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"L' art comme expérience" est une oeuvre du philosophe nord-américain John Dewey (1859-1952), publiée à New-York en 1934. Ce livre est un recueil de dix conférences faites par l'auteur, en 1931, à l' Université de Harvard. Dewey y présente une théorie de l' art qui, par certains côtés, se rapproche des plus récentes doctrines esthétiques, mais qui constitue, par son essence et par ses méthodes d'investigation, un retour à l' empirisme anglais. Il ne faut pas oublier que Dewey est un des représentants les plus éminents du pragmatisme; et s'il s'intéresse aux problèmes éducatifs, c'est surtout du point de vue sociologique. Son esthétique se ressent de sa philosophie, surtout dans sa façon d'aborder les problèmes.
La conception du beau comme une manifestation parfaitement isolée du reste des concepts humains, l'affirmation que le beau est le résultat d'une activité spéciale d' individus spéciaux, l'idée que l' émotion esthétique ne peut naître que dans la contemplation d'objets spécifiquement artistiques et qu'il faut séparer le phénomène esthétique de tous les autres phénomènes, attitude qui a pour résultat d'isoler les objets d' art dans les musées et autres lieux spécialement réservés car ils n'ont rien à faire avec notre vie quotidienne et les autres choses qui nous entourent: voilà autant de pensées que Dewey s'applique à combattre. Dans son livre l' "Ecole et la société" où il tend à introduire l' éducation dans la vie sociale, l'auteur examine la qualité esthétique en tant que manifestation d'une expérience commune et non comme un phénomène à part. Partant de là, il étudie et analyse les émotions du coeur humain par rapport aux expériences communes et conclut que la joie, la crainte ne sont pas des états d'ame statiques et momentanés, mais un concours d' expériences intérieures suscitées par un événement qui se déroule en dehors de nous. Toute "expérience" est le résultat d'un jeu réciproque de forces mises en mouvement entre un événement extérieur et une créature vivante, et ce jeu n'est ni causal, di désordonné: il suit un rythme, un processus, il y a un commencement et une fin. Quand ce processus se développe sans dissonnances, harmonieusement, il revêt par cela même une qualité esthétique, indépendante de tout effort pour créer une oeuvre d'art. Celle-ci naît du besoin de donner une expression à cette expérience déjà dotée d'un caractère esthétique; mais cette expression a une valeur intrinsèque. Les choses extérieures et les émotions, actuelles ou passées, agissent donc comme moyen d'expression; mais l'expression, en elle-même n'est pas artistique ou esthétique: toute émotion tend à s'exprimer, mais ce peut être en un geste ou un cri, etc... L'expression esthétique, au contraire, est due à une transposition. L' émotion, au cours de son développement attire à soi d'autres états d'âmes, d'autres sentiments analogues, de façon à produire un ordre, une unité supérieure à celle qui est due à la simple émotion initiale. Cette unité expressive multiforme fait naître une émotion d'un caractère différent: c'est l' émotion artistique qui n'est pas absolument étrangère au développement normal de l' expérience émotive, mais s'en distingue cependant. Conséquence importante, étant donné les préoccupations sociologiques de Dewey: l'oeuvre d'art étant une oeuvre d'expression, elle doit pouvoir être communiquée aux autres.

L' art, d'après Dewey, tend donc essentiellement à mettre les hommes en rapport les uns avec les autres et à constituer entre eux un lien d'expériences immédiates communes, ce qui est l'unique moyen d'échapper à l' individualisme. Par ailleurs, l'union de la forme et du contenu de l'oeuvre d'art n'est que l'expression de l'union intime de la passivité et de l'activité qu'implique toute expérience concrète. Ne pas réagir à une émotion par d'autres émotions et actions est le fait d'une passivité étrangère à l'homme. L'art de donner une forme à cette émotion représente la plus haute expression du potentiel de l'activité humaine. Et si la philosophie s'intéresse aux problèmes esthétiques, c'est justement parce que le beau, en réalisant la synthèse du particulier et du général, de l'ancien et du nouveau, et surtout du réel et de l' idéal, a une signification plus profonde que celle des divers éléments de l'oeuvre d'art proprement dite, quand ils sont isolés et voués à un jugement purement cérébral.

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Commentaire de Gohy Adyne le 8 janvier 2014 à 21:19

Merci Monsieur Päul, pour cette théorie de l'art de John Dewey. Arts et Lettres est un exemple!

Bien cordialement.

Adyne

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