RENCONTRE KATE MILIE
Brux-Elles, 50 femmes – 50 lieux de balades, le nouveau guide de Kate Milie, paru chez 180°éditions s’articule autour de la découverte de femmes liées à Bruxelles et de lieux leur étant associés. L’opus se glisse facilement dans sacs, besaces et poches. Allons-nous donc nous promener en compagnie d’une autrice qui n’hésite pas à s’offrir des expériences d’écriture diversifiées. Rencontre avec une autrice prolifique !
Dans quel contexte est né cet opus très original ?
Cela fait des années que je m’interroge sur l’espace public, les noms des rues, la représentation des femmes, la statuaire exaltant des allégories à moitié nues, la quasi invisibilité des femmes dans les musées, les livres d’histoire, etc. J’ai présenté un projet un peu flou à mon éditeur qui m’a aidé à y voir un peu plus clair.
Qui a choisi ce titre Brux-Elles ?
J’ai donc contacté mon éditeur en croisant les doigts (Oh, j’aimerais tant écrire ce livre, oh pourvu qu’il accepte !)… Son mail de retour fut sans équivoque : « Génial, Kate, ce livre, on va l’appeler Brux-Elles.
Quelles ont été les coulisses de l’écriture de Brux-Elles? La découverte de ces cinquante femmes est-elle liée à des balades ou des recherches en bibliothèque ?
Il y a un peu de tout, des balades-recherches dans la ville, faites en solo ou en compagnie d’associations féministes (« L’Architecture qui dégenre », « Noms peut-être ») que je continue à fréquenter, des recherches menées sur internet et en bibliothèque. Le hasard des rencontres a également joué un rôle non négligeable … Je songe à l’écrivaine Marie-Thérèse Bodart, finaliste du prix Femina en 1938 (republiée chez Samsa) découverte grâce à sa petite-fille, l’autrice Florence Richter, rencontrée à un lunch organisé par une amie commune…
A qui ce guide s'adresse-t-il particulièrement ?
Aux lectrices et lecteurs aimant se promener dans la ville, livre en main et re/découvrir la ville sous un angle différent. Aux personnes s’intéressant à l’espace public, la représentation du genre, l’histoire de femmes, leur immense apport à la société, à la culture, à la vie de tous les jours…
Comment s’est opéré le choix des cinquante femmes ?
Je voulais des femmes avec des profils différents associées à des lieux aussi différents les uns des autres. C’est ainsi que l’on croise dans le livre la militante LGBTQ+ Suzan Daniel, des féministes de la première vague, Marie et Louise Popelin, Léonie Lafontaine, mais aussi la peintresse Louise De Hem, Lina Cauchie qui a longtemps été éclipsée par la renommée de son mari, Josyne Von Beethoven, une femme accusée de sorcellerie, morte sur un bûcher dressé sur la Grand-Place de Bruxelles, Fernande Volral, une résistante 40-45 assassinée à l’âge de 24 ans dans un camp de concentration en Allemagne…
Beaucoup ne savent pas qu'Audrey Hepburn a vécu à Bru-xelles…
Elle est née à Ixelles et y a vécu les 5 premières années de sa vie. La maison où elle a vécu est ornée d’une plaque mémoire et un petit square à proximité porte son nom. Dans mon livre, elle est située entre la résistante Andrée Gueulen qui a sauvé beaucoup d’enfants juifs et la dessinatrice Gabrielle Vincent. Comme je voulais des femmes avec des profils très diversifiés, l’hollywoodienne Audrey Hepburn (qui fut ambassadrice de l’Unesco) avait toute sa place.
Quels lieux t’ont le plus marquée ?
Spontanément, je songe au monument rendant hommage aux femmes victime de féminicides (Saint-Gilles), le monument aux femmes déportées à Ravensbrück (Woluwe-Saint-Lambert), l’extraordinaire maison-atelier Art nouveau de Louise De Hem (Forest)… L’atelier de Lina Cauchie (Etterbeek) qui se visite de temps en temps (lors des journées du Matrimoine...).
Ton livre est préfacé par l’écrivaine féministe Laurence Rosier…
Cette préface est un magnifique cadeau ! Laurence Rosier est linguiste et professeure à l’Université libre de Bruxelles. Dans cette préface elle rappelle que « Marcher dans la ville, pour les femmes, n’a jamais été un geste anodin. Dans des espaces encore marqués par l’inégalité et parfois l’hostilité, occuper la rue est déjà un acte culturel et politique ».
Te considères-tu féministe ?
Si l’on entend par féminisme la volonté de promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes que ce soit dans les domaines politiques, économiques, culturels et autres, de lutter contre les stéréotypes, le sexisme, etc., oui, je le suis, profondément même. Petit scoop, je parle peu de ma vie parallèle, mais j’ai dans le passé travaillé pour un grand mouvement féministe.
Peux-évoquer tes autres livres, ceux qui te tiennent à cœur ?
Je suis l’autrice d’une dizaine d’opus dont L’assassin aime l’Art déco, un pol/art mettant en scène des meurtres dans des lieux Art déco bruxellois, le livre paru en 2012 a été réédité en 2025 à l’occasion des 100 ans de l’Art déco. Le mystère Spilliaert, dans un jeu passé-présent, rend hommage au peintre Léon Spilliaert et emmène lectrices et lecteurs sur les plages d’Ostende, Femme vue de dos suit une même dynamique (sauf que l’histoire se déroule à Paris) et s’enracine autour des femmes ayant fait partie de l’univers de Toulouse-Lautrec. Bruxelles Love, mon précédent guide de balades, proposant 60 lieux de rendez-vous à Bruxelles va connaître son cinquième tirage à la fin de l’année 2026 et va être complètement relooké.
Une cinquième édition pour Bruxelles Love ? L’ancrage est totalement local … Comment com-prendre ce succès ?
Je ne sais pas. Le livre allie insolite, glamour, romantisme, de l’arpentage urbain, la découverte de petits musées insolites, des bars cozy, des hôtels fastueux… La thématique du rendez-vous touche aussi bien à l’intime qu’au collectif.
Retrouvez Kate Milie sur www.180editions.ch
Propos recueillis par Dominique Larzac.
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