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Les Berceaux. Op. 23 Nº1 de Gabriel Fauré par José van Dam.

Mélodie française du compositeur Gabriel Fauré sur un poème de Sully Prudhomme

"Les Berceaux"

Le long du Quai, les grands vaisseaux,
Que la houle incline en silence,
Ne prennent pas garde aux berceaux,
Que la main des femmes balance.

Mais viendra le jour des adieux,
Car il faut que les femmes pleurent,
Et que les hommes curieux
Tentent les horizons qui leurrent!

Et ce jour-là les grands vaisseaux,
Fuyant le port qui diminue,
Sentent leur masse retenue
Par l’âme des lointains berceaux.

Sully Prudhomme



A propos de l’œuvre :
Cette mélodie fut composée quatre ans après Au bord de l’eau, sur un autre texte de Sully-Prudhomme qui figure dans les Stances et Poèmes (1865) sous le titre Le long du quai les grands vaisseaux. Le thème du poème – «aux hommes le labeur, aux femmes les pleurs» – est un jeu de mots et de considérations entre les «vaisseaux», dans lesquels les marins partent en mer, et les «berceaux», plus petits mais de forme identique, dans lesquels les mères bercent des enfants qui ne connaîtront peut-être jamais leur père. Fauré a écrit un mélange de berceuse et de barcarolle en si bémol mineur, l’une de ses tonalités les plus chères. D’abord, la mélodie semble intime, comme il sied au bercement (l’accompagnement en triolets, ondoyant d’une main à l’autre, est une invention magistrale); puis, dans la section centrale culminante («Tentent les horizons qui leurrent»), la musique prend un tour dramatique exacerbé, rare dans les mélodies fauréennes – nous entendons soudain le déchirement des femmes qu’on laisse, mais aussi leur colère envers la mer, perpétuelle maîtresse des marins. Cette explosion de sentiments cesse cependant aussi vite qu’elle avait commencé. L’ambitus vocal de la mélodie embrasse une étonnante treizième, de la bémol grave à fa aigu. Nous pouvons mesurer combien le Fauré deuxième manière maîtrisait ses moyens à la façon dont il évite toute sensation de contraste désordonné entre les femmes à la maison et les hommes sur les flots. Tout est habilement mené avec équilibre, notamment la transition, remarquable de concision et superbe d’efficacité, qui conduit à la troisième strophe du poème. Le moto perpetuo qu’est cette lancinante mélodie semble faire inconsciemment écho aux mots, contemporains, de Whitman: «Du berceau balançant sans fin … la navette musicale … Chante une réminiscence.»

from notes by Graham Johnson © 2005 Français: Hypérion

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Commentaire de Thierry CHEVRIER le 13 mai 2020 à 17:37

J'aurais aimé commenter ce texte, que je trouve très beau, mais bien que mon analyse (mesurée par Word) soit limité à 3800 caractères, elle est refusée..

J'abdique donc, à regret.

Commentaire de Thierry CHEVRIER le 13 mai 2020 à 17:36

Commentaire de Valériane d'Alizée le 7 septembre 2012 à 19:50

Lapsus très amusant, chère Rolande, mais je n'ai pas changé au point de me prénommer Robert, ne vous en déplaise !!!

Commentaire de Quivron Rolande le 7 septembre 2012 à 18:16

 

Il est parfois bon de se replonger dans de très très vieux souvenirs.

Merci Robert.

Commentaire de Vandenkerkove Martine le 17 mai 2012 à 8:50

Analyse enrichissante.

Merci pour ce petit moment de bonheur triste.

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