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LE SOMMET REVE DE LA VAGUE : L'OEUVRE D'ANNETTE LAHAYE-COLLOMB

                       LE SOMMET RÊVÉ DE LA VAGUE : L’ŒUVRE D’ANNETTE LAHAYE-COLLOMB

Du 07-06 au 30-06-19, l’ESPACE ART GALLERY (83, Rue de Laeken, Bruxelles 1000) a eu le plaisir d’exposer l’œuvre du peintre  française, Madame  ANNETTE LAHAYE-COLLOMB, intitulée : ÉVASION MARINE.

Rarement la peinture n’a atteint un degré d’interprétation aussi exhaustive dans l’évocation du sentiment. Concernant ANNETTE LAHAYE-COLLOMB, le sentiment évoqué est celui de l’évasion. L’évasion est avant tout un voyage. Un voyage intérieur. En dernière analyse, il ne peut être qu’un voyage intérieur, car par le biais de l’image, en tant que véhicule, il exige l’introspection. Le thème véhiculé est celui de la mer. Cette mer se singularise par une volonté d’élévation. Tout part du bas, de l’avant-plan, pour atteindre précisément le sommet de cette évasion. Concrètement, pour franchir ce sommet, l’artiste surélève la ligne d’horizon jusqu’à la faire coïncider avec la naissance du ciel. L’effet de gonflement de la mer, associé à la verticalité pensée de l’image, confère à l’œuvre un aspect presque « gothique » dans l’étymologie architecturale du terme : l’élévation de la bâtisse picturale conduisant vers le ciel. Les tableaux intitulés LE VENT SUR LA MER (60 x 60 cm-acrylique sur toille)

et IMMENSITÉ (60 x 60 cm-acrylique sur toile)

s’inscrivent dans cette esthétique.   

              

LES OISEAUX DE MER (30 x 30 cm acrylique sur toile)

La mer offre souvent des instantanés tels que le vol de mouettes « en suspension » dans l’air, planant entre les vagues. L’émotion est ici « en suspension » car, même si le vol semble » arrêté sur la toile, il se poursuit dans l’imaginaire du visiteur. Cette œuvre met en exergue un tour de force. A’ partir d’une dominante bleu-foncé, délimitant un cadre sombre, celle-ci permet aux mouettes de se signaler plastiquement, donnant même jusqu’au sentiment de sortir du cadre. Cette œuvre se distingue également par le fait qu’elle s’inscrit à l’intérieur d’un petit format. A’ partir du milieu de l’espace, les mouettes entament leur envol, l’une se superposant à l’autre, verticalement. Et cet envol se concrétise à partir la crête d’une vague, coupant l’espace en deux, à partir de l’avant-plan. Les extrémités de la toile sont soulignées de matière bleue, se confondant avec le chromatisme général. Cela donne l’effet d’une « fenêtre », d’un écran, à l’intérieur duquel se déroule la scène.

L’évasion transcende la simple réalité visuelle : s’agit-il de trois mouettes, l’une superposée à l’autre ou bien d’un seul oiseau dont l’envol est démultiplié jusqu’à atteindre le point culminant?

Il est merveilleux d’observer comment, à partir d’une seule note chromatique, en l’occurrence la bleue, les remous soulignés par l’écume sur la mer démontée, s’inscrivent dans la dynamique du mouvement.

Une deuxième écriture vient préciser la démarche picturale de l’artiste. Outre les marines, elle aborde une écriture carrément « abstraite », parfois dépouillée de tout élément cognitif, à l’instar de deux œuvres portant le même titre, ayant les mêmes dimensions et réalisées avec la même technique :

CADRES AVEC 3 PEINTURES ASSEMBLÉES (A) ET (B) (60 x 32 cm-acrylique diluée au pinceau japonais - ce pinceau est spécialement utilisé par les calligraphes).  

Ces deux œuvres représentent une série de trois miniatures. Chaque miniature représente à son tour deux petits tableaux monochromatiques. Même si le figuratif est absent, l’atmosphère demeure, sinon maritime, du moins lacustre. Car l’on devine, de par l’opacité de la couleur, la présence de la mer. Chaque composition est enserrée par un halot de couleur claire, comme pour l’encadrer une seconde fois.  

Voici une variation sur le même thème. Trois miniatures, contenant un petit tableau vers le haut, ainsi qu’au milieu avec trois petites compositions à la  base, nous montre un carré démultiplié (transformé en losange dans la partie du milieu), formant comme nous l’avons spécifié plus haut, une série de variations sur un même thème. Dominée par le bleu foncé, le blanc et le noir, ils s’inscrivent tous sur un fond  blanc, saupoudré de quelques nuances bleu foncé, parfois à peine perceptibles. Le visiteur ne peut qu’être médusé par la dextérité technique de l’artiste, dominant l’abstrait comme le figuratif, avec une telle sincérité.

Un dénominateur commun unit les petits formats avec les miniatures, à savoir ce que l’on pourrait qualifier de « côté fenêtre », à travers laquelle la scène se déploie. Les mouettes figurant dans LES OISEAUX DE MER (cité plus haut) ainsi que VUE DES REMPARTS (30 x 30 cm-acrylique sur toile) sont animés par cette même esthétique.

L’avant-plan de cette œuvre fait penser à deux colonnes portantes, au centre desquelles apparaît le paysage marin.

Trois espaces ou si l’on veut, trois étapes scandent LE LAGON POLYNÉSIEN (80 x 59 cm-acrylique sur toile).

A’ l’avant-plan, se déploie la plage, à la suite de laquelle s’étale la mer. A’ partir de la ligne d’horizon (placée très haut) prend naissance le ciel.

Observez la façon dont le bras de mer est compris (pour ne pas dire « comprimé ») entre la plage et le ciel. Il n’existe que comme parenthèse. Mais c’est là une parenthèse jouissant de nombreuses variations chromatiques par rapport à l’ensemble de la composition : le bleu (en dégradés), le vert (en dégradés), le noir alternant ça et là, avec des ersatz de blanc, fuyants comme des éclairs.

Par conséquent, cette parenthèse est en réalité, l’élément central de la toile. Sauf qu’à ce stade, il ne s’agit plus du paysage maritime breton mais bien d’une plage située à Moorea (en Polynésie).

LE VENT SUR LA MER (mentionné plus haut), nous offre une vision de l’océan en furie. L’on ressent la poussée de vagues à partir du bas (avant-plan) jusqu’à être projetées, en crête, pour se confondre avec la ligne d’horizon surélevée. A’ cette dominante bleue (en dégradés), deux tonalités issues de la même matrice, s’entrechoquent (le ciel et la mer), séparées par trois entités monolithiques, de couleur brune, séparées l’une de l’autre, représentant des rochers.

IMMENSITÉ (mentionné plus haut) présente un discours similaire mais conçu d’une façon beaucoup plus calme. L’océan monte, partant de l’avant-plan mais contrairement à LE VENT SUR LA MER, l’ascension, grâce aux différences chromatiques (vert, rouge, jaune, blanc et bleu), se fait en quelque sorte, par « étapes ». L’on pourrait, à l’extrême limite, « escalader » les vagues montantes pour arriver au sommet. Chose impossible avec LE VENT SUR LA MER, tellement les éléments sont démontés.

Evoquant CADRES AVEC 3 PEINTURES ASSEMBLÉES (mentionné plus haut) et LE VENT SUR LA MER, qu’ils soient au nombre de deux ou de trois, le dénominateur commun concernant ces petits formats réside dans le fait qu’ils présentent des figures conçues dans le module du carré, parfois conçus en losanges, à l’instar des CADRES.

A’ la vue de son œuvre, la question qui surgit à l’esprit, revient à se demander quel rapport l’artiste entretient avec l’évasion. A’ cela, elle répond que l’évasion est avant tout une façon de vivre. Et cela se ressent, lorsqu’elle nous apprend que sa grande passion est celle de faire de la voile.

Nous évoquions, plus haut, le côté « gothique » de son rendu de la mer, en remontant systématiquement la ligne d’horizon sur chaque toile conçue.

Cela s’explique par le fait qu’elle considère l’horizon comme étant la porte de l’évasion du regard, au-delà duquel s’étale l’infini. Et ce sentiment d’évasion s’exprime par l’emploi de sa couleur préférée, le bleu. Couleur qu’elle définit très difficile à rendre car elle est synonyme d’espace. A’ côté de son activité de peintre, l’artiste est également écrivain.

Ses deux activités créatrices deviennent alors complémentaires si elle veut se livrer complètement. La création est pour elle l’aventure d’un grand voyage qu’elle livre sur la toile et sur le papier. Une aventure complétant ses nombreux voyages. Et lorsqu’elle peint un paysage, elle s’efforce à le peindre non comme une réalité mais bien comme elle l’a ressenti. L’artiste nous restitue le passage de la réalité à la sensation. Elle ne travaille jamais d’après photo.

ANNETTE LAHAYE-COLLOMB, qui peint depuis 15 ans, évolue dans une abstraction personnelle, laquelle ne l’a, néanmoins, jamais éloignée du figuratif. Elle a fréquenté l’Ecole de Beaux Arts de Brest où elle a travaillé le volume ainsi que les mélanges de couleurs, ce qui lui a donné une base solide. Sa technique comprend l’acrylique, les poudres de métal pour réaliser certains rendus et le fusain. Elle aime travailler les épaisseurs au lavis. Le couteau n’est jamais utilisé car il ne procure pas assez de nuances. Il est remplacé par la brosse. Travaillant toujours debout, elle précise qu’il lui est impossible de « reproduire » aucune de ses œuvres, voulant par là évoluer à chaque étape créative. Chaque œuvre est l’étape d’un voyage, à la charnière entre l’odyssée intérieure et la mémoire d’un paysage intensément vécu.

L’artiste nous les livre en une offrande ascendante où ciel et mer reculent à chaque fois les frontières du grand large.

François L. Speranza.

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Collection "Belles signatures" © 2020 Robert Paul 

N.B. : Ce billet est publié à l'initiative exclusive de ROBERT PAUL, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis. 

Robert Paul, éditeur responsable

A voir:

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza

L'artiste ANNETTE LAHAYE-COLLOMB et François Speranza : interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles.

Photo de l'exposition de ANNETTE LAHAYE-COLLOMB à l'ESPACE ART GALLERY

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Commentaire de Michelle Decoster le 5 juin 2020 à 16:54

Les tableaux suivant retiennent mon attention,même au travers d'un écran :

"Oiseaux de mer" La mouette, au plus près de la vague,et selon l'angle choisi,suggère aussi la capture du poisson frétillant,quittant pour un instant son milieu marin, ou peut-être aussi sa prise par l'oiseau de mer souvent vorace !

"Vue des remparts" Les colonnes portantes peuvent être comparables à l'épouse du marin, pieds sur terre, alors que l'horizon conduit au-delà du présent par les voiliers" à chaque fois aux frontières du Grand Large".

Finalement,  " Le Lagon polynésien" Oui, pour "la ligne d'horizon placée très haut " et plage aux chaudes couleurs : l'effet ressenti peut aussi transcender l'idée ou l'inspiration.

La vision est certes différente de celle que l'exposition peut nous offrir mais nous donne l'avantage de la découvrir.  Merci à tous les intermédiaires. 

Michelle

Commentaire de Elisabeth HAMON le 5 juin 2020 à 14:02

Bonjour

J'ai découvert, avec beaucoup de plaisir, l’œuvre de cette artiste.

Lu et apprécié, également, l'analyse précise et sensible de Mr Speranza !

Commentaire de LOUHAL Nourreddine le 5 juin 2020 à 12:10

La vague est l’idéal tremplin vers le voyage et est aussi l’« immensité» où se crée l’aventure et l’évasion. Et lorsque souffle le vent, les battements d’ailes des « oiseaux de la mer » gonflent la voile de nos souvenirs qui s’en iront au gré du « vent de la mer. » La chose est d’autan belle lorsqu’elle s’accompagne de la chanson : « Va petit mousse où le vent te pousse » et jusqu’à ce que le bonheur se hissera vers  «  Le sommet rêvé de la vague » : qu’est l’œuvre d’Annette Lahaye-Collomb. Félicitations donc à l’artiste à qui je souhaite bon vent et Merci à messieurs Robert Paul et François Speranza qui ont permis cette visite guidée ! Alger, LOUHAL Nourreddine, le 5 mai 2020.

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Les rencontres littéraires de Bruxelles  que jai initiées reprendront en janvier 2021. J'ai désigné Thierry-Marie Delaunois pour les mener. Il en assurera également les chroniques.
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      Thierry-Marie Delaunois

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traduit en espagnol via le        lien en bas de page

     http://bit.ly/29pxe9q

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