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Il s'agit de l'autobiographie de Simone de Beauvoir (1908-1986), publiée à Paris chez Gallimard en 1958.

 

Simone de Beauvoir grandit à Paris, dans un milieu aisé et conformiste. Son enfance se partage entre l'intimité du cercle familial et une scolarité brillante par laquelle elle se sent accéder à tout l'univers: «De mon fauteuil studieux, j'entendais l'harmonie des sphères.» Au cours Désir, elle rencontre «une petite noiraude, aux cheveux coupés court», Élisabeth Mabille, surnommée Zaza, dont elle admire la vivacité et la spontanéité (I). Au moment de la puberté, elle se détache de son père, puis de sa soeur et de sa mère, et cesse de croire en Dieu. Elle éprouve du dépit de la désinvolture avec laquelle Zaza la traite parfois (II). Étudiante en philosophie à la Sorbonne, elle croise Simone Weil, Roger Vailland, mais ne se lie avec personne: «Il y avait longtemps que la solitude m'avait précipitée dans l'orgueil. La tête me tourna tout à fait.» Elle tente quelques incursions dans les cafés, boit de l'alcool, découvre le jazz, et se laisse aborder par des inconnus. Mais ces tentatives d'émancipation restent sans lendemain. Pendant ces années, elle entretient avec son cousin Jacques une amitié amoureuse et intellectuelle (III). Elle prépare l'agrégation en compagnie de Nizan et surtout de Sartre, avec qui elle se sent en profonde connivence. Fin de la relation avec Jacques. De son côté, Zaza, qui ne se résout pas à se détacher d'une famille hostile à ses projets de mariage, meurt avec l'amère conscience d'un échec. «Souvent la nuit elle m'est apparue, [...] elle me regardait avec reproche. Ensemble nous avions lutté contre le destin fangeux qui nous guettait et j'ai pensé longtemps que j'avais payé ma liberté de sa mort» (IV).

 

Ces Mémoires relèvent de l'autoportrait autant que de l'autobiographie. A la relation des menus faits de la vie quotidienne, l'auteur mêle une recherche des éléments fondateurs d'une personnalité qui s'affirme dès les premières années: «Aussi loin que je remonte, j'étais fière d'être l'aînée: "la première", "mon sérieux", c'était "tout moi", et je tenais énormément à moi.» Cette quête de soi-même est guidée par un souci d'exactitude qui pousse Simone de Beauvoir à évoquer sa vie avec précision et froideur. Comme une journaliste chargée d'une enquête, elle cite son journal intime à titre de document. Elle confronte ainsi l'impression immédiate et le recul de l'expérience dans des analyses marquées par le rejet des illusions ou de la complaisance. Elle dépeint sans indulgence ses travers (son «arrogante solitude», son absence de fantaisie ou de générosité) au point de paraître étrangère à elle-même. Ses souvenirs d'enfance la laissent insensible. Ses émois d'adolescente lui paraissent naïfs et conventionnels; elle se dit «soumise aux lois, aux poncifs, aux préjugés». Le ton est ainsi celui du réquisitoire, et non de l'apologie: la sympathie du lecteur n'est jamais sollicitée dans ces pages, et au charme du passé, l'auteur préfère la rigueur et la cérébralité d'une contestation lucide de ses erreurs d'antan.

 

Une double ambition s'affirme pourtant au fil des pages, qui transforme la terne chronique familiale en aventure individuelle. L'héroïne éprouve une volonté passionnée d'émancipation et d'affirmation de soi que couronne la rencontre avec Sartre, «intellectuel», «antibourgeois», dont l'«esthétisme d'opposition» donne droit de cité à sa propre pensée. Ce rejet d'un milieu familial conformiste se prolonge dans le désir très précoce de se consacrer à l'écriture, vocation dictée par l'exaltation que lui procure la lecture: «La littérature prit dans mon existence la place qu'y avait occupée la religion: elle l'envahit tout entière et la transfigura.» Mais le désir de «tout dire» de soi n'est pas seulement esthétique. Il donne sens à la vie entière: «En écrivant une oeuvre nourrie de mon histoire, je me créerais moi-même à neuf et je justifierais mon existence. En même temps, je servirais l'humanité: quel plus beau cadeau lui faire que des livres?» Le choix de l'écriture personnelle procède autant de la révolte que du don de soi.

 

Ces Mémoires (qui s'arrêtent à l'année 1929) ne sont que le début d'une longue autobiographie qui se poursuivra avec la Force de l'âge, la Force des choses et Tout compte fait.

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