CHAHUTS ET BOUCANTS
Je me suis arraché du lit brûlant
Le sommeil était impossible
J’ai déchiré les draps
Et des éclairs strièrent le ciel
Le tonnerre tomba dans mes oreilles
J’ai sorti ma crasse
J’ai dévalé les escaliers
Ouvert la porte de l'immeuble
J’ai appuyé avec insistance
Sur les sonnettes des occupants
Et j'ai déserté les lieux
Les fenêtres s'ouvrirent
Les gens gueulèrent
J’ai mis les adjas
Dans ma précipitation
J’ai heurté une poubelle
Elle a vomi des ordures
Le ciel était en train de crever
J’étais sous une trombe de flotte
Un chat courait après un rat
Rien de plus naturel
Dans un quartier de notaire
Un chien gueulait
Au loin les pompiers
Actionnaient leur klaxonne
D’une fenêtre une mégère
M’a lancé son fer à repasser
Le pare-brise du notaire
A éclaté
J’ai lancé un baiser à la commère
Elle s'est mise à hurler
Comme une poissonnière
J’ai consulté ma montre
Le ciel a fini par crever
J’étais trempé
J’ai pris à gauche
À droite
J’ai eu peur, un autre rat
Est sorti d'un caniveau
J’y ai craché dessus de dégoût
Et je l'ai envoyé en enfer
L’orage s'est fait entendre
Instantanément des éclairs scièrent le ciel
J’ai sauté en ciseaux le grillage
Du jardin stressé par les intempéries
J’aurais pu y dormir
Et finir la nuit agitée sous un pin
" Qui témoigne aux passants mes amours et ma peine ;
Puis l'arrosant de lait et du sang d'un agneau,
Dis : "Ce pin est sacré, c'est la plante d'Hélène." Ronsard
J’ai terminé ma nuit à l’hôtel de police
Tours, 2018 Lionel M.
Commentaires