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LES COULEURS DE L'HUMAIN DANS L'OEUVRE DE FERNANDO FERREIRA

                      LES COULEURS DE L’HUMAIN DANS L’ŒUVRE DE FERNANDO FERREIRA

Du 05-04 au 28-04-19, l’ESPACE ART GALLERY a eu le plaisir de vous présenter une exposition consacrée au peintre portugais, Monsieur FERNANDO FERREIRA dit FERNANDO, intitulée : COMPLICITÉ.  

COMPLICITÉ est, selon l’artiste, un prétexte à mettre en exergue le sujet. Le sujet en question étant l’Autre dans son humanité. Mais, d’emblée, un halo féerique, à savoir un brouillard, apparaît. Un brouillard volontairement posé, exhalant une opacité lumineuse résultant d’un travail sur le clair-obscur, enveloppe l’atmosphère tant intérieure qu’extérieure de la scène. L’œuvre s’inscrit donc comme une philosophie du sujet. Qu’elle soit nocturne ou diurne, l’atmosphère des toiles est soumise à la lumière. Et c’est précisément cette lumière à rendre le sujet vivant. Sa présence détermine celle de tous les personnages. Chacun répondant à l’autre. Cette alchimie des couleurs de laquelle émerge la lumière, permet au chromatisme de structurer plastiquement les personnages à l’intérieur de leur élément. A’ partir d’un visage généralement conçu en brun, les vêtements soulignent par leur couleur chaque partie du corps des personnages. Dès lors, la couleur devient l’architecture de la forme. Cette fonction structurante s’applique à la fois aux personnages ainsi qu’au décor. Il est à remarquer que les intérieurs sont conçus comme des paysages. A’ un point tel que la lumière surgit de partout, sans source précise, du bas comme du haut. Concernant les représentations intérieures, la fenêtre par sa dimension massive, soulignée par un puissant brun-foncé, joue un rôle déterminant pour le cadrage de l’espace. La lumière qui y rentre crée un univers translucide faisant office d’écran, séparant l’intérieur de l‘extérieur. Au-delà de l’impact des couleurs, leur réception fait que le visiteur est comme emporté par la féerie qu’elles dégagent, au point qu’il devient incrédule quant au fait de savoir s’il s’agit d’une atmosphère nocturne ou diurne. La nuit peinte par l’artiste est tellement chatoyante avec ses éclats de jaune vif qui explosent à l’arrière-plan qu’ils laissent une trainée dorée se profilant par le bas à droite, illuminant le sol.

LA PARADE (85 x 8O cm-huile sur toile)

Le joueur de trompette ainsi que le tromboniste et le petit personnage en costume d’Arlequin, forment à eux trois une variante chromatique qui capture le regard : le costume à dominante rouge du trompettiste, le bleu-nuit du joueur de trombone et le costume en damier multicolore du petit personnage, assurent à l’avant-plan la dynamique narrative voulue pour immerger le visiteur à l’intérieur de la nuit féerique. L’atmosphère nocturne est essentiellement composée de deux éléments (faussement) antagonistes, à savoir la lumière et l’obscurité. La lumière étant le fruit de la couleur et l’obscurité étant réfléchie par les façades sombres (en brun-clair pour adoucir le contraste) ainsi que par le quartier de ciel bleu opaque qui rappelle encore le jour. Comme nous l’avons spécifié plus haut, l’artiste travaille les intérieurs comme l’on travaille un paysage.

PARTIE DE BILLARD (64 x 54 cm-huile sur toile)

Cette oeuvre se scande sur deux plans :

1) partant du bord de la toile vers le milieu du tableau nous avons le billard imposant et massif.

2) à partir du milieu du tableau vers la fenêtre, incluant les clients au comptoir.

Entre les deux plans, l’espace est totalement vide. Concentrons-nous sur le rôle que joue la fenêtre dans la composition. Elle est séparée en deux parties par le châssis en bois, peint en brun-foncé pour accentuer le volume. Ce châssis massif est essentiel à la mathématique de l’œuvre. Nous le retrouvons, assumant la fonction de ligne de force, dans d’autres toiles comme un trait propre à l’artiste car il est indissociable de la façon dont il gère la perspective. Celle-ci règne en maîtresse : la fenêtre, forcément plus petite par rapport au billard parce que plus éloignée. Cette sorte de « grand angle », tout en gardant sa spécificité picturale, restitue le sentiment d’une prise de vue à l’objectif car, partant de l’arrière-plan pour atteindre le bord du tableau, là où le billard prend naissance dans sa forme, tout s’étale et s’étire à partir d’un éloignement progressif.

Couleurs, armature du billard (brun-foncé), circonscrivent le tapis de couleur verte, lequel ressort comme un élément formel, indépendant, néanmoins constitutif de la composition dans sa totalité.

Soulignons également le rôle joué par l’opacité que rejettent les vitres par le biais de fortes touches blanches. Elles font office d’un écran donnant sur le vide.

La dialectique de la fenêtre-écran se retrouve dans MOMENT PRÉSENT (81 x 75 cm-huile sur toile), laissant transparaître des silhouettes éparses vivant ce moment présent à l’extérieur du lieu.

La présence de ce moment pictural est divisée en deux temps : un temps intérieur et un temps extérieur. Ces deux perceptions d’un même sentiment sont, à l’instar de PARTIE DE BILLARD (cité plus haut), divisées par la présence d’un châssis, cette fois-ci de dimension cyclopéenne. De cette œuvre se dégage un sentiment de grandeur maîtrisée par l’intimité du moment.

TRIO EN BLEU (90 x 80 cm-huile sur toile)

ainsi que  JOUR DE FÊTE (87 x 68 cm-huile sur toile)

sont dominés par l’importance vitale de la lumière, laquelle telle de la vapeur, irradie la toile par le haut comme par le bas.

TRIO EN BLEU (mentionné plus haut) prouve la maîtrise de l’artiste. A’ dominante jaune-or, la lumière est filtrée à travers les carreaux de la fenêtre à partir de l’intérieur. Rarement un éclairage conçu artificiellement n’a été capable d’envelopper un espace aussi magiquement.

Tandis que JOUR DE FÊTE (cité plus haut), à dominante blanche, témoigne d’une lumière non altérée par le prisme du carreau, étant donné qu’elle est directement issue de la nature.

MÈRE ET ENFANT (100 x 81 cm-huile sur toile)

est bâti sur la conception volumineuse du sujet dans son traitement : châssis massif séparant la fenêtre en deux entités, assurant une ligne de force structurant l’espace. Fauteuil volontairement disproportionné dans son volume. Représentation de l’image de l’intimité par la mère et l’enfant. Le chromatisme descriptif est très intéressant : bleu vif pour la mère, rouge vif pour l’enfant. L’ensemble étant absorbé par le noir-foncé du fauteuil démesuré destiné à augmenter l’intensité du moment. La tête de la mère repose sur un coussin de couleur orange. Présence du châssis noir massif. L’avant-plan baigne dans une atmosphère jaune (en dégradés). La fenêtre diffuse une lumière opaque.    

Cette fusion entre couleurs et personnages a pour dénominateur commun l’amour pour l’être humain ainsi que pour tout ce qui l’entoure, à savoir la musique, l’ambiance festive nocturne et le rapport entre les gens à l’intérieur d’un espace fermé baigné par la magie de la lumière tel que le café, traité pour l’exemple, comme un paysage (avec ses perspectives et ses lignes de force) à l’intérieur duquel évoluent les liens humains. D’où le titre de l’exposition : COMPLEXITÉ. Tout est basé sur l’émotion. Les couleurs sont tant dans leur philosophie que dans leur traitement, les vecteurs de cette émotion. L’artiste va donc à l’essentiel. L’essentiel étant l’émotion de l’instant.

L’artiste a commencé à travailler comme ébéniste pour se diriger ensuite vers la décoration et la peinture. Autodidacte, il travaille à l’huile et il s’est affirmé dans sa technique en réalisant des copies de tableaux de Maîtres tout en prenant des cours de dessin pour mieux maîtriser la technique de la perspective. Ses influences sont Rembrandt, Vermeer et les impressionnistes. Cela se constate dans la force des couleurs usitées. MÈRE ET ENFANT (cité plus haut) participe tant de l’impressionnisme par l’intimité de l’atmosphère que de Rembrandt par l’impact avec lequel les châssis massifs jouent en tant que lignes de forces (puissance, chromatisme, division de l’espace). A’ tel point que, selon l’artiste, ce tableau n’est pas vraiment terminé!

L’artiste réintroduit, en la modalisant, une technique picturale de la Grèce antique (fin du 4ème siècle av. J.C.) et redécouverte au 17ème siècle, celle du « clair-obscur », en lui conférant une fonction « enveloppante », pour devenir chaleureuse et féerique. Il ne s’agit plus de simuler le relief mais d’établir un ancrage humaniste et psychologique adapté aux impératifs de son propos.

FERNANDO FERREIRA dit FERNANDO témoigne de son amour pour l’Autre dans une aura joyeuse où la tendresse se confond avec la lumière des nuits oniriques et les vapeurs des cafés où passent les âmes furtives…l’artiste les invite à rester et à vivre!

François L. Speranza.

 

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Collection "Belles signatures" © 2020 Robert Paul

 

N.B. : Ce billet est publié à l'initiative exclusive de ROBERT PAUL, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis. 

Robert Paul, éditeur responsable

L'artiste FERNANDO FERREIRA dit "FERNANDO" et François Speranza : interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles.

Photos de l'exposition de FERNANDO FERREIRA dit "FERNANDO" à l'ESPACE ART GALLERY

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Commentaire de Lansardière Michel le 22 mai 2020 à 16:26

Vibrant.

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