Arts et Lettres

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Il y a peu de temps, je me suis pris à m’installer à une terrasse de café ou sur un banc et à regarder passer les inconnus avec un certain plaisir. Un nouveau regard sur le monde en marche. Mon imagination, toujours en éveil est alors décuplée, accrue et les histoires les plus extraordinaires jaillissent, surgissent en un instant et me transporte dans une autre dimension.

Coupable de cette curiosité peu commune, je brode avec délice des chroniques incroyables sur ces existences que je ne connais pas. J’aime cette intrusion secrète, ce faux viol  et je me sens  un peu malgré moi l’usurpateur, celui qui veut savoir sans être vu.

Mais mon imposture ne s’arrête pas là.  Je crée des sentiments étranges que je leur prête et qui ne sont pas toujours réels. Je joue le rôle du créateur du monde, du créateur du mensonge. J’invente des mystifications, des facéties, des canulars qui deviennent réalité pour certains.  Je suis toujours devant le dilemme de décider qui sera la cible de mes jeux cruels et l’obligation de renoncer à d’autres.

Tout le monde joue un personnage, moi comme les autres. Ecrivain, peintre, chercheur, économiste, banquier,  tous coupables de jouer un rôle dans cette société de dupe, dans cette démocratie de l’expert, du faux, de l’opinion où tout doit avoir une valeur. Le besoin est de se faire connaître à tout prix, de sortir de la norme et  peu importe les idées mais tout entreprendre pour avoir une place enviable.

Sur mon banc, je les vois passer seuls, en couples, le visage sérieux ou souriant et déjà, j’enquête mentalement sur le lieu où ils vont.

J’entends depuis quelques années, de nombreux artistes suivent l’appel de l’art et sans discuter le choix de l’ensemble. Ils mettent en veille leurs véritables talents qui importent moins. La beauté de l’œuvre est devenue un peu secondaire. Ils marchent dans les pas de la multitude et suivent le même chemin.

Beaucoup d’intellectuels eux-aussi se perdent dans les revues scientifiques et autres où le but n’est pas de faire connaître leurs trouvailles, leurs travaux mais bien leur notoriété sans laquelle leurs efforts seraient toujours vains.

Que dire des économistes, banquiers qui en font tout autant avec des évaluations souvent fausses qui permettent de donner des notes totalement déformées pour que vive la société menant au chaos. Il en est de même avec chaque catégorie d’individu qui a dans ses rangs l’imposteur désigné.

Marchant ainsi sous un ciel clément, ils déambulent tranquilles ne se doutant pas que mon regard les suit et les épie.

La machine, la technologie, celle-ci oblige à produire de plus en plus  sans se préoccuper de la création, du ressenti sur les choses. Les ouvriers sont devenus corvéables à merci. Plus on produit de choses pour rendre la vie facile, moins on a de temps et d’argent. Le savoir n’est plus pris en compte que  par la force de la règle. Les travailleurs sont devenus un peuple de complaisants obéissants.

Je suis l’être vil de l’imposture et l’empêcheur de tourner en rond. Mes méfaits sont légions et dans tous les domaines, je règne en maître.

Dans la société de spectacle,  je fais beaucoup de tort à la démocratie. Les jeux de glace sont souvent mal compris, interprétés par certains qui les transforment en dérives tragiques, monstrueuses. L’environnement prend une place importante dans la compréhension de l’acte et l’imposteur, plus que d’autres est devenu le miroir de la société. Le monde a aujourd’hui les évènements qu’il mérite et qu’il engendre.

Celui-ci en fait commerce. Aliéner, répandre à tout prix le faux pour que sonne le prix de la toute puissante renommée, du pouvoir, de la croyance. Les imposteurs sont tapis dans le noir comme des poissons dans l’eau. A ce moment précis,  l’imposture fait le résultat. Dans cette société où l’on évalue tout même l’apparence, l’opinion du nombre vaut la célébrité et la gloire.

 

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Commentaire de Josette Gobert le 2 mars 2015 à 9:27

Bonjour Gil,

L’idée est qu’inconsciemment, l’individu est détourné et amené à vivre par la force de la règle ou de la norme, celle du plus grand nombre établie par une minorité pour niveler, aplanir, égaliser les besoins, les exigences.  La société  laisse croire à la population qu’elle a besoin d’un tas de choses inutiles. L’histoire dévie parce que la satisfaction ne passe pas forcement par cette route dessinée . Certains n’y adhèrent pas heureusement et deviennent comme vous l’écrivez étranger à l’histoire, l’histoire de la consommation actuelle.

L’individu qui s’est battu pour une grande cause, qui a défendu la liberté et amené d’autres à combattre pour que l’histoire évolue est très respectable. Il est exact qu’il a fallu qu’il quitte lui aussi une route toute tracée pour que l’Histoire avec un grand H puisse changer.  La société de consommation actuelle laissera des traces solides dans l’Histoire de notre siècle.

Merci de vos commentaires

Amicalement

Josette

Commentaire de Gil Def le 28 février 2015 à 8:36

Bonjour Josette

Je ne comprends pas votre dernière phrase dans laquelle vous dites que l’individu qui résiste trop à une société devient étranger à l’histoire. Je pense au contraire que les individus qui défendent leur vie, leur liberté sont non seulement les mieux initiés à l’histoire passée et présente, mais que c’est par eux que l’histoire prend ou peut prendre des chemins nouveaux et salvateurs. Qu’on le veuille ou pas, l’enseignement de l’histoire est absent en de nombreux pays et il a une place médiocre dans les pays qui le font. Ainsi des gens étrangers à l’histoire réelle de l’humanité, de leur pays, il y en a énormément, il y en a tant que peut se répéter cette histoire des horreurs en tous genres, cette histoire dramatique, tragique de l’humanité qui dure depuis des siècles. Il y a tant d’étrangers à l’histoire qu’aujourd’hui ça fait les troupes et la clientèle de mouvements racistes, négationnistes ou révisionnistes de l’histoire, les profanations du souvenir et les destructions de patrimoines culturels. Au demeurant, je considère que dans la société actuelle des gens vivent très bien avec d’autres honnêtement, simplement sans se résigner aux codes d’une société totalement mercantile et obsédée d’argent.

 

Bonne journée. Amitiés. Gil

Commentaire de Josette Gobert le 19 février 2015 à 9:56

Merci Béatrice pour ton commentaire.

Excellence matinée ensoleillée.

Commentaire de Josette Gobert le 19 février 2015 à 9:54

Le monde change. L’humanité vit aujourd’hui un moment unique de son évolution. Les évènements qui se produisent, transforment notre vie, notre temps de manière irréversible et définitive, en l’espace de quelques années.  La fin d’une civilisation et comme à toute fin, une nouvelle qui commence et qui peut être la plus lumineuse de notre grande mutation.

Commentaire de Josette Gobert le 19 février 2015 à 9:52

Un grand merci pour cette présentation en exclusivité sur ce beau site d'Arts et lettres. Un merci à Mr Paul pour son travail quotidien et sa présence amicale.

Excellente journée à tous

JGobert 

Commentaire de Josette Gobert le 18 février 2015 à 11:47

Bonjour Gil,

Il est facile de dire que notre vie est manipulée par une multitude d’ingérences de toutes sortes. C’est exact que nos problèmes viennent de peu de gens qui régissent nos vies pour être celles du plus grand nombre et que de ce fait, plus faciles à contrôler.  L’imposture est partout et il est toujours nécessaire d’être en éveil, sur le qui-vive pour ne pas se laisser déposer de sa vraie nature. Si on résiste trop, on quitte le chemin balisé et on devient étranger à l’histoire pour préserver sa propre  histoire.

Merci de votre commentaire.

Amicalement Josette

Commentaire de Gil Def le 18 février 2015 à 11:03

Bonjour Josette

 

Aujourd’hui, il y a beaucoup de gens pour dénoncer la société moderne à cause de toutes ces impostures qui sont méthodes de pouvoir, de réussite professionnelle, sociale ou d’usurpation de renommées. Je reconnais tout à fait qu’il y a dans les réalités bien des choses observables qui peuvent conduire à ce diagnostic là, et il m’arrive de dénoncer un certain nombre de ces impostures quand c’est un déni des réalités d’hier et d’aujourd’hui, quand c’est du mensonge éhonté, et quand ça détruit ou pourrit la vie de bien des gens. Mais pour ma part, je considère qu’il y a bien plus à faire que ça, beaucoup à faire encore au niveau de l’analyse de la société moderne dans laquelle nous sommes tant je constate que l’on cerne bien mal ce que sont nos problèmes majeurs et cible bien mal ceux qui en sont les responsables. Je considère surtout que c’est le manque de solutions à tous ces problèmes, l’absence de perspectives d’avenir qui permet à l’imposture de perdurer en dépit de toutes les critiques, de toutes les indignations contre ça qui sont légion de nos jours, et pourtant ces solutions existent déjà bien concrètement, mais je crois bien que bien des gens sont otages par ces armes que sont les mauvaises réalités, les injustices flagrantes, leurs rêves déglingués et ne voient plus le reste…

 

Bonne journée. Amitiés. Gil

 

Commentaire de Josette Gobert le 25 janvier 2015 à 17:05

Bonsoir Rolande,

Chacun a ses valeurs et même entouré d'imposteur, notre vie doit être celle que nous avons choisi et pas une autre. On n'en est plus à chercher à débusquer le menteur, l'imposteur. Il est temps de trouver un autre mode de fonctionnement pour nos sociétés engluées dans le profit, l'indifférence, le malheur. L'imposture est partout manipulée par des têtes passantes pour notre "soi-disant bien" et surtout pour leurs intérêts. les pauvres seront toujours plus pauvres alors que les riches s'enrichissent toujours plus.

Bonne soirée

Josette

Commentaire de Quivron Rolande le 25 janvier 2015 à 10:52

Bonjour Gilbert,

Pendant la guerre nous avons connu les cantines, les soupes populaires et les "aumônes" offertes d'un humiliant "Voici la part du pauvre" après une attente de longues minutes dans le froid d'un vaste couloir.."

Tout comme toi, je veux bien y aller encore, mais pas toute seule ! Il n'empêche, devenir vieux devient de plus en plus difficile. "De mon temps" nous étions éduqués dans le respect des personnes âgées avec exagération parfois n'ayant le droit que de les écouter et de se taire. A présent, nous sommes tombés dans l'excès contraire. Sans jamais atteindre cette fameuse loi du juste milieu si difficile à appliquer.

Merci pour cet échange et très bon dimanche.

Amitiés. Rolande.

Commentaire de Gilbert Czuly-Msczanowski le 24 janvier 2015 à 23:22

Bonsoir Rolande,
Je comprends. Notre avenir nous paraît fragile car nous sentons les faiblesses nous gagner petit à petit. La peur prend le pas sur le courage. Il me semble que l'esprit peut vaincre la bêtise mais quand la flamme s'amenuise l'on devient une proie. C'est vrai très tôt. D'où cette expression : "l'homme est un loup pour l'homme " ou pas ? Certains univers sont tellement cloisonnés qu'aucune larme n'y entre jamais. D'autres, où la violence est quotidienne. Le militaire, le médecin- sans- frontières, tous les combattants de l'injustice dans ce monde ne se font plus la moindre illusion et s'attendent toujours au pire. Un ou deux pour cent possèdent cinquante pour cent. Ceux qui possèdent aujourd'hui sont forcément assimilés à ces nantis et constituent des cibles.
Que faut-il faire alors ? Vivre dans une baraque en bois, s'habiller comme un mendiant pour ne pas exciter la convoitise ? La réponse commence à tomber pour beaucoup de monde. Et si elle ne s'appuie pas sur la volonté, elle devient obligatoire pour de plus en plus de gens. Peut-être quand nous serons tous à la soupe populaire serons nous vraiment heureux  et sans crainte pour notre avenir ! Je veux bien y aller mais pas tout seul !
Passez une bonne soirée
amitiés
gilbert

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