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Publications de LIONEL (48)

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JOUR 49

Veille

 

Tandis que dans les eaux de la mer Noire

La seiche sentiente patiente,

L’hippocampe plus royal que l’anguille évolue pathétique dans les abysses. 

Sur l’’étendue mercurielle où flottent des algues intoxiquées, l’oiseau aux ailes d’acier brise un ciel métallique plus noir que la stibine.

 

Par les chemins de falun que suivent le chagrin planté par le clou de la mémoire

Par les murs blancs noircis par les croix de la nuit

Par les rêves que le sommeil confond avec la peur

Par les humeurs pisseuses des trottoirs qu'un regard s’en émeut

Par les mensonges sortis des gueules de bois

Par les confusions sur les murs dont s’indignent le passant

Par la balance dégrafant son corsage pour faire estimer le contenu à son ami d’infortune

Pour les amours funambules au-dessus du gouffre de l’ennui

Pour des échanges amoureux sur un banc de fortune loin des sorties d’usine

A l’heure où rentre le mendiant gris aux mains d’argile et aux yeux qui implorent

Pour l’hermine qui se dandine sur l’asphalte luisante avec égard pour l’animal recherchant sa pitance

Par la douleur en cerne cernée par des paupières fardées à l’égyptienne

Et par les couronnes de l’aube et de l’aurore retrouvées sur les chemins lumineux qu’ouvrent les étoiles noires

 

Et par l’étincelle crevant la dimension curieuse du ciel

Je te salue

Carnallite

Minéral dont les chiens ignorent la couleur de la parure puisque le pourpre n’est peut-être qu’un os

 

Lionel M.

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LE MOT

 

 

 

PAX

 

Il existe un mot

Plus joli que les autres

Et c’est le préféré de tous.

Il est nécessaire à l’élaboration de la pensée.

Il gazouille comme l'oiseau,

Il est dans les cris de haine

Dans les déclarations d’amour

Il est peut-être dans les plis des drapeaux

Il est écrit dans les cahiers d’écoliers

Il est dans la bouche des marmots et dans celle du créateur

Il est à l’eau, à la menthe, à l’anis,

Dans les châteaux en Espagne, il rêve.

C’est le songe du soleil

 C’est un sourire qui flotte sur les lèvres

C’est la raison en prière.

C’est un mot de môme qui nous mène par le nez, mais jamais à la baguette.

Il a le vice dans la peau, ce mot !

Il tête les tétons et serre les mains sales

Pourtant c’est un petit mot ce mot, juste un son !

Un pin’s au col des poètes. 

C’est le rêve des fleurs,

Et celui des postières,

Des loups et des brebis,

Des clowns et des acrobates

Peut-être celui des policiers

C’est un mot tellement célèbre !

C’est la larme de la brute. 

C’est un mot qui a la vertu

De faire bavarder les muets 

Et d’ouvrir les oreilles des sourds.

Pétale de coquelicot,

Pelage d’agneau

Qu’il est doux ce mot !

Minéral et vérité,

Il scintille !

Convaincant et intransigeant

On lui obéit car il plein d’amour.

Il a la colombe dans son sillage

Et l’univers dans ses bras.

Il gueule comme le putois : 

Attention !  Je suis la paix !

 

 Lionel M.

 

 

 

 

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MEDUSA

Médusa

 

Des songes hantent mes nuits  

Et disparaissent à la lumière.

Parfois, je rêve les yeux ouverts.  

Ce matin,  

La lune diaphane

M’observe.

Comme la muse

En robe de satin

Qui se pavane

Dans le jardin d’Euphrasie

Quand le printemps enflamme les lilas.

Son regard médusant me dévoile.  

Je cache mon désir de la posséder

Gorgone me rend blême

Comme un cnidaire des eaux profondes   

 

 

 

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L'inquiètude

L’inquiétude

 

« Allongé à l’ombre d’un tilleul, contemplant un ciel presque sans nuages, j’ai vu ce ciel basculer et s’engloutir dans le vide »

Jean Grenier

 

J’ai mis ma douleur en veille

Et je suis sorti

J’ai marché

Le trottoir défilait comme un parchemin

Le ciel avait la couleur du vide

J’ai traversé le jardin des Prébendes 

Il n’est jamais très fréquenté à cette heure

Surtout à cette saison 

Aujourd'hui, Il tombe un crachin désagréable

Qui plonge tout dans l’inquiétude de vivre

Dans la salle d’attente il n’y a personne

Ni courant électrique

Elle est assise à son bureau

Elle a sur son nez des lunettes de maîtresse d'école

Elle porte un pull qui pointe sa poitrine 

Désolée elle laisse tomber ses bras 

Et me donne sa lassitude

Tenez.

Je sors

Je déteste ce temps, j'ai horreur de sortir du vide pour y retourner!

Je croise un chien famélique

Le ciel gris est tombé

Je parcours le chemin du retour

Nauséabond

Je vomis.

Rentré chez moi

Je dispose un vase sur le guéridon

Remplit de sa voix

En pull de cachemire grise

 

Lionel M.

 

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ET LES FLEURS DE LA BANQUISE?

LE SQUARE

ALLONS VOIR SI FLEURISSENT LES FLEURS DE LA BANQUISE

 

Le train a eu du retard. Dans le hall de la gare, les passagers courent dans tous les sens. Je me méfie des valises à roulettes. Flegmatique un lampiste au pull jacquard vaque à ses occupations en trainant son humeur noire. 

Dehors la place De la dernière chance baigne dans le soleil, et aujourd’hui le ciel est tout bleu comme un hortensia, je suis chanceux. 

Le rendez-vous est au Square Marguerite Duras. C’est à dix minutes, je suis en avance, je flâne, comme de coutume.

Je patiente sur un banc placé dans le parfum d’une Viorne. En face de la fameuse statue de La Beauté aux yeux bleus. Je sors de ma sacoche mon bloc-notes, et la dernière édition des Fleurs du Mal.

Des passantes déambulent, cueillent de ci de là de l’aspérule odorante. 

Des canins aux crocs entartrés s’entretiennent autour d’une langue de bœuf.

Au téléphone, je lui ai dit :

« Anaïde, il n’y a pas à se gourer. Quand tu es sur le Boulevard Des Ecureuils tu prends la première à gauche et puis tu passes la Ruelle du Pigeon Blanc et c’est indiqué sur ta droite :  Square Marguerite Duras, je t’attends. »

Je sors de ma lecture.  J’observe.

L’ombre verte des tristes conifères décline.  Je secoue mon impatience.  Je sifflote.

Une passante saisit d’un énervement sûrement habituel réclame des comptes à un homme en costume blanc.   « Tu n’as qu’à t’acheter une règle à calcul au lieu de faire des hypothèses » crie- t-elle de sa voix de crécelle à l’oreille de l’homme qui chausse des lunettes noires.

Le soleil est particulièrement généreux aujourd’hui.  Ses rayons traversent les bosquets de camélias. Serpentent au sommet des magnolias en fleur.  Flattent l’aigremoine. Dansent avec les iris et tissent autour du bassin d’eau accueillant de paisibles nénuphars le canevas d’un paysage bucolique.

La grille du square grince. 

C’est elle !

Elle est coiffée d'une touffe de gui

Une chaîne pourpre lui ceint sa taille d'hyménoptère.

De sa bouche s’échappe un nuage rêveur gonflé de sentiments.

Ses yeux sont deux myosotis.

Anaïde s’assoit près de moi.

« Je te reconnais à ta ponctualité et à tes chaussettes très raffinées. » s’exclame-t-elle.  

Sa robe est ouverte sur des cuisses pâles, blanche comme des fleurs de vanille.  Mauve, sa robe ample est une robe de jour de pluie, cependant elle s’accorde avec sa chevelure de maïs.  

De son sac à main, elle sort pèle mêle :

Un fard à paupières

Un stylo Bic

Un réveil

Un miroir

Un mouchoir blanc 

Une brucelle en vermeil

Et un revolver-allume cigarette.

Je la regarde sortir son bric-à-brac.

-  Mais pourquoi, déballes-tu tout ça, Anaïde ? 

- Mais ! parce que nous avons l’éternité ! » me déclare-t-elle heureuse. 

- Si tu le dis ! Tiens ! Voilà ce que je viens d’écrire en t’attendant.

Les nuages qui sont les images des rêves ont toujours l’odeur attachante et sucrée d’une lointaine allée de tilleuls où courent des souvenirs récompensés par des images d’Epinal et qui chahutent dans un bac à sable alors que défilent des camions bourrés d’armes menaçantes sur une grande avenue prioritaire »

Anaïde me reluque. Ses yeux étincellent de perplexités. Elle consulte le réveil.

Je poursuis :

Mes mains te supplient, comme la nuit la lumière qui voyage, comme le nénuphar soumis à l’hibiscus, comme l’ormeau devant le Bernard l'Hermite. Regarde les nuages qui se fatiguent à changer de position et de forme comme des enfants turbulents. En revanche, comme toutes les surveillantes, la surface de l’étang ne rigole pas.

Des chiens aboient et des tourterelles prennent leur envol.

Je me tourne vers Anaïde. Je poursuis ma lecture :

…  Les enfants rient de se voir vieillir dans les gares où leurs cheveux soyeux et gris descendent l'échelle des temps et coulent sur leur robe de velours bleues. Anaïde, je t’ai vu dans la salle des pas perdus, ton iris et tous les corpuscules de ta rétine me suggéraient les agates perdues dans les cours d'école, tu portais un camée sur la poitrine et ta ceinture te ceignait ta taille d’hyménoptère. Je t’ai rencontré une autre fois deux mois plus tôt peut être dans la rue où l’on cueille les cerises qui dansent impossiblement sur un adagio réclamé par l’éternité. Haute comme trois pommes toi et ton petit toutou australien me dévisagiez comme l’Emeu devant son kiwi. Et en mai, au pont des Oies tu es sortie coupable d’un livre de mille pages. Celui-là même que tu lisais dans la salle des pas perdus !

Anaïde me regarde bouche bée.

« Ça alors ! c’est aussi énigmatique que le message d’une mésange ligérienne. Alors ! nous ressemblerons à nos enfants ?

-Oui Anaïde, je préfère ressembler à l’avenir pour disparaître avec toi » 

J’observe, intrigué « la Beauté aux yeux bleus », c’est un buste de femme en marbre noir. Le visage est altier et les yeux sont fermés.

« Anaïde ! La beauté a-elle-vraiment les yeux bleus ? Finira-t-elle par ouvrir les yeux ? Faut-il attendre que le soleil se couche ?  

- Non ! Reste avec moi, je t’en prie ! Si tu restes avec moi, je garderais toujours les yeux ouverts ! Les miens sont bleus !

Lionel Morin (Tours 2025)

 

 

 

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AMANDINE

Amandine



J’ai vu le potiron d’Amandine ! 

Et il y a aussi des fleurs de la passion qui grimpent au mur 

Et du chèvrefeuille pour donner du parfum au macadam 

Il y a aussi des roses trémières comme à Saint Cyr sur Loire

Et de la morelle faux jasmin comme celle qui orne la rue Henri Barbusse 

Il y a des géraniums les mêmes qu'il y a dans les Pyrénées 

Il y a des herbes toutes écervelées 

Des herbes folles 

Mais elles n'ont pas le rire de Valériane 

D’ailleurs il y en a partout  

Même rue d'Entraigues 

Y a des fleurs qui poussent sur le trottoir

Pas loin il y a le jardin botanique et le soleil même en retraite y traîne ses pieds  

Sous l'arbre aux quarante écus pour revenir à Amandine 

Les jardiniers intelligents  

Font pousser des cucurbites 

Des citrouilles des potirons

Et des chrysanthèmes et des Dahlias  

Et dans le bac à sable 

Les gamins s'époumonent à faire des ballons 

Ils croient au père Noël !

Justement il y en a un dans la rue 

Où habite peut-être Amandine 

Où il y a aussi un chat percé de partout 

Qui regarde le père Noel justement 

Qui s'esquinte à grimper au mur 

Mais Amandine si elle dit qu'il monte au lampadaire 

Alors je veux bien la croire 

Puisque c'est bientôt Noël 

Pour les petits quéniots 

Comme dirait Jean Richepin 

Le confrère de celui qui habitait rue Lobin 

Et qu'est monté au ciel pour nous éclairer 

 

Lionel M.

 

 

 

 

 

 

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L'EXPLOITATION SERA BANNIE

 

A mon chat

 

Ce matin dans le ciel vagabondent des immortelles. J'ai cueilli deux nuages bleus et trois étoiles de nuit. 

Je mettrai les nuages à tes épaules et les étoiles réveilleront ta poitrine et le coquelicot endormi  

Ton cœur bat toujours dans ma poitrine 

Ton âme c’est la couleur de mon ombre

Tu es partout sur les chemins du soleil

Tes sourires d’émeraudes ont la chaleur de tes paroles lointaines  

Chaque jour il y a dans le ciel autant de nuages qui voyagent comme autant de souvenirs sur mon visage

 

Sur la route (1993-2015)

 

Lionel M.

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LE DICTIONNAIRE ET LA CUILLER

LES TRESORS

 

C’est une nuit de décembre

Le froid a pris ses quartiers

Dans le jardin endormi

Les branches du noisetier craquent

Les poules claquent des dents.

L’hiver porte un manteau rapiécé

Auprès du radiateur à eau

Un chat ronronne

Je lis

Devant la télévision éteinte.

Soudain, j’entends un bruit

Je pose L’apprentissage de la ville

Et vite, je descends à la cave

Où je crains toujours rencontrer des monstres

(Vaincre la peur c’est vaincre la terreur)

J’allume  

La lumière de l’ampoule a des difficultés à descendre jusqu’au sol

Les choses dorment en désordre

Un silence inquiétant les recouvre

Pour éloigner la peur, je siffle

Soudain ça craque !

Une étagère se détache du mur

Le dictionnaire Larousse

Tombe à terre

Et dans un bruit de tonnerre

Un sac de pomme de terre

Dégringole et les tubercules courent dans tous les sens

Je ramasse le dico

C’est un très vieux dictionnaire

Il a appartenu à Joséphine Rouet

C’est noté sur la première page au crayon

Où une feuille s’est glissée

Sur lequel est écrit un poème

Derrière moi

C’est un couvert de vermeil qui tombe dans un tintement assourdissant

Je ramasse chacune des cuillers estampillée J.R.

Il y a douze petites cuillers de vermeil

Je lis

01 Pour la joie qui se donne  

02 Par tous les jours de pluie

03 Pour l’amour couronné  

04 Par l’enfant qui es née

05 Pour les sourires offerts

06 Par des instants éternels

07 Pour le service en ivoire caché

08 Par les trente-deux éclats de rires  

09 Pour les vignes du ciel protégées  

10 Par la grâce des fleurs sentinelles

11 Pour le vin d’octobre consacré

12 Par le poème d’un vigneron

Je te remercie

Toucy, octobre 1998

Lionel M.

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INQUIETUDE

L’inquiétude

 

"allongé à l'ombre d'un tilleul, contemplant le cielpresque sans nuages, ja'ai vu ce ciel basculeret s'engloutir dans le vide" Jean Grenier, les îles

 

J’ai mis ma douleur en veille

Et je suis sorti

J’ai marché

Le trottoir défilait comme un parchemin

Le ciel avait la couleur du vide

J’ai traversé le jardin des Prébendes 

Il n’est jamais très fréquenté à cette heure

Surtout à cette saison 

Aujourd'hui, Il tombe un crachin désagréable

Qui plonge tout dans l'inquiétude

Dans la salle d’attente il n’y a personne

Ni courant électrique

Elle est assise à son bureau

Elle a sur son nez des lunettes de ma^tresse d'école

Elle porte un pull qui pointe sa poitrine 

Désolée elle laisse tomber ses bras 

Et me donne sa lassitude

Tenez.

Je sors

Je pleure

Je croise un chien famélique

Le ciel gris est tombé

Je parcours le chemin du retour

Nauséabond

Je vomis.

Rentré chez moi

Je dispose un vase sur le guéridon

Remplit de sa voix

En pull de cachemire grise

 

Lionel M.

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JOURNAL

Et le temps s’en balance

 

Premier avril

9h 

Les oiseaux se sont égarés dans la nuit

Ce matin, ni merle ni mésange 

Ni chardonneret ni rouge-gorge

Leur chant reste inaudible

La plaine a gardé son châle

Et les branches blanches des arbres patientent

Mon petit chat ronronne à mes pieds

Ce matin le soleil

Est monté dans le ciel

En pyjama gris

 

11h

Une des ailes de l'église est blessée

L'autre brille autant que l'abricotier argenté 

La porte c’est deux mains jointes  

Les murs ont l’apparence de la bure de saint Cyprien

La porte se referme 

Et la lumière éclate, lumière de l’hostie

 

 

Premier septembre

 

13h

Ce midi j’ai mangé un coing 

La saison du melon est terminée 

Au-dessous des nuages 

Les corbeaux jouent d’un instrument à vent

 

15h

C'est dimanche.

Ce matin, de la bouche d’une souillasse,

(Surprise à faire des messes basses avec ses voisins) 

Est sortie une colombe ! 

Elle attend 

Qu’on lui explique

Pourquoi le jour alterne avec la nuit 

Les noires avec les blanches

Pourquoi la lune gouverne les marées

Et,

Le zèbre, pourquoi, tu m’affirmes que le cheval est son ancêtre 

Alors, d'où viennent ses rayures ??

 

17h

Et donc ce midi, puisque la saison du melon est terminée, 

J'ai goûté au premier coing 

Les premiers Dahlias regardent par la fenêtre 

Deux pies en smoking visent le pommier

 

Lionel M.

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L'ETRANGERE

Mon iroquoise

 

Ou est-elle ?

Celle qui m’apportait 

Sur son aile

Le soleil 

Où est l'iroquoise 

En tenue

D'érable 

Et au parfum

Séculaire 

 

Ou est-elle ? 

La dame de l'avenue 

La sœur de Pauline 

Avec son accent étrange

Et sa robe rouge de cardinal 

Une clope au bec

Une tasse de café 

Un sourire arctique

Et des lèvres d’incarnat 

 

Ou est-elle ?

La voisine

De la dame que l’on allait voir chez elle

Ou est-elle avec sa toise dans les yeux 

Pour mesurer mes écarts 

Où est elle 

Ma québécoise 

Et sa règle à calcul

Est-elle dans l'avion 

Dont la traine blanche

Qui tourmente l'homme de l'avenue 

Lionel M.

 

 

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MARS

Un jour de mars

 

Un ciel épais et lourd un ciel gris un ciel de mercure ondule au-dessus de la ville.

Les arbres du boulevard sont au garde à vous. Je flâne entre deux rangés de platanes en tenue de général.

Je distingue le printemps derrière un arbre Je l’aperçois, il est chaussé de baskets blanches.

C'est peut-être un jour de printemps, mais un jour où la peine est lourde à porter sur les épaules comme un ennui un jour de juillet. Car pour rien, le téléphone sonne.

C'est un jour à l’atmosphère nauséeuse, nitreuse. Un jour écœurant comme la fumée de cigarette qui laisse des traces jaunes au bout des doigts et sous les paupières fatiguées.

Mais les poumons des platanes luisent comme les lignes au creux des mains.

Le vent roule derrière les maisons taillées dans le tuffeau.

L'immeuble aux portes de secours est encore loin. 

Un banc. Un peu de repos.

Je sors le livre de la dame de Lusignan.

"Et dans sa robe blanche Jeanne implore Antoine mais il n'y entendait rien..."

Tient-il se met à pleuvoir ! Je pose le livre au fond du panier.  

Je lève la tête 

Une jeune personne dans une gabardine noire m'observe intriguée.

Mon regard croise le sien ; Inquiet et terrifié, comme celui d’un poète devant le cadavre d’un oiseau. 

 

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MON MEDECIN

 

C’est elle

Mon médecin

 

Il lui faut,

Un bureau  

Un stylo

Une feuille blanche

Des connaissances

Une blouse blanche

Un stéthoscope 

Une balance truquée

Un tensiomètre

Des boucles d’oreille

Un jean délavé

Etc…

Il ne sait dire qu'une seule chose : -mettez-vous à table !

Alors sur son bureau je dépose mon cœur

Une douleur au genou

Un peu de fièvre

Un tourment qui me donne le vertige

Je lui déclare que mes rêves me causent des insomnies diurnes

Que la lecture me détend

Que marcher m’ouvre les yeux

Et que les fleurs me font sourire

Alors, il se lève

Se rassoit,

Se lève à nouveau

Allongez-vous, je vais vous palper

Et me demande si par hasard j’ai mal aux dents  

J’ouvre la bouche,

Lui tire la langue

Rhabillez-vous

Il sort une ordonnance

Ecrit le remède

Et m’ordonne une aspirine au coucher

Merci

Je sors de son cabinet,

Et dans la rue

C’est plus fort que moi, je songe à son soutien-gorge

Et je me demande pourquoi !

 

Tours, 5 X 23 9h20

Lionel M.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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IL Y EU UN JOUR, IL Y EU UNE NUIT

IL Y EUT UN JOUR, IL Y EU UNE NUIT

 

« Le souffle, …tournoyait au- dessus des eaux »

Et un désir tendait vers l’harmonie

 

Do

Le premier jour je découvris un piano

La première nuit je rêvais d’un toit

Le deuxième jour je dus  ma félicité à un paysage insolite

La deuxième nuit le monde me fit sourire

Mi

Le troisième jour je plantai des pommes de terre et des radis

La troisième nuit je bus avec ivresse de l’eau du lac

Fa

Le quatrième jour je cueillis des cerises

La quatrième nuit la lune fit grimper mes cultures

Sol

Le cinquième jour je construisis une maison de bois

La cinquième nuit je dormis dans la paille sous un toit

La

Le sixième jour je construisis une barque

La sixième nuit je traversais le paisible lac

Si

Le septième jour je suivis un parfum entêtant

La septième nuit je connu une fille aux yeux bleus et cheveux d’ébène, son visage respirai le goût de vivre. Nous nous endormîmes dans une fleur de coton.

Do

Le huitième jour fut ordinaire, le soleil, la lune, les étoiles tels des luminaires illuminèrent la terre. Les fleurs s’épanouirent, les rivières et les fleuves s’écoulèrent vers le bleu des océans, le cresson abrita les douves, les pommes de terre les gentils doryphores, les arbres le pivert, l’agneau bue à la même mare que celle du loup, les oiseaux entonnèrent une symphonie…

Et la huitième nuit, l’amour avait un goût de paradis.

 

Et il y eu d’autres jours et d’autres nuits. L’amour enfanta à nouveau la vie. Nous enseignâmes la musique à nos enfants. Le monde alentour nous renvoya notre image et nous comprimes que l’amour était la source de l’harmonie.

Nos enfants nous parlèrent d’autres mondes et que nous n’étions pas seuls…

Alors nous nous endormîmes et nous rêvâmes….

 

Lionel M.

 

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Le temps qu'il fait, le temps qui passe

L’ombre et la lumière

 

J’aime le jour, mais plutôt la nuit.

Le jour, à cette époque se lève à 8h du matin.

La nuit en revanche elle, elle sort douze heures plus tard.

Le jour avec le chant du soleil,

La nuit plus régulière avec le clair de lune.

Elle sort avec les petites étoiles quand les chats rêvent. 

Le firmament, ça rassure tout le monde.

Et même le chien peut dormir tranquille.

Puisque le greffier dort dans sa niche.

Ce que l’on ne sait pas, c’est que la nuit, les rêves visitent les étoiles.

Quand apparait l’aube, ils mettent les voiles pour la planète des Songes.

Réveillé de bonne heure

J’arrive à temps au bord du lac

Pour y voir les rayons glisser à la surface hivernale  

Avec leurs sacs à dos remplis d’Edelweiss.

Au moins l’Edelweiss, elle, a des histoires à raconter.

Mais plutôt des histoires de neige, c’est vrai !

C’est pour ça que je me lève de bonne humeur pour les écouter.

Les fleurs de la plaine sont moins bavardes, quoi qu’on en dise.  

Les rêves eux se lèvent à l’aube également, d’humeur égale.

Eux, prennent le train et disparaissent sur le chant le chant des mésanges, perchées dans les mélèzes.

Alors, le ciel ouvre ses volets, le vent souffle péniblement, la terre tourne, sombres la lumière et les ombres tâchent les murs, la pluie tombe dans la plaine, les hallebardes tracent des sillons, perforée la lumière laboure, le cœur de la terre rayonne et la vie jaillit, les arbres et les fleurs s’ouvrent, les animaux poussent des cris d’orfraie et les enfants braillent comme des veaux. Alors, on ne s’entend plus !

 

 

Mais ici, il y a

La mercuriale aux yeux d’or

Les ficaires amies des œillets de poètes

Les crépides et les moutardes en robe de soufre

Un petit aster s’est perdu dans l’heure mouillée

Les dents de chiens sont tendres aux compagnons de l’errance

La vigne respire le vent

Les corbeaux marchent les mains dans le dos

Il y a aussi des mésanges des chardonnerets des rouges gorge et des hirondelles pour nous amuser et nous faire pousser des ailes

Surtout ne pas confondre le myosotis et la véronique le géranium des montagnes en rirait

 

Vouvray, le 27 avril 2025

Lionel M.

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CHAHUTS ET BOUCANS

CHAHUTS ET BOUCANTS

 

Je me suis arraché du lit brûlant

Le sommeil était impossible

J’ai déchiré les draps 

Et des éclairs strièrent le ciel

Le tonnerre tomba dans mes oreilles

J’ai sorti ma crasse

J’ai dévalé les escaliers

Ouvert la porte de l'immeuble

J’ai appuyé avec insistance 

Sur les sonnettes des occupants 

Et j'ai déserté les lieux 

Les fenêtres s'ouvrirent

Les gens gueulèrent  

J’ai mis les adjas 

Dans ma précipitation 

J’ai heurté une poubelle 

Elle a vomi des ordures

Le ciel était en train de crever

J’étais sous une trombe de flotte

Un chat courait après un rat

Rien de plus naturel

Dans un quartier de notaire

Un chien gueulait

Au loin les pompiers 

Actionnaient leur klaxonne 

D’une fenêtre une mégère

M’a lancé son fer à repasser

Le pare-brise du notaire

A éclaté

J’ai lancé un baiser à la commère

Elle s'est mise à hurler

Comme une poissonnière

J’ai consulté ma montre

Le ciel a fini par crever

J’étais trempé

J’ai pris à gauche

À droite

J’ai eu peur, un autre rat 

Est sorti d'un caniveau

J’y ai craché dessus de dégoût

Et je l'ai envoyé en enfer

L’orage s'est fait entendre

Instantanément des éclairs scièrent le ciel 

J’ai sauté en ciseaux le grillage 

Du jardin stressé par les intempéries 

J’aurais pu y dormir

Et finir la nuit agitée sous un pin

" Qui témoigne aux passants mes amours et ma peine ;

Puis l'arrosant de lait et du sang d'un agneau,

Dis : "Ce pin est sacré, c'est la plante d'Hélène." Ronsard

J’ai terminé ma nuit à l’hôtel de police

 

Tours, 2018 Lionel M.

 

 

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A CELLE QUI EST TROP GAIE

 

 

 

 

 

La neige a fait un baiser au silence
L'engourdissement joue avec ma patience
La nuit sera froide comme une absence
La nuit sera accrochée au croissant 
Je révérais de boire le ciel et revoir le soleil

Et revoir ton miroir 

Tes yeux aquatiques 

Et ta silhouette perdue

 

Et je t’aime,

 

Un mot une trace dans le passé, l'intervention de "l'espace dans le temps", 

 

Lionel M.

 

Malgré qu’en nous un enfant sage

Parfois si peu sourit encore

Comme un vieux rêve qui agonise

Faut vivre

 

M ; Mouloudji

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REMINESCENCES

Jour de fête

 

  1. Joe Dassin chante à tue-tête

Qu’l trouve du confort dans les yeux d’Emilie

Et que le soleil y brille comme l’amour  

Aujourd’hui le soleil

Est de la fête

Et fait tourner la tête

Et rouler jeunesse

La table est recouverte d’une nappe blanche

Froissée comme la robe d’Emilie

Froissée comme mon cœur se froisse

En voyant danser Emilie 

Sur les paroles du chanteur américain. 

Les haut-parleurs se taisent.

Cet année l’été brule.   

A l’ombre délicate d’une tonnelle

Viviane et moi croquons la frite

Et dégustons la joue du porc

L’eau minérale nous rappelle la fraîcheur

D’une journée d’octobre

 

 

  1. De la rue Theuriet, une fanfare bretonne montre le bout de son nez

Les musiciens débonnaires s’apprêtent

La chaleur détend les âmes

Des passiflores descendent des murs

Les valérianes dressent leur corymbe blanc

Les narcisses assoupis

Se régalent de la poésie

De la patience du sedum

Et des trifollium impassibles

 

  1. Viviane laisse tomber ses paupières

Son visage est un hortensia

Et ses épaules tombent comme deux touffes de gui.

Je songe aux agapanthes de Bréhat

Sombres comme le bleu des flots.

Autour de la tonnelle

Dans ses habits traditionnels

L’amazing grâce sotie des poumons d’une cornemuse

S’écoule claire comme l’eau d’une fontaine

Je ferme les yeux, Viviane les ouvre.

 

  1. Tu te rappelles :

A Molène, c’était aussi l’été

L’île sous la brume 

Cachait ses secrets

Sur le sable blanchi des épaves de goémons juraient   

Sous les vagues de nuages serpentant dans un ciel olive

Une brise se mouvait dans la brume

A midi les cloches ont carillonné, tu te souviens ?

L’astre rayonnant d’ignorance fanfaronnait

Les mouettes de la plage festoyaient   

Au-dessus de nos têtes des Fous de Bassan dessinaient des histoires

Tandis que le brouillard se pavanait

Au loin sur les sentiers  

Comme des fantômes en tenue de soirée

Tu te rappelles

De la petite chapelle blanche ?

Sur l’aître,

Il y a des veuves vêtues

Comme la mort  

Elles scrutent l’horizon insondable

Dans la nef la pénombre porte un manteau de douleur

 Dans le chœur

Devant l’hôtel

Un cœur brisé

Pleure

Et puis une musique

Sort des rangs

Se lève courageuse

C’est l’amazing grâce

A l’aurore d’une journée aux douze doigts vermeils

 

  1. J’ouvre les yeux

Viviane sirote un petit verre d’hydromel. Ici, l’amazing grâce rafraîchit l’atmosphère…. Attablés en vis-à-vis les yeux rivés sur un bouquet de violettes nous nous désaltérons attentifs aux sons de la cornemuse. Plus loin des tilleuls en fleurs étendent des bras parfumés aux majorettes en tutu et chapeau pointu

La journée de Morgane n’est pas terminée. Pour nous, il est temps de reprendre le chemin…

 

Sainte-Maure-de Touraine,  le 6 juin 2025 Lionel M.

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LE MARTEAU

 

 

Un pétale de rien

Hache le ciel d’octobre

En osmose avec le grisaille 

Dans mon cœur l’opprobre

 

 

Sur un chemin un homme

Dans le brouillard une silhouette

S’éloigne , un manteau

Un trait, un point, plus rien 

 

 L. Morin

 

 

 

 

 

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LEMAN

IL Y AVAIT

 

Au chat

 

Entre les flancs du Léman un cygne noir glissé majestueusement

 

Il y n’avait personne

Il y avait dans le ciel gris des nuages menaçants

Il y avait au-delà du lac, la neige

Il n’y avait seulement qu’un paysage blanc couvert d’un précieux silence

Il y avait dans ma poitrine un bonheur incommunicable

Il y avait le brouillard qui me remplissait les poumons

Il y avait tant de vie devant mes yeux

Il y avait à l’horizon l’eau qui enfantait des rêves

Il y avait ferme, la terre ronde rêveuse comme cette rose de Rainer Maria Rilke

Il y avait cet arbre aux bras menaçants le ciel

Il y avait évanescente la lumière en pleine réflexion

Il y avait là, ces marches qui grimpaient comme le Lierre

Il y avait des maisons en sentinelles sur une ligne blanche

Il y avait la montagne avec son collier de brumes

Il y avait mes pensées qui descendaient vers le lac

Il y avait là, un troène percé par le soleil de janvier 

Il y avait dans mes yeux l’étonnement que je vous offre

Il y avait comme un paravent pour me protéger du temps

Il y avait dans le ciel les nuages gris en pullover de cachemire

Il y avait, il me semble un landau qui gazouillait

Il y avait un sourire sur son visage

Il y avait la lumière qui le berçait

Il y avait insidieuse une brise, elle soufflait à la surface du lac

Il y avait là un banc et là-bas un nénuphar une fleur de coton et une boule de gui

Il y avait tout ça près du lac

Il y avait ton regard tellement lointain

Il y avait ce majestueux paysage

Il y avait ton visage qui voguait à la surface du lac

Il y avait ta présence et

Il y avait ton absence

 Il n’y avait personne

Mais j’ai prié si fort, là sous les nuages qui couraient dans le ciel apaisé

Que désormais l’absente est présentée dans mes bras

 

Mais tu sais que je dois repartir bientôt

 

EVIAN, janvier 1989

Lionel M.

 

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