IL Y AVAIT
Au chat
Entre les flancs du Léman un cygne noir glissé majestueusement
Il y n’avait personne
Il y avait dans le ciel gris des nuages menaçants
Il y avait au-delà du lac, la neige
Il n’y avait seulement qu’un paysage blanc couvert d’un précieux silence
Il y avait dans ma poitrine un bonheur incommunicable
Il y avait le brouillard qui me remplissait les poumons
Il y avait tant de vie devant mes yeux
Il y avait à l’horizon l’eau qui enfantait des rêves
Il y avait ferme, la terre ronde rêveuse comme cette rose de Rainer Maria Rilke
Il y avait cet arbre aux bras menaçants le ciel
Il y avait évanescente la lumière en pleine réflexion
Il y avait là, ces marches qui grimpaient comme le Lierre
Il y avait des maisons en sentinelles sur une ligne blanche
Il y avait la montagne avec son collier de brumes
Il y avait mes pensées qui descendaient vers le lac
Il y avait là, un troène percé par le soleil de janvier
Il y avait dans mes yeux l’étonnement que je vous offre
Il y avait comme un paravent pour me protéger du temps
Il y avait dans le ciel les nuages gris en pullover de cachemire
Il y avait, il me semble un landau qui gazouillait
Il y avait un sourire sur son visage
Il y avait la lumière qui le berçait
Il y avait insidieuse une brise, elle soufflait à la surface du lac
Il y avait là un banc et là-bas un nénuphar une fleur de coton et une boule de gui
Il y avait tout ça près du lac
Il y avait ton regard tellement lointain
Il y avait ce majestueux paysage
Il y avait ton visage qui voguait à la surface du lac
Il y avait ta présence et
Il y avait ton absence
Il n’y avait personne
Mais j’ai prié si fort, là sous les nuages qui couraient dans le ciel apaisé
Que désormais l’absente est présentée dans mes bras
Mais tu sais que je dois repartir bientôt
EVIAN, janvier 1989
Lionel M.
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