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«Les amants volants de Chagall – ce sont nous tous ceux qui nagent dans le bleu ciel du destin». Les mariages s'accomplissent dans les cieux

L'amour pour la belle Bella a trouvé son incarnation dans les toiles du Maître déjà mûr.

Voila de jeunes amoureux, transportés de leurs sentiments, planent "Au-dessus de la ville" (1914 - 1918), «Les amoureux sur fond vert» (1914) se sont rencontrés à l'ombre des sorbiers le soir lilas. "J'ouvre la fenêtre - l'air bleu clair, l'amour et le parfum des couleurs remplissaient la pièce avec son arrivée. Tout en blanc ou tout au noir - elle volait encore longtemps dans mes toiles, en planant au-dessus de mon art", - a écrit Chagall sur sa bien-aimée dans le livre "Ma vie".

Les mariages s'accomplissent dans les cieux, est-ce pour cela que sur le tableau le "Le mariage" (1918) l'ange rose a déployé ses vermeilles ailes au-dessus de amoureux? Le fiancé, certainement, Chagall, la fiancée - Bella. Marc a vu Bella Rosenfeld pour la première fois en 1909 chez son amie Théa Brahman (elle habitait la rue voisine) pendant l'une des arrivées de Pétersbourg.

«Elle se tait, moi aussi. Elle regarde - et, bon Dieu, ses yeux! - moi aussi. Comme si nous étions familiers il y a beau temps et elle sait tout sur moi: mon enfance, ma…vie et ce qu'il m'adviendra… Et j'ai compris: c'est ma femme», - se rappelle Chagall.

Bella l'a attendu quelques ans. Ils se rencontraient aux arrivées rares du peintre de Pétersbourg. Puis il lui écrivait quatre ans de Paris. Le mariage a eu lieu le 25 juillet 1915. Bella (Berthe) Rosenfeld tirait son origine d'une famille d'un riche marchand. Elle a fini le lycée de Vitebsk, a prolongé ses études à Moscou à l'Ecole Guerier – l'une des institutions d'étude les plus connues en Russie, où elle étudiait l'histoire, la philosophie, la critique littéraire. Un certain temps elle apprenait une maîtrise du jeu d'acteur au studio de K. Stanislavski.

Marc et Bella 1910
Leur amour a duré 29 ans de leur vie commune.

"… Je ne finissais aucun tableau, aucune gravure sans entendre ses "oui ou "non".

Marc Chagall a souffert longtemps et péniblement la mort de sa femme, il a été incapable même de prendre le pinceau dans les mains pendant plus qu'un an.

En l'appelant Bella inspiratrice, Marc Chagall n'exagérait pas du tout. La plupart des images féminines sur ses tableaux, de manière ou d'autre, sont inspirées par elle.

On peut dire avec certitude: Chagall a chanté sa Bella de même que Petrarca a chanté sa Laura ou Dante – Béatrice.

Le mariage a eu lieu le 25 juin 1915 ici la rue Pokrovskaïa. De longues années passées en juin 1997 on s'est rappelé de nouveau ce jour éloigné, quand Marc a amené à la maison une jeune femme. Cet événement a été pris pour base d'une belle fête consacrée au retour du Maître le 7 juillet 1997. Ce jour de l'anniversaire de Marc Chagall à Vitebsk, des violons jouent dans la rue Pokrovskaïa, une belle musique sonne, les violonistes jouent sur les toits, les anges blancs planent au-dessus de vieilles maisons. On restitue le coloris de la vie quotidienne juive du début de notre siècle. De vieux Juifs en calottes sombres sont assis sur de larges bancs, des chèvres pâturent à côté. Les voisins sont habillés en robes de fête, ils viennent à la rencontre des jeunes mariés et les invités entrent dans la maison. C'est ainsi aux temps reculés en 1915.

Tout cela s'est ranimé dans les images vives pendant la fête consacrée au 110-me anniversaire de Chagall. Ce jour une inaugurationsolennelle de la maison-musée rue Pokrovskaïa a eu lieu. Parmi de nombreux visiteurs il y avait une petite - fille de Chagall – Mme. Meret Mayer Graber. Elle jugeait, que c'était justement cette maison, où son grand-père est né. Cependant c'est ici que le peintre a passé les années d'enfance et de la jeunesse, mais il est né le 7 juillet 1887 à Vitebsk dans la région de Peskovatikov. En janvier 1897 les parents de Chagall se sont adressés aux autorités pour obtenir une permission de construction d'une maison en bois dans le 3-me arrondissement de Vitebsk rue Pokrovskaïa qui a reçu son nom grâce à l'église Pokrovskaïa (église de l'Intercession) se trouvant à côté. La rue commençait à partir la place Polotskaïa (où le monument à M.Chagall se trouve actuellement). Cette église a brûlé en 1864, mais après elle a été reconstruite en brique sur une rue voisine Ilinskaïa à côté du temple homonyme.

Une manufacture de tabac de Kolbanovski et une beurrerie de Mnouchine et de Sverdline étaient des curiosités principales de la rue Pokrovskaïa.

La manufacture de tabac a été fondée en 1883 et appartenait au marchand de la première guilde connu dans la ville. 120 ouvriers, principalement des Juifs, travaillaient ici. Longtemps Vitebsk a été célèbre par les tabacs. Dans les années d'avant-guerre cette production a été unique en Biélorussie. Depuis 1974 un combinat polygraphique de cartonnage se trouve ici. L'entreprise fonctionnait déjà en 1899 et elle produisait l'huile linière, celle de chanvre et les tourteaux en assurant le travail aux 28 - 30 ouvriers (à présent c'est l'usine des produits alimentaires). Non loin de la maison des Chagall une petite manufacture fonctionnait, produisant une mélasse de pommes de terre.

A l'époque soviétique la rue a changé plusieurs fois son nom, elle a porté les noms du socialiste français Jean Jaurès, de Félix Dzerzhinski. En 1992 la rue a reçu son nom historique.

Les Chagall après la construction de la première maison sur le terrain de 590 m2 qui leur appartenait, ont érigé encore deux maisons en bois et une maison en brique avec une crypte. La famille a vécu ici jusqu'à 1923. En 1914 la mère du peintre est morte, la sœur du peintre Rosalie est morte à l'âge de 16 ans en 1917, en 1921 il a perdu son père. Après la mort du père les sœurs du peintre ont déménagé à Petrograd. En 1920 Marc Chagall avec sa famille est venu à Moscou.

La maison-musée de Chagall a survécu par miracle à Vitebsk complètement détruit après la guerre. Un monument très intéressant est placé dans une petite cour intérieure de la maison. Souvent on peut entendre une locution devenue déjà proverbiale: «le violon de Chagall». Le violon est un outil, duquel l'âme joue aux minutes du chagrin et de la joie. Et les cordes - ce sont les fils des souvenirs. Les images vivifiées et chéries au cœur se déversent sous l'archet et se figent en s'incarnant au bronze.

Tout de suite après le mariage les jeunes mariés sont partis à Petrograd. Mais à leur retour en 1918 Bella avec Marc se sont installées dans la maison d'en face. Ici ils occupaient deux pièces. «Marc Zaharovitch a créé quelque chose comme l'atelier dans la première pièce», - le peintre A.Kuznetsova se souvenait. - «Ici il enseignait à ses élèves encore avant l'ouverture de l'école nationale d'art. Nous n'étions que quatre: deux jeunes hommes et deux jeunes fille». Les années de la guerre cette maisonnette a été détruite. Le terrain vague est maintenant sur sa place. En quittant la rue Pokrovskaïa, nous passerons par les calmes ruelles de la vieille ville, où les jeunes amoureux se promenaient, rêvaient, faisaient des projets pour l'avenir.

La dernière terrible guerre avec les fascistes a défiguré le visage de Vitebsk, l'ayant transformé en amas des ruines. La région de la gare a souffert particulièrement fort. Les anciens habitants racontent, qu'ils n'ont pas pu trouver aucune brique intacte sur la Place de Gare. Mais Vitebsk, comme l'oiseau fantastique phénix a ressuscité des cendres, a guéri les blessures de la guerre.

Chagall bien des fois dans les années d'après la révolution a quitté Vitebsk et chaque fois il revenait de nouveau. D'ici, de la Place de Gare il partait pour Petrograd, et ici il rentrait. Ici il accompagnait et rencontrait sa Bella, qui faisait ses études avant la révolution à Moscou.

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Commentaire de Roger de Moerloose le 4 août 2013 à 17:15

Bonjour,

Petite erreur de mémoire( je suis né en 1927!).

La fille d'Henri Storck a épousé Luc De Heus (ou De Heusch ?) cinéaste et non pas "Luc Dehaes"

comme indiqué par confusion.

Cordialement, Roger de Moerloose.

Commentaire de Rébecca Terniak le 4 août 2013 à 0:42

Merci Robert Paul,

Toutes ces toiles nous ouvrent le ciel et c'est merveilleux comme il dit que les amours commencent au ciel.

C'est bien vrai. Et si nous dormons, le ciel nous hisse vers lui pour nous montrer le ciel. la lumière de l'aimé.

C'est un récit très touchant du début de la vie de Chagall et qui m'évoque ces contrèes d'où viennent ma famille.

Il doit y avoir 3 ans, nous avons eue une exposition très complète, exceptionnelle des oeuvres de Chagall à Martigny et le récit de  toute sa vie, avec aussi sa deuxième femme.

Liliane me fait vraiment trop d'honneur par ses rapprochements mais c'est très gentil et encourageant !

Bel été à tous.

Commentaire de Gohy Adyne le 3 août 2013 à 13:45

Merci Monsieur Paul pour ce récit intéressant sur la vie de Chagall


administrateur partenariats
Commentaire de Liliane Magotte le 3 août 2013 à 10:36

Je retrouve la même fraîcheur dans les dessins de "La petite fille à la lanterne " de .Rebecca Terniak

Cette façon de s'envoler vers autre chose, de quitter la réalité crue et d'accéder à un instant de grâce...il y a de nombreux points communs entre les peintures de Chagall et les dessins que nous offre Rebecca dans ses livres pour enfants....

 

Commentaire de Rose-Marie Godefroid le 3 août 2013 à 8:20

J'ai toujours été touchée par la poésie qui se dégage des toiles du maître mais j'ai encore découvert dans votre vidéo des œuvres que je ne connaissais pas et la magie s'est renouvelée ! Merci pour ce partage.

Commentaire de Pirschel Robert le 2 août 2013 à 23:57

Pour bien peindre, me dit toujours André Buzin, mon maître,  il faut être sincère dans ses choix picturaux comme un enfant, enfant qui n'est pas encore souillé par "la mode"!

Un enfant qui peint avec son cœur en obéissant à ses tripes seulement.

Un enfant qui n'a pas à justifier ses couleurs, parce que lui, les trouve bonnes, belles, et parfaitement adaptées à ses ressentis.

Chagall, était resté cet enfant, qui peint avec le même amour que celui qu'il a porté à sa femme!

Tout comme l'amour éternel, qu'un enfant aimé, accorde à sa maman.

Pour ma part, revoir les toiles de Chagall, est un ravissement. Ce même ravissement qui fait que je me sens obligé à des expositions de peintures d'enfants, de me faire plaisir en achetant les réalisations qui m'auront ému.

Merci pour tout, Mr. Robert P.

Commentaire de Gallet Sonia le 2 août 2013 à 22:53

Un magnifique partage merci. Une histoire d'amour touchante par la beauté des sentiments mais aussi pour sa tragique fin....j'ajoute un merci à Mr Roger de Moerloose pour son complément d'information sur l’existence de Chagall.

bien amicalement

Commentaire de Lansardière Michel le 2 août 2013 à 22:09

A l'auberge du coeur volant ils se sont attablés, et nous voilà tous conviés au banquet.

Et avec ce joli billet nous sommes vraiment à la noce.

Commentaire de Roger de Moerloose le 2 août 2013 à 18:38

Bonsoir Monsieur Robert Paul,

Je voudrais faire un commentaire à propos de Marc Chagall ou plus exactement à propos de son fils,

David Mc Neil actuellement romancier fixé à Paris.

J'ai connu David par un contact avec feu Patrick van Antwerpen qui est sorti de l'INSAS en 1967 et qui a notamment réalisé un court métrage noir et blanc " Jules, Julien, Julienne"

où je joue le rôle de "Jules".

En réalité Marc Chagall s'est marié deux fois mais entretemps il a eu un fils que lui a donné Victoria Haggart,

connue sous le nom de Virginia Leirens, suite à son mariage avec Charles Leirens, photographe.

Virginia devenant veuve a ensuite rencontré Henri Storck connu comme étant "le père du cinéma belge"

qui venait de divorcer et son union avec sa femme a donné une fille qui a été l'épouse de Luc Dehaes.

David vivait à Bruxelles en 1968 lors du tournage et est ensuite parti à Paris où il a écrit des chansons pour Pierre Barroux, Julien Clair et Yves Montant, tout en publiant plusieurs romans.

Je voulais indiquer ce "détail" peu connu dans l'existece de Chagall.

 

Commentaire de Swerts Albertine le 2 août 2013 à 17:20

pas de vie sans amour.  Merci du partage

Enfin un réseau social modéré!!!

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