A toi, 11121985
Dla ciebe, 12122024
Les arbres meurent aussi de chagrin
C’était le chemin de l'école
J’y ai rencontré un hiver si sévère
Que mes doigts sont devenus
Bleus comme la rigueur du froid
Et que mes antennes
Furent privées du son
Du marteau battant l'enclume
Elles prenaient la couleur écarlate du nez de décembre
Écoute
Sache que nos amis les arbres ne sortent pas de terre
Pour gémir dans nos cheminées
Au centre d'un confort superfétatoire
Et comprends que leur parure chlorophyllienne
N'habille aucune honte
Et que leur richesse égale
Celle de toute personne
Peut-être plus vulnérable que toi et moi
Eux, les oubliés des clercs et des rois
Eux qui ont enchanté Claire et François
Et tous les apothicaires depuis Hildegarde
Écoute
Mon enfant
La prière des arbres
Dont les racines boivent aux lèvres des nuages
De ces merveilleux nuages saisis dans leur sempiternel voyage
Écoute !
Écoute
La voix de ces déracinés
De ces fossiles errants
De ces misérables dont l'écorce cache une pudeur
Que n'égale que celle des forçats au visage buriné
Écoute
Ecoute leur voix tremblante
Elle répond au vol des corbeaux dans les ciels de novembre
Elle gémit dans les plaines et les sombres forêts où le mycélium se nourrit de la mort
Écoute
Écoute la mélodie des arbres
C'est celle de leur départ
Vers un avenir plus exigeant
Que le premier commandement
D'une parole aussi sacrée
Que celle écrite sur le tableau noir de nos écoles
Écoute
Connais-tu
La branche
De l'oranger de Carthage
De celle du Cèdre du Liban
Et du baobab de l'Afrique déguenillée
Et du maté de la cordillère des poètes
Et celle de l'Orme buvant à la Volga ou saisit par les températures sibériennes
Et celle du Séquoia le grand frère de l' Escholtzia
Et des Tilleuls des cours d'école
Et de celle des merles chanteurs sur laquelle ils piaffent comme des veaux au lever du soleil
Et de celle de Baptiste, notre cerisier mort d'avoir aimé par un jour de mai
Quand rougissent d'aise les fruits
Car si le grain ne meurt
Les bras de la vie ne laissent rien tomber
Ecoute
Pour terminer cette leçon de chose
As-tu entendu causer de la branche fleurit de l'aubépine en robe rose
Et de celle de l'églantier aussi revendicateur
Que l'ouvrier portant à la boutonnière un peu de muguet pour séduire un brin de bonheur
Ecoute,
Mon amour !
Mon amour dont la robe est aussi dorée que les blés et dont le gilet est plus soyeux que les pétales du bleuet
Ecoute mon amour
Les larmes de nos âmes
Elles apaisent la Terre notre mère étanchent la soif de l'abricotier d’argent
L’arbre qui réclame la Paix depuis que l'homme foule notre sol le seul vivant.
Lionel
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