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CHRISTIGUEY : MATIERE ET COULEUR AU SERVICE DE L’EXPRESSION

        CHRISTIGUEY : MATIERE ET COULEUR AU SERVICE DE L’EXPRESSION

 

Du 16-10 au 03-11-13, l’ESPACE ART GALLERY (35, Rue Lesbroussart, 1050 Bruxelles) organise une exposition proposant les œuvres picturales ainsi que les bijoux des CREATIONS CHRISTIGUEY.

La peinture de CHRISTIGUEY, alias Madame Christine Guérit, une peintre Belge dont le talent éclot au fur et à mesure que l’on découvre l’œuvre, se définit au premier contact, par l’importance de l’apport de la matière, considéré comme un élément solide « accroché » à la surface de la toile, pensée comme un terrain de recherche. Des apports de matière filandreuse (dont l’artiste ignore elle-même l’origine), trouvée ça et là sur plusieurs œuvres, attestent de l’existence d’un dialogue en perpétuel mouvement entre le peintre et la matière. Il s’agit d’un dialogue plastique fort pertinent entre la peinture, pensée en tant qu’élément liquide et la volonté d’un apport sculptural apporté à la toile, par la présence de la matière solide.

Mais quel rapport l’artiste entretient-elle avec la matière ? Est-ce un rapport plastique ressenti ou simplement l’idée de la matière en tant que servante de l’expression ? A cette question, elle répond en insistant sur le fait qu’à aucun moment elle n’a voulu ajouter de la matière pour la seule envie d’en mettre. Il faut que cette matière obéisse à un impératif créateur.

Il y a manifestement la volonté de prolonger l’œuvre peinte par un apport sculptural certain. Cela n’est nullement étonnant, puisque le mouvement est le point central de son art. Qu’il s’agisse de sculpture ou de peinture, le mouvement, celui qui oblige le visiteur à circuler physiquement autour de la pièce ou celui qui conditionne le regard par des perspectives ou des points de fuite, ce mouvement là se retrouve, en quelque sorte, « figé » par la main de l’artiste qui le fixe dans l’instant où le visiteur l’appréhende. C’est en se décomposant en images étrangères à l’esprit du visiteur que ce même mouvement prend forme.

 

Une belle connaissance des couleurs mise en exergue par le contraste sur des notes de même tonalité, telles que le bleu EMOTIONS (50 x 100 cm – photo-acrylique),

 

TRAPEZISTE (70 x 90 cm – tableau-sculpture),

 

le vert FRUIT DEFENDU (80 x 80 cm – photo-acrylique)

 

VOLTIGEURS (80 x 110 cm – photo-acrylique), témoigne de son désir d’allier couleur et mouvement dans un même élan dynamique.

L’univers du cirque est (comme pour beaucoup de plasticiens) prétexte à décomposer le mouvement en un compromis savant entre abstraction et art figuratif sans qu’aucune ligne de démarcation vienne scinder les deux styles. Ce besoin de le cerner s’est amplifié par l’intérêt qu’elle a toujours porté à Maurice Béjart, par conséquent, à la danse laquelle permet au peintre, au sculpteur ou au cinéaste de décanter ce même mouvement en segments figés dans l’instant.

CHRISTIGUEY a d’abord commencé son travail par le figuratif pour se diriger par la suite vers un abstrait qui ne n’en est pas vraiment, en ce sens que tout est interpellé (« tant la feuille qui tressaille sous le vent que son ombre », comme elle se plaît à dire), tout ce qui est apparemment « inutile », à la recherche constante de la 3ème dimension.

Sa rencontre avec Chagall, à Paris fut pour elle un cap déterminant, car à l’observation du peintre, elle fut fascinée par tout le déploiement de techniques ainsi que par la variété de ses matériaux. Cette rencontre fut hautement bénéfique puisque alors qu’elle était encore élève à l’Académie de Mons, on la qualifiait de « touche à tout ». Ressentant précisément ce besoin de « toucher à tout » pour des raisons esthétiques, elle fut en quelque sorte « libérée » par Chagall qui par ces paroles : « tu le fais quand tu as envie de le faire » la désinhiba et l’encouragea à poursuivre sa route.

 

TRAPEZISTE est une œuvre alliant peinture, orfèvrerie et sculpture. L’orfèvrerie domine en quelque sorte la composition puisqu’elle représente, à l’intérieur d’un premier cercle, trois trapézistes prêts à se lancer dans le vide. Le second cercle évoque le Monde. Un troisième cercle symbolise le monde intérieur des artistes réalisé à l’aide d’un vinyle 33 tours brûlé à l’acide, conférant à ce dernier l’aspect d’une forme torturée. Cet ensemble de trois cercles symbolise à la fois le Monde ainsi que l’éternel retour.

 

A son contact, VOLTIGEURS procure une foule de sentiments et d’aperceptions possibles. Il suffit juste de savoir, sans rompre la magie poétique, qu’il s’agit d’une pomme coupée au couteau. La forme enlevée du sujet nous plonge dans mille et une interprétations possibles.

MAIN A MAIN (80 x 80 cm – photo-acrylique)

 

 – SUSPENSION (80 x 80 cm – photo-acrylique)

 

reprennent l’univers du cirque. Les couleurs sont tendres ou fortement atténuées comme le rouge qui revêt une tonalité légère. L’utilisation du blanc usitée dans le rendu du corps du trapéziste (MAIN A MAIN) fait écho avec l’éclat de lumière jaillissante de SUSPENSION, lequel donne à la composition une dimension diaphane.

 

CHRISTIGUEY qui fut, notamment, l’élève d’Edmond Dubrunfaut et de Gustave Camus à l’Académie de Mons, utilise pour sa peinture une technique mixte. Elle a étudié la céramique et la conception des émaux. L’orfèvrerie est sa deuxième voie d’expression. Elle la conçoit comme une forme de sculpture, recherchant là aussi la 3ème dimension, accentuée par la recherche du mouvement fixé dans l’éphémère. Son geste est guidé dans l’espace par la musique et par la poésie. Son crédo se limite à ceci : « le visiteur doit se reconnaître dans son œuvre ».

Quelques belles pièces d'orfèvrerie:

Pendentifs

Liens d'amour

 

Bijoux


François L. Speranza
.

 

 

Arts 

Lettres

 

N.-B.: 

Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement.

 

A lire également:  

Quelques critiques de François Speranza, Historien d'art - Cinquième édition revue et augmentée (proposé et réalisé par Robert Paul)

Voir en plein écran

Les billets critiques de François Speranza deviennent de plus en plus connus et attendus avec impatience par les artistes qui font l'objet de commentaires ainsi que par ceux qui ont pu contempler de visu toutes les oeuvres mentionnées et qui attendent des suppléments d'informations afin de compléter leurs ressentis, et d'approfondir leur rencontre avec les artistes.

Il s'agit là d'un précieux corpus qui amplifie nos connaissances et enrichit indubitablement le réseau.

Robert Paul

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Commentaire de Gohy Adyne le 25 janvier 2014 à 17:59

Superbes créations! Félicitations pour vos peintures toutes magnifiques.

Merci à François pour ce compte rendu explicite.

Adyne


Fondateur réseau
Commentaire de Robert Paul le 20 novembre 2013 à 20:08
Commentaire de Rasmont Francine le 9 novembre 2013 à 13:52

Très beau texte illustrant le travail de Christiguey


Fondateur réseau
Commentaire de Robert Paul le 6 novembre 2013 à 1:30

Gemmes Christiguey

Commentaire de Rébecca Terniak le 30 octobre 2013 à 20:27

Un travail de création de haute voltige !

Bravo Christiguey !

Commentaire de Lansardière Michel le 30 octobre 2013 à 19:11

Trapézistes, voltigeurs... en suspension...parfaite adéquation. Et ce texte m'est revenu en mémoire... Dans Cases d'un échiquier, à propos des agates, Roger Caillois écrivait : "Le pinceau d'un projecteur semble désigner la prodigieuse mutation, de la même manière que, sous le chapiteau d'un cirque, il se saisit de l'acrobate à l'instant de la prouesse et l'isole. Un cercle comme décolorant s'inscrit dans le plus grand polygone. Il en touche les limite. Il laisse chacun des angles hors de sa circonférence : refuges enténébrés où sa clarté paraît avoir rassemblé, refoulé la suie flottant dans l'épaisseur minérale. Dans les réduits nocturnes, le fil des rubans n'est pas moins distinct. Au contraire, leur limpidité sombre gagne en présence et en netteté. Ils pâlissent et presque s'effacent, dès qu'ils sont éclairés par le disque lumineux."

Commentaire de créations christiguey le 29 octobre 2013 à 18:03

Cher Mr Speranza je ne sais comment vous exprimer ,toute ma gratitude pour ce beau texte, ou vous avez si justement saisis le fond de mon travail et de ma personnalité, il est toujours difficile de parler de soi !vous l’avez senti avec éloquence ,un tout grand merci ,

puis-je mettre votre texte dans mon curriculum avec votre nom.

Merci à Mr Paul pour la mise des photos en harmonie, cette exposition fait partie des beaux souvenirs ……

au plaisir de se revoir.....

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