» L'inspiration politique distingue le peuple - réduit, alors que le premier poème célèbre le progrès industriel, à la sainte pauvreté dans sa chaumière ("Dieu est toujours là", octosyllabes) - et la foule, la révolution et l'émeute. A ces pièces s'ajoute une série de poèmes consacrés à la gloire napoléonienne ("A l'Arc de triomphe", aux strophes alternées combinant plusieurs mètres). Le respect pour le malheur de l'exil et la mort de Charles X ("Sunt lacrymae rerum", qui adopte le même principe structurel) s'accompagne d'un dédain pour la monarchie de Juillet et son égoïsme bourgeois ("Oh, vivons! disent-ils..."), et semble même in fine refuser le nécessaire engagement («O Muse, contiens-toi!...»). Un autre groupe de poèmes célèbre la nature, belle et généreuse. Pièce essentielle succédant au poème évoquant le double absent ("A Eugène, vicomte H."), "A Olympio", au long de ses 75 quatrains en alexandrins et hexasyllabes, développe sur quatre parties la foi du poète en son génie, l'affirmation de sa suprématie, pour évoquer ces abîmes qu'il porte en lui (ibid., II). Écho sonore répercutant les voix de la nature, verbe même du monde (ibid., III), il contemple, triomphant, la totalité du réel et sa loi, «Expiation» ou «Destinée».

Plus que l'Histoire, pourtant présente et notamment par la figure du père, ce général dont le nom fut omis sur l'arc de triomphe de l'Étoile, plus que l'interrogation sur la fatalité («Quelle est la fin de tout?...»), la nature contemplée ou joyeusement célébrée ("Avril - A Louis B.") donne sa tonalité et son orientation au recueil. Sous les auspices de Virgile et de Dante - ces autres «voix» ("A Virgile": «dans Virgile parfois, dieu tout près d'être d'un ange...»; "Après une lecture de Dante") l'oeil, comme celui de Dieu, voit tantôt un spectacle d'apocalypse, tantôt les beautés mystiques de la nature, et au premier chef celles de la forêt, lieu d'une vision hallucinée et cause de terreur panique ("A Albert Dürer" - encore une «voix» présente dans la culture du poète), même si "Soirée en mer" ouvre sur la nuit noire, dont "Une nuit qu'on entendait la mer sans la voir" évoque la «voix profonde». Temple de Dieu, la nature déploie ses valeurs sacrées ("la Vache") et offre au poète tantôt «ce murmure, cette ombre, ineffable trésor» ("A un riche"), tantôt la rêverie «dans ce jardin antique où les grandes allées» accueillent des fleurs «encensoirs» déjà baudelairiennes.

Ce thème inclut aussi la veine amoureuse. Juliette, associée aux amours passées ("Passé"), aux grands ancêtres poétiques et à son environnement naturel, suscite le désir («Venez que je vous parle, ô jeune enchanteresse...», «Pendant que la fenêtre était ouverte...», «Puisqu'ici bas toute âme...», en 12 quatrains 6/4/6/4). Mais, comme dans les Chants du crépuscule, la famille (meurtrie par la folie du frère Eugène: "A Eugène, vicomte H."), les enfants ("Regardez: les enfants se sont assis en rond", "A des oiseaux envolés"; "A quoi je songe? - Hélas", "Tenanda via est") attendrissent le poète.

Avant sa "Tristesse" (voir les Rayons et les Ombres), Olympio laisse libre cours à ses rêves et se met à leur écoute. Après avoir déchiffré le sens de l'Histoire, le poète donne la parole à sa voix intérieure. Si le rêve peut se révéler «horrible», si le doute métaphysique demeure sans réponse, puisque les fins dernières restent énigmatiques, l'acte même de la contemplation définit celui qui «ne regarde pas le monde d'ici-bas, / Mais le monde invisible». De là l'interrogation posée à la nature et son «bégaiement immense». Du siècle, le poète s'est tourné vers le Tout.

 

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