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Je viens de lire sur le blog de Jean Baudet qu'il considère  le "Je est un autre" de Rimbaud comme étant une ineptie, contrairement au "cogito ergo sum" de Descartes. N'est-ce pas là très réducteur, sachant que le langage est précisément le lieu où s'éprouve l'altérité fondamentale de soi par rapport à soi.

Claude MISEUR

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Quand Rimbaud (1854-1891), dans une lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871s’exclame « je est un autre » il professe une conception originale de la création artistique :  le poète ne maîtrise pas ce qui s’exprime en lui , pas plus que le musicien, l’œuvre s’engendre en profondeur… Rimbaud poursuit : « J’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute… Maurice Blanchot parle d’impouvoir ;  au-delà  du registre esthétique c’est peut-être toute la conception classique du sujet comme pôle d’identité et  de maîtrise de soi qui ainsi peut être remise en cause. C’est d’ailleurs le sens de la critique que Nietzsche opère à la même époque.

Charleville, [13] mai 1871.

Cher Monsieur !

Vous revoilà professeur. On se doit à la Société, m’avez-vous dit ; vous faites partie des corps enseignants : vous roulez dans la bonne ornière. — Moi aussi, je suis le principe : je me fais cyniquement entretenir ; je déterre d’anciens imbéciles de collège : tout ce que je puis inventer de bête, de sale, de mauvais, en action et en parole, je le leur livre : on me paie en bocks et en filles. Stat mater dolorosa, dum pendet filius. — je me dois à la Société, c’est juste, — et j’ai raison. — Vous aussi, vous avez raison, pour aujourd’hui. Au fond, vous ne voyez en votre principe que poésie subjective : votre obstination à regagner le râtelier universitaire, — pardon ! — le prouve ! Mais vous finirez toujours comme un satisfait qui n’a rien fait, n’ayant rien voulu faire. Sans compter que votre poésie subjective sera toujours horriblement fadasse. Un jour, j’espère, — bien d’autres espèrent la même chose, — je verrai dans votre principe la poésie objective, je la verrai plus sincèrement que vous ne le feriez ! — je serai un travailleur : c’est l’idée qui me retient, quand les colères folles me poussent vers la bataille de Paris — où tant de travailleurs meurent pourtant encore tandis que je vous écris ! Travailler maintenant, jamais, jamais ; je suis en grève.

Maintenant, je m’encrapule le plus possible. Pourquoi ? je veux être poète, et je travaille à me rendre voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète, et je me suis reconnu poète. Ce n’est pas du tout ma faute. C’est faux de dire : je pense : on devrait dire : On me pense. — Pardon du jeu de mots. —

Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et Nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait !

...  Arthur Rimbaud

 

L’étranger est en nous et lorsque nous fuyons ou combattons l’étranger,
nous luttons contre notre inconscient – cet « impropre » de notre « propre »
impossible.
Julia Kristeva, 1988

Des tours de Babel – Jacques Derrida

L'article de cette conférence est un peu long. Aussi l'ai-je placé sur mon blog.

Claude Miseur

Bonjour Claude. Ayant lu et relu la conférence de Jacques Derrida intitulée Des tours de Babel (qui me paraît surtout traiter du problème épineux de la traduction), je suppose que vous voulez mettre ce long texte un peu ardu en lien avec la problématique initiale du langage comme lieu de l’altérité telle que l’exprime Rimbaud par son expression "Je est un autre". Selon moi, Babel est une histoire mobilisatrice qui, pouvant être lue comme le mythe de l’unité perdue (lecture théologique), fait que certains confondent toujours l’origine des langues et l’origine du langage. Or, il y a d’autres lectures possibles, comme par exemple celle de la psychanalyste Marie Balmary (Le sacrifice interdit, Grasset, 1986, p.76) qui y voit un récit sur la mort du tissu social. Nous sommes ici à la racine de la confusion qui est toujours faite entre la recherche de l’origine et la recherche de l’identité. On ne lira donc pas cette histoire de la même façon si on la voit comme un origine (Babel, c’est du passé) ou si on la voit comme un fonctionnement (nous portons Babel en nous). Parce que l’origine est perdue (inutile de la chercher), mais le fonctionnement est présent. Où la diversité/altérité peut se voir comme un infini à explorer, un infini du sens. Et donc comme ce qu’il y a de plus précieux dans le radicalement historique de l’humain. Au plaisir de vous lire.
Daniel Moline

Il y a de plus en plus d'égocentrisme et lorsque dans une discussion vous vous apercevez que les phrases de l’autre commencent par un « Moi Je », vous pouvez baisser le rideau de la communication et de l’échange. C’est comme en amour, si on n’est pas à 50/50, ce n’est pas possible, il y a une colonisation de l’un sur l’autre.  Ainsi avais-je trouvé et écris, il y a bien longtemps, un texte qui s’intitulait « MOI J’EUX ».

Si, je partage votre avis. Il est très réducteur de penser que Rimbaud ait pu écrire une ineptie. Le langage est un lieu d'expérimentations, la poésie est celui des libertés.

....et si on oubliait l'alter-ego.....arriverons nous à   libérer le "je" céleste? 

....mais nous devenons le fruit nouveau  de ce que nous pensons.....l'esprit étant vierge à la naissance !

Bonsoir,

Rimbaud ne voulait-il pas parler hyper-conscience plutôt que d'inconscience lorsqu'il en appelle "au dérèglement des sens? Parvenir à penser au delà de soi-même?

Claude Miseur a dit :

 

L’étranger est en nous et lorsque nous fuyons ou combattons l’étranger,
nous luttons contre notre inconscient – cet « impropre » de notre « propre »
impossible.
Julia Kristeva, 1988

...."Dirige ton regard à l'intérieur et tu trouveras des milliers de régions encore  inexplorées

      Découvre les et deviens un expert en cosmographie!"

      Thoreau Walden

Si « je » est « un autre », le monde peut dire « je ». Perdant « mon » identité, je rends la parole au monde, je m'exclus de l'ordre obtus de la langue : je rends la poésie au mystère qui a suscité son surgissement.

 

Alain Suied

    LA PAROLE

  Esprit qui plane sur les eaux apaise en nous les discordances,

  les flots inquiets,  le bruit des mots,

  les tourbillons de vanité, et fais surgir dans le silence,

  la PAROLE qui nous recrée.....

  Esprit de feu toujours caché, jusqu'aux racines, par ta flamme,

  viens consumer en nous l'ivraie, aux profondeurs de notre vie,

viens enfoncer comme une lame, la PAROLE qui sanctifie,

Esprit  qui soufle en un soupir le nom du Père,

viens rassembler tous nos désirs,

et fais les monter en un faisceau,

qui soit réponse à la lumière, la PAROLE du jour nouveau!

Esprit de Dieu, sève d'amour, de

l'arbre immense où tu nous greffes,

 que tous nos frères alentours

nous apparaissent comme un don, dans Le Grand Tout,

en qui s'achève la PAROLE de communion"

 

Fait à Fleurus, ce 21.12.2011

mamyblue

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