Arts et Lettres

Le réseau des Arts et des Lettres en Belgique et dans la diaspora francophone

On adresse souvent ce reproche à la poésie moderne: son obscurité.

On entend souvent certains qui rattachent cette obscurité du poème à de simples artifices d'expression. Et cette question de l'obscurité et de l'hermétisme est sur toutes les lèvres dès qu'il s'agit de fustiger la poésie contemporaine. "Qu'est-ce que vous avez voulu dire ?" est souvent la seule appréciation, si ce n'est pas "Les poètes ne savent pas ce qu'ils disent"...

Mais ce que le poète a voulu dire, il l'a dit et... ne peut le redire autrement. "Traduire" le poème c'est, immanquablement, le "trahir".

Dès que le poème est réellement un "faire" -et non un re-faire, le voilà taxé d'hermétisme.

Mais le poème n'est-il pas là justement pour arpenter des chemins où personne encore n'a posé le pied, n'est-il pas précisément l'instrument d'un "voyant", au risque assumé de larguer le lecteur qui s'imagine pouvoir comprendre avant même d'avoir lu, tout étonné dès lors de se voir mener sur des terres inhospitalières et sans clef de lecture.

C'est parce que le poème donne le plus à voir dans les profondeurs de notre âme et du monde qu'il devient obscur pour le lecteur fatigué, pressé, conservateur.

 

La difficulté de la poésie tient bien en fait à sa nature même qui est d'éclairer par l'expression la plus exigeante. Mais nous ne savons pas regarder le soleil en face. Aurions-nous peur de la lumière ?

 

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Réponses à cette discussion

Bonsoir,

J' ai apprécié votre texte sur la poésie...et ne pense pas qu' il s' agisse d' hermétisme ou d' un langage d' initié...

S' il devait exister  une clé, pour y accéder, ce serait celle du coeur ... un poème invite à la lecture, à la saveur des mots, à la musique des lignes, à la vibration  intérieure des sons , au lent cheminement  des images... il n' est nul besoin d' être initié pour se laisser " envoûter " par un poème... simplement " réceptif ", comme le propose toute oeuvre artistique, qu' elle soit contemporaine ou plus " ancienne "...

Belle soirée à vous ! Amicalement, Nicole

La poésie, on peut la voir autrement et affirmer qu'elel est le conrtaire de l'hermétisme. En effet, celui-ci désigne, en poésie et ailleurs, quelque chose de fermé ...et de bien fermé, avec UNE clé, le but étant d'empêcher l'entrée de tout intrus.

La poésie moderne paraît difficile si on veut chercher à y pénétrer avec une clé que l'on va chercher et qu'on ne trouvera jamais , parce que le vrai poète ne se ferme pas aux autres. Il s'élance par monts et par vaux à la recherche de lui-même et du monde. Il n'a rien de caché puisqu'il ne sait pas où il va : et il n'a rien à cacher !

Sa quête personnelle va croiser la nôtre ici ou là parce que nous, humains, sommes à la fois ressemblants et différents. Le poète que nous lisons ne nous indique pas la route. Ce n'est pas nécessairement au moment de la lecture que va se produire la la "rencontre", le moment où l'on se dit : "C'est exactement ce que je vis, ressens". Le poète nous aura fait progresser sur notre chemin et puis nous avancerons sur notre propre chemin et rencontrerons d'autres balises. Plus loin nous irons,plus nous serons nous-mêmes mais sans la moindre volonté d'hermétisme. 

Je pense qu'il y a des poésies différentes comme des arts différents.Ou plus exactement des voies différentes et un choeur composé de plusieurs voix.

Pendant très longtemps la poésie a été confondue avac sa forme en tant que  genre littéraire, et pour beaucoup encore, qui pratiquent "naïvement" faire un poème c'est écrire un texte rimé., parfois-trop souvent-  ce n'est que de la versification. il y a le paquet cadeau, mais à l'intérieur c'est parfois vide.

A l'inverse beaucoup de personnes disent effectivement se détourner des formes modernes et contemporaines de poésie parce qu'elles n'entrent pas dedans: le poète écrirait pour lui seul et un petit groupe d'initiés qui posséderaient les codes, ce qui la rendrait élitiste au mauvais sens du terme Ce n'est pas mon avis, je précise!

.Comme pour l'art contemporain et l'abstraction : on ne peut pas toujours décrire un tableau abstrait par rapport à une réalité tangible , on ne peut pas expliquer certains poèmes par rapport à une logique basique.C'est même le contraire puisque tout dans les deux cas invite à un basculement des  valeurs réalistes et  pragmatiques c'est à dire à abandonner ces deux exécutions sommaires des réactions premières :

 cela ne représente rien (parce  que je ne vois rien) - cela ne veut rien dire (parce  que je cherche à comprendre) .

 Je n'ai à cet égard qu'une expérience personnelle à partir de laquelle je me défends de généraliser .

 Il m'a semblé quand j'écrivais que tout ce que  je disais en poésie venait d'ailleurs. Il m'a toujours semblé que la poésie était un langage (des langages) à l'intérieur de la langue et ce même quand je lisais des textes écrits dans  d'autres langues. Le latin par exemple disposait d'un double vocabulaire poétique et courant. Mais quand je parle d'autre langage je veux dire que l'hermétisme n'est problème que pour qui chercherait à traduire. Si vous voulez la poésie comme l'art et comme l'amour défie les explications (les clés) et les commentaires ('la glose)

Plus on essaie d'expliquer, plus on se plante et pourtant comme c'est riche, complexe et sujet à interprétations multiples on ne cesse de le faire...et on a raison, sans doute (c'est un moteur pour la réflexion, aussi) . elle met en route et peu importe où on va !

Oui j'ai écrit des textes que je ne peux pas expliquer ni m'expliquer (et j'en écris encore), mais il faut lorsqu'on entre en poésie ou dans un  poème laisser à la porte ses vieux réflexes cartésiens.Sinon on reste dans l'extériorité et dans le formalisme.

Le poète n'est pas obscur par désir d'être obscur il l'est par nécessité : se dire qu'il l'a dit ainsi parce que pour lui à cet instant-là ça ne pouvait se mettre en mots, sonorités, images que de cette façon-là.

Qu'on lise ou qu'on écrive il faut accepter de se bouger ailleurs , pas une question de comprendre mais de sentir comme on  éprouve par exemple un tableau, ou mieux une musique. Pas forcément à cause du rythme des images et de la musique des mots mais un peu grâce. de tout cela . On peut commenter une musique quand on est musicologue mais le ressenti de la personne qui l'écoute comme celui du musicien qui l'a composé est rigoureusement indicible.Et la part de  création est aussi dans ce champ-là.

 De cet indicible la poésie hermétique (ou perçue comme telle ) se fait trace.

 Je pense qu'il faut distinguer cette difficulté des poésies qui ne s'ouvrent pas à un sens rationnel de celle des textes de fonds à tendance philosophique qui eux sont ardus et nécessitent des bases, des connaissances. Là il n'est besoin d'autres connaissance que celle de sa qualité d'homme.

Pas même besoin d'initiation les mots les rythmes les associations d'images de sens d'idées vous portent et même si on ne saisit pas tout c'est assez parfois pour produire émotion et même bouleversement.Il faut y arriver sans préjugés-l plus difficile à obtenir, nous sommes tous formatés autrement !- Nous marchions : il faut apprendre à voler alors que nous n'avons pas d'ailes.

 La poésie dite hermétique nous met dans un autre état de conscience non rationnel; on joue le jeu ou pas...

 

 

 

"Hermétisme et codification.

Je pense qu'en poésie, tout comme en peinture ou en musique, la "maîtrise" - offrant la possibilité de "codifier" formellement et, surtout,
"volontairement" (ceci étant de l'ordre du "signe",
du "symbole", de la "mathématique"...) - ne peut
se révéler que dans l'apprentissage ardu (et long) des "formes
classiques" (rimes, mètres, et bien plus...).

Se lancer dans les méandres de "l'initiation poétique formelle" revient à apprendre, au fil du temps, à structurer, à quantifier, à épurer, à rechercher
la "mélodie" pour trouver "l'harmonie" grâce à
la "codification métrique"...

Et, ô merveille, l'on découvre un jour, comme par miracle, que les "impératifs formels" guident, eux-mêmes, l'inspiration (mais cela est du domaine de la
"magie poétique", comme cela peut être le cas en peinture
ou en musique...).

Si l'auteur a acquis, au fil du temps, une certaine culture artistique (je préfèrerai dire "générale"), il peut jouer avec les arcanes de ses connaissances en "codifiant"
(au gré de son inspiration) la "signification" de sa
thématique à l'aide "d'outils symbolistes", et c'est là
que "signes" et "symboles" peuvent se rejoindre
dans le fond et dans la forme."

(C.S. Novembre 2009)

 

http://christophestabile.centerblog.net/

 

 

 

Peut-on comprendre la musique?

Peut-on comprendre la couleur?

Faut-il connaître le chemin d'un artiste pour éprouver une émotion agréble voire désagréable?

Le poème est avant tout une émotion exprimée avec les mots qui s'imposent à leur auteur et que son sens personnel de l'esthétique travaille non pour le rendre compréhensible mais bien le rendre perceptible.

Sans être africaine, à défaut de tout "comprendre" de Senghor, de Césaire, je peux les ressentir.

Face au poème ne faudrait-il renouer avec son âme d'enfant?

Occulter sa raison, s'ouvrir à l'émotion et se souvenir de Racine lorsqu'il disait que le coeur a ses raisons que la Raison ignore.

 

 

D'accord avec vous, cependant je crois que la sensibilité s'éduque aussi par le contact avec les oeuvres... or beaucoup de personnes ne lisent jamais de poésie contemporaine et je crois que lorsque la sensibilité n'y est pas formée, ce n'est pas forcément non plus "perceptible", malheureusement. On se ferme devant cet inconnu.On l'ignore même totalement.  Quand les gens parlent de leurs lectures ils citent un romancier,rarement un poète! Et pratiquement jamais un poète de nos jours (pour beaucoup la poésie s'arrête au début du XX siècle...)
Vandenkerkove Martine a dit :

 

Peut-on comprendre la musique?

Peut-on comprendre la couleur?

Faut-il connaître le chemin d'un artiste pour éprouver une émotion agréble voire désagréable?

Le poème est avant tout une émotion exprimée avec les mots qui s'imposent à leur auteur et que son sens personnel de l'esthétique travaille non pour le rendre compréhensible mais bien le rendre perceptible.

Sans être africaine, à défaut de tout "comprendre" de Senghor, de Césaire, je peux les ressentir.

Face au poème ne faudrait-il renouer avec son âme d'enfant?

Occulter sa raison, s'ouvrir à l'émotion et se souvenir de Racine lorsqu'il disait que le coeur a ses raisons que la Raison ignore.

 

 

J'adhère tout à fait cela me fait penser aux contes de fées que je lisais à mes enfants et je revoie encore leurs yeux et oreilles émerveillés lorsque le contes était truffé de termes inconnus donc magiques. Et lorsqu'un jour suivant lisant le même conte j'omettais un de ces mots magiques ils me le réclamaient alors qu'ils n'en connaissaient pas le sens.

Cordialement

Alyzarine


Bonjour Christophe,

 

J'entre dans cette discussion  par hasard: j'ai donc lu plusieurs réactions et c'est chez toi que j'ai retrouvé les reflets de mon voyage en poésie. Chez d'autres aussi, mais dans une moindre mesure. Je rejoins aussi Jacqueline lorsqu'elle écrit "le poème vient d'ailleurs" Il faut le saisir au vol sinon il s'envole ... vers d'autres âmes disposées à l'accueillir.

Finalement, nous ne maîtrisons rien. C'est elle qui prend possession de nous.

 


Christophe Stabile a dit :

"Hermétisme et codification.

Je pense qu'en poésie, tout comme en peinture ou en musique, la "maîtrise" - offrant la possibilité de "codifier" formellement et, surtout,
"volontairement" (ceci étant de l'ordre du "signe",
du "symbole", de la "mathématique"...) - ne peut
se révéler que dans l'apprentissage ardu (et long) des "formes
classiques" (rimes, mètres, et bien plus...).

Se lancer dans les méandres de "l'initiation poétique formelle" revient à apprendre, au fil du temps, à structurer, à quantifier, à épurer, à rechercher
la "mélodie" pour trouver "l'harmonie" grâce à
la "codification métrique"...

Et, ô merveille, l'on découvre un jour, comme par miracle, que les "impératifs formels" guident, eux-mêmes, l'inspiration (mais cela est du domaine de la
"magie poétique", comme cela peut être le cas en peinture
ou en musique...).

Si l'auteur a acquis, au fil du temps, une certaine culture artistique (je préfèrerai dire "générale"), il peut jouer avec les arcanes de ses connaissances en "codifiant"
(au gré de son inspiration) la "signification" de sa
thématique à l'aide "d'outils symbolistes", et c'est là
que "signes" et "symboles" peuvent se rejoindre
dans le fond et dans la forme."

(C.S. Novembre 2009)

 

http://christophestabile.centerblog.net/

 

 

Personnellement je pense qu’on ne comprend pas ce qui s’est passé en poésie moderne si l'on ne réalise pas que les règles et les formes poétiques (telles que l'alexandrin, le sonnet, rondeau, quatrain, haïku, etc.) engendrent un sens, les formes sont liés au sens.

Par conséquent toutes les formes poétiques n’ayant plus cours, par la même occasion, les sens qu’elles enduisaient ont disparu également, sans parler du rythme et de l’harmonie de la langue.

D’où le phénomène inédit du vers blanc et l'hermétisme croissant qu'il engendre...

La contrainte de la forme dans l’art poétique n’est pas gratuite, inutile, superflue ou décorative seulement : elle est matrice de sens.

La liberté sans contrainte est une illusion, aussi bien dans la vie que dans l’art poétique.

La poésie est un art du langage et le non-respect des règles élémentaires propres à cet art contribue à son incompréhension et sa mystification.

Selon moi, la poésie a deux devoirs : nous plaire et nous émouvoir.

http://epigramme.fr

Mais il existe une métrique de la prose qu'on appelle prosodie! et la contrainte de la métrique n'est pas suffisante à établir la poésie (la versification n'est pas la poésie mais le cadre de certaines formes poétiques ),

 il existe des textes qui sont des exercices de versification, mais qui ne sont pas de la poésie, car la poésie est ailleurs que dans le  poème!

 Le poète       est un medium comme tout artiste, il se sert des mots et des rythmes quels qu'ils soient pour traduire quelque chose, il n'est pas là pour divertir ..pas plus qu'une oeuvre d'art n'est là pour décorer ...il est aussi là pour détourner le langage de son sens habituel, pour indiquer de nouvelles façons d'appréhender la réalité du monde. Et il est là aussi parfois pour déranger ...

le vers libre ce n'est pas plus n'importe quoi que la peinture abstraite par rapport à la peinture figurative c'est une autre sorte de contrainte qui repose sur d'autres rapports de rythme en coincidence avec du son et du sens .

L'hermétisme n'est pas à mon avis lié  une déstructuration du vers, mais aussi au sens du poème , un poème en vers réguliers de Paul Valéry peut être hermétique tandis qu'un autre de Cadou en vers libres sera beaucoup plus transparent ..pour n'en citer que deux que j'aime autant l'un que l'autre.

 La poésie en vers libre, hermétique ou non, c'est à la poésie ce que la musique contemporaine est à la musique classique ... toutes deux ont des règles et des codes différents, les langages de  de l'art, de la musique, de la peinture évoluent tous comme la langue maternelle qui évolue ...

Bonjour,

 

L’hermétisme de la poésie contemporaine est-il un reproche fondé ?

Je remercie Claude Miseur de nous proposer ce sujet très intéressant.

Dans un premier élan, il me semble nécessaire de précéder ma contribution de deux remarques qui me semblent importantes. 

La première vient de l’idée qu’il serait bien difficile de traiter le sujet de façon pertinente sans le devancer de questions fondamentales notamment : Qu’est-ce que la poésie ? A-t-elle une fonction utile ou indispensable qui ne la ferait pas rester à l’art pour l’art ? Dès cette remarque, chacun peut deviner dans quel embarras nous serions pour y trouver des accords unanimes. Ce n’est pas forcément pour le regretter, loin s’en faut, mais ma contribution sera induite par mes réflexions sur la poésie. A mon avis, il y a quatre choses à distinguer. Il y a la poésie qui est essentiellement un état d’esprit qui influe sur une manière de vivre, et d’être. Il y a la substance de la poésie qui est pour moi dans une sorte de cordon ombilical avec la vie, le monde qui nous entoure, les traces éparses de son histoire, et des aspirations ancestrales des êtres humains. Il y a l’acte poétique qui est souvent solitaire, silencieux et n’a pas nécessairement besoin de langage et d’être lu, décodé, compris ou jugé. Il y a enfin l’acte de reliance poétique plus ou moins déclarée et volontariste qui peut avoir plusieurs langages, de celui du corps à ceux utilisant la voix ou l’écriture. C’est à cette quatrième notion que peut à mon avis se rattacher la question de l’hermétisme.     

La seconde remarque tient à des questions qui pourraient suivre immédiatement la question initiale. L’hermétisme de la poésie n’est-il pas un reproche qui a été fait en d’autres temps ? L’hermétisme est-il le seul reproche ou le reproche principal qu’on fasse à la poésie contemporaine ? L’hermétisme est-il inhérent à la poésie comme un état d’esprit permanent qui serait de qualité rare ou est-il le fait de certains écrivains élitistes renvoyant chacun à ses lacunes, à ses pauvres connaissances?

Ce que j’ai reçu trop souvent, promenant ma poésie, c’est plutôt : "c’est bien beau, bien généreux tout ça, mais ça ne sert à rien". C’est aussi : "c’est quand même ringard". Au pire c’est aussi : une fin de non recevoir.  

Si je devais faire un seul reproche à la poésie contemporaine, ce ne serait pas celui de l’hermétisme. Je lui reprocherais d’être anonyme, de ne pas exister, d’être perdue au milieu du brouhaha actuel, de rester dans son petit coin, de se laisser brader sans broncher dans ces multiples écrits du net ou flots de mots à la mode indignes de poésie, et même de ne pas défendre la simple liberté d’expression.

 

L’hermétisme ? Je le conçois comme l’acte de reliance poétique supposé manqué. Il pourrait avoir l’image d’une porte fermée provisoirement ou définitivement entre l’intérieur d’une maison et la rue, et plus simplement entre deux personnes, l’une affirmée poète dans ce qu’elle dit ou écrit, et l’autre qui l’est, qui ne l’est pas. Ce sont le plus souvent deux personnes, inconnues dans les deux sens, sauf qu’elles ont en commun bien des choses de la vie nommées joies et chagrins même si leur vécu est différent. Si ce n’est pas une porte fermée, c’est en tout cas pour le moins une grande distance entre elles. Comment peut-elle s’expliquer ? Cette situation est-elle irrémédiable ?

Dans ces images de porte fermée, de grande distance entre deux personnes, on peut envisager que l’hermétisme a des causes qui tiennent à chacune d’elles et à la qualité supposée médiocre de leur relation. 

Chacune des deux personnes est une profondeur et une apparence. Chacune est une identité remarquable, une parcelle de l’histoire humaine, une expérience particulière de vie, plus ou moins longue, plus ou moins riche et exaltante, une appétence plus ou moins large de culture, un équilibre différent de temps consacré à des préoccupations existentielles et spirituelles. Chaque personne est aussi un conflit plus ou moins fort, assumé ou pas, entre sa dimension personnelle, intime, et sa dimension sociale. Comment ne pas envisager qu’il y a là bien plus de raisons à l’hermétisme en poésie que l’inverse ?

Il y a la vie ordinaire qui nous sépare déjà plus souvent qu’elle nous rassemble. Il y a surtout tout le poids d’une société individualiste, qui fait des gens pressés, accaparés par des soucis matériels, des masses à culture paupérisée. Quand les gens qui se côtoient ne se parlent plus, ne se connaissent plus, comment espérer qu’il y ait une relation différente dans l’acte de reliance poétique ?

J’occupe ces dernières années autant de temps dans les deux positions de cette reliance.

Humble auteur amateur de poésie, j’ai pu constater par les personnes qui m’ont lu ou écouté, que l’hermétisme s’installe par le contenu même de la poésie. Je rejoins là Claude Miseur. Quand j’ai commencé à écrire, je m’étais fixé de rester à la simplicité, et à la volonté d’être compris par le plus grand nombre, et les gens les plus modestes. Aujourd’hui, après plus de 700 textes, je suis plutôt écartelé entre les sujets que je traite dans cette position d’enseigné permanent et ce souci d’être compris qui me reste presque comme une déformation professionnelle d’enseignant. Mais force est de constater que la reliance poétique est de plus en plus difficile quand on est de plus en plus exigeant avec son approche de l’art poétique. La poésie, ce n’est pas pour faire joli, ce n’est pas du papier peint avec des petits oiseaux. C’est de la vie, de l’humanité dans la complexité jusqu’à nombre de mystères, et de questions sans réponse. La poésie me semble plus que jamais des voies énigmatiques, des portes paradoxales, du décentrage, du débordement des cadres, du décalage spatial et temporel, autant de raisons d’éloignement avec la société actuelle, et le temps présent. C’est du no man’s land, des allers et retours entre deux mondes, l’un tout en fracas, et l’autre, à l’idéal. Pour l’heure, je ne suis pas des plus obscurs pour dire tout ça … Mais suis-je vraiment poète ? Le serais-je quand je serais de plus en plus hermétique ? J’espère avoir une possibilité de me sortir de ce dilemme.

Lecteur, auditeur, je me suis trouvé bien des fois à fermer la porte entre moi et l’auteur poète, en dépit d’un apriori favorable avec qui se met à nu, et ose ce qu’il est. Quelles étaient et quelles sont les raisons de certains hermétismes ? Le fonds ou la forme ou les deux ? Un parti pris ou un préjugé ?

Si le lecteur-auditeur n’est pas un effort à sortir des sentiers battus, à écouter un autre, à la fois différent et pareil à lui-même, à supporter des états d’âme qui ne sont pas les siens, s’il n’a pas l’honnêteté de dire qu’il ne peut tout comprendre, ni tout admettre, il y a là plus de portes d’hermétisme qu’il ne faudrait.   

J’ai admis les multiples formes que pouvait avoir la poésie, ça c’est fait. Les portes d’hermétisme qui me restent sont donc formées par des contenus, du sens qui ne me parle pas, sans désespérer d’en réduire le nombre. Mais je peux concevoir que nombre de gens soient bloqués simplement par la forme quand ils suivent des puristes, spécialistes des exercices à belles écritures de coquilles vides, ou restent à des images scolaires et surannées de la poésie.  

 

Je ne sais quelle voie il faudrait prendre pour empêcher l’hermétisme de la poésie pour nombre de gens. En tout cas, en accord avec Claude Miseur, je ne conçois pas que les poètes descendent à expliquer leurs textes. Il leur faut poursuivre leur chemin. Mais il faudrait peut-être qu’ils interviennent davantage partout où c’est possible pour établir une autre image multiple des poètes, et qu’ils s’intéressent fortement à la manière dont on présente la poésie dans les écoles.

 

Amicalement. Gil Def                       

Merci à vous Gil Def pour votre intervention sur « l’hermétisme de la Poésie contemporaine ».

Je vous cite parce que j’admire dans votre réponse l’extrême honnêteté intellectuelle et peut-être aussi parce que je ressens tellement bien ce que vous exprimez.

 

Merci pour ce beau plaidoyer pour la Poésie !

 

« …force est de constater que la reliance poétique est de plus en plus difficile quand on est de plus en plus exigeant avec son approche de l’art poétique. La poésie, ce n’est pas pour faire joli, ce n’est pas du papier peint avec des petits oiseaux. C’est de la vie, de l’humanité dans la complexité jusqu’à nombre de mystères, et de questions sans réponse. La poésie me semble plus que jamais des voies énigmatiques, des portes paradoxales, du décentrage, du débordement des cadres, du décalage avec son temps, autant de raisons d’éloignement avec la société actuelle, et le temps présent. C’est du no man’s land, des allers et retours entre deux mondes, l’un tout en fracas, et l’autre, à l’idéal.

 

Si le lecteur-auditeur n’est pas un effort à sortir des sentiers battus, à écouter un autre, à la fois différent et pareil à lui-même, à supporter des états d’âme qui ne sont pas les siens, s’il n’a pas l’honnêteté de dire qu’il ne peut tout comprendre, ni tout admettre, il y a là plus de portes d’hermétisme qu’il ne faudrait.

… »

 

Bien cordialement

Claude Miseur

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D’UN SURREALISME L’AUTRE : LES FLORILEGES DE MARC BREES

DE LA TRANSPARENCE DE L’AME : L’ŒUVRE DE MARIE-CLAIRE HOUMEAU

VERS UN AUTRE SACRE : L’ŒUVRE DE RODRIGUE VANHOUTTE

traduit en espagnol via le        lien en bas de page

     http://bit.ly/29pxe9q

LE SIGNE ENTRE LA CULTURE ET LE MOI : L’ŒUVRE DE LYSIANE MATISSE

DE LA MATIERE ENTRE LES GOUTTES DE L’ESPACE : L’ŒUVRE DE FRED DEPIENNE

FREDERIQUE LACROIX-DAMAS - DU PALEOLITHIQUE AU CONTEMPORAIN : RETOUR SUR L’ORIGINE DU MONDE

ENTRE SURREALISME ET METAPHYSIQUE : L’ŒUVRE DE GHISLAINE LECHAT

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LA LIGNE ENTRE COULEURS ET COSMOS : L’ŒUVRE DE VICTOR BARROS 

CHRISTIAN BAJON-ARNAL : LA LIGNE ET LA COULEUR : L’ART DE L’ESSENCE

LE ROMAN DE LA ROSE : L’ECRITURE PICTURALE DE JIDEKA


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CLAUDE AIEM : OU LA TENTATION DU SIGNIFIE


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ALEXANDRE SEMENOV : LE SYMBOLE REVISITE


VERONICA BARCELLONA : VARIATIONS SUR UNE DEMARCHE EMPIRIQUE


FRANCOISE CLERCX OU LA POESIE D’UN MOMENT


XICA BON DE SOUSA PERNES: DIALOGUE ENTRE DEUX FORMES DU VISIBLE


GILLES JEHLEN : DU TREFONDS DE L’AME A LA BRILLANCE DE L’ACHEVE


JIM AILE - QUAND LA MATIERE INCARNE LE DISCOURS


DIMITRI SINYAVSKY : LA NATURE ENTRE L’AME ET LE TEMPS


FRANÇOISE MARQUET : ENTRE MUSIQUE ET LEGENDE


CLAUDINE CELVA : QUAND LA FOCALE NOIE LE REGARD


LES COULEURS HUMAINES DE MICAELA GIUSEPPONE


MARC JALLARD : DU GROTESQUE A L’ESSENTIEL


JULIANE SCHACK : AU SEUIL DE L’EXPRESSIONNISME MYSTIQUE


ROSELYNE DELORT : ENTRE COULEUR ET SOUVENIR


BETTINA MASSA : ENTRE TEMPS ET CONTRE-TEMPS

XAVI PUENTES: DE LA FACADE A LA SURFACE : VOYAGE ENTRE DEUX MONDES

MARYLISE GRAND’RY: FORMES ET COULEURS POUR LE TEMPS ET L’ESPACE

MARCUS BOISDENGHIEN: ETATS D’AME…AME D’ETATS : EMOTIONS CHROMATIQUES

 

JUSTINE GUERRIAT : DE LA LUMIERE

 

BERNADETTE REGINSTER : DE L’EMOTION A LA VITESSE

 

ANGELA MAGNATTA : L’IMAGE POUR LE COMBAT

 

MANOLO YANES : L’ART PASSEUR DU MYTHE

 

PIERRE-EMMANUEL MEURIS: HOMO LUDENS

 

MICHEL MARINUS: LET THE ALTARS SHINE

 

PATRICK MARIN - LE RATIONNEL DANS L’IRRATIONNEL : ESQUISSES D’UNE IDENTITE

 

CHRISTIAN VEY: LA FEMME EST-ELLE UNE NOTE DE JAZZ?

 

SOUNYA PLANES : ENTRE ERRANCE ET URGENCE

 

JAIME PARRA, PEINTRE DE L’EXISTENCE

Bruxelles ma belle. Et que par Manneken--Pis, Bruxelles demeure!

Menneken-Pis. Tenue de soldat volontaire de Louis-Philippe. Le cuivre de la statuette provient de douilles de balles de la révolution belge de 1830.

(Collection Robert Paul).

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