Arts et Lettres

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Seconde et dernière lettre d'Odilon Redon à Mellerio à propos de son rapport à la lithographie

texte issu de mon blog histoires d'encres et de papiers

Seconde lettre d'Odilon Redon à Mellerio 

16 août 1898

...."J'ai toujours là sous les yeux votre lettre dont les questions m'enbarrassent. Je ne puis  répondre tout-à-fait.

Quel intérêt trouvez-vous à savoir si je me mets devant le chevalet ou la pierre avec les prévisions d'un concept préalable? Voilà trente ans que l'on me pose cette question.

Vous ne sauriez croire combien elle effarouche ma pudeur, je n'y ai pas répondu.

A quoi bon révéler autre chose que le résultat?

Ceux qui me voient travailler dans l'intimité de la vie privée sont sans doute éclairés sur ces choses, et Ari ou sa mère, vous en diraient en riant plus que moi, c'est probable.

Je puis vous confier, toutefois, si bon vous semble, des particularités invincibles de ma nature."

De l' angoisse de la page blanche

"Ainsi j'ai horreur d'une feuille de papier blanc. Elle m'impressionne désagréablement jusqu'à me rendre stérile, jusqu'à m'ôter le goût au travail( sauf les, bien entendu, où je me propose de représenter quelque chose de réel, comme de faire une étude, un portrait, par exemple) une feuille de papier me choque tant, que je suis obligé, dès qu'elle est sur mon chevalet, de la griffoner de charbon, de crayon, ou de toute autre matière, et cette opération lui donne vie."

Je crois que l'art suggestif tient beaucoup des incilations(NDR: coquille de l'imprimeur? Ce mot n'existe pas) de la matière elle-même de l'artiste."

Et d'expliquer son propos

"Un artiste vraiment sensible ne trouve pas la même fiction dans des matières différentes, parcequ'il est par elles, différemment impressionné.

Cela pour vous faire comprendre combien le concept préalable dont vous parlez, est d'une action relative et indirecte.

Il est souvent sans doute comme une entreprise de départ que l'on abandonna au cours du chemin pour suivre les sentiers charmants et imprévus de la fantaisie, cette souveraine, qui nous ouvre soudain des séductions magnifiques, surprenantes, qui nous subjugue. Elle a été mon ange-gardien.

Elle aime surtout la jeunesse et l'enfance, et la sagesse est de rester toujours un peu enfant, pour créer.

Elle est aussi la messagère de "l'inconscient", ce très haut et mystérieux personnage.

Sa venue est attendue dans la vieillesse trop avisée. Elle vient à son heure selon le temps, le lieu, la saison même.

Cela doit vous éclairer et vous dire combien il est malaisé de répondre à des "pourquoi" et des "comment", puisque dans ce creuset fatal où s'élabore le produit d'art, tout est primé par le précieux caprice de cet inconnu.

Petit aphorisme banal: RIEN NE SE FAIT EN ART PAR LA VOLONTE SEULE.

"Tout se fait par la soumissin docile à la venue de "l'inconscient". L'esprit d'analyse doit être prompt quand il paraît, mais après, il importe assez peu de s'en souvenir puisque, à chaque oeuvre, à chaque ouvrage, il nous propose un problème différent. Il est le vin de la vie, de vie divine et toute nouvelle. Je ne puis guère autrement vous dire."

A propos de son rapport aux lithographes professionnels

"Quand à savoir ce que me reprochent les lithographes de profession,çà, je ne le sais pas.

Ils ont tort de témoigner contre moi qui n'ai jamais fait ni désiré faire leur besogne.

Ils ont un point de vue, j'en ai un autre."

Vous parlez sans doute des lithographes officiels.

"Je ne connais de leur pensée que le soin qu'ils ont pris de m'éliminer, jadis, des expositions qu'ils organisent.

Après examen fait en ma maturité, je crois pouvoir dire qu'ils ont écarté mes meilleures lithographies.

Ils sont copistes d'ailleurs, je ne pouvais donc pas traiter mes ouvrages comme ils traitent les leurs.

C'était impossible."

Des rapports distants avec les ouvriers lithographes professionnels

J'ai vu autrefois quelques-uns de ces lithographes à l'imprimerie Lemercier; mais nous n'avons guère échangé de propos sur nos diverses cuisines. Nos abords étaient d'ailleurs tempérés par une atmosphère assez fraîche qui se répandait quand je m'approchais d'eux.

 

Je sais qu'ils parlaient "du grain" avec quelque mystère, et je vois à votre lettre qu'il vous intéresse aussi.

Note "le grain" est déterminé par le grainage de la pierre qui peut être plus ou moins rugueux.

Celui-ci est obtenu lors de la préparation de la pierre en ponçant deux pierres l'une sur l'autre au moyen d' un mélange d'eau et de carborundum en poudre qui peut comme pour le papier émeri être de grosseurs différentes.

Le grainage à la manière d'un papier aquarelle à gros ou petit grain, détermine la texture obtenue au tirage des épreuves. Par exemple un grainage fin conviendra bien à une lithographie exécutée à la plume, un grainage plus grossier permettra des effets de crayon plus prononcés.

"Tous les lithographes connaissent et traitent avec beaucoup d'égards cet élément essentiel d'une bonne pierre, mais le résultat qu'il donne n'est pas le but.

Du choix du papier report plutôt que de la pierre.

"Le papier report, dont vous vous souciez aussi, est excellent pour l'improvisation. Je l'aime beaucoup parce qu'il obéit mieux que la pierre. En vous confiant que la matière agit beaucoup sur ma sensibilité, vous devez comprendre que ce silex grave, revêche et dur ne permet guère les aventureuses entreprises de ma fantaisie:Le papier cède, la pierre résiste."

Note: Le Papier report est un  Papier recouvert d'une couche de gomme arabique  et de blanc, L'artiste trace, au crayon gras ou à l'encre lithographique, son dessin sur cet appret, Celui-ci étant soluble dans l'eau, il suffit, pour que le tracé gras se dépose sur la pierre lithographique, de poser le papier report (côté dessin) sur celle-ci, puis d'en humecter le verso. La colle se dissout et la graisse de l'encre adhère au calcaire. Corot utilisa très souvent ce moyen pour travailler " sur le motif ".

"...Je ne la comprends qu'après les premiers coups de feu, après les chaudes fumées de l'improvisation initiale sur le papier.

Je vous dirai verbalement quand je vous verrai les différences, avec des pièces sous les yeux, les ressources de l'une et de l'autre, ou des deux ensembles."

Les légendes de l'album à Edgar Poe sont de moi ainsi que les autres, sauf quand il s'est agi de Flaubert ou de Baudelaire.

Je ne sais rien de l'usage que peut faire un autre artiste du papier report, parceque je ne suis pas lui, parce qu'il n'est pas moi.

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Mon hommage à Odilon Redon, un de mes maîtres à penser dans le domaine de la gravure et de l'estampe

acrylique sur toile, format 45*60 cm inspirée par une de ses lithographies (ci-dessous) en noir et blanc intitulée " profil dans la lumière" daté de 1886 , elle est tellement belle!

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Réponses à cette discussion

Je découvre votre blogue  histoires d'encres et de papiers: c'est assez extraordinaire comme mine de renseignements. J'en suis ravi. Et vous partagez généreusement vos connaissances,  ce qui est toujours signe d'un grand maître.

Je vous remercie, Monsieur, pour votre sollicitude, j'essaie à ma manière de faire partager ma passion, modestement.

J'en profite également pour mettre le badge d'arts et lettres en haut à gauche de mon blogue Histoires d'encres.

Bonne journée

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(Collection Robert Paul).

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