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Vous allez très vite deviner que j’ai un sérieux penchant pour l’Art Populaire. J’emploie plus volontiers le terme « penchant » car il désigne une orientation relativement permanente, plutôt que « préférence »  ... plus circonstanciée. Je suis assez convaincu que la préférence est un peu « l’arbre qui cache la forêt ».

Définir cet art n’est pas simple, et de nombreuses pièces estampillées « art populaire » ne le méritent pas. Ainsi, par exemple, des objets dits « forêt noire » ou des santons provençaux.

Ils le furent sans doute mais produits en nombre dans un but mercantile, ils ont cessé d’être des œuvres d’art pour devenir des productions artisanales, des bibelots touristiques. Un glissement que l’on rencontre également dans les arts premiers, où telle statuaire traditionnelle s’est muée au fil du temps en monnaie d’échange, perdant sa vocation première et aussi, malheureusement, l’essentiel de ses qualités esthétiques.

Les cannes m’ont littéralement plongé dans ce domaine. La qualité d’exécution des œuvres d’art populaire, leur finition, peut varier sensiblement. Dans certains cas, le travail est fruste, maladroit. L’inexpérience des auteurs ne les empêchera pas, cependant, d’atteindre régulièrement à la beauté, à la poésie. Dans d’autres cas, l’exécution témoigne d’un réel savoir-faire, voire d’une impressionnante maîtrise, le bagage technique d’un artiste ayant souvent pour origine le métier qu’il exerce ou a exercé à un moment de sa vie. Il n’est pas aberrant de croire que certaines parmi les plus belles cannes d’art populaire furent sculptées par des menuisiers ou des ébénistes, même si ce n’est certainement pas la règle.

L’une des caractéristiques essentielles de l’art populaire, partagée avec les arts premiers, est son ignorance des modes de représentation naturalistes. Méconnaissance de la perspective, rabattements dans le plan, mépris des proportions… On note aussi de nombreux exemples de « perspective morale », comme sur cette canne de berger ou un loup est représenté plus grand qu’un cheval, 

disproportion témoignant du sentiment éprouvé par l’auteur. Dans un célèbre relief égyptien, Ramsès II est un géant à côté de ses soldats. Le principe est le même : la taille du personnage est fonction de l’importance qu’on lui donne. Il est bon de rappeler ici que l’acquisition de la perspective linéaire, à la Renaissance, et des autres moyens visant à une représentation objective de la nature, est une conquête d’ordre scientifique. La valeur profonde d’un artiste n’a bien sûr rien à voir avec le fait qu’il maîtrise ou non ces moyens.

Il arrive que l’artiste populaire, s’inscrivant dans une tradition bien établie, doive respecter les canons esthétiques hérités des générations précédentes. C’est le cas des auteurs de marionnettes, de ceux qui façonnent les géants de carnaval... Mais il y a aussi de très nombreuses œuvres qui témoignent d’une création personnelle, indépendante de toute forme de contrainte.

La canne, objet individuel par excellence, est un domaine où la liberté d’expression, la fantaisie, ont pu s’exercer à plein. Les marins, les légionnaires, les bergers, les « poilus » de la Grande Guerre les ont sculptées dans les périodes d’oisiveté inhérentes à leur vie. Pendant des jours, des mois, parfois des années, un bâton va être sculpté minutieusement ; devenu un compagnon au quotidien, il est comme un carnet dans lequel l’auteur imprime ses états d’âme, sa solitude, ses angoisses et ses peurs, sa superstition et sa religion en un rébus souvent désordonné. En découvrant ces beaux objets, simples ou complexes, on imagine rarement la richesse des préludes à leur réalisation. Le choix d’un bois, d’une essence particulière, sa forme, son épaisseur prendront toute leur importance en fonction du projet. L’extraire du sol, parfois en gardant une partie des racines destinées au pommeau, le faire sécher lentement, l’écorcer soigneusement, tout ou partie.

Certains chefs-d’œuvre de l’art populaire, ont été façonnés ainsi, avec un simple couteau, dans un pâturage désolé ou le fond d’une tranchée.

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Commentaire de claudine quertinmont le 16 mars 2012 à 16:58

Je me revois sur les bancs de l'école, écoutant sagement vos leçons.  Merci pour celle-ci, toujours aussi intéressante.

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