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Que reste-t-il de nos salles de cinéma ?

La petite salle de la cinémathèque algérienne a abrité lundi dernier son premier forum sur le cinéma algérien et mondial, appelé à se renouveler. Il s'agira, en effet, d'inviter des cinéastes, des écrivains, des critiques et même des artistes et des comédiens pour parler du cinéma, de son histoire et de ses perspectives. Des projections et des ventes-dédicaces seront également organisées dans ce lieu symbolique. Premier rendez-vous pris, a été donc, mardi dernier, avec une rencontre-débat des plus enrichissantes avec le chercheur et écrivain algérien Nourreddine Louhal et le photographe français Stephan Zaubitzer, auteur de Cinés-Méditerranée au sujet de l'état des salles obscures en Algérie. Nourreddine Louhal, écrivain, chercheur en patrimoine et journaliste, évoquera tout au long de sa conférence son livre Sauvons nos salles de cinéma.

Témoignages vivants

De son côté, Stephan Zaubitzer, photographe, mais aussi passionné de cinéma et d'architecture, a décroché le World Press Photo en 2004 pour le travail sur les salles de cinéma plein-air de Ouagadougou et expose régulièrement en France et à l'étranger, a présenté un diaporama d'une centaine de photos ayant trait aux différentes salles de cinéma toujours fonctionnelles ou fermées, que ce soit en Egypte, Maroc, Liban, Tunisie, mais encore l'Algérie (Alger, Oran). Il était ainsi accompagné par les précieux arguments et anecdotes de son comparse Nourreddine Louhal avec lequel il formait un très bon duo pour décrire l'un avec les mots et l'autre avec l'image la situation des salles de cinéma en particulier et du 7e art en général que ce soit au Maghreb ou dans les pays arabes, entre passé, présent et ce qui augurait peut-être pour elles comme avenir. à noter que les photos de Stephan Zaubitzer se caractérisant par des prises de vue très larges de l'objet photographié, donnant à voir non pas une vue minimaliste, de chaque salle de cinéma, mais bien au contraire, des paysages d'ensemble quasi panoramiques, sur le tissu social et urbanistique qui entoure chaque salle de cinéma et ainsi comprendre et analyser son architecture au sein de son environnement et sa genèse, mais aussi son impact sur la population de jadis ou encore d'aujourd'hui. à noter que le photographe français a pu prendre connaissance des différentes salles de cinéma algériennes grâce au précieux livre de Nourreddine Louhal qui témoigne de l'historique des salles de cinéma algériennes, et ainsi du passé glorieux de l'Algérie en matière d'industrie cinématographique et de son déclin aujourd'hui.

Etat des lieux catastrophique

«Ce que je trouve rassurant, même si certaines salles de cinéma sont détruites et parfois dans un sale état, c'est qu'il y a encore une mémoire qui se perpétue même si elles ne sont plus en activité aujourd'hui.», fera remarquer le photographe Stephan Zaubitzer. Abordant la préservation de la mémoire du cinéma en Algérie, Nourreddine Louhal déplorera le manque d'écrits autour du 7ème art algérien et de citer comme exemple le nom de Sid Ali Kouiret «parti sans laisser la moindre trace. On se doit d'écrire sur le cinéma en Algérie». et de souligner aussi: «Nous avons régressé en terme d'images alors que nous sommes détenteurs d'une Palme d'or». Nourreddine Louhal dénoncera aussi la disparition de la salle de cinéma Le Régent pour se transformer en une supérette, même si c'est une propriété privée arguant que c'est un patrimoine qui appartient à la mémoire collective du pays avant tout. «Je pleure tous ces endroits historiques qui sont en train de changer de main avec une telle facilité et de façon bête et méchante.» Autre point relevé, notamment par le directeur de la Cinémathèque algérienne est le manque de distribution de films et la carence au niveau du réseau d'exploitation des salles en Algérie qui, par ailleurs, fait défaut. «Sauvons nos salles de cinéma d'abord. Faisons ensuite ce qu'on veut après», dira Nourreddine Louhal, à propos des salles de cinéma.

Pressurisation de la mémoire de notre patrimoine

Et d'évoquer la pétition des gens de Sétif pour ouvrir leur vieille salle de cinéma, fermée depuis des années. Pour Nourreddine Louhal, il est faux de dire que le numérique et le DVD ont tué les salles de cinéma arguant que pendant les festivals, il y a bien un public cinéphile présent qui fréquente les salles. Et à Salim Aggar, directeur de la Cinémathèque algérienne, de relever aussi les mauvaises habitudes prises par le public depuis la décennie noire et la désertion de ce dernier des salles le soir. Il dira que dans les années 1980, les salles étaient largement fréquentées, avant l'avènement aussi de la parabole et des films de cinéma à la télé. Evoquant l'importance de la retranscription de la mémoire ou de l'archivage, que ce soit par écrit ou en photos, «le plus important est de ne pas oublier toutes ces salles de cinéma qui ont fermé et qui sont encore vivantes dans l'esprit des gens. Ce qui est très important.», dira-t-il. Et d'indiquer avoir pris connaissance de l'existence d'une salle de cinéma à la Casbah, appelée «Nedjma», grâce au livre de Nourreddine Louhal. Enfin, les choses sont-elles vraiment en train de changer aujourd'hui? Aussi, faut-il coller à la réalité du terrain. Le secrétaire d'état chargé de l'Industrie cinématographique, Bachir Youcef Sehaïri, récemment nommé, avait-il conscience de ce qu'il disait en affirmant que «nous allons produire 20 films par an»? Et un des présents dans la salle de se demander: « En l'absence de salles de cinéma où allons-nous projeter ces films déjà??». Bonne question...

In L'Expression O. Hind du 5 mars 2020

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