Arts et Lettres

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Commentaire personnel sur le texte de Béatrice Lukomski Joly, portant sur l'enfermement, Publié le 5 septembre 2012

 

« En réponse à Gregorio Allegri : la voix des anges publié par

Robin Guilloux du 4 septembre 2012 ou dans cette communion toujours aimée

avec mon "ami" Victor Hugo ».

 

Suivi d’un fragment de prose d’Albert Cohen

« O Vous, Frères Humains », 1972

 

 

La Résilience Par L’art : Un Paradigme Idéaliste ?

Ou À Fleurs De Mots…

 

 

 

« Créer - voilà la grande délivrance de la souffrance,
voilà ce qui rend la vie légère. »
Friedrich Nietzsche

(Ainsi parlait Zarathoustra)

 

 

 

                             Mon Dieu, mais quel souffle, quel feu intérieur se dégagent de la langue de Dame Béatrice, traduisant les peines et la désespérance de nos "Frères humains" sans fioritures superfétatoires ! Lyrisme humaniste qui me bouleverse ô combien, parce que témoignant plus que la difficulté de vivre, les affres ressentis par ceux-ci au gré de leur sort présidé par ce triste sire, le Fatum :

                          "Nous sommes tous  des victimes angéliques et aussi des parts d'ombre habités de monstres"...constate notre esprit éclairé, doué d’analyse psychologique et faisant pénitence pour nous !

 

                           En un tour de plume, voici de résumé toute l'ambivalence humaine propre aux Dioscures, ces figures gémellaires Castor et Pollux, dont chacun d’entre-nous est pétri, avec plus ou moins de puissance ; voici de mis en lumière la dualité parfois effroyable, parce que sujet de déstabilisation… Clair obscur source de dichotomie relevant d’une once de troubles délirants et qui fait de la créature vulnérable traversée de forces, un mi ange mi démon, un moine et un voyou à la Poulenc, une nonne et une bacchante noaillenne, la neige et le feu noëlien...

                          Or, pourquoi ne pas l’avouer, ce qui est terrible avec notre auteur doté d’une intégrité singulière, bercé et pénétré de sonorités orphiques, respirant de manière innée au rythme des « rimes féminines », lorsqu’il daigne nous accorder l’honneur de le lire, acceptant de nous dévoiler un pan de sa sensibilité, des thèmes fondamentaux de l’existence qui l’interpelle, en nous confiant au gré de ses desiderata, une publication, l’un de ses enfants chéris issus de sa raison, c’est que jamais au grand jamais, nous ne risquons de ressortir indemne après avoir pris connaissance de son travail d’artisan d’art modelant le verbe, non dans un dessein purement esthétique, Dieu merci, mais dans l’intention inconsciente et volontés secrètes (?) d’atteindre notre psyché !

 

                        Cette « Âme qui pense » ou « penseur fécondé par une âme » qui nous délivre sa propre émotion restituée à merveille au cœur des pages tournées ponctuant les saisons, laissant parler sa flamme de créateur habité d’une profondeur rare, fruit de ses nobles sentiments, n’est-il pas un orfèvre ciseleur sculptant des mots émaux que bien peu peuvent prétende atteindre ? Car, soyons persuadés qu’il n’est guère aisé pour le commun des mortels, de faire s’épouser fond et forme avec une maestria de cette envergure !

 

                       Quant au sujet traité ici par notre amie, combien sommes-nous à avoir éprouvé cette longue plainte verlainienne, combien sommes nous à avoir été assujettis puis ébranlés par pareille impression d’enfermement due en partie à l’incompréhension et aux jugements d’autrui conduisant à l’exclusion ?

 

                       Dites, au cours de votre parcours, ne vous serait-il point arrivé de vous sentir prisonnier d’une situation, de quelques faits ou de quelqu’un en particulier, comme en proie à une claustration méphitique, funeste, de plus en plus en plus insoutenable, dépassant et de loin le stade du chagrin, disposition psychologique proche, en quelque sorte, des esseulés du milieu carcéral évoluant en vase clos ?

 

                       Oh, certes, confessons que ce n’est probablement pas pour leurs facettes angéliques que les malheureux se sont vus signifier qu’ils allaient être dépouillés de leur plein droit de mouvements ! Mais reconnaissons que la réclusion sur un plan purement humaniste est bel est bien une chose épouvantable et dégradante, contraire à l’essence de chaque être vivant peuplant cette planète Terre, et ce, à tout niveau qu’il puisse être, sous toute forme revêtue, en analogie de l’absence de liberté participant à dresser ce terrible constat d’impuissance, reflet donc, de nos échecs !!!

 

                       Soit ! Existe-t-il alors au monde, quelque chose de pire, de plus odieux que la liquidation d’une enveloppe corporelle ?

                       Selon notre perception, assurément : le renoncement à la « foi », aux aspirations forgées inabouties, étouffées et enfin ensevelies, la privation totale d’action, constituent à rendre l’homme indigne dans sa « substantifique moelle »  pour paraphraser une formule du docteur François Rabelais ! 

 

                       Et si nous rentrions en résistance, si nous refusions l’abomination de barreaux moreaux et matériels seulement punitifs, en lieu et place d’être « pédagogiques », d’une cellule devenant en finalité synonyme de perdition, de destruction par sa concentration de violences refoulées et cohorte de non-dits ?

                       Comment appréhender un tel univers, humaniser et surtout apprivoiser le sanguinaire à l’état de latence, sinon le mauvais génie aux facettes démoniaques enclin à l’auto destruction qui sommeille en nous et qui, à la manière du Vésuve menaçant constamment de se réveiller, perdure à officier insidieusement jusqu’à une éruption brutale, « telle est la question », comme l’aurait énoncé le Seigneur Hamlet, éminent porte parole fraternel de nos neurasthénies !!!

                      Et si l’une des clefs pour atténuer quelques uns des maux de l’existence répandus sur ce globe terrestre par la faute de la curieuse Pandore, était encore entre nos mains ? S’il n’était pas trop tard pour valoriser l’expression d’Apollon et de ses muses, palette de disciplines représentant un mode notable de délivrance, donc d’apaisement, pour ceux qui s’y adonnent ?

                    « Nul ne peut atteindre l'aube sans passer par les chemins de la nuit »

nous prévient un sage, le prophète Khalil Gibran…

 

                       En vertu de quoi, est-ce utopique que d’aspirer à un bien être en se ressourçant par l’Art, ce mode de thérapie, art facteur d’évasions, d’infinis plaisirs sensoriels qui sont autant d’ « Invitations aux Voyages » où « Là, tout n'est qu'ordre et beauté/Luxe, calme et volupté », afin de tenter de nous reconquérir et de poursuivre cette quête de la découverte de soi-même, particulièrement de l’inconnu ou de ce double qui pourrait chercher à se dissimuler derrière le masque arboré ?

                     De grâce, consentons à cette échappée belle bénéfique nous laissant entrevoir un horizon de guérison, en évinçant au fil de notre cheminement personnel, la méconnaissance de notre idiosyncrasie, et pour ce faire, soyons prodigue à l’endroit de notre semblable : offrons lui le loisir de laisser vagabonder son âme, afin ne serait-ce que le temps d’un songe si salutaire, il puisse devenir son propre héros, s’efforçant de lutter contre une destinée empreinte de gestes automatiques, répétitifs sclérosants et générateurs d’angoisses, d’amertumes nuisibles et autres frustrations fortement délétères, conduisant soit à un état de révolte ou de renonciation synonyme de desséchement.

                       Pourquoi ne pas œuvrer ensemble, s’il vous plait, membres de l’humanité animés de l’élan vital de regarder son interlocuteur en ne faisant pas semblant de le voir, habités du désir altruiste de se tourner vers son prochain en demeurant à l’écoute de ses tourments ?

                       N’est-ce pas là, une haute mission- vocation, défi  de solidarité que nous sommes tous, à notre niveau et suivant nos dispositions, en mesure de relever?

 

                      Aussi, fédérons autant que faire se peut, je vous prie, nos énergies positives en faveur des blessés, des déshérités que les Dames Providence et Miséricorde n’ont guère entouré de leurs bienfaits !

                     Et si nous nous empressions de les guider, en les incitant vivement à embrasser cet adage du Père du « Petit Prince » et de « Terre des Hommes » qui préconisait ceci :

                   « Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve. »

 

                   Qu’il nous soit permis de croire encore à ce vœu !!!

 

Valériane d’Alizée

le 7 Septembre 2012

 

 

Fragment d’une prose signée Albert Cohen

 

                          Page blanche, ma consolation, mon amie intime lorsque je rentre du méchant dehors qui me saigne chaque jour sans qu’ils s’en doutent, je veux ce soir te raconter et me raconter dans le silence une histoire hélas vraie de mon enfance. Toi, fidèle plume d’or que je veux qu’on enterre avec moi, dresse ici un fugace mémorial peu drôle. Oui, un souvenir d’enfance que je veux raconter à cet homme qui me regarde dans cette glace que je regarde.

                        Pour moi qui vis avec ma mort depuis mon enfance, je sais que l’amour et sa sœur cadette la bonté sont les seules importances. Mais comment le faire croire à mes frères humains ? Jamais ils ne le croiront en vérité, et je suis resté le naïf de mes dix ans. Mais je dois leur dire ce que je sais et advienne que pourra de ma folie. O vous, frères humains, connaissez-vous la joie de ne pas haïr ? Ainsi dis-je avec un sourire, ainsi dis-je en mon vieil âge, ainsi au seuil de ma mort.

                      Que cette épouvantable aventure des humains qui arrivent, rient, bougent, puis soudain ne bougent plus, que cette catastrophe qui les attend ne les rende pas tendres et pitoyables les uns pour les autres, cela est incroyable. Mais non, pensez-vous, voyez-les se haïr les uns les autres (…). Voyez-les en leurs guerres se tuer les uns les autres depuis des siècles, se tuer abondamment malgré leur loi d’amour du prochain, loi qui est d’ailleurs de ma race, inscrite en premier dans le Lévitique au chapitre dix-neuf, verset dix-huit. Voyez-les, ces singes rusés, voyez-les depuis des siècles avec successivement leurs flèches, leurs haches, leurs lances, leurs piques, leurs hallebardes, leurs nobles épées, les petits salauds, leurs arquebuses, leurs fusils, leurs baïonnettes troueuses de ventres, leurs mitrailleuses, leurs bombes à billes, leurs bombes au napalm, leurs chères bombes thermonucléaires, leurs missiles sol-sol et sol-air et mer-sol et bientôt lune-terre, et, délice et fierté, leurs missiles anti-missiles à tête chercheuse.

                      Telle est leur voie, telle est leur folie.

                      (…) Et tout en clamant depuis des siècle leur amour du prochain, ces singes vêtus continuent à adorer la force qui est capacité de nuire. O amour du prochain.

                      O vous , frères humains et futurs cadavres, ayez pitié les uns des autres, pitié de vos frères en la mort, pitié de tous vos frères en la mort, pitié des méchants qui vous ont fait souffrir, et pardonnez-leur car ils connaîtront les terreurs de la vallée de l’ombre de la mort. Oui, frères, ne plus haïr, par pitié et fraternité de pitié et humble bonté de pitié, ne plus haïr importe plus que l’amour du prochain.

                     O vous, frères humains, vous qui pour si peu de temps remuez, immobiles bientôt et à jamais compassés et muets en vos raides décès, ayez pitié de vos frères en la mort, et sans plus prétendre les aimer du dérisoire amour du prochain, amour sans sérieux, amour de paroles, amour dont nous avons longuement goûté au cours des siècles et nous savons ce qu’il vaut, bornez-vous, sérieux enfin, à ne plus haïr vos frères en la mort.

                    Ainsi dit un homme du haut de sa mort prochaine.

 

Albert Cohen

Extrait de « O Vous, Frères Humains », 1972

 

 

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