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Du 19 – 12 - 12 au 13 – 01 – 13, l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles) présente une exposition intitulée COLLECTIF D’ARTISTES DANS LE CADRE DU 25EME ANNIVERSAIRE D’ALZHEIMER BELGIQUE A.S.B.L.

Les photographes ne sont pas fréquemment exposés à l’EAG. Force est donc de constater que parmi ceux dont les œuvres ont fait l’objet d’une exposition, Madame CLAUDINE CELVA a un sens inné du cadrage, lequel se manifeste par une direction photo magistrale. Cette direction de la photographie pourrait céder à la facilité en se limitant à exprimer, ce que l’on qualifierait à première vue, de « trompe-l’œil ». Mais lorsque le regard s’incruste, lorsque la mise à feu se produit, le visiteur s’aperçoit qu’il ne s’agit pas du tout de « trompe-l’œil » mais bien d’une scansion progressive de l’objet photographié.

L’exposition dont elle fait l’objet s’intitule précisément REGARDS – ROBES HABITEES et bien entendu, cela n’est en rien dû au hasard.

Cette scansion progressive, que nous venons d’évoquer, prend vie, en plan rapproché dans l’œuvre N° 7 (34 x 22 cm – travaillant à partir de thématiques, aucune de ses photos ne porte de titre), pour laquelle le modèle, bien que se cachant derrière le miroir, en fait intégralement partie (son reflet étant projeté par un autre miroir, placé en face de celui-ci, que l’on ne voit naturellement pas. Ce premier plan représente le modèle « divisé » en trois parties bien distinctes où tout apparaît de façon claire.

 

 

Tandis que la photo N° 8 (34 x 22 cm), dû au seul déplacement du miroir par rapport au centre, fait que la focale est élargie et nous voyons apparaître un plan, à la fois plus large mais aussi bien plus flou, perturbant ainsi le voyage du regard. A la vue de ces deux œuvres, l’on est saisi par l’envie de se demander quelle dichotomie ressentie sépare effectivement l’apparence de la réalité.
Y a-t-il vraiment deux côtés au miroir ? Le discours de l’artiste est celui de présenter un même personnage mais dans une réalité différente au fur et à mesure que la focale de l’appareil de prise de vue modifie son angle. Le visiteur est partant pour un voyage au cœur d’un parcours phénoménologique dont il n’est pas sûr de sortir indemne.

 

 

La même approche se dessine avec la photo N° 12 (22, 50 x 34, 50 cm). Si le sujet est présent dans les œuvres précédentes, ici, il disparaît partiellement (son visage et son torse sont occultés) à l’exception de sa main restée ostensiblement visible, tenant le miroir, ainsi que le reste du corps.

Dans ce cadrage, conçu au millimètre près, se dessine, en premier lieu la robe dans tout son volume, pour ensuite se décanter dans le miroir jusqu’à s’étioler progressivement dans les méandres de la focale.

 

 

Mais à ce stade il convient de se poser une question : y a-t-il réellement un sujet dans les œuvres présentées ? N’y a-t-il pas plutôt une démultiplication du sujet ? Si par « sujet » l’on entend une personne (un acteur agissant) alors il y a effectivement un « sujet ». Néanmoins, les éléments figurant sur les photographies de CLAUDINE CELVA sont tous des « sujets », qu’ils soient vivants ou non. Car tous sont « animés » par un jeu savant de lumière et d’obscurité qui rendent à la vie son mystère initial (le siège illuminé opposé au noir luisant du pantalon - photo N° 12, à titre d’exemple).

L’artiste s’intéresse surtout à l’ « âme » des choses comme dans cette série de clichés centrés sur des robes du 19ème siècle, ayant appartenu à l’Impératrice Sissi, présentées au Château de Seneffe. Plongées au cœur d’un clair/obscur, ces robes bien que privées du corps qui les anime, vivent dans leur immobilité et racontent leur histoire (photo N° 11 – 22,50 x 34,50 cm). Cela explique la seconde partie du titre de son exposition : ROBES HABITEES.

 

L’ « âme » (l’animus – la vie) se dépose tant sur les choses que sur les êtres. A ce stade, c’est le regard du visiteur qui est invité s’investir dans le processus cognitif. L’artiste lui propose un questionnement et le visiteur s’interroge sur ce qu’il voit. Voyez le regard de la jeune fille posant sur la photo N° 3 (45 x 29, 50 cm) croisant les yeux de celui qui la regarde et le suivant où qu’il aille. Ce cliché conçu à l’aide d’un objectif de 50 mm, donne le sentiment au visiteur de se sentir observé par le personnage photographié, quel que soit son axe par rapport à ce dernier.

 

 

Le parcours de CLAUDINE CELVA est très intéressant. Chimiste de formation, elle a également fréquenté l’Académie de La Louvière de 1968 à 1974 (théâtre, chant, déclamation, solfège, violon).

Ce parcours lui a permis d’associer l’Art et la Science dans un même discours en organisant des spectacles centrés sur des thématiques scientifiques, axées sur l’Histoire des Sciences, telles que « Le repos de Madame Lavoisier », écrit et réalisé en 2005 au Château de Seneffe.

L’artiste qui pratique le numérique et l’argentique nous offre une splendide réflexion sur le rapport entre le regardant et le regardé ainsi que sur le signifiant et le signifié, en se réservant, à tout moment, l’opportunité d’intervertir les rôles et les rapports, pour le plus grand plaisir du visiteur.

François L. Speranza.

 

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Commentaire de Arcofarc le 28 septembre 2015 à 13:40

Superbe en effet !

Commentaire de François Speranza le 5 décembre 2014 à 10:39

Voilà une vidéo fort intéressante !

Une belle façon d'exprimer sa vision et sa technique.

Bravo ! 

François.


Fondateur réseau
Commentaire de Robert Paul le 5 décembre 2014 à 2:27

Seconde exposition de Claudine Celva à l'espace art Gallery:

Celle-ci propose des clichés mettant en scène des phénomènes chimiques et physiques dans une atmosphère étrangement poétique. L'’exposition s’i'ntitule "Scientifiquement poétique":

Document: ANTENNE CENTRE TÉLÉVISION
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