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" Le Portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde au théâtre des Galeries du 22 octobre au au 16 novembre 2014

Ce Portrait de Dorian Gray est une véritable icône théâtrale. Cela commence par des personnages de roman, recréés pour le théâtre par Fabrice Gardin et Patrice Mincke; des décors  taillés comme des  bijoux qui se succèdent avec grande fluidité sur  un  plateau dont on aperçoit les cintres et les coulisses; des costumes d’époque dignes de grands couturiers ( Charly Kleinermann et Thibaut De Coster pour le décor ) et des joutes verbales de dandys  qui créent peu à peu par leur acidité sulfurique un climat de conte fantastique.

C’est ardent et contestataire, pertinent et impertinent, et surtout  très  bien joué. Révérence irrévérencieuse à la société , chaque scène est très enlevée, presque fugitive. La passion est dans la dualité, et dans  le duel peut-être aussi. Dans le combat désespéré contre la décrépitude physique et morale.  Des bas-fonds de Londres qui font penser aux lieux fétides  hantés par un certain  Dr. Jekyll and Mr. Hyde, aux nobles  cheminées de marbres victoriennes décorées de bouquets somptueux, le discours d’Oscar Wilde passionne par son cynisme, sa décontraction et son intense vérité.

Aimer une œuvre d'art, c'est courant. Mais l'aimer à la folie et nourrir une véritable passion amoureuse pour celle-ci confine au délire et  entraîne une souffrance  incommensurable. La voix off du début nous prévient : «  Il arrive qu’une personne soit, à sa façon, une véritable œuvre d’art. Avec son beau  visage et sa belle âme, Dorian Gray suscitait l’émerveillement. C’était un ravissement de l’observer. Il ressemblait à ces silhouettes gracieuses aperçues dans une fête ou sur une scène, dont les joies nous paraissent très lointaines, mais dont les souffrances excitent notre sens de la beauté. »  Cette vision romantique de la beauté ne laissera aucun repos à l’âme, jusqu’à ce qu’elle … en meure!

 Oscar Wilde a enfermé cette vision  dans  un trio subversif de relation amour/haine  qui torture les trois personnages principaux. Personne ne sortira  indemne de l’arène. Il s’agit d’une douloureuse et lente  descente aux enfers  pour ces trois mages d’un genre particulier.  Basil Hallward (Frédéric Clou) l’artiste bourré de bons sentiments et fort de son  rêve esthétique  n’y échappe pas. C’est lui qui a composé le portrait du fascinant jeune-homme dont il est amoureux en vrai et sur la toile. Il  exulte  lors du processus créateur et  souffre à la fois de sa naïve passion qu’il ne peut dissocier e son oeuvre.  Lord Henry (Benoît Verhaert) le  sinistre prédateur manipule Dorian Gray avec le plus grand  mépris et lui inflige des influences maléfiques afin de mesurer son pouvoir. Il est certes conscient de sa puissance destructive mais incapable de s’en départir.  Les deux  Pygmalions inversés sont campés. Dorian Gray (comme chacun de nous)  porte en lui le ciel et l’enfer. C’est un être dévoré par ses combats intimes et son incapacité grandissante  à proscrire le mal dans sa vie. Oscar Wilde semble  d’ailleurs être un mélange des trois personnages à la fois. Une condition humaine difficile dont  Picasso aurait pu faire une  très belle œuvre cubiste. Le metteur en scène,  Patrice Mincke, fait miroiter les facettes multiples de l’écrivain  avec une jubilation exaltante.  Et sans la moindre crainte, de son côté ! « Tout portrait peint avec sincérité est le portrait de l’artiste et non du modèle. Le modèle n’est que l’accident, l’occasion. Ce n’est pas lui qui est révélé par le peintre, c’est plutôt le peintre qui se révèle lui-même sur la toile. Si je ne veux pas exposer ce portrait, c’est que je crains d’y avoir dévoilé les secrets de mon âme. »

 Fabrice Gardin, avec grande sensibilité et pragmatisme à la fois,  traduit de façon très  subtile la jubilation que lui inspire  cette œuvre d’Oscar Wilde qui examine les relations entre l’art, la vie et la morale.  Le public à son tour est saisi par  l’intensité du questionnement. C’est du tout beau théâtre qui se joue jusqu’à la dernière ride du visage mobile et changeant du formidable acteur principal: Damien De Dobbeleer,  une gueule d'ange transformée en démon!   

Et les femmes dans la pièce ? Des oeuvres d’art, elles aussi… , comédiennes en diable,  pleines de peps de vivacité  et de  répartie qui sont loin de laisser insensible! Léone François Janssens (l’émouvante jeune comédienne Sibyl Vane, amoureuse éplorée de Dorian), Bernadette Mouzon et Myriem Akheddiou d’une féminité sans faille dans leur rôles de mère, de duchesse ou de Lady.

Théâtre Royal des Galeries's photo. 

photos de Nicolas Janssens

http://www.trg.be/saison-2014-2015/int.-patrice-mincke__5843

Le Portrait de Dorian Gray

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Commentaire de Deashelle le 7 novembre 2014 à 23:53

Commentaire de Deashelle le 7 novembre 2014 à 12:42

Le Plaisir, unique raison de vivre ?

Adapter à la scène "Le Portrait de Dorian Gray" n’est pas une sinécure. Conscients qu’"il fallait épurer un texte extrêmement écrit, sans trahir le contenu du livre", Fabrice Gardin et Patrice Mincke se sont efforcés de "respecter Wilde, tout en pensant au plaisir du spectateur." Celui-ci assiste à un spectacle fluide, orchestré par le personnage de Lord Henry, une des facettes d’Oscar Wilde. Le brio de ce dandy cynique fait de l’ombre au récit fantastique et étouffe parfois les émotions provoquées par la quête tragique de la beauté, de la jeunesse et du plaisir égocentrique.

L’influence subtile exercée par Dorian Gray sur Basil Hallward a transformé sa manière de peindre. Comme en témoigne le portrait du jeune homme, qu’il est sur le point de terminer. Pour Lord Henry, c’est un chef-d’oeuvre. A exposer au plus vite ! Basil s’y refuse. Il a mis tellement de lui-même dans ce tableau qu’il n’accepte pas de révéler le secret de son âme, à un public inquisiteur. Redoutant l’ascendant de Lord Henry sur cette "belle et candide nature", il le supplie de ne pas approcher Dorian Gray. En vain. Troublé par les paradoxes de Lord Henry sur la beauté éphémère, celui-ci souhaite rester toujours jeune et voir le portrait vieillir à sa place. Il donnerait son âme pour ce miracle.

Affranchi de toute limite par ce pacte faustien, Dorian se lance dans une recherche effrénée de son propre plaisir. Quand le portrait commence à se transformer, il le couvre et interdit à Basil de le revoir. Première étape d’une descente aux enfers pour un artiste honnête et désenchanté. Contrairement à ce défenseur de la morale, Lord Henry triomphe dans la société victorienne. Cette "patrie de l’hypocrisie" lui offre un cadre idéal pour briller par ses aphorismes souvent cruels et égoïstes. Ainsi il dissuade une lady de s’apitoyer sur les malheureux, en affirmant : "Je peux compatir à tout sauf à la souffrance. C’est trop laid. C’est pour la joie et la beauté qu’il faut avoir de la sympathie."

Redoutable prédateur, Lord Henry profite de la naïveté de Dorian pour le manipuler. Il lui donne l’illusion de penser par lui-même, alors qu’il lui inculque ses propres idées sur l’art, la peur de vieillir et la vanité de la morale. En apprenant le suicide de son ex-fiancée Sibyl Vane, avec laquelle il voulait se réconcilier, Dorian s’effondre. Cyniquement, son mentor l’invite à chasser ses remords : belle mort pour une comédienne ! Toujours décontracté, Benoît Verhaert fait vivre ce personnage maléfique avec justesse. Même s’il apparaît comme le porte-parole d’Oscar Wilde, qui nous bombarde de sentences grinçantes (de quoi remplir un recueil !), il est avant tout un homme rongé par l’usure du temps, qui libère sa puissance destructrice.

Dépité par la prestation lamentable de Sibyl, Dorian se déchaîne contre cette actrice médiocre, indigne de son amour. C’est une des rares scènes où Damien De Dobbeleer, qui l’incarne, se lâche.

Patrice Mincke privilégie la continuité du spectacle. Les scènes s’enchaînent souplement grâce à des éléments de décor, qui virevoltent sur un plateau complètement dégagé. Certains acteurs jouent le rôle d’objets et soulignent, par leur écoute, des temps forts de l’action. Cette scénographie fluide, pimentée par des clins d’oeil aux spectateurs, assure un rythme alerte. Cependant le spectacle est encombré par certaines séquences ternes, comme l’entretien entre Lord Henry et son oncle ou la discussion entre Sibyl et ses proches, à propos de son mariage. On pourrait s’en passer, pour mieux se concentrer sur les rapports entre les trois personnages principaux, qui reflètent la complexité de l’auteur. Excès de fidélité qui contraste avec l’audace du baiser entre Dorian et Henry. Une provocation inimaginable dans une oeuvre menacée par la censure victorienne. Isolée, cette actualisation en porte-à-faux confirme la difficulté de dramatiser le roman étrange et foisonnant de Wilde. Malgré certaines maladresses, les adaptateurs ont relevé victorieusement ce défi.

Commentaire de Deashelle le 1 novembre 2014 à 13:49

"Benoît Verhaert s'empare de la joviale froideur toute baignée de cynisme du dandy Lord Henry, et ça lui va comme un gant. Le coté jeune premier de Damien De Dobbeleer sied très bien au Dorian naïf du début. L'enjeu était de savoir incarner l'évolution violente de Gray. Le jeune comédien parvient à doser judicieusement la noirceur et la gangrène qui ronge peu à peu son personnage. Judicieux aussi, le décor. Mouvants, fluides... sans lourdeur, mais avec précision..." L'Echo

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DE LA TRANSPARENCE DE L’AME : L’ŒUVRE DE MARIE-CLAIRE HOUMEAU

VERS UN AUTRE SACRE : L’ŒUVRE DE RODRIGUE VANHOUTTE

traduit en espagnol via le        lien en bas de page

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LE SIGNE ENTRE LA CULTURE ET LE MOI : L’ŒUVRE DE LYSIANE MATISSE

DE LA MATIERE ENTRE LES GOUTTES DE L’ESPACE : L’ŒUVRE DE FRED DEPIENNE

FREDERIQUE LACROIX-DAMAS - DU PALEOLITHIQUE AU CONTEMPORAIN : RETOUR SUR L’ORIGINE DU MONDE

ENTRE SURREALISME ET METAPHYSIQUE : L’ŒUVRE DE GHISLAINE LECHAT

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LA LIGNE ENTRE COULEURS ET COSMOS : L’ŒUVRE DE VICTOR BARROS 

CHRISTIAN BAJON-ARNAL : LA LIGNE ET LA COULEUR : L’ART DE L’ESSENCE

LE ROMAN DE LA ROSE : L’ECRITURE PICTURALE DE JIDEKA


MARTINE DUDON : VOYAGE ENTRE L’ESPACE ET LA FORME

TROIS MOMENTS D’UNE CONSCIENCE : L’ŒUVRE DE CATHERINE KARRER

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TROIS VARIATIONS SUR UN MEME STYLE : L’ŒUVRE D’ELIZABETH BERNARD

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