Vingt heures. Pas moins, non. J'ai passé une merveilleuse après-midi, en marchant, à travers des bois, des routes macadamisées. J'ai reçu trois, quatre, cinq fois plus que je ne l'espérais. J'ai eu le temps de rentrer dans les temps. Un pote m'a même récupéré sur la route (cerise sur le gâteau ?) et la sensation d'être bien ne m'a plus quitté jusqu'au moment où je suis allé me coucher.
Je n'ai même pas eu besoin de la carte d'état-major.
Arrivé dans le beau pays d'Onnezies, après avoir rendu hommage qui flemmardaient à six ou sept ou huit dans la même prairie, après avoir franchi une petite route dont les ascenscions ressemblaient à des escapades de colline, cligné de l'oeil à un tracteur, visité un premier bistro ...
Eh bien, je suis tombé nez à nez avec deux bandes horizontales parallèles : l'une en blanc, l'autre en rouge. Les sentiers de grande randonnée m'ouvraient à nouveau leur porte, je n'avais plus qu'à suivre les balises, j'avais tout mon après-midi devant moi.
Le sentier avec des éoliennes fut franchi en moins de deux.
D'une journée aussi intéressante, que je ne racont'rai pas graduell'ment, je retiens des moments. Simples. Quotidiens. Qui méritent peut-être un film.
Je m'attarde (simple exemple) sur trois bistrots où j'ai pointé le nez. Où je me suis attardé. Où je me suis assis. Où j'ai observé. Où j'ai contemplé. Où je me suis posé. Où j'ai respiré.
Dans le premier (à Autreppe), je n'ai pas du payer mon eau pétillante.
Dans le deuxième (à Onnezies), le barman m'a "ri au nez" quand j'ai commandé ... une eau pétillante.
Dans le troisième (à Fayt-le-Franc ?), le barman, avec la complicité des clients, m'a "ri au nez", quand j'ai commandé ... un Coca.
Ecole de la vie, encore une fois ?
Dans le premier bistro (à Autreppe), où je n'ai pas du payer mon eau pétillante ...
J'avais la trouille en entrant. Quatre gars, au comptoir, parlaient fort. Je savais qu'avec ma guitare et mon ukulélé sur le dos, je pouvais déclencher des réactions, dès mon apparition. Ca ne s'est pas fait attendre : un jeune gars m'interpelle franch'ment, me serre la main, je lui réponds sur le même ton, j'ai appris à ne plus avoir peur (ou à gérer ma peur). Je m'isole à la dernière table. Je regarde autour de moi. Des gens de la région, qui se connaissent. Quand un gars se pointe dans le bistro, il fait le tour des lieux, dit "bonjour" à tout l'monde, et j'ai droit, moi aussi, à ma poignée de main. Merci, d'avance ! Au moment où je m'apprête à reprendre la route, le gars, qui m'avait interpelé et serré la main, quand j'étais entré dans l'bistro, s'approche de moi et me dit : "Tu ne nous joueras pas un morceau de guitare ?". Chose curieuse : j'ai du mal. Je réponds : "je repasserai tantôt" (même si je me doute que ...), je passe au comptoir et la serveuse me dit : "C'est pour nous !" (comme je l'ai dit plus haut). Quand je me retrouve sur la route, mes réflexions reviennent. Quand quelqu'un, dans un bistro (ou ailleurs) me dit "Tu ne nous jouerais pas un morceau de guitare ?", je ne sais jamais vraiment s'il me communique son désir de m'entendre chanter ou simplement ... d'entrer en contact avec moi. J'ai beau vivre pour chanter, je peux aussi avoir beaucoup de mal à me lancer, parfois, à froid.
Dans le second bistro (à Onnezies), où le barman m'a "ri au nez" quand j'ai commandé une eau pétillante ...
Là, j'ai flashé, en marchant dans le village, pour commencer, sur les dessins (d'enfant) charmants, sur les murs blancs de l'établiss'ment. J'ai cru y lire qu'il s'agissait d'un bistro pour les gens du CPAS. Que les jeunes s'y retrouvaient. De l'autre côté du bar, on distinguait une pièce où il était écrit : "espace rencontre". Deux femmes semblaient s'exercer en peinture. Je demande au tenancier (qui a déjà eu le temps de me regarder de travers quand j'ai commandé mon eau pétillante) si on peut visiter cet "espace rencontre". Il me répond, sans sourire et en regardant ses pieds : "Non, c'est pour les gens qui pratiquent une activité". J'ai pas insisté.
Dans le troisième bistro (à Fayt-le-Franc ?), où le barman, avec la complicité des clients, m'a ri au nez, quand j'ai commandé un Coca ...
Y avait toute un espace libre devant les terrasses. Il était carrément écrit "jeunesse " sur le toit de la baraque. Des gosses couraient dans tous les sens. A ma droite, deux couples ... jeunes. Ca parlait fort. J'étais même effrayé, quand je voyais les deux "jeunes" maris, avec leur embonpoint (ou leur p...) de camionneur, leur visage complèt'ment taillé, buriné, pas gais (sauf ... entre eux, j'imagine), auxquels il ne fallait pas se frotter (même si, civil'ment, je pourrais être leur père). J'étais effrayé aussi quand j'apercevais les dents presque au cim'tière d'une des "jeunes" épouses. Enfin : je ne juge pas. Je communique mes impressions. Le vieilliss'ment est-il lié aux neurones ou au visage qu'on se taille ? Toujours est-il que ... je les ai regardés partir sur la place voisine, et jouer aux boules.
Hi hi hi.
Entre deux rues asphaltées, j'ai arpenté des sentiers, des semblants de forêt. A un moment donné, les orties bouchaient le passage. J'ai retiré, de mon épaule, mes instruments de musique. Je les ai utilisés comme bâtons. Ainsi, les orties étaient un peu monopolisées. J'avais un peu le vertige quand je regardais à droite. Ca descendait vach'ment. Y avaient que des orties. Et si, par un faux mouv'ment, ma guitare et mon ukulélé descendaient à jamais le Grand Canyon du Colorado ! Je comprends maint'nant pourquoi, dans plus d'un cauch'mar, la nuit, je me retrouve brusquement sans guitare ... sans me rapp'ler d'un endroit où je l'aurais déposée.
Sur la route, encore : des armoiries, des roses, des marguerites, des gîtes ruraux, des virages, des ponts, des ruisseaux, des meules de foin.
Et un arrêt, quelque part dans un de ces villages, dans une école ... du cirque. Un acte manqué, de mon point-de-vue, hélas. Qui dit "école du cirque", dit, dans ma mentalité, "école d'art", "ouverture d'esprit", "ouverture de coeur", "échange", et j'en passe. Voilà qu'en m'attardant devant une fenêtre, j'aperçois une dame, je lui fais signe, elle me répond ... sans plus. J'aurais tell'ment besoin qu'on m'invite, à ce moment-là. Mais voilà : on n'est pas tous branchés sur la même longueur d'ondes. J'hésite encore un peu. J'ouvre quand même la porte. La dame (que j'ai vue de l'autre côté de la fenêtre) est en fait ... la maman d'un enfant qui suit des cours ... à l'école du cirque. A droite, je repère un panneau en bois, sur lequel il est écrit : "Artistes". J'aperçois, au fond de la pièce, une jeune femme qui tape sur son PC. Une réceptionniste ? Une étudiante qui pratique un job ? Toujours est-il que ... jamais elle ne se retourne sur mon passage. J'insiste pas.
La route me réserve tant de surprises. Le goût suprême de la liberté. La grande place de Montignies-sur-Rocs. Les champs à perte de vue.
Ce qui est fou, c'est que j'étais allé jusque Onnezies pour une autre raison. Une de mes connaissances habitait par là. J'avais le coeur à passer la saluer. "9, rue d'Onnezies", m'avait-on dit. J'avais bien noté. Quand j'ai suivi graduell'ment cette même rue, quand je suis arrivé au n°9, je me suis aperçu que la rue portait un autre nom. Etais-je devant la maison que je cherchais ? J'étais à deux doigts de vérifier, d'aller sonner. Je ne l'ai pas fait. Un sentiment très fort me ret'nait. J'ai compris, une fois de plus, qu'une grande maison (qui ressemble à une grande propriété), avec une grande voiture et une grille (derrière laquelle y a un chien), ça me refroidit, d'emblée. Je ne condamne pas les gens qui y habitent, non. Ce sont mes appréhensions, mes phobies, mes images qui dominent. Une trop grande maison, une trop grande propriété, ça ne me met pas en confiance, ça m'écrase quelque part. Une petite maison toute simple, c'est plus dans mes fibres. Même si je sais que les gens habitant de grandes propriétés sont volontiers accueillants. Même si je sais que les gens qui habitent des p'tites maisons sympa ne me laissent pas forcément entrer chez eux.
Donc, j'ai poursuivui la route. Vers un inconnu qui allait se dessiner tout mon après-midi.
Une dernière image emportée : une ancienne station essence (Texaco), à la douane française, sur la route de Bavay, dont le panneau subsiste et dont l'ancien garage ressemble à un village fantôme.
les belles armoiries sur la route (Onnezies)
surréalisme
et elles s'agitent sous le vent, celles-là
repère consolateur
surtout ... qu'on ne la démolisse jamais
une lecture qui aide beaucoup, à certains moments, quand on s'arrête
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