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C"est un recueil de chroniques de Jacques Chessex (Suisse, 1934- 2009), publié à Lausanne aux Cahiers de la Renaissance vaudoise en 1969.

 

C'est sur la suggestion de l'éditeur Bertil Galland, qui republiera le texte en 1972, que Jacques Chessex, pour répondre au Portrait des Valaisans de Maurice Chappaz paru en 1965, écrit les trente-deux chroniques de Portrait des Vaudois. Déjà rééditée huit fois, traduite en allemand, c'est l'oeuvre la plus populaire de Chessex, notamment parmi les Vaudois. Après le scandale déclenché par la Confession du pasteur Burg en 1967, il semble que ses compatriotes retrouvent ici le Chessex qu'ils aiment. Entre l'écrivain et son pays, la «réconciliation» sera pourtant de courte durée puisque ses écrits suivants (Carabas, l'Ogre ou Judas le transparent) choqueront davantage encore.

 

 «Le printemps du fond de la terre». Le jour de Pâques, toute la nature est en travail. Le pasteur Amédée attend ses ouailles dans l'air tiède. Les cantiques montent par tout le pays et le pasteur appelle la bénédiction de Dieu sur son village. Après l'église, c'est Paschoud qui boit son demi de Féchy avec «le poète» qui veut chanter son pays.

«Gros-de-Vaud». Ce nom «fait voir d'abord le veau gras et fort broutant une prairie verte». Les paysans y sont silencieux, boivent du vin, le sang de leur terre, y mangent du cochon. Le dimanche, les vieux s'installent au café tandis que les jeunes sautent sur leurs motos pour aller au cinéma à Yverdon.

 

«Les Italiens». Il y a toujours un Italien dans une histoire suisse. Ouvrier saisonnier, il obéit. Il est seul et travaille dur avant de retourner chez lui. Le dimanche, les Italiens vont par groupe, bruyants, bavards.

«Qui veut chasser le Dari?» L'humour vaudois est une distance de plus: ni tragique ni sauvage, il a les nuances de la mesure. Tous les Vaudois ont en commun la moquerie à l'égard des beaux parleurs, la méfiance de l'aventure et de l'«étrange». Ils craignent les excès. Le Dari égorge les poulets et pousse des cris affreux; c'est un sorcier... Quand un hôte joue au plus fin, on l'envoie chasser le Dari. On ne peut confondre le Vaudois avec le Valaisan ou le Genevois: du premier, il n'a ni la rusticité ni le type, ni l'hérédité religieuse; du second, il n'a pas l'usage de la ville. Il admire le «cogneur» valaisan qui lui fait un peu peur. A l'encontre du Genevois, il a plutôt du mépris et une espèce de colère. Entre les deux, le Vaudois est poli, de polissage plus que de politesse: frotté, érodé, nettoyé de toute aspérité.

 

 

A la fois chant épique, recueil de tournures idiomatiques, carnet du quotidien vaudois, l'ouvrage est avant tout une histoire entre un homme et ses racines, qui «s'inscrit dans la tradition des chants populaires de ce pays», dit Chessex. «Jean-Jacques Rousseau a écrit une chanson qui est encore chantée chez nous dans les petites classes, "Allons danser sous les ormeaux" [...]. Ramuz et Stravinski ont écrit l'Histoire du soldat, une des plus jolies oeuvres qu'on a écrites pour la scène populaire.» Chessex s'est donc glissé dans cette lignée et a prêté son oreille aux parlers, aux façons de sentir, de dire d'un peuple. Et l'auteur de préciser: «Nous ne sommes pas Suisses au sens ethnique... Nous ne sommes Suisses que depuis 1803. L'ethnie vaudoise existe depuis toujours, depuis les Gaulois, les Burgondes, les Savoyards.» L'âme bucolique qui s'exprime dans les premiers textes chante une nature où les «pléiades glaciales» et l'«immense ciel paysan qui coule sur vous» sont baignés de la lumière orangée de l'aube. Le pays vaudois saisi en ses aspects campagnards et montagnards est dépeint en de très belles pages, où il apparaît comme une sorte de centre originel.

 

Au fil de ces chroniques parle la tendresse de Chessex pour ces terres, ces gens, ces rituels, ces moeurs qui sont les siens, qu'il observe depuis si longtemps. Son engagement affectif pour son canton est évident; un engagement d'autant plus fort qu'à la patrie s'associe la figure du père suicidé, évoqué dans le dernier chapitre, «Voir sa mort». «Mon père est devenu ce pays», écrit-il, aussi sa quête prend-t-elle l'aspect d'une seconde naissance. Pleines d'humour sarcastique ou satirique, ces chroniques proposent, au fil d'histoires imaginées ou vécues, une fresque du caractère populaire vaudois. Les chansons enfantines, l'abattage du porc au village, la laideur des hôtels de Montreux, les sectes religieuses, le travailleur italien, sont autant de composants de cette mosaïque, dont les mots sonnent juste et permettent d'appréhender le caractère à la fois latin et nordique, la sensibilité primitive et la réflexion protestante du peuple vaudois. Le ton de Chessex, où alternent la colère, la caricature, la complicité ou la tendresse, est le reflet de cette ambiguïté. Si certains de ces portraits n'échappent pas au ressentiment que l'auteur nourrit à l'égard de l'austérité calviniste, d'autres mettent en lumière un sens de la fête où tous sont conviés: «Il n'y a pas de folklore vaudois, dit Chessex, mais des coutumes douces comme des habitudes de tribus.»

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Commentaire de Rébecca Terniak le 26 avril 2012 à 1:20

Merci Robert Paul de cette intéressante présentation de Jacques Chessex, auteur vaudois et Suisse.

c'est comme un deuxième clin d'oeil pour évoquer la Suisse où je vis depuis presque 18 ans.

Quand je lis ces lignes... le meilleur et le pire de ce pays de Vaud se bousculent en moi.

D'abord, en bonne française qui habite justement le GROS DE VAUD depuis 12 ans bientôt, j'ai envie comme d'habitude de rire et railler à ce sujet :  le GROS VEAU. Oh la lourdeur de ce terme qui m'insurpporte et qui eux les paysans du coin les flattent, car cela fait référence à la richesse de la terre en blé et autres céréales, à leurs fermes cossues.

Un petit train part du centre ville de Lausanne Flon-Chauderon pour rejoindre l'extrémité du Gros de Vaud vers Yverdon Bercher, Echallens en passant par mon village de Romanel sur Lausanne lequel est situé à 10-15 mn de la ville. C'est le nord ouest Vaudois. Cette petite ligne ferroviaire d’une demie heure qui rejoint la campagne et plus tard va s’éloigner du lac Léman pour s’approcher du lac de Neuchatel-Yverdon traverse d’abord un paysage de collines toujours vert et ainsi elle s'appelle La Ligne Verte, appellation fièrement énolncée sur le train, c’est la ligne du blé et du pain d’Echallens – Voici le caractère et le parcours emprunté par mon petit Tchou Tchou du L.E.B.- train qui s'est bien modernisé depuis et est devenu très confortable.

Pour moi c'est un plaisir  toujours vif et continellement renouvelé  de voir défiler à bord de mon petit train quotidien,  depuis de légères hauteurs de 600 mètres, un paysage idylique toujours beau surplombant ce bord de lac lac miroitant au pied de la chaîne des Alpes  ! C’est un perpétuel émerveillement de découvrir le lac au loin ou en contrebas, depuis L’Oiseau Lyre aussi situé un peu avant Romanel.

Et lorsque l'on va en voiture ou en balade surplomber de plus haut encore le lac Léman vers Grand Vaux, Lutry, Montreux depuis ces pentes en côteaux de vignes s'étageant au dessus du Lac et comptant parmi les sites protégés classés merveilles du monde…  c'est une vraie splendeur

Alors je me sens assez gâtée pour oublier et passer par dessus toutes les petites et grandes misères vécues ici par le fait de certains hommes des bois rustres et machos mal dégrossis, rendus fous à la vue d'un ptit bout de femme qui ne se laisse pas faire et a osé venir créer sa structure d'enfants en forêt, isolée et a réussi à  transformer une friche sylvestre en petit paradis de verdure et jeux !

Les femmes ont voté bien tard et ont dû mal à prendre leur indépendance d'esprit, la lourdeur bureaucratique est réputée et sensible lorsque l'on vient avant d'un canton comme Neuchatel, léger et plein de fantaisie. Mais de grandes qualités de coeur et authenticité sont l'apanage des gens d'ici, un sens des vraies valeurs et de la nature comme dans toute la Suisse.

Les paysans du Gros de Vaud peuvent se désoler de voir un si grand panaché de peuples venir grossir la population suisse. Parfois les classes comportent 22 à 30 nationalités différentes. Dans les gares, outre d'entendre parler Français, Allemand et anglais au lieu de Tessinois- italien dans les hauts parleurs, toutes les langues se croisent. C'est un petit résumé d'humanité.

Ce qui est remarquable dans le pays Romand c’est la douceur et la qualité écologique de la vie : c’est tout l’art de vivre ! Et ce, entre Neuchatel et le canton de Lausann, auprès de la nature, des montagnes et du Lac. En bas, de multiples plages sont accessibles à la belle saison sans payer comme au Tessin. Et à droite du côté du théâtre de Vidy, tout le bord du lac valloné est aménagé en immenses  pelouses  pour les familles….

 

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