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Joë Bousquet, le voyageur immobile de Carcassonne

Hommage à celui qui ne pouvait plus voyager que dans sa tête, Joë Bousquet, le « voyageur immobile » de Carcassonne.

 

« Tout semble perdu, mais il nous reste l’issue de sauver le mal. » (Joë Bousquet)

 

La mort ne voulait pas de toi qui la bravais en bottes rouges, à sept lieues à la ronde. La balle qui traversa ta poitrine avait tracé un sillon fatal au-dessus des blés avant de te clouer pour toujours à ce lit de souffrance où tu n’as fait que changer de champ de bataille.

 

Tu n’étais jamais seul dans cette chambre aux volets clos avec ton ange contre ta tempe et le sourire de tes amoureuses… « Elles m’ont donné ce qu’elles ne donnent à personne, et j’ai compris qu’il y avait un ciel dans leurs yeux dont leur regard n’était que le crépuscule. »

 

La pluie moirée de la tenture était lourde du poids des mondes. Pour consoler ton corps immobile, fauché dans la fleur de l’âme, les ailes des fées du pays d’oc bleuissaient le silence peuplé de livres. Alors du rechaussais tes bottes rouges et tu marchais à l’intérieur de toi-même, dans la forêt endormie de Max Ernst, ton rempart contre le malheur.

 

Parlerais-je de tes songes de morphine et d’opium, de tes « tisanes de sarments », viatiques de l’explorateur que tu songeais parfois à retourner contre toi-même quand la douleur était trop forte ?

 

Scaphandrier des profondeurs, tu buvais à la source noire, au seuil de la nuit sacrée de Novalis où nage un poisson d’or et que tout homme aspire à connaître…

 

Allégeance au souverain de la douleur ! Mais tu étais comme tous les hommes, Joë Bousquet, car tout homme est blessé.

 

Voyageur immobile mais rapide comme l’éclair, ta plume en guise de bourdon, pèlerin de la Vierge noire à qui tu rendis ses diamants, l’amour lointain des troubadours ciselait ton profil d’alchimiste. Le plomb de ton malheur pour lequel tu n’avais pas de larmes s’était changé en or et ton front où bleuissaient les myosotis de Montségur abritait l’harmonie des contraires.

 

La balle qui traversa ta poitrine avait tracé un sillon fatal au-dessus des blés avant de te clouer à la souffrance. Mais ce ne fut que pour triompher du désastre et pour courir, à corps perdu, pieds nus comme un enfant, vers la Beauté.

 

 

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