Arts et Lettres

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Nouvelle Féline… D’un Personnage Unique et Fin Lettré

 

De la Part du Seigneur Sainte Sophie de Constantinople

des Rives du Bosphore

Touché par la grâce divine du dieu  de l'Amour, Cupidon

(Comprenne qui pourra !)

 

ou

 

Témoignage de sa conduite…Irréprochable

Dédié à l’origine à la fondatrice de son berceau angevin,

Offert aujourd'hui, en ce mois de Juin 2012, à une belle âme, Béatrice "Jolie",

ouvrant son cœur et sa demeure à mon frérot Cyrano le Magnifique




 « Chaque chat est un chef-d’œuvre. »

Léonard de Vinci.

 

 

                              Ne pouvant communiquer, à l’instar de mes semblables de la gent féline, que dans mon style personnel dénué de fioritures, n’incluant assurément que l’oralité, à grands renforts de mélopées lyriques « miaulesques » que votre langage sophistiqué d’humains a parfois du mal à décrypter, tant mon étendue vocale traduit une palette d’expressions dissemblables de la vôtre, moi, jeune Prince des Angoras turcs à l’identité prononcée, rebaptisé Cyrus, en hommage au fameux roi de Perse régnant jadis sur l’un de mes royaumes séculaires d’origine, de mon nouveau logis où je réside (incité à prendre possession de ce domaine, à l’aube des fêtes de Pâques, vous en souvient-il?) je formule une pensée des plus sincères, à l’endroit de mes deux mamans de cœur, sages femmes attitrées œuvrant à la délivrance de Bastet, ma mère naturelle d’ascendance byzantine (sans pour autant jamais avoir vu Byzance ou l’ombre de l’un de ses palais), ces Quatre pattes  [1], qui furent dévoués  pour le moins, à son abondante progéniture, s’unissant de concert, afin de se pencher sur notre berceau de sextuplés, et, ce, dès notre venue au monde de nourrissons, naturellement !

                             N’étant pas en l’occurrence, avouons le, détenteur de votre vocable (ne vous moquez pas de mon illettrisme, soyez, je vous prie, un rien magnanime !), je me vois dans l'obligation de solliciter l’aide précieuse d’une plume bienveillante, attentionnée autant que faire se peut, à assouvir mes moindres désirs, avec à la clé, le projet primordial de vous retranscrire mes impressions et sensations fleurissant mon existence de bambino gatto à jamais déraciné de son terroir natal, fief de la dynastie légendaire des Plantagenets !

                             Figure féminine que vous avez certes, tout comme moi, au préalable, brièvement rencontrée, lorsque celle-ci, atteinte du trouble de la « félinomania  », ce mal chronique incurable, et en quête d’une « perle rare », est venue une première fois nous rendre visite, accompagnée de sa complice et judicieux conseiller, dans l’objectif de nous découvrir, mon quasi jumeau Callisto avec lequel votre serviteur formait une fine équipe, dans le dessein avouable, de se forger une opinion concernant une adoption éventuelle.

                            Suite à ce contact fructueux renforcé de délibérations de rigueur, vous me voyez vraiment comblé de savoir que je n’ai pas été traité comme un objet quelconque ou une vulgaire marchandise…, ces dames prirent en chœur la sage résolution de ma nomination, me jugeant d’emblée digne d’intégrer leur cadre d’élection, et jurèrent désormais de veiller en êtres responsables sur mon destin.

                            Pour ce faire, elles vinrent illico presto m’enlever de mon cocon originel, de ces bras rassurants où j’aimais me lover, grâce, avouons-le franchement, aux chaudes recommandations d’une bonne âme persuasive, ma marraine spirituelle, sorte de Fée Dragée félinesque adoubant ma portée formée d’un splendide « sextuor »de couleur, halte au racisme, s’il vous plait !

                           Ah ! Que dire à propos du foyer qui m’a alors accueilli, sinon que de prime abord, et bien qu’étant entouré de mille et une prévenances, tendrement choyé par ce duo patient et éminemment compréhensif, nous avons traversé ensemble, force turbulences, puisque, en dépit de mes qualités foncières, j’ai ouvertement manifesté mon malaise à pouvoir m’y acclimater, tellement vous, ma famille originelle et chérie, à la fois composée du genre humain et de l’espèce Catus Angorensis déjà répertoriée par l’illustre naturaliste Linné, m’a cruellement fait défaut !

                          Que voulez-vous, il m’a fallu cette inévitable séparation, pour que je réalise, désorienté, combien je vous étais attaché !

                          Diantre ! Nostalgie, quand tu nous tiens ! ...

                          Aussi, ne nous voilons pas la face : mon introduction en Touraine généra des perturbations, si ce n’est un bouleversement total pour mon équilibre et mon extrême sensibilité, car, sans chercher à me trouver d’excuses, l’apanage du faible, ni à justifier mon ancienne attitude de diablotin rétif à tout pouvoir et proposition de vie différente (ne suis-je pas ma foi, un être très libre, singulier, qui ne se donne pas aisément, même confronté à des visages affables me faisant miroiter monts et merveilles en vue de m’amadouer ? La prudence ne s’impose t’elle pas, lorsque la ligne de l’horizon change ? ), bref, à mon humble avis, il serait peut-être bon de faire montre d’indulgence, en n’oubliant pas, que l’on a beaucoup exigé de ma « personne »  et qui plus est, dans un court délai, n’étant guère davantage préparé à vous quitter pour toujours, qu’à pénétrer simultanément, brutalement, dans ce nouveau Saint Graal, chez de complètes inconnues, ô certes, pas antipathiques, voire désagréables au demeurant, mais, malgré tout, entièrement étrangères à mon « affect »…

                          Univers, de surcroît, dégageant une atmosphère, des odeurs déroutantes et contre lequel, je l’admets aisément aujourd’hui, un brin repentant, je me suis révolté, me plaisant en rebelle expert de la chose, à défier l’autorité, n’étant point accoutumé à subir une pareille épreuve, transformations radicales imposées au détriment de ma volonté !

                         Si je suis habilité maintenant, en toute droiture morale, à vous déclarer mes récents forfaits, c’est que nombre de jours se sont notamment écoulés depuis ces épisodes difficiles (période éreintante pour qui vous savez et qui me fit donc surnommer, sur le ton de la dérision, Diabolus…,) étant donné que je me suis considérablement apaisé, le Dieu de la mythologie égyptienne des chats soit loué,  (hormis quelques escalades aux sommets des armoires  et moult excentricités durant mon cycle nocturne agité, interrompu par l’insomnie, que je ne peux m’ empêcher de répandre bruyamment, en contaminant bipèdes et quadrupèdes de mon entourage), traitement homéopathique et phytothérapique aidant, concédons-le, à une notable amélioration apparaissant autant sur le plan de l’humeur, qu’au niveau des bêtises recensées émanant de mon énergie vitale un tantinet exubérante, imaginaire créatif à l’appui, selon les dires de mes éducatrices qui se lamentent encore et qui ont eu doublement, continûment, de cesse de se relayer auprès de mon maintien, admettons-le défaillant, « formation » ambitionnant à m’assurer un bien être fondamental auquel j’aspire et j’ai indéniablement droit  !!!

                         Ma foi,  je n’ai ni l’honneur ni l’avantage d’apprécier ou non vos arguments, mais pour ma part, j’ose affirmer, étant un éminent représentant de nos Amies les bêtes chères à notre dame de lettres, Colette, qu’un peu d’humanité adressée à notre égard ne saurait nous nuire !

                        J’en connais suffisamment, que Diable, qui ne sont que trop considérées misérablement, comme des créatures inférieures, ou pire, dépourvues du plus infime atome de réflexion, et pour résumer… regardées comme des chiens, suivant la fameuse locution proverbiale !

                         Pourtant, si l’on se remémore la citation placée en exergue d’un sonnet de Gérard de Nerval, signée du philosophe Pythagore :

                         Eh quoi ? Tout est sensible !,

l’on s’empressera de s’incliner devant une valeur de cette dimension, à la portée universelle, méditant au passage, sur le labeur qu’il subsiste à accomplir, pour passer de la pure théorie… à la pratique ! Le poète de l’ère romantique, brodant autour de cette doctrine, ne développe t-il pas une thèse identique, lorsque, en épicurien épris d’érudition, il nous conseille, à travers les vers suivants, d’être perpétuellement à l’ « écoute » du vivant :


Homme ! Libre penseur-te crois –tu seul pensant

Dans ce monde, où la vie éclate en toute chose ? […]

Respecte dans la bête un esprit agissant [1]

 

                            Mais ne passons pas du coq à l’âne, si j’ose dire, et revenons sitôt à nos moutons, pour user de métaphores dans le style animalier ! 

                           Ayant fort récemment commencé à rompre la glace avec celles que je regardais exclusivement jusqu’ici, comme d’affreuses ravisseuses commettant un odieux rapt, genre de gardiennes inflexibles de ma Prison dorée  (pour d’autres précédemment convertis, geôle d’amour) ou tour d’ ivoire d’où nul ne s’ évade jamais, vigilance oblige, je me devais de me résigner, en me laissant charmer par les attraits de la nouveauté, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, et décidait de ne leur opposer plus guère de résistance, en m’adaptant au milieu appréhendé, qui, somme toute, serment d’Aristochat au goût raffiné, n’est en définitif, pas si mauvais ! De toute manière, je n’allais pas éternellement m’adonner à tester leurs réactions, sous prétexte que j’affectionne braver les interdits (mon péché mignon...) au-delà des limites du possible !

                         Les malheureuses ! Aimables, tolérantes au point de frôler l’abnégation, elles ne reculèrent devant rien, persévérant à croire que je m’amenderai, persuadées qu’avec le temps, elles parviendraient à apprivoiser le fauve miniature qui sommeille en moi, tout en conservant mes caractéristiques intrinsèques.              

                        Mes  « dompteuses », me soumettant en parallèle à leur discipline, allèrent jusqu’à redessiner la disposition des éléments de leur décoration, en appliquant une adaptation d’une mode épurée, tendance « minimaliste », extirpant in extremis de mes griffes acérées, les bibelots fragiles convoités, auxquels elles tenaient, et qui faisaient le chic de leur mise en scène; ce qui entre-nous, ne m’ empêcha pas de renoncer à divers exploits de mon œuvre inventive, en m’ attaquant au relookage des lampes jugées trop « classiques » à mon idée de novateur, revisitant de ma patte sans égale de designer inné, les abat-jours et éventail d’objets, enfin déstructurés !!!

                      Surtout, je vous en conjure, n’allez pas trop vite en besogne, en supputant que mon pardon implique, que de leur côté, elles remportent une victoire ! Elles sont loin encore, les bougresses, d’être en mesure de crier Hosanna, et de grâce, n’en concluez pas hâtivement, dans un mouvement d’allégresse rempli de mansuétude, que j’effectue désormais maintes prouesses en matière, par exemple, de civilités et d’affection ; non je ne suis pas pour lors, en transformation intégrale, métamorphosé en un fougueux tempérament démonstratif, dispensant une pléthore de cajoleries à mes hôtesses, ou précisons plutôt, aux familiers qui ont le privilège de me côtoyer journellement, en adéquation de la pensée de la Faunesse bourguignonne native de Saint Sauveur en Puisaye  [2] (célèbre confidente de Kiki la doucette,Chat des Chartreux, mon auguste aîné) qui proclamait ceci, ma modestie dut-elle en pâtir :

                        " À fréquenter le chat, on ne risque que de s’enrichir."

                          Formule qu’aurait volontiers repris le sulfureux Louis-Ferdinand Céline (protecteur infaillible de Bébert le gouttière) qui, de son côté, s’adressait avec véhémence aux hermétiques ne comprenant goutte au fait que l’on soit littéralement hypnotisé par notre charme ineffable :

                        " Vous direz, un chat c’est une peau ! Pas du tout !

                         Un chat, c’est l’ensorcellement même, le tact des ondes."

                         Or, délivrant mes faveurs au gré de ma fantaisie, guidée par mon instinct imparable, mes sens et Affinités électives goethéennes, il me sied d’agir en souverain qui octroie ses bienfaits d’une manière honnête, sans arborer une mine de patelin, de tartufe ou autre roublard  trompant son monde, paraissant évaluer à chaque instant des étapes de mon parcours, les mérites du bénéficiaire.

                         Et dire, que sur les fonds baptismaux, l’on a cru bon de m’attribuer le doux prénom de Cupidon, aimable « enfançon » présidant à la passion amoureuse avec un grand A, dieu malin muni de cruelles sagettes, le pendant de l’Éros des Grecs, dévolu corps et âme au service de l’incarnation de la Beauté et de l’Amour ! Vous avouerez volontiers que c’est en tout point flatteur pour mon ego, mais franchement, quel coup du sort que de devoir porter un tel patronyme, lorsque l’on est comme moi fabriqué d’une étoffe toute en intériorité, guère encline à d’ardents épanchements, ce qui n’empêche en rien d’éprouver des sentiments, chacun son tempérament !

                         D’où cette dénomination empruntée à Cyrus I er le Grand, qui me va comme un gant, si l’on en croit les anales historiques…

                        Et puis, déclarons-le incontinent avec sagacité, sans fausse honte ou fausse pudeur entretenant la moindre illusion, je ne suis ni un fantoche ni un masochiste se plaisant à être dominé, gouverné par un « régime dictatorial  » ; et si, effectivement, je prétends compter des maîtresses à mon patrimoine sentimental, c’est au sens étymologique, amoureux du mot (amours platoniques, cela s’entend !) et non dans le sens, d’un bien mobilier, d’un bel accessoire d’ameublement rehaussant le décorum de la maisonnée, étant la possession d’un individu appartenant à une race soit disant supérieure !

                       La réalité est simple : c’est moi, votre petiot, qui en séducteur insigne, faisant quasiment de ces dernières, mes « esclaves »,  est devenu leur seigneur et maître, exerçant ma tyrannie…à l’ infini !

                      D’ailleurs, en corrélation de mes prédécesseurs et fiers coreligionnaires fraternels, il va sans dire, que je ne suis pas hébergé sous leur toit, ce sont elles, que je daigne abriter et supporter au sein de mes appartements. Nuance !!!

                      D’autre part, en restant fidèle à l’esprit de leur fine analyse psychologique dont je parviens subrepticement, de-ci de-là, à retenir des bribes, feignant mine de rien, l’air détaché mais d’une ouïe amusée, de n’en rien comprendre, il est à dénoter de façon objective, faisant fi de toute affectivité un tantinet bébête, que de probants progrès de comportement sont à inscrire à mon actif.

                      Ne pouvant derechef, sous peine de vous lasser, vous en conter chaque savoureux détail, je me contenterai, au lieu de vous énoncer glorieusement mes menus faits et gestes, de vous transmettre à quel point, à présent, je m’efforce de m’amender, de m’épanouir parmi les favoris de ma « cour » et de mon clan d’adoption, me débarrassant au maximum d’une anxiété intempestive, d’une nervosité inopportune, me conduisant demain et en douceur vers la sérénité, fruit d’une grande sagesse, tirant de ce pas ma révérence au destructor terminator que je fus…, sacré phénomène dans toute la dimension de sa créativité, en passe de devenir à ce jour, un futur angelot, ou plutôt mi-ange mi-démon, se rapprochant entre-autres, au fil des heures égrenées, de notre Monsieur le doyen, ce Felis domesticus habillé de rousseur, répondant au sobriquet farfelu (si ce n'est condescendant) de Poil de Carotte, alias le sieur Cherubino de La Haute Roche de La Falaise de Tuffeaux de La Vallée ligérienne, qui généreusement, prenant avec promptitude sous son aile protectrice, ce gredin d’autrefois, (suivez mon regard) a puissamment contribué à qu’il puisse s’insérer au centre de cette tribu originale recomposée, laissée désemparée, inconsolable, par le départ de Séraphin le Magnifique, cousin de type norvégien à la robe couleur feuilles mortes, mordorée (brown tabby mackerel, d’après les spécialistes en robe haute couture de la félinotechnie,) éclairé d’immenses prunelles en amande émeraudes, doté, de plus, d’ un caractère…séraphique, en harmonie avec son nom de baptême, aux antipodes, semble-t-il, d’un certain tempérament de feu, de vif argent…incomparable ! Quant au programme journalier se déroulant dans le fief de sa très gracieuse Seigneurie Cyrus, ne doutez en aucun cas, de sa richesse ! Vous pouvez me croire sur parole, le ciel clément se prête à ce que j’ai des rendez-vous diversifiés, où l’ennui, cet indésirable trouble–fête, ne saurait être convié !

                     Que ce soit dans l’intimité retrouvée ou sous les regards curieux et admiratifs d’invités fascinés et conquis par mon altière présence (non, non, je ne suis pas présomptueux plus que de raison !...), que je me repose nonchalamment en pacha, m’abandonnant au monde merveilleux du rêve, ou déploie, à l'inverse, dans mes intérieurs, une pléiade de facéties baroques irrésistibles de drôleries et d’ ingéniosités, que je parcours, ondulant ou le dos en arcade (muni de laisse et de harnais…) les verdoyants sentiers de mon jardin privatif utilitaire et d’agrément, ou, me prélasse toujours accoutré de la sorte, soit sur un muret propice à la sieste, au farniente méditerranéen, soit à l’ombre de mes lavandes préférées taillées en tonnelle, soit sous la voûte de l’épaisse feuillée d’un abricotier, reconnaissons-le, mon agenda est incontestablement plein, (profitons en, pour saluer au passage, le comité organisateur qui l’administre…), particulièrement, en raison de la disponibilité de mon mentor affecté à mon apprentissage, l’une de mes cat-Sitters en titre, qui me couve, quelle chance, de son œil de lynx perpétuellement inquiet, sinon enamouré, dangers de l’environnement oblige, tel que le véhicule la faune sauvage, fertile en biodiversité relative au terroir ligérien de ces lieux…

                      Pendant que sa main exécute ce que je lui dicte d’esprit à esprit par un miracle ou fluide des plus surnaturels (manifestation irrationnelle échappant à la logique d’une humanité voulant tout contrôler) et qu’elle tente, la pauvrette, de vous relater maladroitement (sans toutefois me trahir en profondeur), les pages majeures de mon cheminement, je ne peux m’empêcher, non sans m’être auparavant régalé d’un papillon, d’une mouche, d’avoir exterminé qui, un lézard, qui, un bourdon et de saliver devant la perspective de mets succulents, musaraigne et mésange, de sombrer dans un état léthargique réparateur… de quelques fractions de secondes !

                     Bercé par les chants mélodieux des oiseaux et des cigales, du haut de mon repaire troglodytique surplombant la Loire, nid recherché, insolite, où cohabitent rapaces et pigeons, je me dois de faire face, l’œil, sans cesse en alerte, à une éprouvante mission : jouer à la nurse auprès de l’intrépide et insolent garnement de deux mois et demi, au patron siamois et iris azuré dont nous assumons momentanément la garde (bienvenue au domaine de Catsyland, hôtellerie quatre étoiles luxe, référencée dans l’équivalent du Gault et Millau félin pour la qualité des mets succulents à déguster, réputée pour ses animations pédagogiques innovantes), que je m’offre à « materner » en initiateur zélé, distribuant en alternance caresses et réprimandes au chenapan pétri de double facettes, adorable pitchounet, ou petit monstre effronté, c’est selon votre point de vue, auquel je sers de modèle.

                      Et lorsque l’innocent, doux aventurier en germination s’éloigne de mon champ de vision afin d’entreprendre en solitaire, quelques fécondes explorations, je ne peux contenir mon désarroi et ma réprobation en évaluant les périls que ce gentil gaillard encourt et le réclame prestissimo, à corps et à cris par de ferventes miaulées (émissions sonores appartenant au registre du paon, ce seigneur des Indes voisin de mon empire historique…) faconde mise au service de l’inconscient, percevant, tout en s’en fichant comme d’une guigne, l’envergure de mon désarroi  !!!

                       De retour au bercail, c’est-à-dire, se pelotonnant contre mon giron, heureux de mettre un terme à une succession de péripéties rocambolesques (exemple : glissades sur une toiture d’ardoises en pente, faute d’avoir voulu pourchasser un insecte butineur se délectant du nectar des inflorescences de la glycine…) je reçois le doux agneau égaré en le gratifiant, plus que jamais altruiste, d’innombrables coups de languette prodigués sur le front, le consolant de ces avanies passées, radieux qu’il daigne enfin nous accorder une parenthèse de quiétude, après nous avoir harassé d’une ribambelle de joutes amicales, parties de cache-cache et courses poursuites effrénées !!!

                       Alors, vous qui avez assisté à ma naissance, et qui, en inconditionnelles du Raminagrobis  [3], perdurez dans la mélancolie de mes frais appas de jouvenceau, êtes-vous un tant soit peu rassérénées, chères dames, sur mon sort de  « gattino » de dix mois et des poussières…, vilain petit canard de la couvée?              

                       Et oui, que voulez-vous, sans être envieux, dévoré de jalousie et d’ambition, je n’oublie pas que c’est l’auguste Cicéron, mon frérot, qui m’a ravi la vedette, en remportant tous les suffrages, lors de l’exposition féline de l’antique cité de Lutèce du Pavillon Baltard !

                       Mais, entre nous soit dit, je n’ai pas encore dit mon dernier mot sur cette affaire de « prestige » et de défi, et nul n’est besoin d’être devin, pour certifier, que seul l’avenir peut nous réserver bien des surprises, en ce qui concerne mon « portrait » actuellement inachevé !

                       Qu’ajouter de plus, afin de vous tranquilliser tout à fait ? Que l’évolution de ma croissance se déroule presque sereinement, grâce à une appétence du feu de Dieu, hormis des signes gênants de démangeaisons cutanées récidivantes, tournant à la chronicité, apparus trois lunes suivant mon acclimatation en Touraine, et qu’il nous faut absolument éradiquer, non pas tant dans un souci d’ordre esthétique (quoique je ne tire pas spécialement vanité, de mon pelage «  mité », le comble de l’horreur pour un ex prétendant au concours de beauté, section junior… ) mais sur un plan sanitaire de ma santé en général, et, que par conséquent, suite à cet incident dommageable auquel nous allons remédier, nous songeons à modifier ma nutrition (apports de compléments adéquats tels que les acides gras et vitamines essentiels…) puisque, apparemment, je développe ce type de pathologie, sans doute prédisposé aux dermatoses, depuis l’heure de ma venue au monde… de chauve ! ( tiens, « Cyrus le chauve », c’est amusant ! Ne dirait-on pas le nom d’un souverain mérovingien du Haut Moyen-âge ? Cela ne raisonne pas si mal en fait !!!)

                       Trêve de dérision ! Foin d’un égocentrisme exacerbé ! N’ayez crainte, nul reproche ne vient s’inscrire à l’ordre de cette missive, je ne nous importunerai pas plus longuement, par le récit de tracas minimes (?) indécents !

                       Si ce n’est qu’il m’est impossible d’occulter le fait, que la parure soyeuse, l’un des traits de ma race, demeure décevante (même si je sais que la saison des roses  n’est guère favorable à sa « constitution » et qu’il nous faudra attendre celle des neiges ), ne pouvant décemment revendiquer, hélas, qu’elle fasse la joie et l’orgueil suprême des sujets de ma parenté humaine, étant donné que je les surprends fréquemment, ces coquins, à me taxer d’Angora turc  à poils ras ! Autant le confesser, je ne goûte que modérément cette taquinerie… déplorable, teintée d’une once de mépris !

                       Vous avouerez quand même que c’est vexant, non seulement à mon intention, mais pour la lignée de mes vénérables aïeux, et si néanmoins, je suis bien convaincu d’être aimé pour d’autres vertus de ma personnalité que mon enveloppe charnelle, je souhaiterais de toutes mes forces, les contredire en leur prouvant leur torts, « Be cause » amour propre de Cyrus de Sainte Sophie de Constantinople (mécréant non converti au dogme de l’Islam, ni asservi à nulle doctrine religieuse que ce soit !), et qu’en noble héritier de ma généalogie imposante, où étincelle une pierre précieuse, mon père, dont j’entends sans cesse évoquer les somptueux attraits, je puisse, mettons aux prémices des vendanges annonçant les frimas, revêtir mes plus beaux atours escomptés, « clouant » ainsi le  « bec » aux médisants, dorénavant confus d’avoir proféré d’injustes inepties… de bas étage !

 

                       Comme le clame l’adage populaire :

                       Qui vivra verra !

 

                        Mes amitiés à ma fratrie disséminée aux quatre coins de l’hexagone, ayant tissé avec elle des liens indissolubles et pour laquelle, je conserve une souvenance attendrie, empreinte de vive émotion, placée sous le sceau de nos tétées à l’unisson de Pussycats goulus, complétées de jeux éducatifs, d’une farandole d’attractions communes, synonymes d’un florilège d’espiègleries… inavouables !

 


Miaulesquement vôtre.

Salutations distinguées et cupidonnesques de votre serviteur,

CYRUS  dit  « Le Prince Noir ».

 

 

 Post-scriptum :

 

                      Étant de nature peu farouche, je suis aux anges de contribuer à l’hospitalité des convives de la demeure, tout en sachant, naturellement, que certains m’inspirent, me parlent plus, que d’autres.

                     Le feeling cela ne se provoque pas n’est-ce-pas? Il doit jaillir de lui-même, sans forcing, n’est-il pas vrai ? Donc, ma sociabilité exemplaire me porte jusqu’à commettre de folles hardiesses lors des présentations officieuses auprès de persona grata du gratin ou simple commun des mortels ne fréquentant pas le bottin mondain ; réceptions où je vole de succès en succès , ce qui rend les femmes de mon sérail un rien ombrageuses  (« favorites » qu’il me plait de nommer mes « Mendiantes d’amour », en raison de leur brûlante supplique à la manière d’un Francis Jammes…) puisque, figurez-vous, il m’arrive de donner mon  « appréciation » puis ma « bénédiction », en me précipitant au devant de ce beau monde, quémandant une câlinerie aux intéressés, ou mieux, paroxysme du couronnement, en prenant d’assaut leurs épaules... quand il me sied  !

                      Une belle  brune racée, de type andalou, Dona Emilienna de Verkaeren de Segonzague de Hoyola, jeune amie de mes hôtesses, semblant une vivante réplique tout droit sortie d’un tableau de Vélasquez, et manifestant de toute évidence un petit faible à mon endroit, ne s’est-elle pas récemment exclamée, avec lyrisme:

« Oh, le splendide cache-col en fourrure naturelle  pour l’hiver prochain » !





Légende du cliché photographique commentée par l'intéressé :


« Puisque vous m’avez réservé l’insigne honneur de m’accorder un peu de votre temps précieux, cher lecteur, si toutefois vous n'avez  pas écourté  cet entretien en forme de soliloque, j’ose prétendre qu'un simple témoignage de mon évolution à travers les saisons, ne vous laissera pas, gageons le, tout à fait indifférent ! Pour répondre néanmoins, à votre gouverne, sachez que je suis maintenant dans la plénitude de ma maturité d’adulte, mais de grâce, soyez courtois et délicats, à l’opposé de certains malotrus sévissant ici bas, et épargnez ma coquetterie, en exigeant que je vous révèle dare dare ma date de naissance exacte, car même sous la menace de la torture, je ne saurais la divulguer, bien qu’en vous livrant à certaines déductions, soit en ayant pris connaissance de la dite nouvelle, vous soyez un tantinet éclairé sur la chose »!





Sonnet cité dans le texte



«  Eh quoi ! Tout est sensible »!

Pythagore.

 

« Homme ! Libre penseur – te crois-tu seul pensant

Dans ce monde où la vie éclate en toute chose ?

Des forces que tu tiens ta liberté dispose,

Mais de tous tes conseils l’univers est absent.

 

Respecte dans la bête un esprit agissant …

Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;

Un mystère d’amour dans le métal repose :

Tout est sensible ;- et tout sur ton être est puissant !

 

Crains dans le mur aveugle un regard qui t’épie :

A la matière même un verbe est attaché …

Ne la fait point servir à quelque usage impie.

 

Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;

Et, comme un œil naissant couvert par ses paupières

Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres. »

 

Gérard de Nerval.

« Vers Dorés »

(Recueil : « Les Chimères »)

 






[1] : Extrait provenant du poème de Vers dorés, recueil Les Chimères de Gérard de Nerval (1808-1855) ; se reporter à la fin du texte, afin de prendre connaissance de la poésie complète.

[2] : Allusion à l’écrivain Colette.

[3] : Locution baroque synonyme de chat, due au poète Bonaventure des Périers et reprise par Jean de la Fontaine.

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Commentaire de Valériane d'Alizée le 17 juillet 2012 à 22:53

Témoignage de la conduite…Irréprochable d'un certain "Prince Noir"
Dédié à l’origine à la fondatrice de son berceau angevin,
Offert aujourd'hui, en ce mois de Juin 2012, à une belle âme, Béatrice "Jolie",
ouvrant son cœur et sa demeure à mon frérot, Cyrano le Magnifique...

Commentaire de Valériane d'Alizée le 14 juin 2012 à 11:01

Merci à vous chère Rébecca d'avoir consacré de votre précieux temps à la lecture de cette nouvelle féline d'un "Prince Noir", seigneur Angora turc à nul autre pareil, qui m'a institué son scribe attitré afin de traduire ses humeurs et pensées philosophiques de l'existence et qui aurait beaucoup à exprimer, si seulement je lui en  accordais le loisir...Son regard sans concession sur le comportement parfois irresponsable et cruel de nous autres "deux pattes", comme se plaisait à nous nommer Colette, reflète une juste vision, tout en n'étant guère dénué de tendresse et d'un certain sens de la dérision  !

Commentaire de Rébecca Terniak le 12 février 2012 à 2:22

Quel souffle ! Et quelle grande déclaration d'amour au Prince Noir comme à toute la race féline !

L'humour vient parsemer le récit rocambolesque du héros. C'est une chatcrée hischtoire !

C'est le début d'un roman en danse de chat chat chat ?

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