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Publications de Gérard BRETON (37)

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La tondeuse verte.

 

Ce texte oublié dans un mauvais dossier,  ressort à la lumière de 2026,

je l'ai écrit en 1977,   il y a donc 49 ans. 

Certains paragraphes semblent prémonitoires ! surprised

 

J'attend vos commentaires.  Merci à toutes et à tous.

 

La vieille tondeuse - Été 1977

 

 

L'aube était là, fuyante derrière un brouillard léger, comme une fumée de cigarette poussée par le vent. Antoine était réveillé depuis un moment, il n'attendit pas la sonnerie du réveil et se leva pour se diriger vers la cuisine ; rien de tel qu'un grand bol de café avec quelques tartines de confitures pour commencer la journée. Mais ce matin là, le café resta dans la tasse. Antoine enfila un pantalon et un pull puis sortit dans le jardin. Il habitait en bout du village, un corps de ferme hérité de ses grand-parents. Quelques maisons étaient habitées par des retraités adorables, toujours prêt à rendre service. Antoine les connaissait depuis bien longtemps. Il venait souvent, quand il était enfant puis ado, vivre à la ferme pendant les vacances. Les ruelles du village n'avaient aucun secret pour lui.

 

Il déverrouilla la porte et sortit dans ce matin brumeux mais déjà chaud ; direction l'étang « du haut » au bout du vieux chemin. Tout en marchant vers ce petit coin de paradis, il se mit à penser à son grand-père, un gentil papy un peu râleur mais toujours en train de raconter des bêtises, ou à apprendre tous les petits détails de la vie que tu ne trouves pas toujours dans les livres.

 

  • Sais-tu ce que tu dois toujours avoir dans tes poches si un jour tu pars en randonnée pour la journée ? Mis à part bien entendu une gourde d'eau, deux pommes, un morceau de pain et quelques sucres ?

  • Heu non pas vraiment ! Une boussole peut-être ?

  • Oui c'est bien mais encore faut-il savoir s'en servir ! Je t'apprendrai. Dans tes poches ou ton sac tu dois toujours avoir quatre choses: un briquet/allumette, aussi appelé briquet permanent. Par simple frottement il fait des étincelles et peut s'allumer 8 à 10.000 fois. Puis il te faut une pelote de bonne ficelle, un couteau... pliant ça va de soit, et multi lames si possible, et un sifflet à roulette.

  • Un sifflet ? Pourquoi ce jouet ?

  • Ce n'est pas un jouet, il faut un vrai sifflet, comme les arbitres. Dans les bois on l'entend de loin, et si on te recherche c'est lui qui signalera ta présence, ici et pas ailleurs.

 

C'était ça le grand-père, tantôt bougon, tantôt instructeur de survie. Antoine se réveilla de ses souvenirs venus pendant sa marche vers l'étang, et continua son chemin en grignotant un gâteau sec qu'il avait chipé dans la boite en fer avant de quitter la maison. Plus il avançait vers son but, plus il se sentait intrigué et sur le qui-vive. Cette forêt qu'il n'avait pas revue depuis bien longtemps, vingt cinq ans peut-être lui semblait étrangère : elle avait changé. Il s'arrêta et écouta. Rien ne l'intrigua, rien tout était silencieux et calme. Il reparti lentement vers la forêt de châtaigniers à la recherche d'un écureuil roux, il y avait toujours un ou deux couples qui sautaient d'arbres en arbres, ou plutôt de tronc en tronc, rapides comme l'éclair ils avaient vite fait de disparaître remplacés par d'autres, dans ce théâtre vivant qu'était la forêt il restait souvent assis à regarder leur manège. 1)

 

 

Antoine sortit de ses pensées et, en caressant le tronc de l'arbre, le dossier d'un client compliqué (que ce soit le dossier ou le client), le ramena mentalement au « boulot ». Bouleau / boulot ! Il se prit à sourire à l'association d'idées, mais le charme était rompu, la forêt de dossiers avait remplacé la forêt d'arbres verdoyants. Les téléphones sans fil et leurs batteries en bandoulières, les ordinateurs, les mail, les fax, tous ces « outils » qui en définitive mangeaient le potentiel temps d'humanité, c'était la vie de toutes et tous en ville, pensa Antoine. Il s'aperçut que malgré le changement de lieu, cette vie trépidante reprend très vite le dessus sur l'essentiel, le moment présent, et il avait l'impression de se trouver dans une salle de cinéma en train de regarder deux films sur le même écran.

 

Que se passe t-il autour de moi ? Dans ma ferme ? pensa Antoine. Et comme s'il avait besoin de vider un trop plein d'énergie il se mit à parler tout seul.

 

  • Je ne comprends pas... J'ai l'impression d'être devenu sourd, tout semble lourd et étrange.

 

Ces pensées troublaient Antoine depuis un moment, il n'avait pas d'explication rationnelle. Quelques minutes après, il aperçut l'étang « du haut », comme les gens le nommait, brillant comme mille diamants sous le premier soleil du matin. Les années avaient passé et la longue alignée de peupliers avait doublé de volume. Les arbres n'avaient pas souffert des récentes tempêtes. Il mit les pieds sur la chaussée, où gamin puis adolescent, il posait ses cannes à pêche pour attraper les gardons de l'étang et les gougeons venant des ruisseaux. Antoine retrouva très vite le gros rocher plat qui souvent servait de table pour le casse-croûte. Il s'assit et sursauta quand un poisson bondit hors de l'eau pour, sans doute, échapper à une grosse perche qui le chassait pour son déjeuner. Trente ans, peut-être plus... Plus de trente ans étaient passés depuis la disparition des grands parents, trente ans pour le grand-père et trente ans et quelques mois pour la grand-mère ! A croire que l'un sans l'autre, la vie sur terre n'avait plus d'attrait. Depuis leurs départs, Antoine revenait à la ferme cinq ou six fois par an pour seulement deux ou trois jours. C'était trop court pour aller en forêt ou au bord de l'étang. Alors il se contentait de respirer l'odeur de la maison avec sa grande cheminée en pierres, les granges qui sentaient encore le foin séché, quelques petits boulots d'entretiens, une balade dans les alentours, sans oublier de discuter avec les voisins qui avaient repris la ferme de leurs proches. C'était bon de passer quelques heures à refaire le monde. Mais le temps passant vite, Antoine devait toujours repartir le lendemain ou le surlendemain pour Limoges. Aujourd'hui, c'était différent ! Il était en vacances, fatigué de tous ces conflits avec les collègues, ainsi que l'administration qui semblait prendre un malin plaisir à compliquer les choses au lieu de les simplifier.

 

Un jour Antoine avait acheté un jouet pour le fils d'un copain : un taxi en tôle avec un moteur électrique. Les jouets avaient tous ou presque des moteurs à piles, fini les moteurs à clés. Il se surprit à sourire de la pensée qu'il venait d'avoir : « quand nos voitures seront-elles électriques ?  Antoine se mit à rêver. Bientôt les voitures à essence auront des moteurs électriques comme les jouets. Un petit robot tondra la pelouse à ta place et un autre servira une drogue douce devant la piscine pour t'empêcher de réfléchir.   Stop pensa Antoine.

2)

 

Il était en vacances... bien décidé à dormir et à se balader dans la propriété, SA propriété désormais, mais aussi se balader dans celles des autres, car ouvrir une barrière en bois en la refermant derrière soi, ce n'était pas très compliqué, pas besoin de boîtier à boutons pour l'ouvrir et la fermer. A la campagne c'était une question de confiance entre le propriétaire du champ et le promeneur, lui avait dit la grand mère un jour de cueillette des champignons. Si tu oublies de fermer la barrière, les moutons ou les vaches, qui sont au prés, trouveront la porte et se sauveront, l'herbe étant toujours meilleure chez le voisin.

 

Antoine passa le reste de la matinée à faire le tour de l'étang du haut, puis dans les forêts de chênes et de châtaigniers où poussaient girolles et gros cèpes, que la grand-mère se dépêchait à mettre en bocaux pour les futures omelettes ou pommes sautées. Curieusement, il reprit le chemin de la ferme la boule au ventre. Un sentiment de perte et d'abandon le tourmentait sans cesse. Le retour vers la ferme fut très rapide. Quelque chose le poussait à entrer entre les murs épais et protecteurs, d'allumer un bon feu, comme ça pour le plaisir, d'entendre crépiter le bois sec et admirer les flammes dansant dans l'âtre avant de s'échapper en fumée par le large conduit. La ferme revivait avec cette fumée sortant en haut du toit et, Antoine en était convaincu, les voisins disaient : – Tiens le Toine est là !

 

La nuit fut compliquée et agitée sous les draps et dans sa tête. Antoine ne comprenait pas pourquoi il avait ressenti ces grands moments de solitude à l'étang, dans les forêts et dans les champs. Pourquoi ???? Le téléphone sonna sur la table de ferme en merisier le rappelant que son monde était bien loin... de l'autre côté du village.

 

  • Allô ! … Salut Georges .... Non, je n'ai pas oublié mon ordi ! Oui oui ce dossier est bouclé. Et non non et non, je suis en vacances à la ferme, et tu le sais très bien ! Tu connais le mot vacances ? Ecoutes-moi Georges, tu oublies mon adresse, tu oublies mon numéro d'urgence et s'il y a le feu, tu fais le 17. Bonne journée à toi et à l'équipe. Clic !

 

Ce n'était pas le jour, mais au moins c'était clair, net et précis.

 

Antoine ne voulait pas se laisser envahir par cet sentiment inconnu de la veille et qui lui échappait. Il prit sa douche, puis le café avec des tartines de confiture et se rappela les recommandations du grand-père ; dans le petit sac à dos, il mit deux pommes, une bouteille d'eau en plastique, un morceau de pain, quelques sucres dans une boite en fer dégotée dans un placard de la cuisine, puis chercha une pelote de ficelle dans le petit atelier. Il manquait le couteau. Le couteau pliant ! Il chercha partout dans la cuisine, pas de couteau pliant. Pourtant il fallait respecter la liste, Antoine avait l'impression que c'était important ; il ne devait pas déroger aux recommandations du grand-père. Rien dans le tiroir de la table de ferme, rien dans ceux de la cuisine, que des couteaux normaux. Antoine s'agaçait. Il posa les fesses sur un petit tabouret face au bout de la table, la place habituelle du grand-père et vit : le tiroir du chef comme disait la grand-mère pour faire râler son homme. Il l'avait oublié ce tiroir de bout. Antoine l'ouvrit presque respectueusement. Il ne l'avait jamais fait. Il fouilla et découvrit divers petits couteaux pour les légumes et champignons, un vieux briquet

à essence sans sa molette, des boutons de veste de chasse, un doigt en cuir avec un lacet (pour les blessures sans doute), quelques stylos, un petit carnet, un permis de chasse, une multitude d'objets inconnus et puis, plié dans un mouchoir, un couteau suisse avec une étiquette... Pour Antoine !

 

Une larme coula sur sa joue, les années étaient passées comme passent les nuages un jour de grand vent et Antoine n'avait jamais ouvert ce petit tiroir… Merci papy !

 

Sac sur le dos, Antoine reprit le chemin de l'étang du haut bien décidé à comprendre cette angoisse qui lui avait gâchée sa journée d'hier. Il ralentit le pas, attentif à son environnement. En passant devant la petite fontaine à dévotions conduisant à un point d'eau pour les animaux, rien ne sembla le troubler, c'était calme. Il s'arrêta et regarda au fond de la petite fontaine Saint Rock surmontée d'une croix en fer qu'il avait toujours connue. Quelques pièces brillaient un peu dans l'eau, à croire que quelqu'un du village était venu nettoyer le fond. Antoine sortit son portefeuille. Il attrapa une pièce égarée dans la pochette puis la jeta dans la fontaine et instinctivement, comme il avait vu faire la grand mère des dizaines de fois, il marmonna une prière et mentalement fit le signe de croix (s'il te plaît Saint Rock, fais moi comprendre pourquoi j'ai le sentiment d'être un étranger chez moi, merci). La grand-mère devait rigoler, pensa Antoine.

 

Dans le milieu de la matinée, après avoir erré de l'étang à la forêt de chênes, puis des grands prés fraîchement fauchés de ce beau blé doré, il avait fait la rencontre de François, un habitant du village venu lui aussi respirer l'air de la forêt. Les échanges furent brefs car ce dernier n'était pas bavard, les villageois le nommaient « le taiseux » c'est tout dire sur ce personnage qui malgré son apparence était prêt à rendre service au moindre problème. Il était tout et son contraire le François !

 

La matinée touchant à sa fin, Antoine envisageât de s'arrêter manger une pomme avec un morceau de pain. Adossé à un arbre centenaire, il repensa au taiseux. Il est vrai qu'en sa compagnie c'était le silence le plus complet. … Le silence le plus complet ! Antoine arrêta de croquer la pomme et écouta la nature autour de lui.

 

Au bout de deux ou trois minutes, il entendit un insecte dans le buisson épineux, un bourdon certainement. Il resta ainsi de longues minutes à écouter la forêt, puis changea d'endroit et traversa le pré où, des années au-paravent, Monsieur le Maire faisait paître son troupeau de moutons. Antoine se planta au milieu du pré et attendit, il voulait entendre ce qu'il était venu chercher : les grillons, ces cri cri cri stridents et rassurants sur la journée ensoleillée à venir. Il se souvenait qu'après avoir trouvé leur trou, il s'amusait avec les copains à les faire sortir en les taquinant à l'aide d'un brin d'herbe. Le grand-père, lui, les attrapait pour aller à la pêche. En dix minutes, il en avait une pleine boite, une vieille boite en fer de médicament pour la toux.

 

Mais aujourd'hui, rien, rien de rien, où sont-ils passés ? Il marcha de long en large dans le pré et en entendit deux ou trois, c'est tout… Antoine commença à ne plus aimer cette solitude, tout semblait sans vie et il ne s'expliquait pas encore ce silence. Il se dirigea vers la mare aux grenouilles. Elle était bien là, enfin ce qu'il en restait, entourée de fougères et de plantes qui devaient aimer avoir les pieds dans l'eau. Mais point de grenouilles, disparues, plus de chant, ni de « floc » quand elles sautaient dans l'eau à l'approche du danger. Le pic-vert, les moineaux, les araignées d'eau, les libellules sur l'étang et la mare, les papillons jaunes, rouges, les mésanges, les rouges gorges....tous disparus ou presque ! Antoine en vit un qui passait haut dans le ciel bleu, un petit, un moineaux sans doute. Il venait de découvrir son malaise et son mal être. C'était le silence ! C'était çà qui l'oppressait ! La ferme de sa jeunesse, l'étang, les forêts, les prés ? Tout avait changé.... Le vivant qui embêtait le soir sous la lampe du jardin, les dizaines d'oiseaux qui te réveillaient le matin souvent avant le coq ? Tout avait disparu, tout n'était que silence ou presque ! Antoine se leva péniblement et sentit une sourde colère l'envahir, une colère contre lui et contre ce que les scientifiques et autres gros patrons ou financiers (ce sont les mêmes) appelaient le monde moderne. Il se rappela une discussion houleuse entre son grand-père et un voisin qui avait acheté un désherbant pour les carottes : un désherbant sélectif avait-il dit « il faut attendre que les carottes soient sorties de terre et on passe le désherbant ; ça tue toutes les herbes, sauf les carottes ». Le grand-père était fou furieux. Il avait viré son voisin sans plus de ménagement. Ils se sont réconciliés le lendemain derrière une chopine bien fraîche à condition que la boite de traitement anti-herbes-folles passe à la poubelle !

 

Antoine sourit à ce souvenir, mais la colère reprit le dessus. On avait massacré son village, ses fermes, ses forêts, ses prés. Il repartit vers la ferme en se disant que lui aussi avait participé à ce carnage de tout ce qui vit sur terre. Il était furieux contre lui et contre la terre entière.

 

En chemin, il croisa un vacancier qui se dirigeait vers l'étang avec son chien en liberté. Et ce qui devait arriver, arriva.

 

  • Bonjour, c'est quoi comme race votre chien, un chasseur ?

  • Oh non, Il est coupé avec un beagle et un corniaud. Il ne ferait pas de mal à une mouche.

  • Une quoi ? Une mouche ? Encore faudrait-il qu'il y en ait ! Vous trouvez qu'il y en a beaucoup d'insectes autour de nous ? Sincèrement, répondez-moi ! Et les oiseaux ? Vous en entendez beaucoup gazouiller dans les buissons et en haut des arbres ? Je viens depuis plus de 40 ans dans la ferme de mes grands-parents, et dans l'absolu, il y a d'avantage d'insectes à la campagne qu'en ville, les oiseaux s'en nourrissent, mais là... il n'y en a plus ou presque. Et les poissons dans les ruisseaux ? Disparus aussi pour certaines espèces. Avec mon grand-père, on attrapait des gardèches, des saies, je n'en ai pas vu un seul ce matin.... Les grenouilles dans la mare en bas avant l'étang ? Plus de grenouilles ! Il y avait des écureuils mais depuis presque trois jours que je suis là, je n'en ai vu qu'un couple, enfin j'espère que c'est un couple. Pardonnez-moi je vous gâche votre séjour mais je suis agacé et triste d'en prendre seulement conscience cet après-midi ! De nos jours, les hommes sont devenus dépendants des machines et je viens de me réveiller de ce cocon dans lequel on nous emprisonne en riant. Les moutons de Panurge, vous connaissez ? Voilà ce que nous sommes devenus. On obéit, on achète, on paye, on remplit les placards, et aujourd'hui, en l'an 1977, on ne veut plus rien foutre... Il faut des robots, des téléphones à piles, des jouets électriques ! Et pourquoi pas des vélos, des voitures, des 5) avions, des camions, des patins à roulettes ? et les chaussures hein ? Çà serait chouette ça, des chaussures à piles ou à batteries !

  • Mais c'est normal monsieur c'est le monde moderne.

  • Le monde moderne ? C'est ça le monde moderne ? Antoine devint rouge de colère. Ah ils veulent le silence même à la campagne ? Ah ils ne veulent plus entendre les oiseaux ? C'est ce que l'on va voir ! Faites attention à votre chien monsieur, il y a plein de vipères dans les murs de pierres autour de l'étang et dans les murets des prés.

  • Ah bon ? des vipères ? Tango, Tango, viens là mon chien, nous remontons à la voiture. Bonne journée monsieur, et merci de m'avoir prévenu.

 

C'est ça mon gros, pensa Antoine, les vipères ont fait comme le reste, elles ont disparu. Antoine reprit son chemin, le silence était pesant ; alors, il se mit à chantonner pour masquer cet absence de bruit, de vie. Il repensa au jouet japonais acheté pour le fils de son pote. Deux piles et en avant jeunesse, la voiture file tout droit vers le mur, le bute et part en marche arrière tout en changeant de direction grâce à la roue jockey, puis elle tape le pied de la table, repart en marche avant et ainsi de suite. Pourquoi ne pas adapter ce système à une tondeuse, pensa Antoine ? Achetez la tondeuse non-stop hurla t-il ! Ras le bol du silence, il voulait du bruit, sans doute pour se venger de lui-même, mais il se tut, s'arrêta et se rappela de la vieille tondeuse du Grand-père. Où était-elle passée cette vieille bécane qui puait l'essence et l'huile brûlée ?

 

Qu'est-ce que le grand père en avait fait ? Et tout l'après-midi Antoine fouilla les granges, déplaçant les vieux meubles, les planches, des vieux lits de coin.... mais rien, pas de tondeuse. Il ne l'a quand même pas descendu à la cave ! Non, rien non plus à la cave, à part des toiles d'araignées. Alors elle est au grenier, pensa Antoine, mais comment a t-il fait pour la monter ? Nous verrons demain, ce soir c'est bon la journée à eu son compte de pensées négatives.

 

Le lendemain après un copieux petit-déjeuner, il remplit à nouveau son sac et en rangeant les fruits, il se rappela les recommandations du grand-père. Il était interdit de se promener sous les poiriers dans la journée car il y avait des guêpes et des frelons qui s'invitaient au repas. C'est pour cela que la grand-mère allait en faire la cueillette les matins avec le lever du jour. Ce fut en croquant la poire bien juteuse qu'il s'aperçut que, la veille, il avait désobéi aux recommandations du grand-père en allant cueillir les poires en fin d'après-midi, et sans être nquiété par les insectes. Sa journée d'hier lui revint en mémoire, tout lui revenait après cette nuit sans sommeil......les scarabées bleus, les coccinelles, les libellules, les écureuils, les araignées d'eau, les pic-verts, les moineaux, les bouvreuils … disparus. Sa colère remontait doucement. Comment avait-il pu être aussi stupide ? Il vivait dans un monde d'argent, pas dans le monde des vivants, des gens ordinaires, des éveillés en définitive. La vie simple n'existe plus, se dit-il. Le monde moderne a tout pourri, tout délavé, tout tué ! La tondeuse.... où était cette fichue tondeuse à essence ? Dans le grenier ? Il monta les escaliers et ouvrit la porte qui donnait sur une petite chambre, le grenier étant derrière. Il y était monté deux ou trois fois dans sa jeunesse mais il faisait sombre et ça sentait le vieux comme disait la grand-mère. Aujourd'hui, l'odeur était la même ! Un grenier plein jusqu'aux tuiles, des cartons de vieilles vaisselles, 6) des miroirs cassés, des tuyaux en zinc, des valises pleines de vêtements, des armoires sans portes, mais pas de tondeuse ! Et puis... Antoine n'avait pas remarqué qu'il y avait des sous-pentes condamnées de chaque coté du toit. Soudain, il vit une ficelle qui dépassait d'une planche. Il tira sur cette dernière et une petite porte s'ouvrit. La tondeuse était planquée derrière avec, cerise sur le gâteau, un fusil de guerre, probablement largué par les Anglais en 1944 !

 

Antoine descendit la tondeuse dans la grange et sortit la caisse à outils du grand-père. Il n'était pas un pro en mécanique mais ces petits moteurs n'avaient pas de secret pour lui ; changer la bougie, les filtres et joints du carburateur, de l'huile pour motoculture, un peu d'essence pour nettoyer les pièces et de l'essence propre pour le réservoir, Après avoir établi la liste des pièces nécessaires, il ferma la grange laissant la tondeuse en pièces détachées sur la grande table de batteuse, et direction la petite ville de Saint-Léonard où il était certain de trouver ce dont il avait besoin.

 

Ah ils voulaient le silence, les allées bien propres comme le plancher du salon, ils ne voulaient plus d'abeilles et de guêpes, ça pique ces bestiaux-là, ni d'escargots, çà bouffe les jeunes pouces alors, on utilise de la poudre ou des granulés. Antoine était toujours très en colère contre la société dans laquelle il vivait, il râlait tout seul dans la cour de la ferme maudissant son aveuglement sur le changement radical de la nature. Après avoir réparé la tondeuse et certain de la faire redémarrer dans un bruit d'enfer, il irait tondre l'herbe de la cour. Il se ferait critiquer par les voisins, c'était certain, mais pourquoi ne pas inviter ses quatre copains fermiers et éleveurs autour de la table, et leur proposer de monter un dossier de culture bio pour toute la commune ? Jamais ça ne s'était fait, il s'occuperait de tout ce qui est paperasse administrative, rendez-vous avec l'administration, les syndicats, la presse et tous le cirque de la vie trépidante qu'il connaissait bien, et qu'il commençait à haïr. Pourquoi pas pensait-il, pourquoi pas ? Il se mit à parler tout seul, et sa colère repris le dessus ; ça ne marchera pas, ils ne voudront jamais changer radicalement d'habitudes, ils sont coincés dans le système.

 

Il émergea de ses pensées assis sur le banc dans la cour, et il entreprit de remonter le carburateur, fit le plein d'huile et, pour le plaisir, donna un coup de bombe verte sur le capot et les roues.

 

Antoine suivit les conseils du mécano et tira sur la ficelle de démarrage. Pouf pouf, il baissa un peu le starter ! pouf pouf pouf.

 

  • Démarre ma belle on va faire du bruit, démarre !

 

Pouf pouf pouf... et cette fois, la vieille tondeuse pétarada dans la cour, une fumée bleue envahie l'espace de la ferme. Hum qu'elle sent bon cette vieille odeur de gaz brûlé ! Les voisins allaient me traiter de fou, mais qu'importe, aujourd'hui c'est la fête de la tondeuse. Demain Antoine organiserait un rendez-vous avec ses voisins fermier, mais uniquement pour boire un coup. Ils amèneront leurs épouses pensa Antoine, ça fait longtemps que cette ferme ne vit plus comme avant. Il se mit à rire tout seul et poussa la tondeuse verte en criant à tue-tête la chanson de Jean Ferrat, « la femme est l'avenir de l'homme ». 7)

 

  • Allez ma belle on descend voir l'étang réveiller les truites et les grenouilles puis on cassera la croûte sur la grosse pierre.

 

A son retour vers le milieu de l'après-midi, épuisé mais heureux de sa bêtise, il rangea la tondeuse verte, ferma la porte de la grange et se dirigea vers la maison. Un tour de poignée et... porte fermée. Il se rappelait très bien avoir laissé la porte ouverte comme d'habitude, aucun risque de vol, le chien de Gilbert naviguait entre la maison de son maître et la ferme.

 

  • Qui m'a fait ce tour de cochon hurla t-il !

  • C'est nous Antoine, c'est nous, les pollueurs, les semeurs de granulés, les pulvérisateurs de poisons divers et variés. C'est bon ? Tu as tondu le prés aux chevaux ? J'espère que tu as fait le tour de l'étang et que les fossés sont propres ? Les deux fermiers étaient hilares et Antoine commençait à sentir la moutarde lui monter au nez, comme disait le grand-père juste avant de se mettre vraiment en colère, et là... il valait mieux baisser la tête.

  • Tu as bien pollué l'atmosphère avec ton tas de ferraille ? On a vu le démontage, bon boulot, et puis c'est chouette peint en vert, c'est bien pour la campagne, et ils se mirent à rire.

  • Pourquoi dites vous-çà ? Pourquoi vous foutez vous de moi ? Je suis en vacances pour trois semaines et j'aimerais bien en profiter un maximum avant de repartir à Limoges.

  • Pourquoi on rigole ? Oh c'est simple, depuis trois jours, tu parles tout seul, tu râles, tu cries, tu engueules la terre entière. Au début on a cru que vous étiez plusieurs et puis non, tu parlais à l'autre, enfin c'est toi qui le nommait ainsi. On a supposé que tu étais en pétard contre quelqu'un, et puis non, puisqu'un matin tu parlais fort dans la cour, et tu as dit : - Et toi l'Antoine tu es satisfait ? Alors on a compris. Tu rouspétais tout seul sans cesse mais vous étiez deux, l'Antoine de la ville, qui ne voit plus que les autoroutes, les fils électrique et les restaurants qui te serves à bouffer dans ta voiture, la télé, et tout le bazar des villes, et l'autre, celui qui voulait refaire le monde !

  • C’est vrai, vous avez raison, je parlais fort. J'étais et je suis encore très en colère...

  • Et bien figures-toi que tu intéresses le village, enfin ceux qui restent, une dizaine de famille dont trois qui bossent en ville.

  • J'ai compris, dit Antoine, vous voulez monter un cirque et je serai Monsieur Loyal, dit-il en colère.

  • Cré Vendiou, on dirait ton grand-père, tu es une vraie tête de mule, tu peux écouter un instant ou tu as l'intention de passer trois semaines à hurler comme un putois. 

 

Antoine se ferma dans sa coquille, mais il était ravi qu'on le compare à son cher grand-père.

 

  • Figures-toi que la petite Marie Mérigot vient d'obtenir son droit d'ouverture en bio pour ses chèvres et ses fromages.

 

Antoine, surpris, s'assit sur le vieux banc les jambes coupées, le cœur en vrac.8)

 

 

Pourquoi deux voisins qui à l'évidence se moquaient de lui  étaient là, dans la cour, à lui parler de Marie qu'il connaissait depuis seulement trois ans.

 

  • Pourquoi me parlez-vous de la petite Marie ? Je la connais à peine !

 

C'est à ce moment-là qu'un autre voisin, le Pierre, entra dans la cour un panier en osier sous le bras avec Marie et deux femmes hilares, qui embrassèrent Antoine avec affection.

 

  • Tu es surpris le Toine ? Ça t'apprendra à chanter à tue-tête que « la femme est l'avenir de l'homme »

 

Tout le monde se mit à rire et Antoine aussi bien évidemment, c'est vrai qu'il chantait un peu fort en répétant le refrain de cette chanson.

 

  • Tiens voilà tes clés, j'ai apporté deux bonnes bouteilles et une roteuse pour les femmes.

  • Ah mais avec grand plaisir, dit Antoine, il fera plus frais dans la maison, et puis il faudra qu'on fasse un repas pendant mes vacances. Mais dis moi, on fête quoi aujourd'hui ?

 

Antoine ouvrit la porte et fit entrer ses amis dans la pièce fraîche qui sentait bon les poires cueillies du matin. Antoine ouvrit l'armoire et commença à sortir les verres. Gilbert, contre toute attente, ouvrit le tiroir de bout et sortit un tire-bouchon.

 

  • Tu es surpris que je sache où est le tire-bouchons ? Quand tes parents sont partis travailler en ville, mon père a pris l'habitude de venir donner un coup de main à ton grand-père, et puis un jour il lui a dit : je ne sais pas si l'Antoine reviendra sur ces terres, mais en attendant que ce jour vienne, c'est toi qui fera aérer la maison.

 

  • C'est pour ça que la ferme ne sentait jamais le vieux comme disait la grand-mère ? C'est ton père et toi qui ouvraient la maison ?

 

Gilbert se contenta d'un hochement de tête avec un grand sourire de fierté. Antoine était ébahie. Voilà pourquoi mon père a refusé l'héritage en ma faveur pensa t-il ! Il se leva doucement et ce fut un long moment de complicité entre les deux hommes.

 

  • Bon alors, vous ne m'avez toujours pas répondu, on fête quoi aujourd'hui ?

     

  • C'est très simple, puisque à l'évidence tu aimes parler tout seul nous avons entendu quelques mots de colère que nous partageons aussi. C'est ta faute, avant hier, hier et ce matin tu as vécu comme si tu étais sur une île déserte. Alors pour une fois fermes-là mon petit Toine, et écoutes bien, ça va être très court.

     

    Gilbert se leva du vieux banc devant la cheminée, et le temps sembla continuer sa route en mode ralenti, tous le monde se regardait sans dire un mot, attendant l'intervention de Gilbert.

     

  • Voilà Antoine, nous avons un projet à discuter aujourd'hui, avec toi, avec Marie et … l'autre !

     

Le village bio allait-il voir le jour ?

 

 

Gérard BRETON - 1977 9)

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"L'usine"

C'était en 2019... !  

Dans le style de W. Turner.

 

Ne faire qu'un trait, l'horizon, peindre le fond du ciel en 3 couleurs.

 

Ranger le pinceau et adoucir les nuances avec les doigts.

 

Poser les bâtiments, vite en quelques coups de pinceaux précis, sans trop chercher les détails.

 

Se laisser s'ennivrer de musique douce et de couleurs tendres, puis tracer les mâts, pour équilibrer la masse des proues des navires ayant franchi le fragile équilibre entre la ligne d'horizon, et la ligne de terre.

 

Les oiseaux de mer sont les derniers à se poser sur la toile.... A suivre.

 

Acrylique sur toi le de lin - 60X40

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Le chêne.

Les corbeaux noirs et les petits cailloux blancs.

Tout là-haut sur le chêne un corbeau se posa.
Puis un autre, et un autre, et puis un autre encore.
Ils étaient des centaines sur les branches perchés,
Pas un souffle de vent ne les faisait bouger.

Le fermier dans son champ avait vu le manège,
Un oeil sur le sillon, un autre sur le chêne.
La journée avançait vers la fin de sa peine,
Et la terre sentait bon, le grain, le chêne liège.

L’attelage entama son dernier tour de piste,
Et le fermier rangea la charrue, soc lisse,
Brillant comme un miroir, comme une lame nue.
Il était fier de lui, un vrai travail d’artiste.

Un grand corbeau bougea, noir, sournois, aux aguets.
Le fermier s’en alla, l’air de rien, sûr de lui.
Pris le chemin du nord le long de l’étang gris,
Et sourit en pensant à ce qu’il avait fait.

Comme une vague noire sans écume à la crête
Le peuple des corbeaux s’abattit sur le champ,
Et fouillant les sillons à forts grands coups de becs
Découvrir comme grains...
Des petits cailloux blancs.

Ce fut à tire d’aile, à grands renforts de cris,
Qu’ils s’éloignèrent du chêne
Tout en rongeant leur faim.
Sans savoir que, la veille 
Par vent et forte pluie,
Le fermier souriait...
En semant de beaux grains.

La morale de l’histoire car il en faut bien une,
C’est qu’en semant son grain par vent et forte pluie,
Le fermier, aux corbeaux, leur a coupé les plumes,
La justice est passée, et les voleurs punis !

G.B.

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Avec mes excuses

Un revenant ? Après deux déménagements en 7 ans, dont un changement de région me voilà de retour. J'ai remarqué des changements sur le site, et mes photos ont disparu.

Je suis ravi de revenir parmis vous, et de partager,

"CHOUCHEN"    Un pastel sur carton Touch  50 x 70

 Gérard BRETON31082766880?profile=RESIZE_584x

 

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Espace bleu ciel

  • Les mots sont innombrables pour décrire la souffrance

    qui envahie mon cœur quand je suis loin de toi.

    Ineffable bonheur de vivre d'espérance

    Pour te sourire enfin, ne renaître qu'en toi.

     

  • Et pour fuir le soleil dans l'ombre de tes bras,

    Comme un cheval fourbu d'une trop longue course

    Je vais pleurer d'amour en étouffant ma joie,

    Me poser sur ton cœur pour reprendre mon souffle.

     

  • Quand les draps blancs froissés sont à bas de ta couche,

    Je sens battre ton cœur sous ton sein tressaillant.

    Quand le calme revient dans ton cœur, dans ta bouche,

    Je regarde tes yeux briller d'un vert argent.

     

  • Et ton bonheur inonde ma bouche inassouvie.

    Ton corps d'amante exulte et je me fais cruel,

    A prolonger ta joie, ho ! suprême plaisir,

    Pour te rejoindre enfin dans un espace bleu ciel.

     

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L'Ile Creuse

En 1992, pour le journal ou j'occupais le poste de correspondant de presse,, j'avais « osé » le titrer du nom du ministre en poste à l'époque des faits, suivi de.... Père et fils, import / export.. Le père (ministre dans les années 60) ayant « importé » des enfants noirs de l'île de la Réunion et le fils 30 après proposant l'inverse pour je ne sais plus quelle fumeuse raison. Bref mon titre n'a pas plu, et mon papier est passé aux oubliettes. Le voici, 26 ans après sa rédaction par votre serviteur.

Ces témoignages recueillis sur les lieux d'un tournage en Creuse, et cette page de notre histoire ont fait l'objet de plusieurs films à la télévision.

...

L’île Creuse.

Jeu de mots sur le titre – Travelling arrière sur l’île de la Réunion, et travelling avant sur la Creuse, département français, qui est devenu un jour d’août 1965, leur nouveau pays.

Au départ de « l’aventure » je dirais plutôt « enlèvement », un problème démographique existait en l’île de la Réunion jugée surpeuplée, et le département de la Creuse, où, peut-être s’amorçait déjà une fuite de la population cherchant vers d’autres cieux l’illusion d’un avenir meilleur. La solution était d’une simplicité élémentaire (sur les papiers, pas dans les cœurs.) il suffisait d’accréditer la thèse des vases communicants.

Seulement voilà, en 1965, l'homme, les politiques, n’ont pas joué avec des chiffres ou des haricots, mais avec des enfants qui avaient les yeux grands ouverts pour voir s’éloigner la terre de leur enfance. Des mômes avec un cœur qui battait la chamade dont une moitié déchirée voulait rester avec les frères, les sœurs et les parents, sur l’île…. leur île ; et l’autre moitié qui voulait espérer que cette France, cette Creuse, dont on leur avait tant et tant parlé en leur faisant miroiter la magnificence, leur apporte les cent pour cent de bonheur auquel ils avaient droit, c'était promis, juré.

Ces enfants, petits et ados, étaient classés, pour certains « enfants à problèmes » car venant souvent de la DDASS. Comment, par cette appellation arbitraire, a t-on pu sans aucune déontologie mais en alignant une colonne de chiffre, décider pour autrui ce qui serait le bien et le mal ?

En un peu moins de cinq ans, deux cent jeunes Réunionnais et Réunionnaises (1600 en 1981) vont être transférés, déracinés de leurs attaches familiales pour satisfaire une idéologie au-dessus de tout soupçon, puisque soi-disant bénéfique à ces jeunes, « malades » de la déstabilisation du monde des adultes vivant dans l’île de la Réunion.

Stop ! Le bateau aborde le quai bétonné d’un port français - Plus loin, la gare, on embarque rapidement car en France on essaie de respecter les horaires. Le train roule maintenant entraînant Alain dans le staccato…staccato lancinant des rails sur les traverses. Alain qui nous parle maintenant et qui vingt cinq après (en 1992) ne comprend toujours pas… !

Alain : « C’était dur au début, très dur. Monsieur H…, chez qui j’avais été placé, était gentil. C’est vrai que j’avais une famille mais ce n’était pas la mienne ; c’est vrai que le ciel était toujours au-dessus de ma tête mais le bleu était différent ; et puis, en Creuse, en comparaison de mon Île, bonjour le froid ! J’avais l’impression d’avoir été abandonné par la terre entière. Au pays, le père et la mère entourés de la grand-mère, des frères et sœurs, continuaient de vivre, et moi j’étais seul. Bien certes, mais seul…avec ma peau noire. Ce que je ne savais pas, c’est que mes frères et sœurs seraient déracinés à leur tour. »

Vingt cinq après (en 1992) Alain est creusois et fier de l’être, mais une partie de son cœur est malgré tout restée dans son île, celle qui l’a vu naître. Il ne comprend toujours pas qui a pu signer en bas d’une page officielle la décision de placement dans une famille française, à des milliers de kilomètres de là ! Ce n’est ni son père, ni sa mère et encore moins sa grand-mère, alors qui ? Aujourd’hui il n’en veut à personne mais il aimerait bien comprendre et pouvoir expliquer à ses enfants qui sont nés sur la terre de France, en Creuse, qu’un jour pour « son bien » l’homme cultivé ou se réclamant comme tel, l’a arraché à ses racines, sans autre forme de procès.

A notre table, il y avait aussi Jean-Pierre, qui lui, constate les méfaits de cette décision moyenâgeuse.

Jean-Pierre : « Que reste t-il aujourd’hui des quelque deux cents Réunionnais arrivés en France entre 1965 et 1969 ? Beaucoup sont repartis au pays après quelques années, d’autres se sont suicidés parce qu’ils n’ont pas eu la possibilité de s’adapter à leur nouvelle vie. Je connais même des filles qui ont terminé sur les trottoirs de Pigalle, et, si dix pour cent d’entre-nous ont réussi à se faire une situation honorable et à s’intégrer complètement à notre nouvelle île, la Creuse, c’est bien le maximum ! Mais ici aujourd’hui on y est bien, on fait partie des meubles. Nous sommes Creusois car nous sommes restés dans ce pays qui nous a accueilli. Il n’en reste pas moins que quatre vingt dix pour cent d’échec c’est énorme, mais c’était prévisible, trop de différences nous séparaient…

Alain, Jean-Pierre et d’autres nous ont parlé, ou simplement souri, parfois prononçant des phrases simples, courtes, mais empreintes de nostalgie et de…prudence. Et pour cause, moi le petit «écrivain», je suis blanc, Français, né en France, et peut-être que je ne fais qu’écouter sans chercher à comprendre. Peut-être que je suis raciste et que je ne vais pas les défendre dans mon « papier » en écrivant l’erreur impardonnable commise à leur encontre. Peut-être que je ne vois pas au fond de leurs yeux ce que le cœur me crie ? Peut-être que les mômes qui chahutent autour de nous, nous sont indifférents parce que nous n'avons pas la même couleur de peau ? Et peut-être aussi, qu’après tout, nous sommes là pour faire un film, écrire sur journal, et qu'on s'en fout !

Et bien non ! Depuis quelques années ce scandale à été filmé plusieurs fois, et aujourd’hui Alain, Jean-Pierre et les autres vont pouvoir le lire. Il reste de cette pitoyable histoire, qu'en cette fin de vingtième siècle, quelques hommes ont décidé du destin de leurs semblables sans chercher à introduire les mots: amour, fierté, honneur et racines dans leur démarche. Ceci a inévitablement conduit ce projet à un échec total, sauf pour les quelques exceptions qui sont restées et qui aujourd’hui sont profondément attachées à la Creuse.

Lise Deramont a réalisé un film en 1992 sur ce sujet, son titre à lui seul suffit à la fin de cet article…IMAGINE, ON A SURVECU.

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UTOPIA

Qu'on soit petit, ou qu'on soit grand,

Quand on n'a pas vingt balles en poche,

On se sent seul, c'est pas marrant,

D'avoir du vent dans ses valoches.

Alors on fait comme les oiseaux

Qui planent l'aile sous le vent,

Comme le poisson dessous la roche

Qui laisse glisser le courant.

Je rêve d'un monde sans monnaie

Ou le Dollar deviendrait rose

Lilas, pensée ou bien bleuet.

Un monde en fleur, pas en Euro.

L'amour ne serait plus payant

Car c'est lui même qui jaillirait,

Des sources pures, des torrents,

C'est vrai, on peut toujours rêver.

Et quand les hommes vivront de paix,

Que la bête aura disparu,

Quand tous les voiles seront tombés, 

Que les fusils se seront tus,

C'est que les hommes sauront comment

Être des sages, pas des prophètes,

En glissant l'aile sous le vent,

Comme l'oiseau dans la tempête.

...

Écrit en août 1999, presque 20 ans et pas une ride.

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L'ange gardien.

L'ange gardien.

Antoine avait le nez en l'air côté passager. La montagne défilait sur sa droite laissant son regard glisser sur une crête, et puis sur un brusque à pic suivi d'une pente verte plus douce où broutaient des moutons. Les deux frangines discutaient dans la voiture, mais Antoine n'écoutait que d'une oreille distraite, préférant en prendre plein les yeux, pour peut-être plus tard poser ces souvenirs sur une toile ou sur du papier.

Ce qui attira la sensibilité d'Antoine, c'est une petite phrase de Jeannette, la conductrice.

  • Dans le village où nous arriverons dans cinq minutes, il y a une petite chapelle. Chaque fois que nous y sommes passé avec Pierre, nous avons toujours trouvé porte close, peut-être pour protéger les fresques qu'ils ont découvert sous le plâtre ; elles sont, parait-il, splendides et dateraient de l’extrême fin du moyen-âge au XVe siècle je crois... mais voilà c'était toujours fermé.

Antoine laissa glisser quelques secondes, entra dans la conversation et demanda à la conductrice d'arrêter la voiture à proximité de l'église.

  • Elle est ouverte aujourd'hui, arrête-toi !

  • Pourquoi veux-tu qu'elle soit ouverte, cela fait des années que nous nous arrêtons et c'est toujours fermé à clé ?

  • Pas aujourd'hui !

Après tout, ça nous fera une petite halte dans ce village de montagne, pensa t-elle. Quelques minutes plus tard, la voiture sagement rangée sur la petite place, Antoine et les deux sœurs se dirigèrent vers la petite chapelle. Certaine de trouver la porte fermée, Jeannette avançait doucement sous le soleil, sans se préoccuper d'Antoine qui attendait déjà devant le portillon en fer forgé fermant l'accès au jardinet devant la chapelle. Un petit sourire au coin des yeux, sa sœur regardait Antoine d'un œil complice semblant dire... nous verrons bien !

  • Alors les filles, on rentre ?

  • Oui dans le jardin tu peux, le portail n'est jamais fermé, dit Jeannette à Antoine.

Ce dernier se rapprocha de la porte de la chapelle, posa sa main sur la grosse poignée et levant les yeux demanda :

  • Il y a quelques minutes je t'ai demandé de nous ouvrir la porte, pouvons-nous entrer ?

  • N'importe quoi ! tu attends quoi, un miracle ? Dit Jeannette en riant.

Antoine se retourna, lui sourit et tourna la poignée ; la porte s'ouvrit doucement.... Il laissa les filles médusées sur les marches de la chapelle et entra. Il faisait frais comme dans toutes les églises. Ça sentait un peu l'humidité mais, il est vrai que sans aération, ces gros murs en pierre sont souvent humides car mal protégés au niveau des fondations. Les fresques étaient splendides et effectivement semblaient être en cours de restauration ou de maintenance. A moins que les ans passés à l'abri des regards et découvertes à nouveau, soit la conséquence de cette sensation de « chantier en cours » !!!

Redécouvertes en 1873, les peintures murales sont restées près de deux siècles durant cachées d'un épais badigeon qui les recouvrait entièrement.

Quand il entrait dans une église, Antoine avait l'habitude d'avoir une pensée pour un proche, ou pour rien de bien précis, comme la paix sur terre peut-être... et d'allumer une petite flamme. L'époque où les bougies longues et blanches étaient à disposition des fidèles étant révolue, les cierges ont bien souvent cédé leurs places à ces drôles de petites boites en aluminium emplies de cire blanche. Elles étaient bien là, posées sur un présentoir en fer forgé, prêtent à briller dans la chapelle, mais hélas, pas de briquet ni d'allumettes. Qu'importe, Antoine sortie sa pièce de 2 Euros posa une bougie sur la tablette et... la porte de la chapelle s'ouvrit à nouveau. Un couple d'une soixantaine d'année entra, et le nez en l'air pour admirer les vestiges des fresques, commencèrent le tour de la chapelle. Antoine d'instinct se dirigea vers eux et demanda ;

  • Pardonnez- moi mais il n'y a pas de feu pour allumer les bougies, en auriez-vous s'il vous plaît ?

  • Alors ça, c'est très curieux, lui répondit l'homme ; je ne fume pas et je n'ai jamais de feu sur moi mais en partant ce matin, je ne sais pas pourquoi, j'ai mis un briquet dans ma poche !

  • C'était sans doute pour moi, dit Antoine en souriant.

Il prit le briquet, s'en retourna allumer la bougie, eut une pensée pour celui ou celle à qui elle était destinée, et rendit le briquet au couple qui quitta l'église. Jeannette intriguée, et sa sœur se regardaient ! Antoine lui savait, ou en était convaincu, il murmura... Merci !

Ils quittèrent la chapelle. Antoine tira la porte et en levant les yeux dit :

  • Merci, mon ange gardien, tu peux refermer la porte, si tu le souhaites.

Ce texte pourrait être une petite nouvelle, une brève comme l'on dit de nos jours, mais non, c'est une histoire vraie. Vraie dans le sens du déroulement de l'histoire.

-  La discussion entre Jeannette et ses passagers sur la porte toujours fermée de la chapelle, suivie de la demande d'Antoine d'arrêter la voiture, puis la surprise de la porte ouverte, sans oublier l'absence d'allumettes, et enfin l'arrivée du couple avec le briquet dans la poche du mari... tout ça est vrai !

A ce moment du récit, je pourrais jouer sur plusieurs registres ; le divin, la philosophie, l'interrogatif, voir, le bon prêcheur mais non, je préfère rester sur la petite phrase qui suit !

… Pour le fond de l'histoire ?   Chacun, chacune de vous l'imaginera à sa façon.

Août 2017 - Chapelle Sainte-Anne de Sceaux-de-Salomon, dans la Haute Garonne.

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Le chien couleur de feu

Le chien couleur de feu.

Derrière la vitre à moitié recouverte de buée, Jeannot leva sa petite main et tirant sur la manche de son vieux pull, essuya un rond de buée pour mieux voir à l'extérieur de la maison de pierres et de bois. Il faisait à peu près bon maintenant. Il avait ajouté quelques buches qu'il avait trouvé dans la petite remise à côté de la cuisine. Il n'en restait plus beaucoup et Jeannot se demandait comment il allait faire pour chauffer la maison et l'eau de la soupe maigre si maman ne se réveillait pas. Comment sortir dehors avec toute cette neige qui lui arrivait au nombril et puis, comment ramener du bois sec maintenant que la neige avait envahi l'abri à bois par la porte arrachée à cause de la tempête ?

La neige ne tombait plus, ou presque. Les quelques rares flocons ressemblaient plus à des plumes qu'à cette montagne de neige qui avait recouvert le jardin, le chemin, l'abri à bois et la petite cabane où le père rangeait ses outils. Le père de Jeannot était parti à la fin de l'automne pour aller travailler en ville, qu'il avait dit.... qu'il avait criait plutôt, et Jeannot avait eu un peu peur de ce père en colère qu'il n'avait jamais vu de cette façon. Comme maman pleurait en le regardant préparer son sac de randonnée taillé dans une vieille veste en cuir, Jeannot avait un doute sur ce travail loin de la maison. Il y avait maintenant deux pages entières du calendrier rempli de croix pour rayer chaque journée qui passait à attendre, à ramasser quelques maigres pommes mais aussi des grosses châtaignes bien à l'abri dans une niche qui piquait les doigts. Dans le gros saloir en terre cuite, il restait quelques morceaux de cochons et une demi douzaine de tranches de lard, mais c'était tout. Jeannot avait faim mais comment manger le lard ? Comment faire cuire les châtaignes sans l'eau du puit ?

Jeannot retourna dans la petite chambre où dormait sa maman et lui caressa la joue. Il faisait froid dans ce coin de la maison car la cheminée ne suffisait pas à chauffer cette pièce et la grande cuisine.

C'est sans doute pour ça que maman avait la joue froide, pensa-t-il.

  • Maman j'ai faim, dit-il doucement dans son oreille.

Mais elle ne répondit toujours pas. Cela faisait deux croix que Jeannot avait dessiné sur le calendrier, et maman dormait toujours. Il posa ses fesses sur le coussin rouge posé sur le plancher de bois, ramena ses genoux sous son menton et pleura doucement. Pourquoi maman dort-elle si longtemps, et pourquoi papa est-il parti travailler si loin ? Autant de questions sans réponse et autant de raison d'avoir froid sans comprendre ce qui arrivait entre les murs en pierre de cette maison perdue dans la montagne.

Jeannot s'endormi.

Une douce chaleur envahi son cou, Jeannot ouvrit les yeux et cria de surprise. A qui était ce gros chien de la même couleur que les écureuils qui sautaient de branche en branche pendant l'été ?

Le chien s'assit devant lui et grogna doucement. Il s'approcha et lécha la figure du gamin, puis se dirigea vers sa mère et ouvrant grand sa gueule lui attrapa le bras. Jeannot hurla mais le gros chien continua à tirer sur le bras et doucement sa mère glissa par terre. Avec force mais délicatesse, comme la chatte attrapant ses petits, le chien couleur de feu tira le corps devant la cheminée. Puis, il prit une buche de la remise dans sa gueule et la laissa tomber dans le feu, parcourant la maison plusieurs fois. Après ce pénible travail, le chien se coucha devant la table en regardant la porte.

Dehors le jour était levé et un soleil timide commençait à pointer ses rayons sur la cîme des douglas qui entouraient la maison. De la neige, encore de la neige, tout était blanc, blanc et triste.... Même si la neige est belle, quand on a faim et presque froid, rien ne semble beau. Jeannot tira son pull sur sa petite main et essuya un peu de buée qui avait commencé à givrer sur la vitre de la cuisine. Le chien grogna doucement puis se leva et posa ses fesses sur le plancher. Les oreilles dressées, il avait entendu ce que les humains n'entendent pas, ou plutôt, ne savent plus entendre.

    • Qu'as tu à rouspéter ? lui demanda Jeannot.

Le chien continua à grogner doucement sans prêter attention au gamin qui essayait de comprendre ce que l'animal voulait dire.

Tout ce blanc, pensa Jeannot en regardant à nouveau par la fenêtre, ça fait mal aux yeux.... Sauf ce point bleu à l'emplacement où devait-être le chemin. Un point bleu ? Un point bleu qui bouge comme si … Puis un autre point bleu, puis un marron et vert... enfin peut-être, ils sont si loin.... Plus le gamin regardait et plus les points devenaient gros, jusqu'à ce qu'il comprit que c'était des enfants mais plus grands que lui ! A moins que ce ne soit... des hommes ? On dirait bien, pensa t-il ! Le chien se leva et aboya mais sans essayer d'ouvrir la porte. Cela aurait pourtant était facile, il lui suffisait de poser son museau sur la poignée à bascule et le tour était joué ; il avait bien réussi à descendre sa mère devant la cheminée et à ramener des bûches.

Il aboya encore une fois - Oua ! Puis deux fois - Oua, oua ! Jeannot, qui regardait les points bleus et marrons, vit la première silhouette lever un bras, puis la deuxième porta un objet à sa bouche et souffla. Le son d'une corne de chasse emplit la forêt..... Curieusement, tout redevenait plus joyeux, cette musique semblait redonner vie aux arbres, à l'abri, à la cabane ! Maintenant, les hommes étaient tout près et Jeannot reconnu le père Antoine, l'éleveur de brebis de la vallée, puis un autre homme qu'il ne connaissait pas et enfin un barbu dans sa veste marron et verte. Ce dernier leva un bras, puis l'autre et se mit à les croiser en criant :

  • Jeannot ! Jeannot !

  • Papa !

C'était bien lui, enfin, mais pourquoi les deux autres hommes ? Et pourquoi le chien aux poils couleur de feu ? Les trois hommes entrèrent dans la petite maison de pierre.

Maintenant, de grandes flammes jaunes et rouges montaient dans la cheminée. Une douce odeur de soupe envahissait la pièce et Jeannot laissa couler une larme, cette bonne odeur lui rappelait des temps heureux. Un des deux hommes en habits bleus frottait sa mère avec un liquide jaune qui sentait bon les fleurs du jardin, peut-être même un peu plus fort.... C'était presque trop fort comme odeur, mais cette friction avait redonné du rose aux joues de sa mère ! Il s'approcha, posa sa main sur son front, il était moins froid. Le feu et l'eau des fleurs, pensa jeannot. Son père s'approcha doucement et, le prenant par la main, l'amena vers le chien.

    • Viens Jeannot, je vais te présenter Apache ! C'est lui qui est venu nous cherchez dans la vallée. Quand il est rentré dans la maison, tu dormais les coudes sur la table. Il a compris que quelque chose n'allait pas. Alors il est resorti par le soupirail de la cave et il est descendu au village. Antoine connait bien son chien ! Il a compris qu'il se passait quelque chose d'anormal dans la montagne. Moi, j'étais sur le chemin du retour quand il est arrivé chez son maître. Il m'a attrapé par la manche et m'a tiré vers le chemin de crête. C'est là que nous avons compris qu'il s'agissait de notre maison, de notre famille.... Alors nous sommes allés chercher le guérisseur, au cas où, et nous avons pris le chemin vers le sommet.

    • Et maman, qu'est-ce qu'elle a eu ? Pourquoi a-t-elle dormi pendant deux jours en me laissant tout seul ? Pourquoi tu es parti si longtemps ? Pourquoi tu es revenu ?

Que de questions ! Comment un adulte pouvait-il faire comprendre à un enfant de cinq ans que souvent, presque toujours, quand il n'y a plus assez d'argent dans une famille, personne ne t'aide en ce début du vingtième siècle. Les aides, le chômage, tout ça n'existait pas encore, alors il fallait bien que l'un des deux se dévoua pour partir travailler ailleurs et ramener des sous (comme disait les anciens) afin de continuer à acheter le cochon, le sel, la farine, les habits et les petits soldats en plâtre que son père avait rapporté dans son gros sac en cuir. Sa mère avait eu, lui a t'on dit, une maladie dûe au manque de nourriture et le froid de la chambre avait fait le reste. Seulement voilà, en bas dans le village alors que les cloches sonnaient les douze coups de minuit du 24 décembre, le chien Apache avait compris que là haut, un petit bonhomme et sa maman avaient besoin de lui.

Aujourd'hui, cette maison de pierres existe toujours, mais plus personne ne l'habite, elle sert de refuge aux promeneurs, pendant les grands vents, et aux écureuils couleur de feu, comme Apache, le brave chien de la vallée.

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Monsieur le Préfet

Après la lecture d'un roman, ma foi fort bien écrit et digne d'intérêt pour le lecteur à la mémoire sélective que je me complais d'être, je relevais au gré des pages le court chapitre que je vous recopie ci-dessous. Il m'entraîna vers une obligatoire comparaison de deux époques : celle de ce roman que je viens de lire, et qui se déroule au tout début du XXe siècle, et la nôtre que nous subissons un siècle plus tard, en cet an de mauvaise grâce 2017 ; an 2017, sous le règne de l'Europe des techno/burocrates, mais aussi de la planète terre dans sa globalité, au devenir non pas d'incertitude nous n'en sommes plus là, mais d'auto-destruction.

D'aucuns diront qu'il faut rester dans une attitude positive et faire confiance à l'humain. Mais à titre strictement personnel, je ne vois et n'entends dans les journaux, ou dans la boite à images et à mensonges appelée T.V, que des guerres, des violences, des arnaqueurs, des voyous et des tricheurs. Des punissables impunis, des condamnés en liberté et des victimes insatisfaites. Je me dis que pour remettre un peu d'ordre dans ce marigot glauque que devient la planète bleue, il nous faudrait la venue d'un nouveau prophète qui stériliserait l'humanité pour le siècle à venir.

Voici donc une partie du roman qui se déroule en l'an 1910 :

.../...

Monsieur le Préfet se leva et tendit la main à l'aubergiste. « Chère madame, je n'oublierai jamais ce déjeuner et je comprends à présent que l'on ait désigné la vigne comme l’arbre de vie par excellence. »

  • Oui monsieur le Préfet, dans nos petites communes nous avons une tradition de viticulteurs certes, mais aussi de bouilleurs de cru, et nous avons toujours eu à cœur de ne pas laisser perdre les énormes quantités de fruits récoltés en automne comme les pommes ou les poires, mais aussi les cerises et les prunes au printemps.

Le préfet reboutonna sa veste, et ajusta sa cravate en se dirigeant vers la porte. Déjà le chauffeur qui avait mangé seul à une table au fond de la petite salle se précipitait pour ouvrir la portière.

En ce début d'après-midi, le village bruissait de tous les métiers qui le faisaient vivre depuis des temps immémoriaux. Le tonnelier tapait sur ses douves, on entendait le bruit sec du hachoir du boucher dans son arrière-boutique, des éclats de voix provenaient du fournil de la boulangerie dont la porte était restée ouverte et, plus loin, le forgeron, habillé de son tablier de cuir, confectionnait une volute de fer chauffée au rouge, qui serait assemblée sur une rampe d'escalier destinée à la maison du meunier. Dans la cour de l'école, à quelques centaines de mètres de la mairie, des enfants jouaient à la marelle, en riant et en dansant joyeusement. Et au-dessus de cette vie dense et joyeuse, quelques oiseaux, blottis dans un des très vieux tilleul de la place datant de quelques dizaines d'années après la Révolution, pépiaient comme pris de timidité.

Puis un siècle passa, et l'arrière petit fils de l'écrivain revint dans le même village et décrivit la même scène.

.../...

AN 2017.

Monsieur le Préfet se leva et regarda discrètement le patron du food-truck installé sur la place vide. N'ayant pas eu le temps ni le courage de chercher un restaurant dans cette campagne paumée, une pizza très certainement congelée avait fait l'affaire.

- Merci cher monsieur, ce fut frugal, mais correct. Par contre vous devriez proposer quelques bouteilles de vins, j'avoue qu'un verre de rosé bien frais m'aurait fait plaisir !

Le garde du corps se dirigea vers la voiture, jetant des regards suspicieux sur cette foutue place vidée de sa substance, mais soucieux et aux aguets, intrigué par tous ces volets fermés pouvant cacher l'intrus, l'indésirable. Le patron du food-truck interpella l'homme public et lui dit :

- Vos lois m'interdisent de vendre du vin, que voulez-vous, je ne fais qu'obéir à la législation. Et oui, Monsieur le Préfet, dans nos petites communes, nous avions une tradition de viticulteurs certes, mais aussi de bouilleurs de cru et nous avions toujours eu à cœur de ne pas laisser perdre les énormes quantités de fruits récoltés en automne comme les pommes ou les poires, mais aussi les cerises et les prunes au printemps. De nos jours, tout le monde s'en fout ; les campagnes sont désertées de toutes vies et tous les fruits restent pourrir par terre à cause des hommes politiques et autres biens-pensants comme vous. Vous êtes assis derrière vos bureaux, vous créez des lois et instaurez des interdits sans connaître la vie du peuple qui fait vivre et respirer notre nation jadis belle et prospère. Nos traditions se meurent, nos savoirs-faire disparaissent car non transmis, et notre civilisation s'effondrera d'elle-même comme fond le beurre au soleil !

Le garde du corps claqua la portière et contourna le véhicule en jetant un regard noir sur le patron du food-truck, ravi de sa sortie.

En ce début d'après-midi le village était d'un silence inquiétant, plus de tonneliers, puisque plus de bouilleurs de cru, plus de boucher puisque la mode était aux Végans et aux cinq fruits et légumes par jour ! Des fruits bien calibrés, bien traités aux insecticides et peints à la cire pour bien briller. Les deux petites rivières traversant la commune, autrefois riches en truites, en vairons et autres goujons, ne charriaient plus rien sauf quelques écrevisses américaines qui avaient fini de détruire ce que le glyphosate des laboratoires chimiques n'avait pas empoisonné. Le fournil du boulanger était éteint depuis de longues années déjà, et la camionnette de la boulange du village d'à côté ne passait plus qu'une fois par semaine. Encore fallait-il se déplacer pour aller chercher son pain pour la semaine, car elle stationnait pendant 15 minutes sous le plus vieux tilleul et reprenait son chemin. Le forgeron ! n'en parlons même pas...... Tous les balcons se vendaient désormais dans la grande surface en zone sud de la grande ville située à 35 bornes. Et ce n'était plus le forgeron qui adaptait les mesures à la construction, car tout était normalisé, tout était identique et adaptable partout.

Reste l'école : depuis belle lurette elle avait été transformée en gîtes et s'ouvrait deux ou trois mois par an, pour quelques touristes de passage désireux de respirer l'odeur de la campagne, enfin ce qu'il en restait puisque la moitié des terrains étaient en jachère et broutés par quelques brebis égarées. Les autres étant réservés à la culture du maïs pour le fermier de la Rue Haute qui nourrissait quelques dizaines de vaches sans corne avec l’ensilage de ses cultures chimiquement traitées. Un drone passa à quelques centaines de mètres ; sans doute pour relever les points GPS nécessaires au repérage des voies, à moins que ce ne soit un appareil des services fiscaux repérant les agrandissements non déclarés comme par exemple une terrasse couverte, ou un abri de jardin de plus de 9 m2

Une feuille tomba en spirales du tilleul derrière la chariotte en tôle du sous-préfet qui s'éloignait doucement. Une feuille morte qui remplace un corbillard, pensa le patron du camion-bouffe. Une voiture arriva de la route des Combrailles ; certainement des usagers de l'autoroute qui avaient pris ce chemin pour pisser tranquillement sur les rares fleurs sauvages existant encore. Le véhicule se rapprocha doucement du food-truck et pour narguer le type qui vendait sa mal-bouffe, un passager jeta par la fenêtre un sac en papier contenant quelques frites, des gobelets et des boites en polystyrène achetés au drive de la station de l'autoroute.

  • Pauvres cons ! cria le « chef ».

Il avait raison ! Les « marchent debout » méritant de porter ce qualificatif sont légions. Les occupants de la voiture certes, mais aussi lui même ce brave chauffeur de saucisses et de steack congelé..... Mais ne nous oublions pas dans cette catégorie : nous, qui avons laissé faire, qui avons laissé perdre, laissé détruire nos richesses, nos savoirs-faire, notre patrimoine dilapidé aux plus offrants ; qu'ils soient : Russe, Asiatiques ou des pays ensablés et riches de leur or noir. Nous, qui avons fait confiance aux hommes politiques de tous bords à de rares exceptions près, aux industriels et aux soi-disant progrès qui en définitive nous ont conduit tout droit vers notre propre perte.

Mais chut.... Il ne faut rien dire..... Taisons nos états d'âmes.... Le CAC 40 serait en danger potentiel, ce genre de propos est inaceptable dans une société vouée à la stérilisation des idées et à l'obsolescence programmée des objets et des humains qui la composent.

Pour des fêtes de fin d'année, on peut faire plus gai ! Mais ce serait se mettre la tête dans le sable, emberlificotés dans des images subbliminales très généreusement distribuées par les médias et les dirigeants planétaires.

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Réflexions sur notre «double »

nos croyances (ou pas),

notre inconscient ou nos intuitions.

Commençons ce court billet par citer un grand bonhomme, cela permettra de positionner le sujet sur un socle en granit, moins friable que le calcaire.

Pasteur a déclaré un jour :

«Le hasard n'aide que les esprits préparés» C'est en effet à cette rencontre du hasard

et d'un esprit préparé consciemment ou inconsciemment, et tendu vers un but donné

que l'on doit de petites ou grandes inventions.

Difficile de mettre en doute la pensée de cet esprit brillant. De là à penser que certaines de nos pensées se détournent du présent, pour imaginer un futur afin de recréer un nouveau présent modifié, il n'y a qu'un pas.

En un seul mot, l'intuition; cette dernière n'est pas le fruit d'un imaginaire utopique ou surréaliste, bien que ce dernier soit très souvent inspiré par des pensées, des gestes ou des actes dépassant la volonté immédiate, dans le temps présent, de son auteur. Comme l'écriture automatique, la peinture automatique existe, et dans ces deux cas de figure, ce n'est plus la main du temps instantané qui écrit ou peint, mais le mental qui se trouve projeté de quelques millièmes de secondes en « avant » du geste. Il ne s'agit donc plus de création pure dans le temps présent, mais d'intuition créatrice impossible à réaliser dans des conditions dites normales. Le mental et la projection de ce dernier dans un futur créatif, permet donc de réaliser des écrits ou des œuvres différentes, qui ne seront pas obligatoirement comprises dans le temps contemporain de la création.

Parmi les citations d'Einstein, j'aime bien celle-ci :



- Il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé.

Chacun d'entre-nous n'a t-il pas entendu au moins une fois dans sa vie:

- Tu n'as pas de chance ces temps-ci !

Ton ange gardien t'aurait-il abandonné ?

Bien entendu cette phrase est prononcée avec beaucoup d'ironie par le plus grand nombre, tandis que d'autres vous parlerons de guide, qu'il soit spirituel ou pas, et certains plus cartésiens vous diront que des phénomènes inexpliqués ou inexplicables ne sont dus ni plus ni moins qu'au seul fruit du hasard. Pourtant, des physiciens et chercheurs de renom se sont penchés sur ces manifestations étranges, qui font partie intégrante de notre enveloppe charnelle et de notre mental, dissociés mais pourtant indissociables que sont : le phénomène du dédoublement, celui du sommeil paradoxale, ainsi que des études faites en imageries cliniques qui démontrent désormais de manière scientifique que dans certaines conditions pour une même expérience le temps écoulé est … différent ! Bien entendu, pour l'instant, silence radio sur ces découvertes, beaucoup trop d'enjeux écrits et actés seraient mis en première ligne, tant au point de vue spirituel que scientifique.

Les physiciens, Jean-Pierre et Lucile Garnier-Mallet, nous parlent de dédoublement de la personnalité ; un corps physique : le nôtre, et un corps éthérique : notre double. A ce point de la discussion je préfère vous recopier mot pour mot un passage de leur livre. Je précise bien que dans les lignes qui suivent et dans leurs deux livres, nous ne sommes pas dans une logique de croyances religieuses ou divinatoires mais dans le monde très... spécifique des physiciens. Malgré tout, à votre grande surprise, ils vont justement reprendre certains passages des livres sacrés toutes religions confondues, pour en tirer des enseignements et des similitudes extrémement troublantes et fascinantes.

Un passage d'un des deux livres de ces deux physiciens.

................................................

L'Ana-g-elos

Notre double (notre autre "moi") est bien un simple éclaireur ou « messager du septième temps » Ce qui se disait autrefois Agguelos en Grec, contraction de ana-g-elos ou angelos en latin et ange en français.

Il est dangereux d'utiliser un nom dont la connotation religieuse ou traditionnelle véhicule des erreurs très graves capables de construire des potentiels dangereux. Il est préférable de retrouver l'origine purement scientifique d'un mot que des siècles d'obscurantisme ont galvaudé.

En effet, le Grec a l'avantage d'être une langue qui a codifié la loi du dédoublement dans un formalisme très performant. En retrouvant son sens initial, nous lui redonnons vie.

La loi du dédoublement était déjà connue au début de notre ère puisque Saint jean en parle dans le début de son Apocalypse sans en faire un mystère : « C'est moi l'Alpha et l'Oméga, dit le Seigneur Dieu, Il est, Il était et Il viendra.»

Bien connue autrefois, cette idée de passé, présent, futur, demeure une définition parfaite du dédoublement des temps.

Comme Platon, les Égyptiens enseignaient aussi la division d'un Créateur Unique par dédoublement des temps : « Je suis l’Hier et je connais le Demain... » disaient-ils, ajoutant : « l'Hier m'a enfanté ; voici qu'Aujourd'hui, je crée les Demains... »

Le Livre des Morts Égyptiens fourmille d'exemples où la logique du dédoublement apparaît sans contestation possible : « Au moment où de l'autre rive, je verrai l'Autre Moi.»

................................................ Fin de citation

Une autre approche, entre autres, ou étude des «indices» laissés par

les 5 derniers millénaires.

Les chiffres 12 et 40 - Des similitudes sont retrouvées partout depuis des milliers d'années

Le chiffre 12.

* Nos jours sont divisés en 2 fois 12 heures.

* L'année à 12 mois.

* Les Apôtres de Jésus étaient au nombre de 12.

* Les signes du zodiac sont également 12.

* Les divinités de l'olympe étaient au nombre de 12.

* Le chiisme duodécimain reconnaît douze Imams.

La tradition Juive parle des douze tribus d'Israël.

Le chiffre 40.

* Certains malades étaient et sont mis en quarantaine.

* Le Carême (Contraction du chiffre quarante)

* Les 40 jours de prières des Musulmans sur la tombe des défunts.

* Dans les traditions juives, chrétiennes et musulmanes : la locution Quarante jours et quarante nuits décrit la période durant laquelle la pluie est tombée lors du déluge de Noé.

* Les 40 jours de momifications des Pharaons Egyptiens.

* Sans oublier l'expression s'en foutre comme de l'an 40, qui a plusieurs significations.

* Née durant la Révolution Française elle aurait été utilisée par les sans-culottes pour se moquer de la durée présupposée du règne de Louis XVI (40 ans )

* Ou, Il pourrait s’agir en fait d’une déformation d’« Alcoran », mot qui apparaît vers le XIVe siècle pour désigner le livre sacré des Musulmans, le Coran.

Toutes ces similitudes ne sont pas le fruit du hasard.

Le premier de ces livres n'est ni trop scientifique ni très compliqué à « ingurgiter ». Il vous mettra en face de vous-même en mélangeant sans complexe des érudits comme Einstein, et des rapports de données scientifiquement reconnus depuis peu. Le tout saupoudré de certains passages de textes anciens qu'ils soient tirés de la Bible, du Coran, ou autres écritures Sumériennes, Grecques, ou Celtiques. Ceci donne un mélange étrangement constructif tout en étant destructeur de certaines de nos certitudes. Actuellement à la lecture, un livre sur le Druidisme, et il est curieux de retrouver des similitudes ahurissantes avec certains textes religieux, notamment de la Bible, dont certains passages sont identiques (sur le fond) au Coran, puisque Chrétiens et Musulmans ont un Dieu (apparemment le même) et des Saints communs.

Deux livres passionnants : « Changez votre futur » et « Le double...comment ça marche ? (Version plus ludique) de Jean-Pierre et Lucile Garnier-Mallet aux éditions Le Temps Présent. Mais à mon avis l'un ne va pas sans l'autre !

A dévorer absolument - Bonne lecture, ou plutôt... Bonnes lectures !

Gérard BRETON

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Le MOMENT Présent.

LE MOMENT PRESENT.

VOTRE TEMPS présent est celui qui fait avancer vos pas, un par un, sur un chemin de montagne donc avec des creux, des bosses et des rochers affleurants. Votre mental est donc entièrement consacré à l'adaptation de votre marche en fonction de ce qui va se trouver sous votre pied gauche puis sous votre pied droit. C'est le seul moyen d'éviter la chute ou la blessure. Mais si vous voulez profiter de ce temps présent en admirant le paysage, une PENSEE va vous obliger à lever le nez et à regarder la colline suivante ou l'aigle royale planant au dessus de la vallée en contre-bas. Votre mental enregistrant ainsi deux situations différentes va donc vous faire perdre la réalité de VOTRE TEMPS PRESENT... la marche sur un chemin cabossé, et éventuellement vous faire avancer un pied vers une racine qui peut provoquer un déséquilibre voir une chute. Vous devez donc, mais ça c'est complexe, éloigner cette pensée qui vous oblige malgré vous à faire deux choses à la fois. Arrêtez-vous et admirer la montagne et ses habitants à plumes. Votre pensée voyant que vous ne l'avez pas écouté, vous laissera profiter du paysage vous permettant ainsi de perdre la notion d'un temps présent soumis à deux contraintes, qui sera vécu ainsi de manière positive.

Les PENSEES du Passé sont encore pires. Vous êtes devant votre clavier, votre feuille de dessin ou d'écriture, ou devant la lampe de chevet à réparer, et vous œuvrez dans votre TEMPS PRESENT. Votre main droite s'active à écrire ou à travailler, et une PENSEE du passé vient soudain cohabiter votre mental. A cet instant précis vous n'êtes plus maître de votre vie présente, car une PENSEE antérieure au temps présent, vient se mélanger à vos gestes, qui deviendront moins précis, voir contraire à la décision initiale de votre « moi » profond qui dictait vos gestes ou votre esprit.

Un exemple : J'écris sur mon clavier ce présent texte, et soudain je pense qu'hier (donc le passé) j'avais regardé la météo qui annonçait de la pluie pour la journée. Mon mental va donc mélanger les deux ; taper mon texte sur le clavier et penser à quel moment de la journée je vais pouvoir tondre la pelouse. Pire, je vais arrêter d'écrire pour allez consulter le site météo du jour pour prévoir un futur proche afin de passer, ou pas, la tondeuse. Reprenant mon travail interrompu, et donc perturbé, il est certain que je n'écrirai pas la même chose, ayant quitté MON TEMPS PRESENT.

Les PENSEES de mon passé viennent donc de modifier mon temps présent, donc obligatoirement... mon futur. Cet exemple est simple car il ne s'agit que d'une page d'écriture et d'une heure de tondeuse, mais imaginez-vous dans une autre situation plus délicate !

Vous êtes en rendez-vous avec l'acheteur de votre maison, ses enfants sont venus seuls quelques jours auparavant et ont confirmé que c'était « LA maison pour papa ». Lui-même c'est sa deuxième visite, et il vient très certainement confirmer l'achat car c'est la maison de ses rêves, le terrain est idéal et l'éloignement des commerces plus que raisonnable. L'agence a même prévu le compromis de vente.

La contre-visite commence et bien entendu il vous parle dans VOTRE TEMPS PRESENT à tous les deux, puis soudain une image de son passé vient perturber son mental, et il vous parle d'un drame qui vient de vous affecter. Étrangement votre acheteur potentiel vous annonce qu'il a eu le même moment douloureux il y a quelques années, et subitement arrête de parler de votre maison, mais de sa femme disparue trop tôt. La discussion va tourner autour de ce sujet pendant plusieurs minutes, et vous n'arrêterez plus le processus mental engagé. Le PASSE a envahi son TEMPS PRESENT et va donc modifier vos futurs à tous les deux. La transaction ne se fera pas. Vous avez perdu un client, et lui a perdu ce qu'il recherchait depuis longtemps.

Nous pouvons donc conclure sur ces quelques mots, VIVEZ VOTRE TEMPS PRESENT, et si une pensée vient perturber ce moment primordial, qu'elle vienne du passé ou du futur, si elle n'est pas directement liée au TEMPS PRESENT, vous l'occulter. N'analyser pas cette pensée. Il y a de fortes probabilités qu'elle soit négative ou au mieux ne serve à rien dans CE temps présent.

- Et le vécu me direz-vous ! L'apprentissage réalisé dans le passé ! On l'oublie dans le temps présent ?

Non bien entendu, mais ce passé-là qu'il soit positif ou négatif est intimement mélangé à notre vie de l'instant présent, et mécaniquement notre mental analyse les deux situations et nous fait accomplir les bons gestes. Ce sont les PENSEES autres, n'ayant rien à voir avec notre occupation du moment qu’il faut apprendre à chasser afin de bien vivre notre temps présent. Seul ce dernier nous apportera la plénitude et l'harmonie nécessaire à bien vivre notre vie.

Ces deux pages sont un résumé de ce que nous devrions toutes et tous faire sur cette terre dans NOTRE VIE de tous les instants, mais c'est un exercice difficile à mettre en pratique,

sauf si la volonté de chasser son ego se manifeste enfin. Si je me réfère au Petit Larousse la définition du mot ego est la suivante :

Ego : Mot invariable : racine latine. Sujet conscient et pensant. Le « Moi » en psychanalyse

Bonne journée à vous et soleil dans votre vie.

Gérard BRETON

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Antoine ! Vous parlez trop !

Antoine, vous parlez trop !

Cette phrase raisonne encore comme un gong Tibétain, et se répercute en écho, mélangé à un effet boomerang qui fait revenir le son vers son envoyeur et repart en écho... à l'infini.

Cette courte phrase pourtant anodine, celui qui l'a prononcé est un « médecin de l'âme », l'effet papillon, comme dit la chanson. Il n'y a pas de hasard.

Antoine « sortait » d'un rude combat contre un géant, que l'on baptise en ce siècle des fausses lumières du nom pompeux de « multi-nationale ». Si David et Goliath n'avaient pas été écrit, l'occasion eu été trop belle pour ne pas nommer ainsi cette décision instinctive, qui avait monopolisé un moment la vie d'Antoine, vers ce combat perdu d'avance pour la multitude des sceptiques et des « y'a qu'a faut qu'on » qui peuple la planète. La suite leur donna tort car Goliath mis un genou en terre. Mais, n'est pas homme public médiatisé qui veut, et après la tension de ces quelques mois, Antoine se retrouva devant le « médecin de l'âme » pour l'aider à refaire surface, et c'est ce dernier qui prononça cette courte phrase ; Antoine vous parlez trop !

Alors, comme ce n'était pas le moment propice pour prononcer ces mots, et, comme une porte qui se ferme, Antoine se souda comme une huître et ne participa plus aux discussions lors des repas de famille ou entre amis ; Oh bien entendu il ne restait pas muet comme une carpe, mais distant, se contentant de faire quelques jeux de mots, ou racontant une blague à deux sous afin de marquer malgré tout son territoire. Mais de discussions engagées, peu importe le sujet, jamais, ou à dose homéopathique. Puis vint un autre jour. Un jour peut-être encore plus gris que celui du « médecin de l'âme. »

  • Antoine, tu écris trop !

Cette fois, ce n'est plus la parole qui était mis en cause, mais les écrits. Comme Antoine ne devait pas trop parler, il ne dit rien, avala la sentence et attendit en retrait la suite de la discussion. D'après le jugement qui s'effectuait autour de la table ronde (ou presque), Antoine écrivait trop, et parfois ça dérangeait. Alors que ceux qui le montraient du doigt, se vantaient de ne jamais faire de commentaires sur les "rézosocio" englués dans  le monde subtil dans lequel notre civilisation se meure doucement.

Et la discussion repris.

  • Moi je n'écris pas car j'ai peur sur internet, et j'ai raison, mais toi Antoine,  tu écris trop !

Il est vrai que si on repense aux Charlies, trop écrire ou trop dessiner peut parfois être néfaste, mais est-ce une raison suffisante, pour ne pas donner son avis, quitte à choquer les détracteurs ? Cette phrase ne sera pas appréciée,.. Antoine écrit trop !

Alors, par bravade, il continua à écrire.

Il sait qu'en face (chacun isolé devant son écran plat) il va obligatoirement y avoir deux camps, les uns pour, et les autres ! Mais n'est-ce pas le but de notre présence sur cette terre ? Engager une discussion qui ne plaise pas à tout le monde, mais qui permettrait à une multitude d'échanger des avis ? Ne serait-ce pas de ces avis contraires que jaillit bien souvent une solution intermédiaire ? Mais là, Antoine a perdu d'avance, il a retenu la leçon ce soir, il parle trop, donc il se tait.

A contrario, le manque d'écritures ne laisse t-il pas la place à celles et ceux qui veulent diriger NOS vies, et qui eux, écrivent, parlent, jacassent et nous gavent d'images . Antoine restait convaincu que le mot « Partagez » ne se résume pas à appuyer stupidement sur une touche.

Antoine s'il ne pouvait pas trop parler, pensa, j'écrirai demain !

  • Oyez oyez braves gens, écoutez et lisez la plaidoirie d'un scribe ordinaire !

    Vous êtes vous, et je suis moi.

    Avec en moins le petit bout d'Antoine que le « médecin de l'âme » a définitivement cassé, mais ça, c'est peut-être en définitive une bonne chose. Blocage psychique ou mémoire consciente/inconsciente, je ne sais pas ? En tous cas une volonté personnelle depuis bien des années, de ne plus participer à des discussions stériles devant une magnifique assiette de victuailles, artistiquement ou pas, présentées dans une assiette blanche, posée devant un vieux gobelet en étain, ou attend sagement le sang de la vigne.

    Mais ça... c'est une autre histoire. J'ai bien aimé Le Pape des escargot d'Henri Vincenot, je vous conseille cette lecture, elle est enrichissante pour qui sait lire entre les lignes.

In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, disait La Gazette, le Druide dans Le Pape des escargots.

Blasphème !  Un Druide prononçant des phrases de l'évangile en latin ! ! !

Ça vous donne envie de le lire ?

Ha oui, c'est vrai, j'écris trop !

Tant pis c'est MON, partage ! C'est plus long que d'appuyer sur une touche !

Allez en paix, soleil au cœur. Oublions le langage « chacal » il n'est que critiques, noirceur et négatif. Parlons plutôt le langage de la girafe, il a le mérite (vu son long cou) de voir plus loin, de voir plus haut, ce qui lui permet, à la girafe, voyant les coups venir de s'écarter du troupeau.

Antoine, vous parlez trop !

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Les Voeux ? Sincères, ou pas ?

LES VOEUX ! Peut-on AIMER tout le monde ! Que prononcer... sans mentir, pour célébrer une nouvelle année ?

A quoi ont servi les vœux de bonheur que des millions de personnes ont souhaité le 1er janvier 1914 ? Les ont-ils redit puis regretté au 1er janvier 1915 / 1916 / 1917 et 1918 ?

Partant de ce négatif, (déjà décrié par beaucoup de lecteurs ou lectrices), je me pose la question suivante : Quant on souhaite ses vœux à des personnes que l'on n'aime pas obligatoirement, ou que l'on critique dès qu'elles ont le dos tourné, ça sert à quoi et à qui, de dire bonne année...smack bonne santé ...smack ? N'est-ce pas de la pure hypocrisie que de souhaiter le bonheur à un quidam, alors qu'en définitive on en a strictement rien à faire et que la dernière bise ayant claqué sur sa joue, en se reculant le subconscient (ou conscient) nous dit :

  • Il (ou elle) est toujours aussi benêt, les cons ne changeront jamais !

Et puis après, on continue le tour de salle et on bisouille à tout va en pensant :

- Vivement ce soir que je boive ma tisane. J'en ai embrassé 50 et seuls 2 le méritaient !

L'Amour, mes lecteurs assidus ! Seul l'Amour peut nous empêcher d'avoir ces mauvaises pensées ou cette hypocrisie récurrente. Mais où trouver ce trop plein d'amour à distribuer ? La méditation sur soi ? Le pardon pour les autres ? Me pardonnerez-vous d'écrire ces mots ? Certains, oui ! Mais pour d'autres j'en doute, car quand on dérange le « principe établi », quand on bouleverse « l'ordre établi », quand on pose une question ou qu'on ouvre un débat qui oblige à donner une réponse inavouable ou inavouée (car non conventionnelle et qui perturbe l'hypocrite que nous sommes toutes et tous), on veut arrêter de lire ces lignes et on pense : 

  • Quel con, d'écrire ça ! Il ne changera donc jamais !

Pourtant hier pendant 24h en bises directes, en SMS, par lettres électroniques groupées, sur les réseau anti-sociaux ou partiellement sociaux, nous nous sommes souhaités nos vœux de bonheur, de santé et bla bla bla!

Perso, pour me sortir du guêpier de cette hypocrisie générale (ou presque) il serait raisonnable d'écrire ou de dire à tout le monde :

- Que tous tes vœux de paix et d'amour se réalisent !

Ah ! Ca fait du bien de penser positif. Allez au suivant!

- Salut vieille branche, ça va depuis la dernière fois ? Que tous tes vœux de paix et d'amour se réalisent !

Allez en paix, braves gens !

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Science fiction?

Robot série A48 -

Antoine avance à grands pas dans l'avenue Jean Jaurès. Il fait beau ce matin et il a enfin le loisir de pouvoir faire ses courses préférées en plein centre ville de Lémovice, sa ville natale. S'il écoutait ses papilles, il s'arrêterait bien devant la vitrine alléchante du fabricant de chocolats et entrerait faire remplir un sachet de ces belles boules noires ou marrons remplissant les étagères et... embaumant le trottoir. Seulement voilà, à presque 70 piges, les petits plaisirs sont devenus rares car avant, comme ce mot est triste, avant ce n'était plus un petit plaisir qu'Antoine s'accordait mais l'assouvissement d'une gourmandise effrénée pour tous les gâteaux de chez Georges et autres chocolats bien de chez nous, gras et sucrés à souhait. Ah ! les polkas de chez Georges, grosses comme des boules de pétanque et garnies de crème bien jaune recouverte de caramel maison, bien entendu. Pas cet insipide caramel liquide et ces crèmes fadasses et sans goût que les normes industriels et politiques ont lentement mis en place, afin de rentabiliser une production censée apporter autre chose... alors qu'en définitive elles n'ont fait que détruire ce que l'homme a de plus grand, sa sincérité : sa sincérité avec lui-même et ses valeurs et sa sincérité envers le travail bien fait que nos anciens baptisaient noblement... « dans les règles de l'art ».

Antoine avance vers le magasin de maquettes, le dernier de la ville, certainement même du département entier. Là aussi, le « progrès » a éliminé les fabricants français, les grossistes, les magasins spécialisés et a remplacé tout ce maillage grouillant d'emplois et de machines, par des containers arrivant à pleins bateaux, déversant leurs produits dans des semi-remorques, qui eux mêmes les basculent dans des entrepôts pour être livrés dans des chaînes de magasins portant toutes des enseignes différentes, mais vendant toutes les mêmes produits.....

C'est en passant devant le distributeur de pain qu'il remarqua que le A48 qui le précédait venait d'émettre le sifflement strident signalant un danger immédiat. Il l'appela :

- A48, que dois-je faire ?

Instantanément le robot pivota sur son flux magnétique et ce qu'Antoine craignait le plus arriva.

  • Où allez-vous BLG ? Vous êtes Positif ! Répondez !

  • A 20 mètres devant toi chez Mini-models.

  • Suivez-moi, entrez chez votre contact et faites appliquer la procédure 3.

Antoine pâlit, la procédure 3 était synonyme de danger immédiat, le A48 avait repéré soit des éléments électroniques suspects, soit des explosifs, soit des mouvements de BLG Négatifs. Antoine n'avait jamais eu l'occasion d'avoir l'impression sournoise de se retrouver soudain en apesanteur. « Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices, Suspendez votre cours ! avait écrit Lamartine. Mais qui s'en souvient aujourd'hui ? Wikipédia, sans doute, et quelques vieux profs de français ou autres collectionneurs de vieux bouquins qui sentent encore, peut-être, le papier d'imprimerie.

Le A48 me poussa doucement mais fermement dans la boutique, ferma la porte et je fis immédiatement appliquer la triste procédure 3. La boutique ferma ses volets roulants enfermant ainsi les clients à l'intérieur des locaux. Nous y sommes restés presque... 5 minutes, et ce que nous redoutions tous n'est pas arrivé. Le A48 avait détecté un porteur de mort, un kamikaze, disait-on dans un autre temps.

De nos jours, dans notre bonne ville de Lémovice, forte de ses 215000 habitants, presque un milliers de robot A48 surveillaient en permanence l'intégralité du territoire occupé par les citadins. Rien ne pouvait passer à travers les mailles de ce filet électronique qui détectait toute anomalie suspecte. Ce jour-là c'était malheureusement le cas, malgré tous les subterfuges de camouflage que pouvaient inventer les quelques irréductibles destructeurs de l'humanité, n'ayant plus aucune chance d'arriver à leurs fins. L'homme a dû, dans les années 2020, s'avouer incapable de juguler le terrorisme ; seule solution : créer des robots capables de détecter à distance l'intégralité des différents explosifs. Mailler comme une toile d'araignée l'intégralité des surfaces habitées par l'homme, y compris les villages, afin d'éradiquer définitivement les attentats qui avaient ensanglanté le début du 21ème siècle. Antoine se dit que si le A48 n'avait pas été présent sur son parcours, il n'aurait peut-être pas pu acheter cette boite de peinture qui lui faisait défaut pour finir une maquette en cours. Le robot avait détecté... le signal s'était automatiquement déclenché et moins de 8 secondes après, trois engins répulseurs étaient sur les lieux et noyaient leur cible sous des mètres cubes de mousse absorbante d'ondes de choc. Encore une invention pour protéger l'humanité ! Cette mousse se pulvérisait sur la cible, absorbait l'explosion et repoussait l'onde de choc en son centre... Un mot qui m'a toujours fait marrer, la force centrifuge entraîne vers l'extérieur du cercle et la force centripète vers l'intérieur ; « centripète », marrant, non ?

Après 5 minutes passées à discuter avec la marchande et les quelques clients présents lors de cet incident, Antoine sortit de la boutique. Rien n'avait changé, tout était calme, pas de sirène, pas d'ambulance, pas de vitres brisées ! Ah si....Là bas dans l'angle de la petite rue, une tâche sale, bleu/vert étalée au sol et sur une vitrine, que les B12 s'empressaient de laver.

Bienvenue dans le futur !

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Passé, mon présent t'efface !

Passé tu as vécu ! Mon présent t'efface !

En toute logique le passé est derrière nous, il ne nous poursuit pas ; il ne doit pas nous poursuivre, il est simplement présent dans notre mémoire inconsciente. Il a accumulé dans ses tiroirs toutes nos erreurs, nos débordements, nos bienfaits, nos coups de cœur ou de folies, nos amours, nos désamours, nos échecs, nos réussites, nos offrandes et nos vols, nos bonnes actions et nos méfaits, nos bonnes pensées et nos pensées négatives qui souvent sont dévastatrices car elles nous guident vers une mauvaise solution !

Mais ce passé n'est plus, puisque en toute évidence il est impossible de revenir en arrière, il n'existe que dans les moments ou en pensée consciente, nos souvenirs reviennent, et sortent des tiroirs. Et ce simple fait est souvent négatif, car l'humain est ainsi fait qu'il à souvent tendance à regretter certaines choses, plutôt que de se repasser en pleine conscience les bons moments. Ces bons moments du passé sont toujours présents en nous, ils sont notre source de joie ou de lumière, et nous font vivre au mieux le temps présent. A l'inverse les mauvaises pensées ou les regrets, influence notre temps immédiat.

Le passé dans sa globalité, n'existant plus, il nous faut vivre au mieux le temps présent. Si nous réussissons à l'améliorer en conscience et inconscience, nous améliorerons ainsi notre futur par simple acquis des expériences, échecs ou réussites qui sont sagement rangées dans les tiroirs de notre passé. Tiroirs qu'il faut savoir ouvrir et vider, car il ne sert à rien ne garder en soi, les mémoires grises qui empêchent nos mondes intérieurs de s'épanouir !

Tous les thérapeutes expliquent ces fameux tiroirs par trois mots simples : Faire le vide ! Ce ne sont que trois mots, certes, mais savoir faire le vide, c'est très long et difficile à programmer dans notre mental ; on vide un tiroir, et quelques temps après, il est à nouveau rempli. Alors il faut refaire le vide pour se sentir en paix. C'est une pensée mécanique que nous devrions toutes et tous apprendre à appliquer. Notre paix du temps immédiat ne dépend que de notre volonté à se servir des bases positives du passé, pour imaginer un futur construit sur des actions et pensées positives, offrant ainsi à notre présent la pleine conscience de nos mots, de nos gestes, et de nos maux, oubliés ainsi dans le délire des sens !

Enfin, ce que j'en dit aujourd'hui, 24 septembre 2016, c'est très certainement pour vider des tiroirs.   Voilà qui est fait !  

Gérard BRETON

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Mémoires d'enfance ! Tome 2

Marie-Claude

Marie-Claude habitait juste à côté de l’atelier. Plus âgée que le petit Georges, elle fut son guide, sa seule amie, son premier amour de môme et son premier chagrin.

Que de souvenirs communiés ensemble à jouer dans la cour ou dans le jardin. Au fond de ce dernier, il y avait un dépôt de bois appartenant à une menuiserie située un peu plus bas. Souvent Marie-Claude et Georges jouaient à cache-cache sur les piles de bois parfois très instables. Un jour, voyant que les planches, empilées les unes sur les autres et séparées par des petits bois, avaient une désagréable façon de bouger comme de la gélatine, Marie-Claude dit que c’était trop dangereux de venir jouer dans le dépôt. C’est vrai, dit Georges cette pile est bancale, il faut arranger ce problème. Et çà tombait bien puisque qu’il venait de finir un livre illustré sur les Gaulois et les Romains. Georges y avait vu comment ces derniers se servaient d’un morceau de bois pour faire levier (comme ils disaient) sur les blocs de pierre. Si on pouvait bouger un bloc de pierre gros comme dix fois la niche de la chienne Eida, ces quelques planches ne devraient pas poser de problème ! Les bois pour faire levier ne manquaient pas dans le vieux dépôt et Georges commença à réfléchir pour savoir quel était le meilleur endroit où

placer le chevron. C’est ici sûrement, à mi-chemin entre le haut de la pile et le bas. Il est vrai que le haut de la pile faisait deux fois la hauteur de Georges mais, en calculant bien, ça devrait le faire !

Il plaça le chevron entre deux planches et commença à faire levier. Mais le petit Georges était gros comme un haricot vert et donc pas assez lourd pour faire bouger la pile.

- Viens m’aider s’il te plaît ! c’est trop lourd !

- Pas question, c’est trop dangereux et ça va faire du bruit si ça s’écroule!

Bon, il va falloir se débrouiller tout seul, Georges calcula qu’il était trop près de la pile de planches, il se déplaça le plus loin possible pour arriver tout au bout du levier et, han ! Un coup en avant. Chouette, la pile bouge, encore un coup ! Cette fois, c’est la bonne, elle se balance, elle va chavirer mais…. du mauvais côté, celui de Georges ! Encore un coup se dit-il pour accentuer le mouvement sinon… et la pile comme un château de cartes s’écrasa du bon côté dans un bruit d’enfer !

- C’est gagné, Marie-Claude, c’est gagné !

Le petit Georges se retourna et, comprenant le regard angoissé de sa copine, se dit qu'un événement imprévu avait eu lieu pendant le jeu. Il se retourna et le vit, la-bas, sur le trottoir de l’autre côté du chantier. Un voisin, ou supposé tel, avait tout vu ! C’était la catastrophe s’il allait le dire aux parents, Georges ne verrait plus Marie-Claude, et çà, c’était impossible, insupportable… il fallait trouver une solution et vite. Georges n’en voyait qu’une seule, traverser le chantier et aller s’expliquer auprès du monsieur dans sa blouse bleue

.

- Je l’ai fait exprès monsieur, c’était trop dangereux ! Les planches nous seraient tombées dessus !

- T’inquiètes pas petit, je ne dirai rien, ils n’ont qu’à fermer leur chantier comme il faut, et avec toute la poussière et le bruit que font leurs foutues machines, ta bêtise me fait plaisir ! Mais ne recommences pas, tu as eu de la chance que la pile ne tombe pas de ton côté. C’est toi le fils Breton ?

- Oui monsieur !

- Tu es bien aussi casse-cou qu’était ta tante. Salut mon gars !

Georges n’avait jamais su qui était ce monsieur, mais ce dont il était certain, c’était que les parents n’en sauraient jamais rien. Quant aux menuisiers, ils n’avaient jamais compris comment cette pile avait pu tomber ; il était vrai que Gorges avait refermé le passage qui leur permettait de rentrer dans le stock de bois.

Comme ils ne pouvaient plus jouer à cet endroit intéressant parce qu’interdit, il leur restait la cour, avec les billes, les cyclistes en plastique ou en métal et les fléchettes. Fléchettes dont Marie se souviendrait longtemps, surtout celle que Georges lui avait planté dans le front. Quelle drôle idée aussi de passer devant la cible pendant le tir !

  • Ce n’est pas ta faute, gamin, avait dit la mère Bauchet, mais le jeu de fléchettes est confisqué pour l’instant.

Normal se disait Georges, si elle l’avait reçu dans un œil, elle aurait été très moche avec un bandeau comme les pirates ! Peut-être que dans trente ou quarante ans pensa Georges, pour la même bêtise les parents iraient trouver un homme en blouse noire dans la grande maison de pierres place d'Aisne à Limoges.

Les jeudis de pluie ou pendant les vacances d’hiver, c’était dans la chambre de Marie-Claude qu’ils passaient les après-midi. Il y avait un lit immense presque aussi haut que Georges et, sur ce lit, un édredon de plumes, rouge très foncé. Ah ! L’édredon de plumes, doux comme une caresse de maman ! Georges aimait se rouler dedans d’un bord à l’autre pendant que sa Marie-Claude écoutait en boucle sous le saphir vieillissant une chanson d’Elvis Presley.

* * *

La maman de Marie

Madame Bauchet rentrait vers 18 heures, c’était l’heure pour le petit Georges de réintégrer le domicile familial. C’était l’heure aussi où les ouvriers de l’atelier débauchaient. Il les croisait souvent sur le trottoir, les uns partant à vélo et les autres à pied.

« La mère Bauchet » comme l’appelait la grand-mère, retenait parfois le petit Georges d’une façon un peu autoritaire. Reste ici un instant mon garçon. Oh elle n’était pas méchante bien au contraire, mais elle était grande et « un peu enveloppée » dirait-on aujourd’hui, enfin, c’est du moins comme ça qu’elle lui apparaissait du haut de son mètre dix et de ses 25 kilos tout mouillés. Quant elle retenait Georges, généralement Marie-Claude était déjà assise à la table de la cuisine, le menton dans les mains et faisait semblant de regarder la nappe avec les décors de chasseurs recouvrant la table de la cuisine.

  • Assieds-toi et mets une serviette sous ton bec !

Georges obéissait de bon cœur sachant à l’avance ce qu’elle allait sortir du garde manger, sagement caché dans le placard. Il fermait les yeux et pariait sur la couleur du gâteau. Voyons nous sommes fin juin, il reste 3 jours pour être en vacances, les prunes jaunes sont encore sur les arbres, les cerises noires… ? Ben ça fait longtemps que les merles et le père Bauchet les a cueilli ! Sauf si elle a ouvert un bocal de conserve ? Mais non c’est impossible, elle garde toujours les bocaux pour l’hiver !

Les yeux fermés, Georges entendit le bruit de la faïence se poser sur la nappe et le tintement de la cuillère choquer le bord de l’assiette. Ca, c’est certain, ce n’est pas une odeur de mirabelles, ces beaux fruits jaunes qui faisaient craquer les branches dans le jardin de Marie. Indéfinissable cette odeur, curieux même…. Georges sentait une odeur forte, chaude aussi ; il avait déjà eu l’occasion de goûter ce fruit car, sans nul doute, devant lui dans son assiette, c’était un beau gâteau bien dodu et brillant comme savait si bien les faire madame Bauchet.

  • Alors, ce nez, il est en panne ! Demandait la maman de Marie. Respires et réfléchis, je suis certaine que tu en as déjà mangé, mais peut-être pas en gâteaux. Je vais t’en couper un bout, continue à fermer les yeux et ouvres la bouche !

Le morceau de gâteau se mettait à fondre dans la bouche du petit Georges, il descendait doucement et entrait... dans son esprit, il fallait absolument trouver, sinon Marie allait se moquer, et ça, ce n’était pas possible ! D’accord, elle était plus grande que lui, oh de presque rien, duex ou trois ans, mais ce n’était pas une raison pour toujours avoir le dernier mot…

Voyons, c’est sucré, c’est fort, plus fort que les cerises, mais moins acide que les prunes, quoi que…parfois un petit morceau éclatait sous sa langue et répandait un jus amère-sucré !

  • Du citron, c’est une tarte avec des citrons ! S'écria le petit Georges.

  • Ha quand même, tu y as mis le temps ! J’ai bien cru que tu ne trouverais pas !

Ouvrant les yeux, Georges vit Marie-Claude, les yeux au bord des larmes, se retenant de rire sur la blague de sa mère. Mais ce n’était pas un rire méchant, plutôt un rire complice.

  • Pourquoi as-tu fais un gâteau avec des citrons ? Maman n’en achète que pour Noël quand on mange des huîtres ! Tu es sure qu’on peut faire des gâteaux avec ?

  • Est-ce que c’est mauvais Georges ?

  • Oh non ! C’est très bon, mais heureusement qu’il y a beaucoup de sucre, sinon ça piquerait la langue.

  • Hé oui, le vinaigre c’est pour la salade, et le sucre c’est pour les gâteaux !

Georges compris plus tard que l’on pouvait associer cette phrase à beaucoup d’événements de la vie dans le monde souvent ignoble  des « marchent debout ». Les petites phrases vinaigrées à souhait pour appuyer là où ça fait mal, et la confiture bien sucré, pour te faire passer une vacherie que l'on vient de te faire ou qui est en cours.

Le goûter dura plus longtemps que prévu et les deux enfants montèrent dans la chambre écouter quelques disques sur le Teppaz de Marie. Des disques de ses parents ! Mais aussi quelques-uns uns qui venaient des Amériques.

  • Georges ! Tu as vu l’heure, le père Bauchet vient d’arriver, tu vas être en retard pour passer à table, dépêches-toi de descendre !

En effet Georges venait de reconnaître le lourd roulement de moteur du camion benne de Monsieur Bauchet. Le monstre d’acier bleu devait se garer le long du trottoir, ses grandes roues pleines de boue, et son tuyau d’échappement puant la vieille huile brûlée ; un peu comme celle dont se servait le grand-père René pour allumer le feu dans le grand jardin de la rue Armand Dutreix.

  • Marie, vite un bisou, je suis en retard !

Marie se retourna et fit, comme tous les jours, un bisou pigeon à Georges. C’est la mère Bauchet qui avait baptisé ainsi la façon qu’ils avaient de se dire au-revoir ; un bisou sur la bouche : un bisou pigeon. Pour la bise du bonjour, c’était sur la joue, une seule bise, une bise qui claque pour faire comprendre à l’autre qu’on était content de se retrouver pour quelques heures, mais la bise de l'au-revoir c'était le bisou pigeon, Marie-Claude et le petit Georges n'y voyaient aucun mal, et il n'y en avait pas... En 1956 !

  • Au revoir madame Bauchet et merci pour le gâteau au citr…

Georges fût freiné net par une barrière infranchissable. Le père Bauchet avait garé son camion plus vite que prévu et Georges venait d’enter en contact avec cet homme, gentil mais balourd, petit et carré, sentant toujours l’essence et le tabac. Il fumait sans arrêt des Gauloises et Georges avait mémorisé cette odeur de fumée bleue qui sortait de sa cigarette. C’était curieux car lorsque la fumée sortait de la cigarette, elle était bleue et quand elle quittait sa bouche, elle était grise. Pourquoi changeait-elle ainsi de couleur ? Il n’empêche que cette odeur mélangée à l’essence du gros camion, c’était, pour Georges, le parfum du père Bauchet, fragrance  qui restera à jamais associée à l’homme à la Gauloise et au gros camion bleu.

- Allez, passe donc petit, c'est l'heure de la soupe.

Et le père Bauchet d'un geste affectueux se contentait de tapoter la tête de Georges. Ce n'était rien ce simple geste, mais il voulait dire : - je t'aime bien toi ! Et ça c'est un petit bonheur à ramasser à la main et à conserver dans sa mémoire. Presque 60 ans après, je sens encore sa main, l'odeur du diésel et de la fumée de Gauloise, comme si j'étais sur les marches le la maison de marie-Claude ;

* * *

L’aube blanche

Ou... la fin d'un temps !

C’était un jour de grand soleil, un mercredi sans école. Après avoir fait les devoirs et rangé l’ardoise grise dans le cartable de cuir, Georges sortit dans la cour pour rejoindre l’atelier. Deux ouvriers coulaient le plâtre, blanc comme des œufs en neige, tournaient les moules, tandis que d’autres ébarbaient les coulures sur les statuettes de la veille, déjà sèches et prètes à partir à l’atelier de peinture.

Henriette était devant la hotte un pistolet à la main, et peignait en marron une pirogue dans laquelle une jeune femme déjà peinte en noir, pagayait le long d’une rivière imaginaire.

  • Alors mon petit Georges, c’est mercredi tu es tout seul et tu t’ennuies !

  • Non, je suis venu te faire un bisou, et après je vais voir Marie-Claude.

  • Marie-Claude ? Aujourd’hui tu ne la verras pas, elle est partie avec la mère Bauchet pour essayer son aube de communiante !

Son aube de communiante ! Georges se rappelait en effet que parfois Marie-Claude parlait de sa « petite «communion », de son apprentissage du catéchisme comme elle disait, et qu’après elle ferait sa communion solennelle. C’était certainement pour cette occasion qu’elle était partie en ville aujourd’hui.

Les semaines passèrent très vite après cette fin d’hiver de 1958. Le printemps, les fleurs roses sur les pommiers, les premières hirondelles qui passaient si bas qu’on pouvait voir leurs yeux – il va pleuvoir, les hirondelles volent bas – aurait dit la grand-mère. Puis les vacances de Pâques, suivies de la rentrée ; l’école, toujours l’école.... Heureusement, il y avait l’histoire et le calcul mental. Puis un jour du mois de mai…

  • Georges, demain je ne serai pas à la maison, il faudra que tu joues tout seul, je pars en car pour faire ma communion solennelle !

  • En car ? Et tu rentres quand ?

  • Le soir. Nous partons en car parce que nous sommes presque 30 communiants et communiantes. Tu viendras me voir ? Le car s’arrêtera devant la maison ?

  • Où veux-tu que je sois ! Bien sur que je serai là !

Georges passa une nuit agitée. En car et pourquoi en car ? Et puis pourquoi lui dire de ne pas oublier l’au revoir puisqu’elle revenait le soir même ?

Les premiers rayons du soleil filtrèrent au travers des persiennes en fer et se frottèrent sur les paupières de Georges. Il se leva aussitôt et se dirigea vers la cuisine.

  • Tu es déjà debout, il est à peine sept heures !

  • J’ai promis à Marie-Claude de lui dire au-revoir, elle fait sa communion aujourd’hui.

  • Ah oui c’est vrai, le car vient vers dix heures tu as le temps de faire ta toilette et de déjeuner.

Il est presque dix heures, Georges est dans la rue, assis sur le pas de la porte, les pieds posés sur une barre en fer qui sert à frotter la semelle des chaussures. Il fait beau ! Dommage qu’elle s’en aille, on aurait pu jouer aux fléchettes dans la cour, pensait le petit Georges.

Un grand car bleu descendait doucement la rue Mariette, ce devait être lui. Il s’arrêta devant une des maisons et un enfant que Georges connaissait peu car les parents disaient qu'il habitait trop loin du magasin, monta dans le car accompagné de plusieurs adultes. Etrange, il avait un manteau blanc ! Ha ! La chienne Eida aboie, Marie-Claude ne va pas tarder à sortir ! Georges écoutait tout et savait tout ce qui se passait. Les bruits des portes qui s’ouvrent ou se ferment, les semelles sur le sable ou les graviers, tous ces bruits lui permettaient en fermant les yeux d’imaginer le parcours de celui ou celle qui se déplaçait. Ecoutons ! Deux, non trois personnes sont sur les graviers de la cour, ça fait scrunch, scrunch… ils descendent l’allée de sable, ça fait criii, criii. Cling, ça c’est le bruit de l’ouverture du loquet du portail, dans trois secondes ils seront sur le trottoir, qu’est-ce que je suis malin, pensait Georges ! Je suis certain d'avoir encore gagné.... Oui, ils sont trois !

Il ouvrit grand les yeux pour confirmer qu’il avait gagné une fois de plus à ce petit jeu. Il les ouvrit et resta assis, impossible de se lever, de décrocher ses fesses de la marche de béton. Ce n’était pas possible, ce n’était pas sa Marie-Claude qui était là ? Non, ses yeux voyaient quelqu’un d’autre, une jeune fille dans une robe blanche avec un livre à la main, un livre qui avait les côtés qui brillaient comme de l’or sous les rayons du soleil. Marie-Claude quitta sa mère et se dirigea vers le petit Georges. Qu’elle était belle comme ça, toute blanche !

  • Et alors tu es collé à la marche ? Viens me faire un bisou, le car arrive.

  • Oui !

Etrangement, Marie-Claude lui fit un bisou pigeon devant l'air heureux de sa mère et de son père, habillés comme pour aller à un mariage. C'était la première fois que Georges voyait Monsieur Bauchet avec une chemise et une cravate, et surtout sans sa Gauloise allumée. Plus haut dans la rue, la Vedette tournait au ralenti, un peu comme Georges sur sa marche en béton, la vie semblait se ralentir, le temps s'arrêter... ou presque.

Le car bleu stoppa devant la maison, il était à moitié rempli d’enfants habillés de blanc comme elle. C’était donc ça les aubes ! Elle grimpa les marches, prit l’allée centrale et s’assit contre la vitre. La porte du car claqua, le moteur cracha une fumée bleue qui puait autant que le camion du père Bauchet, puis elle leva la main et Georges resta là, planté sur le bord du trottoir sans même pouvoir lever la main pour dire au-revoir. Georges n'avait pas vu sa mère arriver derrière lui, son père devait, comme d'habitude, être derrière ses factures ou dans l'atelier. Que Marie-Claude s'en aille habillée en mariée avec ses parents semblait peu lui importer.

  • Bon alors tu vas rester dans la rue jusqu’à demain ? Lui demanda sa mère.

  • Elle est partie !

  • Elle revient ce soir vers six heures !

  • Non, maman tu ne comprends pas, elle est partie, ce ne sera plus jamais pareil ! Hier, j’avais une copine et ce matin, dans sa robe blanche j’ai vu une mariée.... Elle a grandi maman, pas moi, tu vois bien qu’elle est partie !

Et Georges rentra en courant dans l'atelier, se réfugia dans les bras d'Henriette qui devait se douter de ce moment de solitude.

Le mois de mai, le car bleu, la robe blanche, les mains qui se lèvent, le car qui s’en va, diminue.... C’est fini, il a tourné le coin de la rue. De fait, cette journée fut le début d’autre chose, car Marie-Claude avait en un seul jour, quitté son enfance pour entrer dans l’adolescence et donc laisser Georges gérer seul ses sept ans. Ce fut son premier chagrin d’amour ! Mais c'est toujours celui-là qui reste à jamais gravé dans la mémoire d'un môme en culottes courtes.

Il s'était passé peu d'années entre l'orage à travers les clayettes et l'aube blanche, mais ce furent de très loin les plus belles ; après... Ce sera pour une prochaine histoire ! Mon histoire !

                                                                                 *  *  *  *  *

Appelez-moi Georges, comme mon oncle, ou Yves et René comme mes grands-pères, ou Antoine comme la plupart de mes ancêtres Bretons, j'aurai l'impression de les voir derrière mon épaule me regardant tapoter sur le clavier !

A suivre...

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