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Anne Renault a lu  « Lovebirds, Récits de mal d’amour », d’Edmée de Xhavée, paru en 2012 aux éditions Chloé des Lys », Belgique.

Avec fantaisie, humour, émotion, délicatesse toujours, Edmée de Xhavée nous livre, au fil d’histoires toujours parfaitement menées, sa vision douce-amère de l’amour. Parfois mascarade, expression des conventions les plus rigides, parfois jaillissement de l’âme, expression accomplie d’une personnalité et d’un destin.

« Lovebirds », la première nouvelle, nous présente des personnages archétypiques, à la limite de la caricature, un « petit caniche » de mari et son épouse, une narcissique dominatrice. Perdus dans un désert, loin de tout regard, de toute société, les époux laissent exploser avec une extrême violence la vérité de leur relation, une haine féroce. Mais dès leur retour à la civilisation, leur entente délétère se renoue. Faisant fi de leurs rancoeurs, de leurs désirs déçus, chacun reprend son rôle et reconstitue l’image d’un couple parfait.

Cette satire cruelle, qui inaugure le recueil, pourrait laisser présager une version bien pessimiste de l’amour…

« La joie de Chérie » ne nous détrompe guère. Chérie vit l’amour-prison, l’amour-dépendance pour un homme qui se détache vite d’elle, et qu’elle a pourtant décidé d’aimer « à vie ». Aliénation, souffrance, obstination stupide ou névrotique, tel est le lot de Chérie. Quant à sa « joie », bien plus que dans le retour de l’infidèle, elle apparaît lorsqu’elle découvre, dans la solitude et la vieillesse, la beauté du monde, le parfum des fleurs de son jardin, l’affection de ses amies.

« Un amour d’amnésie » est une jolie version du « secret de famille », thème cher à Edmée de Xhavée. Amour caché et impossible, père au grand cœur, quelques larmes. Une histoire à laquelle les descriptions de la belle nature du sud-ouest de la France évitent toute tonalité tragique, ne laissant subsister qu’un parfum de mélancolie, et le regret des années perdues.

« Carte numéro 13, la mort », qui met en scène un meurtre et ses conséquences, est, paradoxalement, une des nouvelles les plus apaisées du recueil. Ici, l’amour est salvateur, généreux et tendre. Nous y trouvons une figure du pardon, thème central de « La piste des larmes », ainsi que grande idée qui domine « De l’autre côté de la rivière, Sibylla », deuxième roman d’Edmée de Xhavée, celle que l’amour exerce des pouvoirs bénéfiques par-delà la mort.

Les deux nouvelles suivantes, « Un dimanche en famille » et « L’amour d’une mère », illustrent bien plutôt, en revanche, le « malamour », en évoquant, dans la première, la suffisance et l’égoïsme d’un macho qui « veut essayer avant d’acheter », et, dans la seconde, l’amour mortifère d’une mère. Et même si les derniers mots du fils sont destinés à sa « famille »,  vraie ou fausse, il n’en reste pas moins vrai que nous trouvons dans « maman Monique », une bien belle incarnation de la mère castratrice et toute-puissante.

Avec « La piste des larmes », issue de l’expérience américaine d’Edmée de Xhavée, nous voici dans un autre monde, rustique et sauvage, dans une civilisation modelée par un passé indien. Mais là règne l’amour vrai, au-delà du meurtre, au-delà du drame, un amour qui témoigne de l’universalité des sentiments forts.

Enfin, le recueil se clôt sur la magistrale nouvelle, « Le grand amour de Tatia », véritable hymne à l’amour, qui s’impose comme LA grande valeur, source de beauté et de vérité. Amour fou, amour passion, réalisation de l’être, auquel on se doit de céder.

Ainsi, rendus parfois indécis sur la position de l’auteur, nous comprenons enfin que dénoncer les « contrefaçons » de l’amour n’est qu’une autre façon de mettre en valeur son original.

Petites touches de quotidien, grande attention portée aux choses et aux gestes anodins et doux -  allumer une bougie, contempler un coucher de soleil – viennent tempérer la causticité de certains récits et l’atténuer, comme d’une d’une brume légère et parfumée.

Variations sur thème, et, pour garder la métaphore musicale, jeu sur toute la gamme, voilà ce qu’Edmée de Xhavée nous livre dans « Lovebirds », où s’exprime au bout du compte un hommage à la puissance et à la beauté de l’amour.

 

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Commentaire de Edmée De Xhavée le 3 avril 2013 à 8:28

Merci à toutes... et surtout à Anne pour cette note de lecture si soignée. C'est d'ailleurs intéressant, toujours, de lire comment les autres décryptent notre travail, ce qu'on y a mis de nous sans le savoir, le message qui transparaît.

Commentaire de Pâques Marcellle le 1 avril 2013 à 19:48

J'aime beaucoup son écriture, j'avais été séduite par " Les Romanichels ".

J'ai très envie de découvrir "Loverbirds".

Cette note de lecture me donne envie d'en découvrir davantage !

 

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