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FESTIVAL DU FILM DE BRUXELLES - Séance de clôture et Palmarès vendredi 12 juin à Flagey - INTERVIEW d’IVAN CORBISIER, directeur du Festival du Film de Bruxelles à l’occasion de la 13ème édition.

Ivan Corbisier, vous avez repris la direction du festival en 2010, vous pourriez faire un bilan des cinq dernières années. Le festival est-il devenu de plus en plus européen ?
Il est européen depuis 13 ans. Au début, il y avait des sections européennes mais il y avait aussi des films américains ou autres. Mais depuis treize ans, le festival est consacré au cinéma européen sauf que me prédécesseurs privilégiaient les premiers et les deuxièmes films donc les films de jeunes auteurs. Depuis 5 ans, on a ouvert le festival à tous les auteurs, connus ou pas. Ce qui permet deux choses. Primo, de suivre des auteurs que l’on a découverts il y a quelques années et ensuite, d’inviter des réalisateurs ou des acteurs plus connus comme Jacques Doillon, Jérémy Régnier, Vincent Lannoo… La politique éditoriale a changé elle aussi avec des conséquences sur les invités, l’intérêt des médias pour le festival.
La ligne éditoriale, elle est décidée en amont ou bien se dessine-t-elle en cours de sélection ?
La ligne éditoriale est décidée avant. On recherche des films d’auteurs, des gens qui ont quelque chose à dire et une manière de le dire. Soit ce sont des sujets originaux traités de manière géniale, soit ce sont des réalisateurs qui arrivent à créer un film de qualité esthétique mais on privilégie les auteurs, les cinéastes qui ont un regard. Au-delà de cela, ils peuvent venir de toute l’Europe géographique et quel que soit leur genre, que ce soit du drame, de la comédie, du thriller ou autre… C’est tout l’intérêt de la recherche en cinéma. Donc la ligne éditoriale, c’est une base. Mais, selon les années, tout peut changer. Cette année, par exemple, on a plus de films du Nord de l’Europe que du Sud, simplement parce que le cinéma nous semblait plus intéressant et plus riche au Nord qu’au Sud ! Et c’est vrai que cela fait deux ou trois ans que c’est le cas. Je pense que tout cela est lié à la crise. Le cinéma en Espagne et en Italie ne se porte pas super bien, donc on trouve moins de films que par le passé dans ces régions; en revanche, le cinéma scandinave est plus riche. Ce qui se dégage aussi, c’est la tendance des cinéastes à traiter des sujets universels, des sujets d’actualité, sociaux, économiques liés bien sûr à la crise. Mais cela devient clair à posteriori, et non pas d’emblée, car nous allons bien sûr à des festivals comme celui de Berlin, de Cannes ou d’autres mais nous recevons aussi des films de tous les vendeurs, de tous les producteurs européens. Et on cherche à en voir un maximum. Ici, on en a vu 800.
Ne trouvez-vous pas paradoxal que les pays du Sud, qui sont les plus marqués par les mesures d’austérité n’aient pas développé un cinéma créatif en ce sens ?
Je pense que le problème de l’Espagne, de l’Italie et d’autres pays, c’est que leur cinéma, peut-être à cause de la crise, mais c’était déjà le cas avant, sauf que cela s’accentue… En fait, y a deux sortes de cinéma: il y a le cinéma qui est fait pour la télé et pour l’instant, c’est vraiment le propre du cinéma du Sud parce que c’est le seul financement qu’ils trouvent - vu que les pouvoirs publics n’ont plus d’argent ou le mette ailleurs que dans la culture ou le cinéma - il y a donc ce cinéma de télé, de divertissement, qui n’est pas toujours de très bonne qualité, mais, ma foi, le dimanche soir devant la télé, cela passe; sauf que c’est un cinéma qui n’a pas un niveau suffisant pour concourir dans un festival international car à côté, il y a un cinéma d’auteur avec des gens qui parviennent à trouver des financements et c’est le cas du cinéma du Nord de l’Europe.
Pensez-vous qu’il y a une identité dans le cinéma européen ou qu’il y a un lien entre les différentes identités européennes ?
Le propre du cinéma européen c’est d’être un cinéma qui entre guillemets a la caractéristique d’être un cinéma artisanal. C’est un cinéma d’auteurs, d’artistes qui ont envie de dire des choses et ce ne sont pas des « entertainers » comme on dit aux États-Unis. Aux États-Unis, il y a aussi des gens qui disent des choses, il ne faut pas non plus caricaturer le cinéma américain, ce n’est pas le propos ; mais c’est une industrie du divertissement. Et donc, le cinéma américain est le plus fort avec 80 à 85% de fréquentation en Belgique, puisque c’est du divertissement pur… en tous cas, celui qui arrive en Belgique. En Europe, on est plus dans une réflexion quand on fait du cinéma… mais, il y a aussi des films de divertissement... Malgré tout, ils sont moins nombreux et je dirais que même dans les films divertissants, il y a souvent un fond solide… « Intouchables » qui a raflé tous les records de fréquentation parle aussi de choses graves comme le handicap. Le cinéma européen réfléchit plus sur notre monde.
La ligne éditoriale choisie, le contexte de la crise, a–t-elle mobilisé le public ? Constatez-vous une affluence plus importante cette année, par rapport aux autres années?
Le fait d’ouvrir le festival au-delà du premier et du deuxième a attiré le public. Jusqu’au premier, au deuxième film, nous sommes dans une ligne l’art et d’essai, de cinéphiles purs et durs. Ici, tout le monde peut trouver son bonheur, il y a des avant-premières, des réalisateurs plus connus et plus accessibles qui interpellent les médias, en général peu intéressés par des réalisateurs inconnus en Belgique…
Quels ont les critères de sélection d’un film pour qu’il aille en compétition ?
Nous somme une petite dizaine à visionner les films. On travaille en comité et avant de placer les films dans telle ou telle section, plusieurs personnes les ont vus. Chacun a donné son avis. Pour la compétition, on essaye de retenir les films les plus récents : c’est donc déjà un aspect technique qui n’est pas lié à la qualité du film. On essaye de sélectionner des films qui n’ont pas fait le tour des festivals, pour avoir une primeur. Il arrive cependant que certains films aient déjà été montrés dans plusieurs festivals d’Europe et même remportés des prix. Certains pays européens produisent peu de films et il peut arriver que l’on fasse concourir des films qui ont déjà une carrière internationale. Au-delà de tout ceci, on choisit les films qui nous paraissent les plus novateurs… là où on trouve un regard sur la manière de faire un film… ceux qui illustrent la richesse du cinéma européen. C’est ainsi que s’élabore la sélection pour la section «Compétition». La section « Panorama » présente des films de moindre qualité innovatrice. En tant que vitrine du cinéma européen, on cherche à proposer des films qui ont déjà été vus dans les festivals mais pas encore en Belgique et qui ne seront sans doute jamais un créneau. Nous avons aussi créé des sous-sections pour aider les gens à s’y retrouver. On a les "Masters" avec des réalisateurs déjà connus. Cette année, par exemple, nous avons retenu Cristina Comencini, une réalisatrice italienne très connue. Son film est très bien mais on ne l’a pas trouvé suffisamment original que pour le mettre en compétition.
Pour la compétition européenne, est-il important d’avoir une répartition géographique équilibrée ?
Non, ma politique est de représenter un maximum de pays européens. Mais si une année, il n’y a pas de bons films en Espagne… ou en Allemagne, ou peu importe où... on n’en montre pas. Je trouve que c’est desservir une cinématographie que de s’imposer de représenter tous les pays et de montrer le film qui n’a pas convaincu, histoire d’être représentatif ! Je trouve cela contreproductif. Il y a beaucoup de festivals qui le font; moi, j’ai toujours refusé. Nous, on choisit des films, pas des pays. Bien sûr, on évitera de proposer dix films islandais, mais ce n’est pas notre but de sélectionner suivant la nationalité.


Les films belges sont bien représentés dans les projections en plein air mais il n’y en a pas en compétition…
C’est vrai que l’on a beaucoup de films belges cette année, surtout en extérieur avec deux avant-premières. On a aussi eu la grande avant –première de « Je suis mort mais j’ai des amis » qui a attiré beaucoup de monde, que nous trouvions très drôle, très divertissant mais qui, malgré toutes ses qualités, n’avait pas sa place en compétition. Mais on espère avoir un film belge en compétition l’une ou l’autre année, bien sûr.
Est-il vrai que vous êtes propriétaire du festival, que vous l’avez acheté ? Qu’est-ce que cela implique ?
Des dettes ! (rires). Comme pour les autres festivals, c’est une asbl qui gère le festival, je ne suis pas propriétaire personnellement. C’est l’asbl qui est propriétaire d’un nom, d’une identité. On parle de 13 éditions mais le festival en compte en réalité 47 sauf qu’il s’est arrêté, puis qu’il a repris, puis s‘est encore arrêté et a encore repris. Ce festival est un héritage de longue date. Il y avait un autre directeur qui a désiré ne plus s’en occuper. Je lui avais proposé de prendre sa suite. Il a mis trois ans pour se décider, puis finalement, c'est lui-même qui l'a proposé.


Le choix de X+Y en clôture, c’est un coup de cœur ?
C’est un coup de cœur et aussi un choix de montrer la diversité. Puisqu’on a ouvert avec "La loi du marché", un film que je trouvais très fort et que l’on avait choisi bien avant les résultats de Cannes – et qui est un film dur, je voulais terminer sur une note plus positive. X + Y est un film émotionnel, sensible, touchant et qui est un film good movie. Je n’avais pas envie de terminer sur un drame mais sur une note d’espoir…


Propos recueillis par Palmina Di Meo

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