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La machine infernale de Cocteau: la cruauté des dieux et l'impitoyable logique d'un destin contre lequel viennent se briser les illusions ou la naïveté des hommes

Il s'agit d'une pièce en quatre actes et en prose de Jean Cocteau (1889-1963), créée à Paris à la Comédie des Champs-Élysées le 10 avril 1934, et publiée à Paris chez Grasset la même année.

 

Thèbes, un chemin de ronde sur les remparts. Deux soldats ont vu un spectre. C'est celui de Laïus. Accompagnée de Tirésias, Jocaste vient se renseigner sur cette apparition. Mais c'est en vain que Laïus tente de prévenir sa veuve du danger qui la menace (Acte I. «Le Fantôme»). La nuit, en un lieu écarté, Oedipe s'entretient avec une jeune fille de dix-sept ans qui tente de le séduire. D'abord, il ne reconnaît pas en elle le Sphinx. Il raconte sa propre histoire, puis résout l'énigme et entre triomphalement dans Thèbes (Acte II. «La Rencontre d'Oedipe et du Sphinx»). Oedipe et Jocaste se trouvent enfin en tête-à-tête dans la chambre nuptiale. Tirésias, s'appuyant sur les oracles, a beau les mettre en garde contre l'aspect insolite de leur situation, ils s'abandonnent à leur destin (Acte III. «La Nuit de noces»). Dix-sept ans ont passé. Un messager puis un berger viennent révéler l'existence, derrière le masque apparent du bonheur, de la vérité tragique de la fable. Conformément à la légende, Jocaste se suicide, Oedipe se crève les yeux: le demi-dieu est enfin devenu un homme (Acte IV. «Oedipe roi»).

 

Les personnages essentiels et les grands traits de l'intrigue sont ceux de la tragédie grecque (Sophocle, Oedipe roi...). Une «voix», réminiscence du choeur antique, en rappelle d'ailleurs, avant chaque acte, les différentes étapes. Mais au mythe classique se superposent une désacralisation ironique, caractéristique du théâtre moderne, et, surtout, l'imaginaire personnel de Cocteau avec ses thèmes récurrents, son badinage surréaliste, ses figures typiques et ses héros fétiches. La «machine infernale», c'est avant tout la cruauté des dieux, l'impitoyable logique d'un destin contre lequel viennent se briser les illusions ou la naïveté des hommes. Croyant tirer parti de sa chance, de son intelligence ou simplement de son droit au bonheur, Oedipe ne fait qu'accumuler les maladresses qui, justifiant les prédictions pessimistes de l'oracle, le conduisent à sa perte.

 

Parfois proche du vaudeville, tant Cocteau se plaît à rabaisser l'orgueil des héros et la pompe de ses illustres devanciers, la Machine infernale se réduit en bien des endroits à un drame familial où le ridicule, l'humour, la dérision concourent à démythifier l'image un peu figée que la légende nous a léguée des Labdacides. Tantôt burlesque, tantôt pathétique, la mythologie de Cocteau met en scène Oedipe sous les traits d'un personnage romanesque, idéaliste, rêveur. Il est condamné à demeurer incompris de ses contemporains. Comme Orphée, il souffre; comme lui, il doit mourir pour que son oeuvre puisse accéder à l' éternité. Il offre, à sa manière, un des multiples visages du poète.

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Commentaire de Gilbert Jacqueline le 29 mai 2012 à 8:10

L'élégance de Cocteau au réveil!...avec cet immense poète on se sent moins seul... Ce sera une belle journée, Merci Monsieur Paul

Commentaire de Viviane DELHAGE le 26 mai 2012 à 17:22

Quelle belle référence!  

Au-delà des grands mythes antiques, un monde de rêves, de transformations souffrantes...tant de mots , de dessins  qui ont interpellé mon adolescence:

Le Potomak , Le Grand Écart - Thomas l'imposteur, Les Enfants terribles, Antigone, La Voix humaine, La Machine infernale, Œdipe-roi, Les Parents terribles, Le Bel Indifférent, L'Aigle à deux têtes....

....et des associations effectivement en équilibre entre le burlesque et le pathétique:

Un souvenir amusé en compagnie du ballet du XXe siècle de Maurice Béjart qui en 1978 rendait hommage au poète avec "Les mariés de la Tour Eiffel"...

Une association libre, avec  Chagal, aussi.

Agréable réveil!

Commentaire de Viviane DELHAGE le 26 mai 2012 à 17:22

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