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Publications de Barbara Y. Flamand (14)

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Les mains de ma mère

Les mains de ma mère

 

Elles avaient raclé les miettes sur les tables,

grapillé le charbon au flanc des terrils,

ramassé branches et planches  pour allumer

                                        un feu de pauvre.

Mordues par la vie, elles restaient pourtant des mains d'enfant

qui habillaient des poupées imaginaires

et dessinaient des soleils sur des bouts de carton.

Entre la lessive et le devoir d'écolière, 

elles avaient gratté d'irréelles guitares

où leur âme se fendait en notes secrètes

                                          Entrte leurs gerçures,

elles avaient étouffé des colères de rebelle

et, mouillées de larmes, s'en étaint allées

cueillir la fleur rare, éclatée d'une graine aventureuse

                                          entre deux pavés.

Captives dans un atelier et tirant l'aiguille,

elles semblaient sur les taffetas, satins, broderies,

deux papillons voletant de corolle à corolle.

Du lot des meurtrissures, elles émergeaient aériennes

comme si leur vocation était d'apprivoiser les tourterelles. 

Un jour d'amour, elles déposèrent leurs fines nervures

                                           dans les poignes d'un ouvrier.

Les unes et les autres avaient de longues racines

gorgées de la houille du Sud et des sables du Nord.
Elles se nouèrent au temps des primevères, dans le souvenir commun

                                           du pain noir. 

Quand elles caressèrent mon premier battement de paupières

je reçus leur grâce au plus profond de ma chair.
Quand elles m'apprirent à cueillir un myosotis

ce fut pour le piquer dans mon coeur, que vivant

il y demeure à travers doutes et trébuchements.

Du langage des mains, elles me montrèrent tous les signes,

                                            puissants et délicats.

La tendre pression d'amour et la forte pression d'espoir,

le signe de l'adieu et celui du baiser,

les mains qui prient, s'offrent, maudissent,

                                           et le signe dur

du poing fermé pour la lutte finale,

les mains sur les yeux écrasant les larmes,

celles se frappant l'une l'autre dans l'enthousiasme,

et celles qui se creusent en coupe pour recevoir l'ondée,

ou s'écartent en croix ou dressent le flambeau,

tous ces signres, enfin, qui fusent du coeur...

                                           Les mains, les siennes,

sculptées dans la glaise des corons,

ne se refusant jamais à l'appel d'une détresse,

multiples et uniques, comblées de prodiges

                                           et de poignantes tendresses.

Elles sont vieilles aujourd'hui, traversées de veines bleues,

belles, comme le combat du blessé contre la mort,

comme une justice qui se montrerait nue,

comme l'obstination de l'aveugle à voir le jour

                                            dans sa nuit.

                                             Barbara Y. Flamand 

 

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"...écrasés sous pneu de jaguar"

Vient de paraître :

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… écrasés sous pneu de jaguar

poésie
par Barbara Y. FLAMAND

ISBN 978-2-930738-30-7 * 130 pages * 12,00€
format 12,5 x 20,5 cm

LE RECUEIL :

Une ligne de force traverse le recueil : le refus d’une réalité dominée par un individualisme étroit et égoïste, par un Pouvoir asservi à l’argent générant d’intolérables injustices. Dans « Le retour » poème dramatique qui clôt le recueil, le personnage incarne ce projet ; reprenant le flambeau des générations antérieures,  il prend place dans l’Histoire et donne sens à sa vie.
En 1968, date de (première) publication du recueil, B.Y.F s’indignait déjà contre une société qui glissait  dans l’oubli du passé, se complaisait dans le « vivre immédiat » et le « chacun pour soi », ferments d’une déshumanisation qui allait écarter de la conscience la question existentielle.

« …écrasés  sous pneu de jaguar »  rend hommage à des personnages dont la vie privée et politique n’a de valeur que dans la quête du sens, dans la volonté d’atteindre sa réalisation qui élève la collectivité et consacre l’accomplissement individuel. Ce premier titre suggérant l’insolente richesse et la violence qu’elle engendre était annonciateur, Les œuvres postérieures allaient révéler la lucidité  de la poétesse et sa force de frappe dans les accusations.
Toutefois, ce recueil, comme les suivants, prend en compte  la dimension intime de notre être, son importance charnelle et sa portée érotique, parfois, audacieusement pour l’époque.
Extrait de l'Avant-propos de Jana Cerna, éditrice du recueil traduit en tchèque
L'auteur : Barbara Y. Flamand

Auteure de 13 recueils de poèmes, de deux recueils de nouvelles, de deux essais, et de pièces de théâtre, Barbara Y. Flamand est une auteure prolifique.
La majorité de ses œuvres présentent un dénominateur commun : une critique souvent virulente de notre monde dans ses dimensions sociale, économique et politique. Notre condition humaine, en étroite relation avec l’Histoire, en dépendance même, soutient une œuvre dont la portée politique s’associe à l’éthique. Mais dans ce parcours de l’Histoire, prend place notre vie personnelle, de la naissance à la mort : les êtres, les bêtes, la nature, la vie… L’écriture s’adapte au sujet traité : lyrique, réaliste, satirique, caustique, ou encore, livrant la tendresse de l’auteure. Barbara n’a-t-elle pas révélé dans un de ses poèmes : « J’ai écrit parce que j’aime. » ?

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...écrasés sous pneu de jaguar, par Barbara Y. Flamand

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- ou chez votre libraire : ISBN 978-2-930738-30-7

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LES MIROIRS NE SONT PLUS MAGIQUES

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Un écrivain tchèque, Jan Lentcho a écrit : "BYF n'est en aucun cas un auteur mono-thématique." Son dernier recueil de nouvelles "Les miroirs ne sont plus magiques" contenant dix nouvelles, en est une nouvelle preuve.

Son regard critique sur notre société la porte souvent à la satire On la retrouve ici sur un ton tantôt persifleur, tantôt goguenard.Mais, de l'humour, l'auteur passe à la tendresse ("Mirette")., de la tendresse à la fantaisie dans "Rosa et Gaspar- le- Furet", de la fantaisie à l'émotion avec "L'exilé". Et, comme toujours, BYF reprend son interrogation sur le sens de la vie qui, ici, sera soulevé par les animaux d'une réserve.

Les animaux s'imposent encore dans d'autres nouvelles, et ils en disent de belles sur les humains..

Auteure de treize recueils de poèmes, d'un roman, de deux recueils de nouvelles, de deux essais, et de pièces de théâtre, BYF est une auteure prolifique..

La majorité de ses oeuvres présentent un dénominateur commun : une critique souvent virulente de notre monde dans ses dimensions sociales, économiques et politiques.

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L' O D E U R

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extrait critique de Joseph Bodson : "Les iodées qu'elle défend sans avoir l'air d'y toucher, concernent ce qu'il y a de plus grave dans nos sociétés. Nous ne cessons de nous présenter comme des mainteneurs du monde libre, mais en réalité, c'est l'économie, avec ses lois de fer,qui dirige notre monde libre. Et il cache en ses bas quartiers les misères qu'il engendre." Et, de Dominique Aguessy : "Un livre à lire et à relire en s'interrogeant sur des événements que la presse nous révèle quotidiennement. Une écriture toute en finesse et en nuances confère à ce roman un charme qui nous polursuit longtemps après en avoir achevé la lecture.""

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NOVEMBRE

Voici un poème de saison avec quelque chose de plus

                                             

                               Novembre

Je hais l’automne.

Les parcs sont tristes comme des veufs au premier jour de deuil ;

Des bancs délaissés  suinte  une mélancolie humide

Et les arbres, bras dressés au ciel,

Ressemblent à des mauvais acteurs de tragédie.

Je hais l’automne.

Dans le vent souffle un trompettiste pris de démence ;

Il crache sa fureur sur la face des miséreux

Transis dans les encoignures  en compagnie des feuilles maculées

Qui craquent  comme des os de moineau dans la gueule d’un chat.

Je hais l’automne.

La pluie fait sur les vitres un bruit infernal de marteau

Cognant l’enclume, elle suspend des rideaux liquides

Que les voitures traversent avec des yeux jaunes de créatures

Extra-terrestres, résolues aux provocations irrémédiables.

Je hais l’automne.

C’est alors que mon chagrin me serre dans sa  poigne,

Qu’il fait saigner toutes les plaies que le temps a léchées.

Je sais vieux frère,

Que nous sommes l’un à l’autre sans qu’un contrat nous lie.
Je suis la racine, tu es la fleur,

Je suis le violon, tu en es l’archet

Et de ma chair la fibre la plus coriace.

La source miraculeuse où j’allais ranimer ma joie

Quand les coups l’avaient pâlie,

Ma source miraculeuse a disparu dans la débâcle de mon Eden.

Je sais, vieux frère

Qu’il nous reste encore  beaucoup de jours à soutenir,

Des jours de voilier sur la haute mer

Et de trappe sous un tapis de pâquerettes,

Des jours de perles jetées aux cochons

Et d’ascension boiteuse sur un air de lampion,

Des jours de Hop là ! Nous vivons !

Et de sauve-qui-peut dans l’incendie du cœur.

Jusqu’au jour où…

Craquera le fil qui nous suspendait

Au-dessus du volcan.

                                     Barbara Y. Flamand

 

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Titre du dernier recueil de nouvelles de Barbara Y. Flamand dont voici les pages couverture suivie d'une critique de "Inédit Nouveau"12272960683?profile=original

Dans « Inédit Nouveau » Octobre 2013
L’espèce d’hésitation des éditeurs à publier des nouvelles me semble persister, malgré la qualité de celles que nous recevons. Par exemple, la polygraphe, Barbara Y. Flamand que nous connaissons bien par ses contes (ses romans un peu moins) et surtout par ses articles presque toujours polémiques dans la déjà regrettée « Cigogne », donne un titre qui la caractérise bien à son recueil double que je crois plutôt de contes que de nouvelles. « Elles ne dormiront pas sous l’aile d’un ange » Les premiers textes concernent des femmes et parlent surtout de leurs difficultés à s’insérer dans la vie quotidienne. Je ne surprendrai personne en traitant l’auteure de réaliste (je n’ose plus ajouter « socialiste » mais j’ai peut-être tort, tant la psychologie, importante, cède le pas à la vie difficile.) Un deuxième recueil de nouvelles aussi comme je les lis chapitres, concerne un seul personnage, le Tchèque <Miroslav Pucherna, qui découvre un pays neuf pour lui et se révèle en fait dans « La cabane de l’Inca » ce qui en fait presque un petit roman d’aventures, elles aussi quotidiennes…comme pour toute découverte du nouveau. C’est parfaitement écrit et raconté.

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EMOTIONS

                    

                              Un croissant de lune,
                              Une branche d'arbre sur la pâleur du ciel,
                              Le cri d'une hulotte...
                              Et l'étrange saisit la nuit.

                              Une maison éventrée,
                              Un pan de mur, un portrait abandonné
                              Qui fixe la rue comme un reproche...
                              Et la nostalgie s'épanche dans l'air.

                              Une fenêtre entrouverte,
                              Une femme au piano,
                              Des notes qui volent à la rencontre du passant...
                              Et le rêve s'accroche à la lumière de  midi.

                              Un terrain vague,
                              Une carcasse de voiture, sur le siège
                              Trois chatons qui tètent leur mère...
                              Et la vie triomphe de la laideur.

                              Une porte de prison ouverte,
                              Un détenu libéré, valise et angoisse
                              Il salue un homme qui détourne la tête...
                              Et la solitude monte des pavés à la gorge.

                              Un champ clos,
                              Un cheval lancé au galop
                              Vers un horizon qu'il veut reculer...
                              Et la liberté enfièvre la prairie.

                                    Barbara Y. Flamand

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EMOTIONS

                    

                              Un croissant de lune,
                              Une branche d'arbre sur la pâleur du ciel,
                              Le cri d'une hulotte...
                              Et l'étrange saisit la nuit.

                              Une maison éventrée,
                              Un pan de mur, un portrait abandonné
                              Qui fixe la rue comme un reproche...
                              Et la nostalgie s'épanche dans l'air.

                              Une fenêtre entrouverte,
                              Une femme au piano,
                              Des notes qui volent à la rencontre du passant...
                              Et le rêve s'accroche à la lumière de  midi.

                              Un terrain vague,
                              Une carcasse de voiture, sur le siège
                              Trois chatons qui tètent leur mère...
                              Et la vie triomphe de la laideur.

                              Une porte de prison ouverte,
                              Un détenu libéré, valise et angoisse
                              Il salue un homme qui détourne la tête...
                              Et la solitude monte des pavés à la gorge.

                              Un champ clos,
                              Un cheval lancé au galop
                              Vers un horizon qu'il veut reculer...
                              Et la liberté enfièvre la prairie.

                                    Barbara Y. Flamand

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Un tout petit bonheur

Il faut distinguer entre LE bonheur et un bonheur, comme entre L'Amour et un amour.LE bonheur et l'Amour ont une portée universelle, ils se rapportent à l'humanité; un bonheur et un amour sont du domaine individuel. L'humanité est       souffrante et vit, à maints endroits, de véritables tragédies. C'est pourquoi LE bonheur me dérange. Il n'est pas possible pour certains que les évènements mondiaux  bouleversent - bien qu'ils ne soient pas personnellement concernés - de se sentir heureux. Mais voici :                             

                                                                  

     Un tout petit bonheur

Il faut s'enfoncer dans la ville, profondément,

dans les rues boiteuses d'avoir trop vécu,

à petites fenêtres et portes étroites,

si étroites 

que le bonheur ne peut y entrer,

trop large pour le corridor,

trop haut pour la toiture qui s'incline.

Seule, la misère,

longue et sinueuse comme une couleuvre

va se glisser là

et se tortiller d'aise

entre les murs humides

humides comme si les larmes

les avaient éclaboussés des années durant.

Les hommes, leur science en poche,

ne peuvent-ils déloger la bête ?

Et sur la table déposer un soleil

qui sécherait les pleurs des murs

et la plaie des coeurs ?

Laissez-moi entrer !

J'ai pour vous un bonheur

qui ne demande pas d'espace.

Un tout petit bonheur

chauffé dans ma poitrine

à déposer

entre vos mains accablées. 

                                                                                                           Barbara  Y. Flamand

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Voici quelques extraits de critiques :

En ces nouvelles dont nous frappe la grande diversité, Barbara Y. Flamand développe à la fois une inspiration et des techniques très variées. Il est cependant permis d'y trouver des thèmes récurrents, des tournures d'esprit qui la caractérisent et son sa marque propre." (............) "Des nouvelles aux chutes très étudiées, des contes de fées qui  auraient mal tourné."   (Présentation de Joseph Bodson à l'AEB)

"Apre ou tendre, Barbara Y. Flamand poursuit d'un recueil de nouvelles à l'autre, une sorte de chant du monde pétri d'humanité et d'aspiration au bonheur." (Jean-Michel Klopp dans le quotidien luxembourgeois Zeitung vum letzebuerger vollek)

"Et des sujets importants, j'en passe ! Mais je me sens transfiguré par cette lecture substantielle et d'avenir." (Emile Kesteman dans "La cigogne"

Ce recueil divisé en trois partie : les nouvelles érotiques : "Les vertiges de l'innocence", celles apparentées au merveilleux et au fantastique : " Les métamorphoses insolites" et les satiriques : "Le génie et la peintre des labyrinthes" je choisis, après bien des  hésitations

                                                                        CACAHUETES

Cette porte entrebâillée comme une attente, et si forte était cette attente qu'elle s'exhalait sur le trottoir avec un parfum de venez-y voir. Il revint sur ses pas, persuadé que quelque chose, là au fond, le concernait. Qu'avait-il à craindre ? Rien. Il ne possédait qu'un passé miteux et quelques billets dans un porte feuille râpé.

Il entra, bourré d'appréhensions et d'espérances. Le couloir formait un coude. A peine eût-il dépassé cet angle qu'une odeur d'écurie, d'étable ou d'auge – il ne savait trop – lui emporta les narines. Il avança pourtant jusqu'à une pièce aussi pauvrement éclairée que l'espace qu'il venait de parcourir.

–  Peur ? lui cria une voix caverneuse. Entre seulement !

Il entra.

Un homme en caleçon de bain dont la barbe et les cheveux poisseux couvraient la moitié du visage et du corps se balançait sur une échelle de corde au-dessus d'un monceau de détritus. Le jeune homme le regarda, cloué sur place par une de ces sensations qui contiennent tout à la fois stupeur, panique, incrédulité et dégoût. Il ne pensait pas à fuir ; d'ailleurs, l'énergumène ressemblait davantage à un singe amuseur qu'à une bête menaçante.

– Cacahuètes! Cacahuètes! cria-t-il, de sa voix où passait un souffle de préhistoire. Pas besoin de curieux. Cacahuètes ! Me faut des cacahuètes.

Le jeune comprit :

–  Si vous voulez, dit-il, je peux aller vous en chercher.

–  Mon écuelle !

Il regarda au sol et trouva l'écuelle près du grabat.

La stupeur dépassant de loin le dégoût, il prit l'écuelle qui contenait quelques carottes et pissenlits et la présenta. L'énergumène la saisit, s'installa à l'aise sur son échelon et se mit à mastiquer. Tout à coup, il considéra avec attention le jeune homme mué en interrogation vivante et lâcha en faisant un effort d'articulation :

–  Je suis l’homme qui a refusé la condition humaine. T'as jamais entendu ? Le jeune homme fit stupidement non de la tête.

–  Mon matelas, articula encore l'autre. Dessous. Le journal.

Le jeune souleva du bout des doigts le grabat et en sortit un journal jauni et moite.

–  Lis!

Il tenta de déchiffrer et lut :

« On savait qu'en dehors des voies courantes de la vie civile, politique, militaire, les hommes choisissaient parfois de vivre comme des moines, des ermites, des missionnaires, des pèlerins, des vagabonds. M. R. P. que nous venons de rencontrer a décidé, lui, de vivre comme un singe. Voici ce qu'il nous a déclaré : « L'hominien est une branche dénaturée des primates, né des erreurs de la nature ou peut-être même une vacherie. Cette farce de la nature nous a conduits à endosser cette foutue condition humaine qui, si vous lisez l'histoire des civilisations, s'avère au-dessus de nos forces et de nos possibilités psychiques et morales. Qu'est-ce que la condition humaine implique comme comportement ? Le développement de l'intelligence, de la sensibilité et du sens esthétique ; l'exercice de la bonté et du courage ; la recherche de la vérité. Puisque cette condition n'a jamais pu être assumée – à quelques exceptions près dont nous ne pouvons nous expliquer les causes ni raisons – il me paraît logique, lucide et honnête de réévaluer notre espèce. Quel caractère spécifique de notre nature pouvons-nous effectivement assumer ? Son animalité. Me conformant sagement à ce trait irréfutable, je me classe désormais au rang de mon plus proche parent, le singe. Entendez bien ! Je n'appartiens pas à cette catégorie de singes qui s'ignorent, et s'ignorant, prétendent régenter les lois et les mœurs. Rien de commun entre cette espèce faussement humaine et l'état dans lequel je me place volontairement aujourd'hui. Je ne fus pas plus capable que vous d'assumer ma condition, mais moins hypocrite que vous, je ne continuerai pas à faire semblant d'être un homme ; je n'ai plus qu'un projet : accomplir mon destin animalier. Désormais, je n'ai plus rien à voir avec vos droits de l'homme, ceux du singe me suffisent. Je les revendique. Apportez-moi donc des cacahuètes, des bananes, tout ce que vous portez aux singes du zoo. Et ne vous offensez pas, si en votre présence, je me gratte les aisselles, me branle et chie sur vos têtes. Comprenez que je suis libéré de votre mode de vie qui exige que l'ordure se déverse en secret. »

Le jeune homme remit le journal sous le grabat et partit sans mot dire. Un quart d'heure plus tard, il revenait avec un kilo de cacahuètes et une main de bananes. Il se déshabilla calmement, ne gardant que son slip.

–  Fais-moi une place, dit-il simplement.

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LES MAINS DE MA MERE

Elles avaient raclé les miettes sur les tables,

grapillé le charbon au flanc des terrils,

ramassé branches et planches  pour allumer

                                        un feu de pauvre.

Mordues par la vie, elles restaient pourtant des mains d'enfant

qui habillaient des poupées imaginaires

et dessinaient des soleils sur des bouts de carton.

Entre la lessive et le devoir d'écolière, 

elles avaient gratté d'irréelles guitares

où leur âme se fendait en notes secrètes

                                          Entrte leurs gerçures,

elles avaient étouffé des colères de rebelle

et, mouillées de larmes, s'en étaint allées

cueillir la fleur rare, éclatée d'une graine aventureuse

                                          entre deux pavés.

Captives dans un atelier et tirant l'aiguille,

elles semblaient sur les taffetas, satins, broderies,

deux papillons voletant de corolle à corolle.

Du lot des meurtrissures, elles émergeaient aériennes

comme si leur vocation était d'apprivoiser les tourterelles. 

Un jour d'amour, elles déposèrent leurs fines nervures

                                           dans les poignes d'un ouvrier.

Les unes et les autres avaient de longues racines

gorgées de la houille du Sud et des sables du Nord.
Elles se nouèrent au temps des primevères, dans le souvenir commun

                                           du pain noir. 

Quand elles caressèrent mon premier battement de paupières

je reçus leur grâce au plus profond de ma chair.
Quand elles m'apprirent à cueillir un myosotis

ce fut pour le piquer dans mon coeur, que vivant

il y demeure à travers doutes et trébuchements.

Du langage des mains, elles me montrèrent tous les signes,

                                            puissants et délicats.

La tendre pression d'amour et la forte pression d'espoir,

le signe de l'adieu et celui du baiser,

les mains qui prient, s'offrent, maudissent,

                                           et le signe dur

du poing fermé pour la lutte finale,

les mains sur les yeux écrasant les larmes,

celles se frappant l'une l'autre dans l'enthousiasme,

et celles qui se creusent en coupe pour recevoir l'ondée,

ou s'écartent en croix ou dressent le flambeau,

tous ces signres, enfin, qui fusent du coeur...

                                           Les mains, les siennes,

sculptées dans la glaise des corons,

ne se refusant jamais à l'appel d'une détresse,

multiples et uniques, comblées de prodiges

                                           et de poignantes tendresses.

Elles sont vieilles aujourd'hui, traversées de veines bleues,

belles, comme le combat du blessé contre la mort,

comme une justice qui se montrerait nue,

comme l'obstination de l'aveugle à voir le jour

                                            dans sa nuit.

                                             Barbara Y. Flamand 

Extrait de "Les mauvais esprits et le crocodile vert".

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Lettre de l’AEB novembre 2011

Les vertiges de l'innocence

Une vingtaine de nouvelles, les unes plus courtes que les autres, par un de nos auteurs dont de nombreux titres ont été traduits en tchèque. Il est vrai que Barbara a beaucoup voyagé non seulement en Europe, mais aussi, par exemple, à Cuba.
Barbara Y.Flamand a le sens du social et s’est souvent inspirée de conceptions politiques et philosophiques où l’on tient compte de cet aspect des choses.
Certaines de ces nouvelles vous prennent aux tripes, par exemple, la naissance et le cheminement érotique de la femme.
D’autres retiennent votre attention par la verve fantastique qui les inspire, la précision d’observation qu’elles révèlent, l’humour qui règne en maître, bref par une imbrication de la fantaisie, de l’imaginaire et du réel.
Quelques dessins qui révèlent à la fois la personnalité si séduisante de l’auteur, où s’entremêlent ingénuité et perspicacité.

 

Émile Kesteman

 

 

 

 

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