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Le scandale Drouot va de Charybde en Scylla…
Décidément, l'affaire sulfureuse de l'Hôtel Drouot ne cesse de rebondir… Sous sa plume au vitriol, Vincent Noce, spécialiste international sur le marché de l'art qui n'en est pas à ses premiers faits d'armes (Christie's vs Sotheby's New York), en donne une lecture apocalyptique sous le titre Drouot, embrouilles en vase clos dans le journal français Libération. Ses quelques lignes donnent la mesure de l'abîme dans lequel est plongé l'Hôtel Drouot et plus globalement de l'indigence du marché de l'art en France, dont personne ne veut prendre le problème en mains. Selon le département d'économétrie et d'études de marché d'Artprice, Drouot pour 2010 représente 46.5% des transactions et 23% de produit de vente du marché de l'art aux enchères en France (cf «Drouot, au-delà du rapport qui accable, l'analyse d'Artprice sur l'effondrement de la France» [sept. 2010])

Drouot gangrené ? Trois documents confidentiels, dont Libération a pu se procurer copies, s'opposent sur le sujet, témoignant du désarroi du gouvernement. Depuis que l'Office de lutte contre le trafic de biens culturels a fait irruption chez les manutentionnaires, c'est panique à bord. Tout le monde savait le vol habituel à Drouot.

Désormais, un rapport officiel parle de «détournement quasi institutionnalisé». La ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, parle de ressortir une réforme plantée au Parlement, après avoir été soigneusement émasculée (Libération du 23 juillet 2009). Ouverte il y a vingt mois, l'enquête durera encore longtemps, les gardes à vue des 110 manutentionnaires défilant chaque jour, sans parler des 70 commissaires-priseurs. Nul ne sait jusqu'où ira la mise en cause de ces notables, qui ne manquent pas de relations dans la magistrature et les cabinets.

Il y a cinq mois, une commission rendait son rapport à la ministre, sans résultat. Le 10 septembre, les Echos en ont publié des extraits, accompagnés d'un entretien avec Alliot-Marie, dont le but est à l'évidence d'éviter que le pétard ne lui saute à la figure avant le remaniement. En 75 pages, ce rapport dresse un constat brutal pour Drouot.

Mais au moins autant pour les autorités, qui n'ont jamais «perçu tout l'enjeu économique» d'un marché de l'art largué par la mondialisation. «Méthodes de travail dépassées», «qualité de la marchandise en baisse» : l'hôtel des ventes fonctionne en «dispositif fermé», sans «vision stratégique». Editeur de journal, loueur de salles et fournisseur de services, le cartel Drouot est «un conservatisme organisé», qui, par négligence, a ouvert la voie «aux abus» … /… Copyright Libération, Vincent Noce, 5/10/2010 00:00 (suite de l'article sur Drouot, embrouilles en vase clos). Artprice, dans son rôle d'observateur et d'analyste du marché de l'art, a souligné à maintes reprises le mal français qui prend naissance dans les années 50 et se cristallise par le syndrome Parke-Bernet où Drouot, avec mépris, refusait les offres de rachat de la plus grande maison de ventes américaine, sans même daigner regarder le dossier, alors que le propriétaire était francophile.

Sotheby's, sous la présidence de Peter Wilson, racheta immédiatement le new-yorkais Parke-Bernet qui était de très loin la première maison de ventes américaine. En 1977, Sotheby's fit son entrée en bourse avec un véritable triomphe. Ce n'est que dans les années 90 qu'en grand secret, les commissaires-priseurs détenant Drouot étaient proches de l'introduction à l'ancien second marché (Artprice détient dans ses archives le projet de prospectus d'introduction) : ce qui annonçait un succès équivalent à l'introduction de Sotheby's au nyse se termina une fois de plus en une dramaturgie interne à Drouot qui mit fin à ses prétentions boursières. Pourtant, selon une analyse sociologique d'Alain Quemin, sur l'ensemble des commissaires-priseurs, un sur trois possédait dans sa famille un agent de change (devenu depuis la réforme Compagnie de bourse).

Par la suite, la réforme de 2000 qu'Artprice a longuement analysée par le Code des Ventes Volontaires et Judiciaires publié en 2000 (éditions du Serveur Judiciaire, 1 432 pages) démontrait sans ambiguïté que le marché de l'art français allait droit dans le mur. Dix ans plus tard, la réforme est un échec terrible. La France, malgré les nombreuses injonctions de l'Europe sur l'adaptation de la Directive européenne sur les ventes aux enchères en droit interne, n'a même pas réagit à l'ultime date butoir qu'avait posé le Commissaire Barnier le 24 août 2010. C'est désormais la Cour Européenne de Justice qui va s'emparer de cette violation de la Directive Services par la France, qui a déjà trahit une première fois l'Europe par la vraie fausse réforme de 2000. En parallèle, la Chine a éjecté définitivement la France du podium…

Source © Artprice.com (Communiqué d’Artprice du 5 octobre 2010)

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