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L'appel de la sirène (1)

Pierre se sentait merveilleusement bien. La sensation d'épuisement qui l'avait accompagné durant son voyage avait disparu. Son corps était en apesanteur, et il n'avait pas froid. Il se souvenait vaguement d'avoir plongé depuis l'embarcadère. Pierre avait entendu le feulement de chat qu'il avait émis en prenant une profonde inspiration, puis tous les sons s'étaient tus en même temps. Pierre avait pénétré l'élément liquide comme au ralenti. Ni bruit, ni choc. Dans un silence absolu, l'eau s'était écartée sur son passage, puis l'avait enveloppé comme la foule laisse passer un cortège. La surface du petit lac n'avait même pas frémi.Pierre avait d'abord fermé les yeux et retenu sa respiration, mais après quelques secondes à peine, l'étrangeté de son nouvel environnement s'était imposée à lui. Il y voyait parfaitement, et n'éprouvait aucun besoin de respirer. L'eau à laquelle il s'était abandonné était étrange, différente: elle donnait l'impression d'être plus dense, d'avoir une consistance presque gélatineuse, mais en même temps son contact sur la peau faisait penser à une huile légère. Pierre demeurait en suspension : il ne montait pas, ni ne descendait. De la surface venait une lumière douce et blanche, qui tournait au gris foncé, puis au noir, au fur et à mesure que son regard s'orientait vers ses pieds. Il ne voyait plus les bords du lac, ni les pieds de l'embarcadère. Il fit un tour complet sur lui-même, mais ne vit pas la moindre trace d'une berge.— Je suis heureuse que tu sois venu.Pierre reconnut aussitôt la voix de son rêve. Il regarda sur sa gauche. Sa sirène échouée lui faisait face, nue, son corps en apesanteur tout comme le sien.Ses cheveux noirs ondulaient doucement dans l'élément liquide, et mettaient en valeur la pureté virginale de son visage. Il se dégageait d'elle une impression de calme et de sérénité à l'opposé de son souvenir. Pierre était trop loin pour distinguer la forme elliptique des pupilles de l'ange qui se présentait à lui, mais ses iris mauves étaient encore plus lumineux sous l'eau que dans son rêve.— Dans mon monde je n'ai pas de nom. Tu peux m'appeler Nausicaa si tu veux.Elle avait vaguement remué les lèvres, mais ses mots étaient parvenus à Pierre exactement comme dans un rêve : l'image – ou l'idée – avait navigué jusqu'à lui, et c'était son cerveau qui ensuite lui avait donné ce timbre de voix doux et très particulier.Sa silhouette était parfaite. Souple et athlétique, Nausicaa avait un corps fait pour vivre et aimer.Surtout aimer.Pierre s'était délesté de tout souvenir en pénétrant dans l'eau. Il savait que Nausicaa y était probablement pour quelque chose, mais il n'en avait cure. Elle était venue à lui et lui à elle, c'était tout ce qui comptait.En s'approchant, Nausicaa fit un discret geste de la main. Comme si l'eau changeait de consistance autour de lui, Pierre sentit comme une caresse en plusieurs endroits de son corps. Ses vêtements le quittèrent presque instantanément, livrant sa nudité à d'autres caresses auxquelles le regard de Nausicaa vint donner une nouvelle dimension.Pierre laissa l'étrange femme venir à lui. Elle arborait un délicieux et rassurant sourire. Si Pierre avait eu encore conscience de son rêve, il aurait presque cru ne pas avoir affaire à la même femme. Tout était douceur et chaleur dans la merveilleuse image qui lui était présentée, et qui s'approchait maintenant si près que Pierre redoutait presque son contact.Les ondes de plaisir que lui procurait l'eau sous les ordres de Nausicaa eurent bientôt raison de ses craintes. Au fond des étranges pupilles de la femme, Pierre vit palpiter comme une ombre qu'il ne connaissait que trop, même si tout-à-coup il se sentit incapable de se souvenir de celles qui lui avaient déjà offert un tel regard en frissonnant de plaisir.Nausicaa l'appelait.Elle disait viens, elle disait je te veux, elle disait je t'en prie, maintenant.Pierre se sentit prêt comme jamais il ne l'avait été.
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Commentaires

  • Le romantism masculin, l'érotisme qui effleure sans choquer : beau.
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